
En septembre 1938, AFS inaugura le Pavillon des Volontaires Américains au Musée de la Coopération Franco-Américaine de Blérancourt. Une année plus tard, la guerre étant déclarée, c’était le moment de l’action.
« On le refait ! » Des efforts enthousiastes furent entrepris pour faire revivre le vieux Service, d’anciens conducteurs jouant maintenant le rôle d’organisateurs et de recruteurs.
La première unité de conducteurs AFS arriva à Paris début avril 1940. Ils étaient en activité la troisième semaine de mai, circulant parmi les flots de réfugiés dans les régions meurtries de Beauvais et d’Amiens. Fin juin, ils étaient hors service, léguant leurs véhicules à l’Hôpital Américain de Paris.
Cinquante-trois Américains ont été déployés pour AFS avant la capitulation de la France (certains d’entre eux sur la photo n'ont pas réussi à traverser l'Atlantique). Bien qu’ils soient tous en sécurité, l’histoire de ce qu’ils ont fait et comment ils l’ont fait est une aventure qui peut être écrite en dehors de celle de l’AFS de la Grande Guerre et du Service de l’Ambulance Américaine de 1870-71. La saga de l’AFS remonte aux temps maudits où les Prussiens de Bismarck étaient les envahisseurs conquérants. Le docteur John Swinburne de New York conduisit nombre de jeunes compatriotes qui conduisaient leurs ambulances à chevaux entre le front et les hôpitaux de Paris. (Barbara Hudnut Boston. « AFS Carries On. » 1940.)
1: Bureaux de la National City Bank,
52, avenue des Champs-ElyséesMonsieur Galatti pria à Lovering Hill (SSU 3) d’assumer le poste le directeur en France. M. Hill y consentit non sans réserves, à condition qu’on lui permette de se retirer si, comme le Service allait se développant, quel qu’un de plus apte à la direction se présente. Il ouvrit d’abord le quartier général dans son cabinet d’avocat avant de déménager dans des lieux plus vastes à la National City Bank, 52, avenue des Champs Elysées, donnés par Robert E. Pearce, trésorier de l’association française. Mme. Renée Grimbert et Mlle. Germaine Bétourné, toutes deux membres de l’équipe de Paris pendant la Première Guerre Mondial vinrent aider M. Hill. (George Rock, History of the American Field Service, 1956)
2: Gare de Lyon
Les hommes fraichement arrivés d’Amérique furent accueillis à la gare à neuf heures du matin le 3 avril par des dignitaires français et américains, quelque peu dépassés en nombre par les représentants industrieux de la presse et des agences d'actualités cinématographiques. Après un petit déjeuner à la Cité Universitaire, il y eut encore des activités pour le public, comme un M. Hill fatigué prit le temps de l’écrire le jour suivant « Scène affreuse après petit-déjeuner hier à dix heures trente du matin : Fox m’a filmé avec les hommes en train de leur donner deux phrases de bienvenue en français et en anglais, de loin, de près, à l’envers, etc. (George Rock , History of the American Field Service, 1956)
3: Cité Universitaire, Fondation américaine
Le premier avril, nous avons emménagé dans la Maison des Etats-Unis à la Cité Universitaire. Elle allait être notre nouveau quartier général ; même si c’était moins amusant que l’Odessa, c’était une adresse plus chic. Deux jours plus tard, vingt trois de nos conducteurs volontaires arrivèrent de l’Amérique en passant par Gènes et mon travail commença aussitôt. Je fus chargé du personnel et plus tard responsable de la première section. Donald Coster fut nommé mon adjoint.
Nos quartiers étaient très confortables. Chaque homme avait une chambre pour lui et il y avait des douches avec eau chaude et eau froide. Il y avait également une bibliothèque avec une cheminée. On y installa les fanions des vieilles sections qui avaient servi pendant la Grande Guerre. Ils étaient décolorés par l’âge et couverts de décorations. Au rez-de-chaussée se trouvait le grand réfectoire où nous mangions une nourriture excellente sur une table en forme de T, dont le sommet était réservé aux officiers et aux invités. L’immeuble était neuf et avait été construit à usage des étudiants américains à Paris. La paix avait maintenant été remplacée par la guerre, les étudiants remplacés par des ambulanciers. [...]
