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Rive Droite
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En 1507, dans la petite ville de Saint-Dié un groupe de savants baptisa un continent nouvellement découvert du premier nom d’un explorateur pionnier, Amerigo Vespucci. Cet événement fut commémoré quatre cents ans plus tard en présence de l’ambassadeur américain, Robert Bacon, qui déclara :
« Après que l’Alsace-Lorraine française se fût penchée sur notre berceau pour nous donner un nom, c’est la grande France qui mit son épée dans la balance pour nous donner l’indépendance » ((James Brown Scott. Robert Bacon, Life and Letters, 1923.)
Epée ? L’ambassadeur Bacon fait référence à Gilbert du Motier : un homme dont nous ne nous souvenons que par son titre, Marquis de La Fayette, sous la forme américanisée de Lafayette et célébré partout en Amérique par des monuments, des institutions, des villes, des rues …
« Lafayette, nous voilà ! » déclara un certain Charles E. Stanton le 4 juillet 1917, au cours d’une cérémonie tenue sur les lieux du repos définitif des cendres de Monsieur du Motier.
Le Colonel Stanton, officier typique de l’armée américaine, brut de décoffrage, fit un discours ou une harangue, gesticulant, frappant la tribune, détruisant ensemble la race allemande, le Kaiser et, tout à sa fureur, eut un immense succès, fut vivement applaudi. (Allan Nevins, ed. The Letters and Journal of Brand Whitlock. 1936)
C’est à tort que l’on a prêté ces mots au Général Pershing.
Picpus
Métro: Nation
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1: La Tombe de La Fayette,
Cimetière de Picpus, 35 rue Picpus
Je rencontrai des gens de l’Ambulance Américaine qui insistèrent pour que je les accompagne à la cérémonie au Picpus. Le cimetière où La Fayette est enterré se trouve dans un endroit éloigné de Paris, et nous y arrivâmes une demi-heure environ avant l’arrivée du bataillon [...]
Beaucoup de notables étaient regroupés autour de la tombe. « Papa » Joffre, parmi eux, et je dois ajouter qu’il a fallu le pousser au premier rang, car, bien qu’il ait été limogé par un gouvernement sans aucune reconnaissance, les gens l’adorent toujours. M. Sharp parla longuement. Brand Whitlock lut encore plus longtemps des pages sur la civilisation et l’humanité – impeccable, avec des lunettes, un uniforme immaculé et des guètres – superbe . Ensuite le Colonel Stanton, des Etats-Unis d’Amérique, concis et précis. Enfin le Général Pershing « s’avance à la tribune sans avoir l’intention de parler » ; mais finalement, il dit quelques mots – un homme à fière allure, menton carré et larges épaules. Peut-être a-t-il dit « Lafayette, nous voici » mais si c’est le cas, nous ne l’avons pas entendu. (Harvey Cushing. From a Surgeon's Journal, 1915-1918. 1936.)
Le Corps Expéditionnaire Américain était enfin arrivé ! Juin 1917.
Des volontaires américains, cependant, étaient sur place depuis le début de la guerre en août 1914 … c’est pourquoi nous commençons notre visite ici, à un endroit qui commémore la vie du plus grand volontaire français dans la cause américaine de 1776-1783. Les cendres du marquis sont inhumées dans de la terre américaine provenant de la tombe de Washington---le souvenir de ces deux hommes dans le seul cimetière privé de Paris évoquant les révolutions de leurs pays. La guillotine avait été installée non loin de là sur ce qui est maintenant la Place de la Nation ; nombre de ses victimes – pour la plupart des nobles comme la famille La Fayette – sont inhumées ici dans deux fosses communes. La Fayette vivait dans des temps troublés – comme la France pendant la Grande Guerre.
Passy
Métro: RER C, Kennedy/Radio France
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2: Statue de la Liberté
Ile des Cygnes, près du Pont de GrenelleLes Romantiques du dix-neuvième siècle adoraient les métaphores. Le sculpteur français Auguste Bartholdi, dont l’Alsace natale était tombée sous le joug allemand après la défaite française de 1870, s’était fait connaître pour deux grands symboles : le Lion de Belfort (1880) représentant la résistance historique de cette ville, et la Liberté éclairant le Monde (1886) commémorant le centenaire de la Révolution américaine. On trouve à Paris trois versions de cette statue, la plus grande étant ici. C’était un cadeau de la Colonie américaine de Paris, y compris grâce à une large contribution du Dr. Evans. Cette statue à l’échelle d’un quart fut dévoilée le 12 mai 1885 avant sa plus grande sœur de New York, les deux statues faisant face à l’Est. Dans les années Trente, lors de la reconstruction du Pont de Grenelle, la statue de Paris fut retournée de cent quatre vingt degrés. Maintenant, les deux « Libertés » se font face.
