THOMAS W. EVANS
Les Institutions sanitaires pendant le conflit austro-prussien-italien

CHAPITRE V

LA BATAILLE DE SADOWA.

Grandeur de la lutte. --- Scènes navrantes. --- Un grand nombre de blessés restés plusieurs jours sans pansement. --- Activité et dévouement des médecins prussiens. --- Les ambulances dans les villages qui environnent le champ de bataille. --- Bonté et sollicitude des chirurgiens dans les hôpitaux de campagne. --- Les blessés dans les hôpitaux de Milowitz et de Sadowa.

On a vu dans le chapitre qui précède avec quelle vigueur et quelle intelligence le comité central de la Société prussienne avait donné aide et assistance au département sanitaire de l'armée, dès le premier conflit entre les forces hostiles. Toutefois, ce n'était là, pour ainsi dire, que le premier essai que l'institution faisait de ses forces. A partir de ce moment, elle eut conscience de ce qu'elle pouvait réaliser, et lorsque des événements plus graves et plus décisifs vinrent presque aussitôt après le combat de Langensalza étonner l'Allemagne et l'Europe, la Société prussienne montra d'une manière éclatante combien grands sont les services que peuvent rendre, en ces moments solennels, une oeuvre sanitaire basée sur le concours libre de tout un peuple.

Les troupes prussiennes avaient pénétré dans la Bohème par les étroits défilés de la Saxe et du Riesengebirge. Une série de sanglantes batailles les avaient conduits jusque sur les bords de l'Elbe devant la forteresse de Koenigsgraetz. Ici, sur les collines et dans la vaste plaine qui avoisinent cette ville, eut lieu la grande et mémorable bataille qui restera dans les annales de l'histoire comme un des plus grands événements du dix-neuvième siècle. Plus de cinq cent mille combattants se trouvaient en présence au matin du 2 juillet.

Le choc fut terrible; de huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, le canon ne cessa de gronder; et lorsque, vers le soir, le roi de Prusse, qui avait dirigé la bataille, se mit à la poursuite de la formidable armée autrichienne qu'il venait de vaincre, plus de quarante mille blessés jonchaient l'espace immense qui s'étend des villages de Sadowa à celui de Chlum, et de Nechanitz à la forteresse de Koenigsgraetz. La scène sanglante de Solférino, quelque navrante et terrible qu'elle fut, ne saurait être comparée à l'immense carnage qui caractérisa la journée de Sadowa. Lorsque les compagnies sanitaires de l'armée prussienne explorèrent le champ de bataille, un spectacle indescriptible se présenta à leur regard. Des milliers d'Autrichiens, des escadrons entiers étaient couchés sur le sol, dans l'attitude qu'avaient les hommes au moment où, arrivés à la portée des projectiles prussiens, ils étaient tombés foudroyés; au milieu des morts gisaient d'innombrables blessés qui imploraient le secours de leurs vainqueurs. Mais parmi les Prussiens, la scène n'était pas moins navrante. Des milliers d'hommes étaient couchés pêle-mêle sur le sol, les uns renversés par les escadrons autrichiens qui chargeaient l'ennemi avec une véhémence extrême; les autres blessés par les balles coniques de l'infanterie autrichienne, ou mutilés par les boulets de l'artillerie, qui placée sur les hauteurs de Chlum et de Nechanitz, balayait les rangs prussiens.

On se figure aisément l'activité que, dans cette journée sanglante, les médecins autrichiens et prussiens durent déployer; les médecins prussiens surtout. En effet, il ne faut point oublier que dans sa retraite, l'armée autrichienne laissa presque tous ses blessés sur le champ de bataille, abandonnant à la générosité de l'ennemi la tâche de les relever et de les soigner. Certes, les chirurgiens de l'armée prussienne ne faillirent point à ce devoir, ainsi qu'on le verra plus loin; ils soignèrent avec une sollicitude égale Prussiens et Autrichiens ; mais il convient de ne pas perdre de vue que la Prusse, en agissant ainsi, n'obéissait pas seulement à un sentiment naturel de générosité et d'humanité, mais qu'elle remplissait les engagements auxquels elle avait souscrit en signant le traité de Genève.

Remplir consciencieusement de pareils engagements après cette journée de carnage c'était entreprendre une oeuvre glorieuse, mais d'une extrême difficulté. Pendant trois jours et trois nuits les compagnies sanitaires explorèrent sans relâche le champ de bataille, relevant avec sollicitude les blessés; mais quelque zèle qu'on mit à porter secours à tous indistinctement, bien des blessés moururent avant qu'on eût pu les transporter dans une ambulance. Comment, du reste, organiser immédiatement des ambulances en nombre suffisant pour recevoir tant de milliers de blessés? On les avait relevés, on les avait placés dans les charrettes et les chariots requis en toute hâte; mais où les transporter maintenant? Une partie de ces malheureux durent rester dans ces véhicules, et endurer pendant longtemps des tortures inouïes, malgré les soins empressés des médecins prussiens, qui eux-mêmes brisés de fatigue, ne se soutenaient que par un effort suprême et par le sentiment qu'ils avaient de la grandeur de leur tâche.