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Les voitures commençaient d’être finies par deux ou trois, et tous signes d’ennui disparurent. La Section s’approchait de plus en plus du front. Le personnel était au complet et maintenant arrivaient les ambulances. Dès qu’elles étaient livrées par les carrossiers, nous les conduisions à la Cité et les garions derrière la Maison des Etats-Unis. C’étaient des voitures longues, grises et fines avec AMERICAN FIELD SERVICE peint sur les côtés ; nous en étions fiers. La configuration intérieure des civières était parfaite et nous nous avions réglé la question de la réglementation française de l’équipement des ambulances de l’armée en montrant que nous pouvions charger et décharger trois fois plus vite qu’eux.
Tous les matins, nous nous entrainions à charger et à décharger des « blessés »--- les uns sur les civières et les autres faisant les maneuvres. Une voiture se présentait à un point désigné comme poste de secours où le « blessé » gisait sur sa civière, le chargeait, repartait sur la route et revenait au même endroit, pour décharger au même endroit qui était devenu l’hôpital de campagne. Le travail était intéressant et s’est montré très utile peu de temps après lorsque nous fûmes jetés sans préliminaires au milieu de l’enfer flamboyant de la guerre. (Peter Muir. War Without Music, 1940)
4: Cérémonie à l’Arc de Triomphe,
sept heures trente du matin, 18 mai 1940Mal au crâne ou non, tous les hommes de la Section Une avait leur voiture rangée par ordre numérique devant notre quartier, chacun debout à ses côtés prêt à partir à sept heures quinze pile du matin du 18 mai. Alex Weeks avait mis au point les moteurs qui ronronnaient silencieusement, prêts comme les hommes à aborder les routes vers l’aventure, le chemin difficile et incertaine vers la guerre, où le danger et les difficultés, et même la mort se montraient à chaque carrefour, à chaque virage. Je n’ai jamais pu comprendre pourquoi des hommes vont volontairement quitter la paix et la tranquillité pour le maelstrom de la bataille. Je me demande toujours pourquoi les hommes se comportent ainsi, moi compris. J’ai peur de ne jamais comprendre.
Nous conduisions silencieusement le long des routes désertes de Paris, une longue colonne grise dans la lumière grise du matin. Les quelques personnes dehors à cette heure nous jetaient un regard et s’arrêtaient pour nous regarder passer . C’était quelque chose de nouveau pour ces gens qui en avaient tellement vu – des Américains en route vers le front. Quelques uns agitèrent une main fatiguée pour nous encourager en criant « Vive l’Amérique ! ». A notre tour, nous répondions, heureux d’être reconnus en répondant « Vive la France ! » Nous étions très heureux de penser qu’enfin çà allait être notre privilège de servir celle que nombre d’entre nous considérait comme la mère des gens civilisés et de la liberté – la France.
Le convoi se déplaça rapidement de la Cité vers la Porte d’Orléans, traversant la Seine, d’une beauté inoubliable dans la lumière et la brume translucides, vers les Champs-Elysées et l’Arc de Triomphe. Nous étions à l’heure pour l’Arc, mais notre équipe de Paris, quelques officiers français et nos amis nous y attendaient . Josette était là. Nous nous sommes regardés et avons agité la main. Je déglutis et plissai les yeux pour garder mes émotions pour moi. Il n’y avait pas le temps de montrer ses vrais sentiments.
Quelques ordres brefs sous l’immense arche où la flamme éternelle vacillait, un moment de silence, les hommes au garde à vous et les officiers saluant en l’honneur des morts glorieux de la France, des adieux rapides et nous étions partis. (Peter Muir. War Without Music, 1940)
Au cours de ces journées terribles, la Section Une reçut compliment après compliment de la part de hauts fonctionnaires français pour son travail splendide sous un bombardement continuel. Et je suis particulièrement fier du fait qu'il n'y eut aucun cas où un de mes hommes avaient failli dans son devoir, ni un seul cas où un blessé ou un malade--- soldat ou civil-- ne fut pas ramené par mes ambulanciers quand on leur avait demandé de le faire. Quand enfin la fumée de la bataille se dissipa et l'armistice signée, nous nous sommes découverts plus riches au compte de trois citations pour la section et dix-huit Croix de Guerre individuelles. Pendant cinq semaines de service actif nos vingt voitures (les deux perdues à Amiens ayant été remplacées) transportèrent l'incroyable totale de douze mille cinq cents blessés ou malades--- la plupart sur brancard. Pendant la dernière guerre, les sections s'étaient rarement occupées d'autant de blessés au cours d' une année. Mais tout était comme cela en 1940--- plus terrible, plus concentré. (Peter Muir. War Without Music, 1940)
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"It is good to have made friends among you,
to have clasped some of your brown hands,
to have walked a little along the way with you.