La Liberté de Bartholdi dans le port de New-York est construite sur une structure en acier conçue par Gustave Eiffel, dont la Tour est le pendant de la statue de Paris.
3: La résidence de Benjamin Franklin
66 rue RaynouardOn propose que la statue soit placée au bout de la rue Franklin, près de la Place du Trocadero, dans le secteur de Passy où le fameux ambassadeur américain a vécu de 1777 à 1785. Il habitait dans un petit pavillon dans l’Hôtel Valentois dont aucune trace ne subsiste et qui a été remplacé aujourd’hui par la chapelle de l’Institution des Frères des Ecoles Chrétiennes, 66, rue Raynouard. Sur les murs de cette chapelle il y a déjà une plaque qui rappelle le séjour de Franklin à Passy et l’installation du premier paratonnerre qu’il construisit en France . Elle porte cette inscription :
Ici existait un pavillon, une annexe de
l’Hôtel Valentinois
FRANKLIN
y habita de 1777 à 1786
et y installa le premier paratonnerre
construit en FranceAu-dessus, la date d’apposition de la plaque commémorative : 8 mai 1876.
Franklin arriva en France vers la fin de l’année 1776. Il vint pour retrouver la faveur et le soutien de la France à la cause de l’indépendance des Etats-Unis. Lorsque le 4 juillet 1776, le congrès de Philadelphie proclama cette indépendance, la cause américaine semblait gravement en danger. Il était nécessaire de trouver dans la vieille Europe des alliés pour cette nouvelle lutte qui allait s’engager et les yeux des « Insurgents » se tournèrent vers la France. Franklin conservait des relations avec des écrivains et philosophes célèbres. Il fut naturellement choisi comme ambassadeur.
Il suscita rapidement des sympathies à Paris qui s'étendirent à son pays. Le public voulait le connaître. Il devint « à la mode ». Aucune des formes de publicité qui ont fait connaître l’homme ne lui a été refusées
Il y avait des images de lui dans son bureau, dans la rue, portant son chapeau fourré et s’appuyant sur sa canne en pommier – les gens ne l’on jamais vu autrement que dans cette position familière. Les chanteurs populaires répandaient sa gloire » (La Liberté du 14 août 1905)
4: Square de Yorktown
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Mémorial des Volontaires Français dans la Révolution Américaine
En français, le mot volontaire a une connotation militaire. Quelques dix-sept mille soldats volontaires en provenance de France aidèrent les colons américains à gagner la guerre. Les Américains s’en souvinrent en 1914.
Nous allons bientôt célébrer l’anniversaire de Yorktown. Il est bien de réfléchir maintenant sur tout ce pour quoi nous avons combattu et gagné ici pour le monde, pour nos frères d’Angleterre aussi bien que pour notre propre pays qui s’est révolté contre le despotisme des rois. C’était une autre crise mondiale et nous n’avons gagné que grâce à l’aide des Français – Rochambeau, La Fayette, de Grasse et avec le trésor français. Ces hommes vinrent à nous dans notre lutte dépourvus d’ambition ou d’aventure mais parce qu’ils chérissaient les idéaux de liberté. La France nous prêta de l’argent même lorsque le prêt menaçait son propre crédit, nous envoyant ses millions sans penser au remboursement. (Robert Bacon, in James Brown Scott. Robert Bacon, Life and Letters. 1923.)
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Statue de Benjamin Franklin
A l’approche du deux centième anniversaire de la naissance de Benjamin Franklin, M. John H. Harjes a offert à la ville de Paris une statue du grand chef d’état et du premier ambassadeur en France, destinée à être érigée à ses frais rue Franklin. Cette offre a maintenant été acceptée [...]