Bonne chance, soldats de France"Cet épilogue touchant fut écrit pour une histoire de l’American Field Service pendant la dernière guerre. C’est une prologue touchant pour la saga inachevée des volontaires de l’American Field Service qui ont conduit pour la France dans la guerre actuelle jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de France pour laquelle conduire. Depuis lors, quarante-six ambulances et camions chirurgicaux qui seront gérés par les Britanniques ont été donnés pour répondre à l’urgence à venir. (Barbara Hudnut Boston. "AFS Carries On." 1940)
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5: Le Pont de Bir-Hakeim
Après avoir donné des véhicules à la Grande Bretagne pendant le reste de l’année 1940, AFS prit l’initiative de faire revenir ses conducteurs sur les théâtres d’opération. Elle rejoignit l’hôpital Hadfield Spears.
Mary Borden Turner Spears
En 1915, Madame Mary Borden Turner avait pris contact avec l’Ambulance Américaine pour solliciter des conducteurs pour son hôpital de campagne en France. En 1939, devenue l’épouse du Général Edward Spears, Mme Spears fit revivre son hôpital qui avait alors une existence parallèle à celle de l’unité AFS en France. Il faut noter que le Général Spears, représentant de Churchill en France, était celui qui mit le Général de Gaulle à l’abri le 17 juin 1940.
Pendant qu’il pensait et s’agitait, de Gaulle et moi avions préparé une petite mise en scène. Il se comporterait comme s’il était venu me dire au revoir et au dernier moment je devais le faire monter à bord. Il était possible que parmi les nombreux officiers présents il puisse y avoir quelqu’un le surveillant, prêt à empêcher son départ. [...]
Nous avions commencé à bouger quand, les mains en crochets, je hissai de Gaulle à bord. Courcel, plus agile, nous joignit le temps d'un éclair. La porte se ferma. J’eus juste le temps de voir le visage ébahi du chauffeur et d’une ou deux autres personnes à ses côtés. Sans précipitation, nous n’avons pas bougé jusqu’à ce que le pilote ait trouvé l’espace qu’il avait recherché, avant de décoller avec grand talent sur une courte distance. J’ouvris un quotidien local. Il y avait un article élogieux sur de Gaulle. Le sujet de l’article, de l’autre côté de la cabine, regardait droit devant lui. Churchill, qui n’était pas un mauvais juge sur ce genre de choses, avait écrit qu’il « portait avec lui, dans ce petit avion, l’honneur de la France" (Edward Spears. Two Men who Saved France: Pétain and de Gaulle. 1966)
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Maintenant, au printemps 1941, Madame Spears était prête à refaire fonctionner son hôpital de campagne pour servir l’unité des Français Libres attachée à l’armée britannique. Elle avait besoin de conducteurs. AFS les fournissait et les résultats furent doubles : d’abord, pendant que les « jeunes millionnaires fous de New York » se montraient incompatibles avec les « gentils objecteurs de conscience britanniques » de Madame Spears, la présence d’AFS en Afrique du Nord l’amena à être adoptée par l’armée britannique ; ensuite, les recalés américains de l’unité Hadfield Spears formèrent le noyau d’une petite unité qui continuerait à servir les Français Libres, avec les Hadfield Spears.
C’était l’unité qui était à Bir Hakeim.
Les unités AFS servant avec les forces britanniques sont constituées selon la méthode des compagnies d’ambulances motorisées de l’armée britannique ; avec ceux de nos hommes à qui ont a donné à titre gracieux les rangs correspondant à ceux des officiers britanniques, AFS a deux compagnies d’ambulances, l’une en Syrie et l’autre dans le désert de l’Ouest.[...]