La statue offerte par M. John H. Harjes sera une reproduction exacte de la statue de bronze érigée actuellement devant le Bureau Central de la Poste à Philadelphie et doit être fondue en Amérique par M. John J. Boyle, de New-York. (New York Herald, 28 July 1905)
5: Amiral de Grasse,
statue dans les jardins du TrocadéroCe monument à la mémoire de l’amiral Joseph Paul de Grasse, dévoilé en 1931, est l’œuvre de Paul Landowski, plus connu pour l’imposante figure du Christ-le-Rédempteur, dominant la ville de Rio-de-Janeiro. Il avait été commandé par Kinsley Macomber, membre important de la Colonie Américaine, à la tête de l’Hôpital Américain de 1926 à 1928.
En septembre 1781, de Grasse débarqua trois mille volontaires français en Virginie, venant à l’aide de Washington et de l’Expédition Particulière de Rochambeau, avant de défaire la flotte Britannique au cours de la Bataille de la Chesapeake en septembre. Rochambeau dispersa les forces Britanniques et fit le blocus de la côte jusqu’à la reddition de Lord Cornwallis
6: Panorama - Exposition Universelle de 1867,
Champ de Mars
« Déjà en 1865, j’avais l’idée de rassembler à mes propres frais une collection des inventions ayant permis à la Commission sanitaire d’obtenir ses merveilleux résultats. » Selon les estimations d’Evans, les efforts des Sanitariens américains avaient sauvé la vie d’une centaine de milliers d’hommes. Le Dr Evans prit donc contact avec inventeurs et fabricants aux Etats-Unis et envoya son ami, le docteur Crane pour s’occuper de la sélection et de l’envoi des objets. Le résultat fut une impressionnante collection de livres médicaux, de documents, de photographies, d’appareils et de matériel exposant l’œuvre de la Commission sanitaire.
La Commission avait prévu de participer à la grande exposition universelle de Paris en 1867, mais le gouvernement américain refusa de coopérer. Pour combler ce vide, le docteur Evans se présenta avec sa collection. La France lui accorda une place dans l’exposition, Evans se chargeant des frais de transport à partir des Etats-Unis ainsi que de la construction d’un bâtiment sur le site du Champ-de-Mars.(Gerald Carson. The Dentist and the Empress, 1983.)
N.B. La Tour Eiffel, construite pour l’Exposition Universelle de 1889, aurait été absente de ce panorama.
7: La Fondation Mona Bismarck,
34 avenue de New-Yorka hébergé nombre d’associations américaines, comme:
American Friends of Blérancourt
American Club of Paris
American Wives of Europeans
Association of American Resident Overseas
Association France Etats-Unis
Fondation du Mémorial de l’Escadrille La Fayette
French-American Foundation France
French Heritage Society
World Monuments Fund
8: Washington,
Place d’Iéna.Travail commun entre Daniel Chester French (plus connu pour la statue d’Abraham Lincoln dans le Mémorial de Washington) et Edward Clark Potter, spécialiste de la sculpture animalière (en particulier les deux lions gardant l’entrée de la Bibliothèque Publique de New-York). Dans le cadre de la célébration des relations franco-américaines dans le contexte de l’Exposition Universelle de 1900, ce cadeau des Filles de la Révolution Américaine fut dévoilé le 3 juillet suivi, le jour suivant, par l’inauguration d’une statue de La Fayette à cheval dans la cour du Carrousel du Louvre (En 1984, la statue de La Fayette, pour faire place à la Pyramide de verre de Ming Pei fut déplacée à quelques kilomètres de là vers l’ouest sur les berges gazonnées et arborées du Cours La Reine, à mi-chemin entre les ponts des Invalides et Alexandre III).
9: Rochambeau
place de RochambeauLe 4 juin 1900, avant la présentation des deux précédentes statues, la statue de Donatien-Marie-Joseph de Vimeur, vicomte de Rochambeau, fut dévoilée dans sa ville natale de Vendôme. Le sculpteur, Fernand Hamar, était natif de cette ville. La statue montre Rochambeau la veille du siège de Yorktown, une carte d’Etat-major de Yorktown à la main. On peut lire dans l’inscription ; « commandant en chef de l’armée française en Amérique, prit Yorktown en 1781 et assura l’indépendance des Etats-Unis. »
On fit trois répliques de cette statue, la première dévoilée à Washington DC en 1903, celle-ci en 1933 et la troisième à Newport, Rhode Island l’année suivante.