L’image d’AFS au service des brillants Français combattants est quelque peu différente. La section d’ambulance des Français combattants a un chef à la hauteur avec Alan Stuyvesant, capturé par les Allemands à Bir Hakeim. Il est arrivé au Proche Orient une année avant nous et avec un petit groupe de volontaires, tous ceux qui étaient arrivés trop tard pour servir dans la Bataille de France, a servi avec les Français combattants pendant la campagne de Syrie de 1941 et sont restés. (Benefit Exhibition for the American Field Service, 1942.)
La forteresse
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Bir Hakeim n’était qu’une petite élévation dans le vaste désert. Autrefois un petit fort utilisé pour patrouiller contre des maraudeurs du désert, c’était maintenant une zone de deux à quatre miles carrés, fortement miné en son périmètre, avec des emplacements de canons et d’armes anti aériens, un théâtre des opérations et des tentes. Des camions Bren, des tranchées et des emplacements pour les trois mille troupes françaises plus les légionnaires, des canonniers britanniques et des tirailleurs sénégalais. Avec les Français il y avait douze ambulances Field Service dispersés chacune avec son équipement. Le quartier général d’AFS se trouvait dans une tente de la Croix Rouge du côté sud, juste à l’intérieur du champ de mines, à une courte distance du théâtre d’opérations de l’hôpital mobile Hadfield Spears.
L’unité de l’American Field Service avec les Forces Françaises Libres avait eu dix-huit voitures et trois hommes (A. R. Stuyvesant, C. N. Jefferys et LeClair Smith) depuis qu’elle avait rejoint les forces françaises en juillet 1941. Au début 1942, ils s’étaient déplacés de leur poste en Syrie vers le désert de l’Ouest, où ils travaillaient trois à quatre miles à l’intérieur des lignes, en utilisant des membres de la Légion Etrangère pour conduire quelques voitures, les autres voitures étant gardées en réserve. (George Rock, History of the American Field Service, 1956)
Mais le camp de Bir Hakeim était le plus animé de tous. Et c’était très important pour moi. Car à Bir Hakeim je retrouvais encore le vieil esprit de l’armée française de 1914 – 1918. Etait-ce grâce à Koenig ? à de Larminat ? Où grâce à la poignée d’hommes qui s’étaient coupés de leur nation qui étaient enfin libres et avaient accompli leur but ? Ils avaient combattu leurs compatriotes en Syrie et avaient grincé des dents. Certains avaient combattu les Italiens en Erytrée, et maintenant après des mois d’attente ils allaient combattre l’ennemi qui avait marché sur Paris et transformé un maréchal de France en un trouillard. Ils n’étaient encore qu’une poignée d’hommes et une superbe collection. Deux bataillons de la Légion Etrangère, un régiment de Marines (Fusilliers Marins) un bataillon d’infanterie de marine, des spahis, des Nord Africains, des noirs du Pacifique mais il y avait un esprit en eux qui les rendait semblables et non pas comme les hommes que nous avions rencontrés en Lorraine. Ces hommes étaient rudes, ils étaient durs, ils brûlaient d’en découdre et sauraient comment être punis. Ils étaient comme les poilus de 1914. (Mary Borden. Journey Down a Blind Alley. 1946)
La bataille
Rommel avait commencé ses attaques contre Bir Hakeim le 6 juin et elles continuaient avec une intensité croissante en dépit de la vaillante résistante de la Première Brigade des Français Libres de Koenig. Si grave était la situation qu’à la tombée de la nuit du 8, il devint évident que faute d’un soutien extérieur immédiat donné à la garnison française, elle ne pourrait pas tenir. Après deux jours de plus, le commandant de l’armée ordonna à Koenig d’évacuer Bir Hakeim. Et les Français Libres furent exfiltrés pendant la nuit du 10 juin, escortés par la Septième Division Blindée de Messervy. (Antony Brett-James. Ball of Fire. 1951)
C’était au tour de Bir Hakeim. Cette forteresse, autrefois la pointe du flanc gauche des défenses de Gazale, était le dernier obstacle sur la route reprise par Rommel vers Tobrouk. Attaquée férocement depuis dix jours, elle était maintenant prise d’assaut par une grande partie de la Panzerarmee et par la Luftwaffe. Une fois que Bir Hakeim aurait été prise, Rommel aura pu reporter la ligne Gazala aussi loin qu’à Knightsbridge. La Huitième Arméee devrait former un front parallèle à ses communications. Rommel engagea alors l’attaque en personne. [...]