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10: La flamme de la Statue de la Liberté,
pont de l’Alma
Une réplique plaquée or à l’échelle de la nouvelle flamme au sommet de la torche portée par la Statue de la Liberté à l’entrée du port de New-York depuis 1986. Le monument a été inauguré le 10 mai 1989. Sur la plaque à son pied, on peut lire :
« Flamme de la Liberté. Réplique exacte de la flamme de la Statue de la Liberté offerte au Peuple Français par des donateurs du monde entier en symbole de l’amitié franco-américaine. A l’occasion du centenaire de l’International Herald Tribune, Paris 1887 – 1987. »
(La flamme est devenue un mémorial non officiel de la Princesse Diana à la suite de sa mort en 1997 dans un tunnel sous le Pont de l’Alma)
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11: Eglise de la Sainte- Trinité, Cathédrale protestante américaine,
23 avenue George VCette église, la plus prestigieuse des deux églises protestantes américaines, fut fondée dans les années 1860, avec l’inauguration de son nouvel immeuble sur le site actuel en 1886. Dans la proximité immédiate de l’ambassade américaine à l’époque, aussi bien que de celle de la Chambre Américaine de Commerce, la Cathédrale était le lieu de rendez-vous des locomotives de la communauté américaine habitant Paris. En 1914 son pasteur, le Dr Samuel N. Watson, médecin de formation, devait jouer un rôle important dans les efforts de secours.
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12: Site de l’Eglise Américaine,
21 rue de BerriC’était le site de la première église protestante américaine où se réunissaient les résidents américains. Dans les années trente, l’immeuble fut vendu et l’Eglise déménagea dans de nouveaux bâtiments à son emplacement actuel, 65, Quai d’Orsay. (Pendant plusieurs années après, l’International Herald Tribune resta dans ce quartier, en ayant d’abord loué des locaux à l’Eglise Américaine avant de transférer son siège social actuel à Neuilly-sur-Seine).
13: Place des Etats-Unis
D’abord appelée Place de Bitche, le nom du square fut changé pour des raisons évidentes lorsque Levi P Morton, l’ambassadeur américain, y établit sa résidence et l’ambassade en 1881.
Le 13 mai 1885, un modèle en bronze de la Statue de la Liberté par Frédéric Bartholdi fut érigé au centre de la Place des Etats-Unis, directement face à la mission diplomatique américaine – afin de susciter le soutien financier pour la construction de la statue grandeur nature et son transport à travers l’Atlantique. Le modèle est resté en place jusqu’en 1888.
La Fayette-Washington
Le Général George Washington et son compagnon d’armes de la guerre de la Révolution américaine, le marquis de La Fayette, sur un socle de marbre, sont habillés en uniformes militaires, se serrant la main, les drapeaux français et américains en toile de fond. L’éditeur américain Joseph Pulitzer avait été impressionné par la Statue de la Liberté de Bartholdi et lui avait demandé de produire une statue destinée à symboliser l’amitié franco-américaine. Elle fut inaugurée en 1895 – une réplique exacte fut implantée plus tard dans le Parc de Morningside à Manhattan.
Horace Wells
Très curieux tribut au malheureux« découvreur de l’anesthésie moderne. » Le sculpteur était René Bertrand-Boutée et le monument fut dévoilé le 27 mars 1910 au cours de la dixième session de la Fédération dentaire internationale. C’est certainement un clin d’œil à la vanité, sinon à la mémoire du célèbre dentiste américain de Paris, Thomas Evans, décédé en 1895 en laissant ses collections et sa fortune, non pas à la France, mais à l’Université de Pennsylvanie.
Le Docteur Evans fut le premier dentiste en Europe à développer l’utilisation du caoutchouc vulcanisé comme base pour les dentiers. Il mettait constamment au point des nouvelles techniques, façonnages et amalgames et présenta le protoxyde d’azote comme anesthésiant général à ses collègues à Londres après l’avoir utilisé lui-même pendant plusieurs milliers d’opérations chirurgicales. Pendant ce temps, ses contacts avec l’Amérique continuaient. Il correspondait régulièrement avec son vieil ami de Philadelphie, S.S. White, fabriquant de fournitures dentaires et servait à Paris en qualité de correspondant du journal américain professionnel Dental News Letter, connu après 1859 sous le titre de Dental Cosmos. Le docteur écrivait également fréquemment sur l’orthodontie et la dentisterie chirurgicale pour The Lancet en Angleterre et traduisait les monographie d’intérêt scientifique d’anglais en français et de français en anglais » (Gerald Carson. The Dentist and the Empress, 1983.)
Elihu B. Washburne
14: Légation Américaine,
75, avenue Foch
Monsieur Washburne, on s’en souvient, était le seul membre du corps diplomatique de tous les pays à être resté à son poste pendant le siège de Paris et les jours encore plus difficiles de la Commune. Monsieur Washburne habitait près du Bois de Boulogne où les bombes tombaient en masse. Lorsque sa maison fut bombardée, il suivit le conseil de Monsieur Cowdin et emménagea dans l’appartement de ce dernier. (James Brown Scott. Robert Bacon, Life and Letters, 1923.)
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Madame Lebreton dit « Allons vers la Légation Américaine, chez Monsieur Washburne. Les Révolutionnaires vont respecter le drapeau américain. Monsieur Washburne nous protégera. »
« La Légation Américaine, Monsieur Washburne, » répéta l’Impératrice sur un ton interrogateur, et puis elle pensa à moi.
« Non », dit-elle « je vais aller chez le Docteur Evans. C’est aussi un Américain, mais il n’a pas de responsabilités politiques et puis c’est un vieil ami. Je suis sûre qu’il n’hésitera pas à nous rendre toute l’aide qui nous sera nécessaire »
C’est ainsi que l’Impératrice et Madame Lebreton demandèrent à leur cocher de les conduire vers ma résidence privée, au coin de l’Avenue de l’Impératrice et de l’avenue Malakoff, où elles arrivèrent vers cinq heures. (Thomas W. Evans. The Second French Empire, 1905.)
15: Bella Rosa, le domicile du Dr Evans
41, avenue Foch
(Cette avenue fut inaugurée sous le nom de l’Avenue de l’Impératrice avant de prendre le nom du Général Ulrich puis celle du Bois de Boulogne)Le Dr. Thomas W. Evans était le fondateur de la première Ambulance Américaine.
Après le décès d’Evans, Bella Rosa fut donnée à la Ville de Philadelphie qui la loua au Gouvernement Français pendant l’Exposition Universelle de 1900, son premier invité ayant été le Roi de Suède. Le Shah de Perse échappa de peu à une tentative d’assassinat en quittant la demeure. Elle fut démolie en 1907.
La splendide avenue de l’Impératrice, commencée en 1854 et terminée en 1856, devint rapidement un lieu de rendez-vous de la mode, avec des embouteillages toutes les belles après-midi. Les calèches et les cavaliers parcouraient la nouvelle avenue en allant faire du bateau sur les lacs, le Pré Catelan avec ses jardins et ses gigantesques arbres lagunaires, le champ de course de Longchamp ou d’autres aménagements comme le parc d’attractions pour les enfants, un chemin-de-fer en miniature, le zoo, une brasserie et d’élégants cafés-restaurants. En 1857 et 1858, sur un terrain situé vers le milieu de la pente entre l’Etoile et les barrières de la Porte Dauphine, connue alors comme la Porte de l’Impératrice, le Docteur Evans fit construire un luxueux hôtel particulier, en fait un petit palais, dans le style architectural en faveur sous le Second Empire. Jusque là, on cultivait des choux sur ce terrain.
La résidence s’appelait un hôtel, ce qui selon la nomenclature française du dix-neuvième siècle voulait dire une maison avec des prétentions aristocratiques. Elle se trouvait au numéro 41, entourée par la verdure d’un joli parc faisant face à la nouvelle avenue au coin de l’avenue Saint Denis devenue l’avenue Malakoff après 1864 et prêt d’un chemin traversant la propriété du Docteur Evans emprunté par des jardiniers qui puisaient leur eau d’une pompe appelée La Croix Blanche. Le docteur donna à la ville le terrain pour transformer le chemin en la rue de la Pompe. Cela lui laissa de la place pour sa nouvelle maison dans la forme d’un losange de forme irrégulière, entourée par l’avenue de l’Impératrice, l’avenue Saint Denis et la rue de la Pompe, ainsi qu’une plus grande parcelle le long de la rue de la Pompe sur laquelle il fit construire plus tard un immeuble d’habitation. A côté de la propriété d’Evans se trouvait un hippodrome, une vaste école d’équitation à ciel ouvert avec des galeries couvertes pour les spectateurs. Là, des ascensions en ballon et des reconstitutions de triomphes militaires attiraient de grandes foules pendant la saison d’été. Heureusement, l’hippodrome fut détruit par un incendie en 1869.