Pendant ce temps-là, les hommes de la garnison des Français Libres continuait une résistance magnifique mais fitule. Le Général Koenig, commandant de la garnison, cependant était tellement en faveur de l’évacuation qu’il refusait d’accepter des provisions. Alors que l’attaque allemande s’approchait de plus en plus près du nid de trous de renards, de fil de fer barbelé et de mines, et que les soldats français, sonnés par un bombardement incessant et le manque de sommeil, continuaient à se battre, l’indécision continuait. Koenig plaidait qu’il n’avait ni eau ni munitions ; finalement Ritchie ordonna à la garnison de se retirer pendant la nuit du 10 au 11 juin. (Correlli Barnett. The Desert Generals. 1960.)
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Le 8 juin fut un jour triste mais triomphant pour les Français Libres. La Luftwaffe reprit ses attaques en mettant en œuvre plus de cent avions et l’artillerie allemande donna un soutien effectif à la 90 ème division légère. La Résistance française ne faiblit pas mais au crépuscule Koenig fut contraint de rapporter que ses hommes étaient pratiquement épuisés et à bout de leurs rations. Richie émis un ordre de se tenir prêt à évacuer. Rommel, de son côté, demanda à la 15ème division de Panzer moins son régiment de panzer de renforcer la 90ème légère et ordonna un nouvel assaut pour le 10 juin . La préparation aérienne et d’artillerie pour cet assaut dura tout le 9 juin. La 7ème motorisée et le groupe de la 29ème brigade indienne contraignit la 90ème légère à se tourner et à leur faire face, relâchant la pression, mais l’assaut allemand du 10 juin qui était soutenu par l’aviation de l’Axe qui lâcha environ cent trente tonnes de bombes, eut pour résultat qu’un groupe d’assaut allemand pris pied dans les positions françaises. Ritchie autorisa l’évacuation cette nuit-là. Le Groupe de la 7ème division motorisée fit venir un grand convoi de camions à environ cinq miles du périmètre ouest de la Boîte de Koenig , prêt pour l’évacuation. Deux mille sept cent des trois mille Français furent mis en sûreté, avec une réputation qui fit beaucoup pour rétablir la réputation taché des soldats français. Koenig avait acheté un temps précieux permettant à Ritchie de reprendre l’initiative, dont lui et Auchinleck discutèrent tellement dans leurs lettres mais dont ils se révélèrent incapables de mener à bien. (W.G.F. Jackson. The Battle for North Africa, 1975)
AFS
Les Français décidèrent d’évacuer Bir Hakeim et au soir du 10 juin, les quatre voitures restantes d’AFS prirent leurs positions sur la ligne, pour passer à travers l’ouverture dans les champs de mines profonds de Hacheim. Ce passage consistait en un passage en zig zag flanqué par des rouleaux de barbelés, d’environ cinq cent yards de longueur et de quinze (aux points les plus larges) en largeur. L’ambulance de Jim Worden ouvrait le convoi, suivie par Tichenor, Semple, Kulak et McElvain dans une voiture, Stratton en queue.