Il y avait une entrée pour les calèches sur la propriété, de larges écuries avec des stalles pour vingt chevaux, une serre, une fontaine avec un jet d’eau, une volière chauffée et à l’abri des rats (le docteur était un collectionneur enthousiaste d’oiseaux exotiques) ainsi que des parterres de roses partout, ce qui donna son nom à la propriété, Bella Rosa. Elihu B Washburne décrit dans ses Souvenirs « l’élégante propriété du docteur Evans » (Gerald Carson. The Dentist and the Empress, 1983.)
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16: Site de la première Ambulance américaine,
36, avenue FochDébut septembre, il devint absolument indispensable de planter nos tentes quelque part, et se préparer au conflit qui devenait tous les jours de plus en plus imminent [...]
On avait trouvé un endroit sur l’avenue de l’Impératrice, au numéro 36 et plusieurs tentes avaient été dressées le premier septembre 1870 [...]
Le terrain n’était pas particulièrement engageant ; il était plat, couvert d’une végétation luxuriante et avait l’aspect d’un jardin riche mais mal entretenu ; et je puis ajouter qu’avant notre occupation il avait été utilisé pour une concours canin – plusieurs centaines de chiens avaient campé là pendant une grande partie de l’été 1870. (Edward A. Crane, "Report on the Organization of the American Ambulance," 1873.)
Description:
C’est au Docteur Evans que l’ambulance Américaine doit plus encore qu’à tout autre homme. Elle se finançait elle-même, nos hommes également, et le docteur Evans donnait la plus grande partie des fonds. Il avait fait venir quelques wagons ambulance américains et le matériel pour un hôpital de campagne pour les exposer à l’Exposition de 1867 et le tout lui appartenait toujours [...]
Les tentes du docteur Evans étaient dressées avenue de l’Impératrice à l’emplacement du concours canin. C’était notre quartier général pendant tout le siège bien que, à la fin, les tentes ne fussent pas assez larges ou confortables pour héberger les blessés, ce qui nous a amené à construire des baraquements à cet emplacement » (Ralph Keeler. "Memoirs of the American Ambulance Corps in the Franco-Prussian War, 1870-1871", 1873.)
La première impression produite sur le visiteur, en arrivant à l’Ambulance Américaine, était généralement la surprise. Il était difficile à une personne ne connaissant que les hôpitaux de Paris et les ambulances organisées dans la ville pendant le siège – presque toutes installées dans des bâtiments publics monumentaux, ou dans des hôtels ou des résidences privées – de comprendre comment une telle réunion de tentes et de baraques, comme celles que nous avions érigées avenue de l’Impératrice, pouvaient servir d’ambulance. Et cependant, la première impression du visiteur était le plus souvent agréable. [...]
En entrant dans le terrain par la grille qui donnait sur l’avenue et en passant devant la guérite de la sentinelle sur la gauche, le premier bâtiment qui attirait d’ordinaire l’attention – car c’était le plus près de la guérite – était connue de nous comme « l’Administration ». Il y avait deux appartements – une pièce de réception pour les visiteurs et une pièce pour le comité. Mais les tentes, bien sûr, étaient toujours l’objet principal de l’intérêt. En conséquence, nous conduisions généralement notre visiteur presque immédiatement vers le pavillon le plus près de l’administration.(Edward A. Crane, "Report on the Organization of the American Ambulance," 1873.)