En raison de l’obscurité et du caractère incertain du passage, la progression était très lente et la ligne était juste en train de quitter le camp quand elle fut repérée par les Allemands, qui s’étaient retranchés de chaque côté de la sortie dans les champs de mines. Instantanément, toute la scène fut illuminée par des fusées éclairantes alors que s’élevait un barrage meurtrier de mitrailleuses, de fusils et de canons légers dans la longue ligne de véhicules et de soldats à pied. La voiture de Semple se prit dans les barbelés et en dépit de ses efforts il était impossible de se désengager. (AFS Letters No. 6)
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Notre convoi reprit alors sa route et les feux d’artifice commencèrent. Ils tiraient des Bredas 20 mm de chaque côté de nous et depuis l’avant, ce qui fait que nous conduisions dans des courants de feu. De toute façon, il y avait des balles incendiaires et traçantes ce qui était quelque chose car vous pouviez les voir arriver. Vous pouviez voir également les obus Bofors volant bas au dessus. Les grenades et mortiers de tranchée, les obus de canon 50 mm, tout explosait avec bruit et éclair, mais ils arrivaient sans être vus. C’est horrible d’être remorqué et ne pas avoir le contrôle de votre véhicule mais c’est arrivé trop vite pour que je puisse être effrayé, simplement très occupé. Mais j’ai dû être terrifié lorsque l’ambulance a explosé en flammes et que j’ai constaté que je ne pouvais pas marcher ou utiliser mon bras et ma main gauche. Plus tard, j’ai compté trente-cinq trous dans mon corps, et çà ne comprend pas les têtes d’épingle. Mais j’ai eu beaucoup de chance, car les fragments devaient passer entre le mur de la feuille de métal entre le moteur et le siège du conducteur. (AFS News Bulletin No. 2)
Les suites
L’histoire de la sortie de Bir Hakeim nous arriva par bribes. Elle nous était rapportée par les blessés, par les hommes qui avaient suivi Koenig le long de l’étroit sentier entre les barbelés et qui s’étaient battus à travers les lignes allemandes à coup de grenades à main et de baionettes, pour tomber et être pris dans la confusion et la mêlée des ambulances et des camions, tout ce qui était à portée de la main. Nous l’apprenions pas des bouches excitées se tordant de douleur, par bribes alors que le sang jaillissait, dans des soupirs ou des mots criés, et cela résonnait à travers les masques du théâtre ; c’était l’histoire d’un triomphe. [...]
Je me suis trop habituée aux salles d’opération remplies de blessures de guerre pour être facilement émue ; les visites des officiers ont cessé d’être des évènements de notre vie d’hôpital. Mais c’était différent de tout ce que j’avais vu ; ce n’était pas la visite de condoléances d’un général à des hommes qui avaient été sacrifiés ; c’était une célébration. C’était une réunion d’amis qui avaient attendu longtemps pour le test qui était de se prouver qu’ils étaient ce qu’ils prétendaient être ; maintenant ils avaient passé le test et avaient gagné le droit d’être appelés les hommes combattants de la France. Mes yeux étaient mouillés en regardant le carnaval du Général Koenig avec ses hommes blessés. (Mary Borden. Journey Down a Blind Alley. 1946)
Mémorial de Bir Hakeim
Dans l’action à Bir Hakeim, l’American Field Service subit cent pour cent de pertes en hommes et matériels. Des douze voitures, douze furent perdues. Des six hommes, deux furent capturés ((l’un deux blessés), deux furent tués et les deux qui réussirent à s’enfuir étaient tous deux blessés. Le Général de Gaulle écrivit à ce propos « témoignant de l’actif dévouement avec lequel l’American Field Service s’est dépensé pour la France Combattante … La France n’oubliera pas ses amis d’Amérique qui ont fait volontairement pour elle le sacrifice de leur vie. » (George Rock, History of the American Field Service, 1956)
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Jean Mathieu Boris, French Fellow (1946-47) Pour apprécier pleinement le travail d’AFS pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il faut ajouter au nom de Bir Hakeim ceux de Knightsbridge,Tobruk, Mingar Quaim, El Alamein, Tripoli, Mareth Line, Enfidaville, Tunis, Cap Bon en Afrique du nord ; Termoli, Garigliano, Sangro, Ortona, Anzio, Cassino, Gustav Line, Arezzo, Arno, Gothic Line, Serrio, Bologna en Italie; Tiddim, Kalewa, Shwebo, Meiktila, Mandalay, Pegu, Prome, Rangoon en Birmanie; et, au courant de la campagne en France de '44-45, Vosges, Colmar, Lauter, Rhine, Forêt Noire, Stuttgart, Constance, Vorarlberg, Arlberg...
Afrique du Nord et Moyen Orient
Italie
Inde-Birmanie
Le Retour en France
Chapitre Six
Table des matières