L'Ambulance en action
Imaginez un chirurgien au sommet de son art, resplendissant, barbe poivre et sel, sûr de lui, travaillant pour la beauté de l’art, le cœur aussi tendre que son expression était rude ; une Quaker tirée à quatre épingles, choquée par le moindre écart de langage ; deux dames de l’Opéra ; un pasteur très évangélique, croyant en l’efficacité de textes imprimés en français ; un nombre de banquiers et de jeunes gens sans occupation, ne croyant en rien du tout ; un ou deux Anglais égarés ; et enfin une riche femme de couleur qui avait quitté son monde de luxe pour faire les tâches les plus ingrates pour les blessés, et pour être tenue à l’écart par le reste de l’ambulance. (Thomas G Bowles, The Defence of Paris, 1871.)
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Les aides volontaires, des gentlemen, qui devaient se rendre sur le terrain avec les carrioles pour ramasser les blessés, mettaient un point d’honneur à rechercher et à prendre ceux des plus blessés et en particulier ceux qui avaient des fractures car on pensait que cette catégorie de blessés, particulièrement, souffrirait moins sous les tentes que dans les maisons. Une telle sélection des plus sérieusement blessés conduisait nécessairement à ne faire rentrer que ceux qui étaient si gravement blessés qu’ils justifiaient de soins palliatifs. Une autre raison qui explique que nous ayions autant de blessés de cette catégorie venaient que ces gentlemen étaient en général plus rapides que tous les autres. (John Swinburne, "Report on the Surgical History of the American Ambulance," 1873.)
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En entrant dans les lieux, nos visiteurs regardaient autour d’eux la foule des volontaires qui s’agitait et demandaient avec curiosité « mais qui sont ces gens, Messieurs ? ». Kent expliqua qu’ils étaient membres de l’équipe des volontaires, divisé en deux brigades travaillant un jour sur deux, et en désigna quelques uns des plus connus. « Mais ce sont des hommes riches et de haute réputation dans la société, » dit le petit monsieur avec surprise. « Certainement, Monsieur, mais cet aspect des choses ne semble pas faire de différence lorsqu’ils ramassent un blessé ou qu’ils soignent un membre blessé sur le terrain. »
Des ordres avaient été reçus au quartier général pour être prêt à bouger, et le camp était en plein émoi. Le service des volontaires n’avait jamais été aussi important et si bien équipé. Chaque aide portait la casquette de marin classique avec l’écusson marqué de la Croix Rouge et le brassard réglementaire autour du bras.
Au début, nous ne pouvions pas avancer, la route étant tellement embouteillée par des trains d’ambulances ; mais lorsque le quartier général eut connaissance de notre situation, une réponse rapide arriva, en la personne du Docteur Sarrazin, qui, se dressant sur son célèbre cheval bai, cria d’une voix retentissante « l’ambulance américaine en avant ! ». Et vers le Front nous nous dirigeâmes, passant le long de dizaines de grands omnibus et vers l’avenue libre. Ce petit incident établit un précédent car nous eûmes toujours ensuite l’honneur de tenir la tête de colonne des trains de l’armée française.
A ce moment-là une partie de notre Corps nous quitta et se dirigea en descendant vers Rueil. Ils étaient visiblement excités par la scène car nous pouvions les entendre chanter à tu-tête tout en marchant : « Marching through Georgia ! » . La voix haute de ténor de Will Dryer et la grosse voix de basse du Capitaine Bowles étaient parfaitement audibles. Des hourras et des hourras s’élevèrent de la réserve Française tout le long de la ligne « Pourquoi çà ? » demanda Frank à un escadron qui rentrait « Les Américains ! » répondit une voix. L’enthousiasme de nos amis avait fait naître leur admiration. Mais nous avions vu tout ce qu’il y avait à voir et Frank et moi nous occupâmes du premier lot du chariot. Nous conduisions avec précaution par les pauvres types souffraient horriblement et le moindre cahot les faisait crier de douleur. C’était tard dans la nuit lorsqu’ils dévalèrent le pont-levis de la Porte Maillot. « Holà ! de quelle ambulance êtes-vous ? » A la lueur des torches nous voyions l’éclat d’un garde armé. « L’ambulance américaine ! – « HPassez ! » Une foule anxieuse se pressait à l’intérieur des fortifications. Avec quelque difficulté, nous sommes passés à travers la foule et sommes enfin arrivés à l’ambulance avec notre carriole pleine de souffrants. » (Louis Judson Swinburne, Paris Sketches, 1875.)
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Chapitre Deux
Table des matières