Lorsque j'arrivai sur le champ de bataille, un peu d'ordre commençait à se faire au sein de la confusion. Des médecins volontaires accouraient de toutes parts, et le comité central de la Société prussienne faisait déjà sentir sa bienfaisante influence. On ne rencontrait plus un homme qui n'eût déjà reçu des soins intelligents. Du reste, si un grand nombre de blessés étaient restés dans les voitures de transport ou sur le champ de bataille, deux jours entiers avant d'être pansés, il faut songer que le carnage avait eu lieu sur une immense étendue de terrain, et que beaucoup de blessés, ayant cherché un abri dans les maisons abandonnées par les paysans, s'y étaient affaissés. Pour les découvrir il fallut explorer des villages distants de plusieurs lieues les uns des autres.

Dès que ce premier devoir fut rempli, les chirurgiens organisèrent le service hospitalier avec une remarquable précision et une vue d'ensemble qui ne laissait rien à désirer. Ceux qui étaient légèrement blessés furent aussitôt dirigés sur les villes environnantes de Reichenberg, Horsitz, Gitshin en Bohême; les autres sur la Prusse et sur la Saxe. Ceux qui étaient grièvement blessés et qui ne pouvaient supporter le voyage furent installés dans les villages situés sur le champ de bataille; et cinq jours après le combat, il n'y avait pas de village, à quatre lieues à la ronde, qui ne fût encombré de blessés.

J'ai visité avec la plus vive sollicitude ces hôpitaux improvisés, et je ne saurais exprimer la profonde impression que je ressentais chaque fois qu'à l'entrée, d'un de ces hameaux, je voyais flotter tristement sur la principale maison de l'endroit ce drapeau blanc qui indiquait au passant que là gisaient sur leur lit de douleur les innombrables victimes de ce fléau qu'on appelle la guerre, et qu'on dit indispensable à l'humanité.

Mais dans chacun de ces asiles on avait aussi l'occasion d'admirer le dévouement admirable des infirmiers et des chirurgiens prussiens. Ils étaient là entourant de soins affectueux les malades qui leur étaient confiés. Dans chaque asile il y avait au plus une vingtaine de patients; aussi les médecins les connaissaient tous par leur nom; ils les interrogeaient avec précaution, ils s'attachaient à eux et se faisaient aimer par ces malheureux. Je n'oublierai jamais la scène qui s'offrit à mes regards, dans le petit village de Milowitz. Dans une maison en bois, composée d'un rez-de-chaussée, se trouvaient réunis dans une vaste pièce une vingtaine de blessés. La salle était bien éclairée, l'air circulait librement. En entrant dans cette pièce je fus reçu par le médecin de service, avec cette courtoisie à laquelle m'avaient habitué tous les chirurgiens militaires prussiens que j'avais rencontrés. II me conduisit vers un lit où était couché un jeune soldat hongrois. Une blessure reçue en pleine poitrine avait un aspect rassurant, mais la jambe était gonflée. Il y avait évidemment un os fracturé vers la cheville, et la balle était restée dans la plaie. Toutefois il y avait quelque doute à ce sujet. Lorsque j'arrivai dans cet hôpital, le chef de service médical de l'armée prussienne, M. de Langenbeck, le célèbre chirurgien, venait d'y entrer; aussitôt il s'était dirigé vers le jeune blessé, près duquel se trouvaient trois autres médecins. Rien de plus touchant que la sollicitude avec laquelle le chirurgien en chef et les autres médecins examinaient le patient. M. de Langenbeck, tout en sondant la plaie, adressait au blessé des paroles empreintes de douceur; il l'encourageait à supporter patiemment une douleur qu'il ne pouvait lui épargner. Je suivais avec une admiration que je ne pouvais contenir les mains habiles du chirurgien, lorsque tout à coup, celui-ci se tournant vers nous, il nous dit : ´ La balle est ici.ª S'adressant aussitôt au blessé, il ajouta : ´ Maintenant soyez en repos, mon enfant; bientôt vous retournerez au foyer auprès de ceux que vous aimez. ª

Nous citons ce fait, non pas simplement pour mettre en relief un trait de bonté et d'humanité, mais parce que nous croyons que dans un grand nombre de cas une parole encourageante rend moins cruelles les souffrances des blessés qui se voient en pays étranger, loin de tous ceux qui leur portent intérêt. Dans les hôpitaux où les malades sont soignés par des femmes, ils auront souvent occasion de parler de la patrie absente et de ceux qu'ils y ont laissés ; mais dans les hôpitaux militaires que nous avons visités dans les villages de la Bohème, il n'y avait point de ces femmes au chevet des blessés; à voir la douceur et la bonté des infirmiers et des médecins, on eût dit qu'ils avaient à cœur d'assurer à leur malades ces soins et ces attentions qu'auraient eus pour eux des sœurs de Charité.

Un exemple de ce dévouement des chirurgiens dans l'armée prussienne est encore présent à mon esprit. Le comte Harrach possédait dans le village même de Sadowa une grande raffinerie. Pendant la bataille cet établissement fut un instant le centre des opérations; il fut criblé de balles et de boulets. Après l'action on transforma cette fabrique en hôpital. Les lits furent placés au rez-de-chaussée dans le grand atelier; on les adossa contre le mur et contre les machines; on en plaça également dans les galeries supérieures. On organisa tout cela avec une entente si parfaite des principes sanitaires, qu'en pénétrant dans l'établissement je me vis dans un hôpital spacieux, bien éclairé et muni d'une excellente ventilation. Dans cet hôpital se trouvaient une cinquantaine de blessés qu'un médecin et ses aides soignaient avec une sollicitude toute fraternelle. Il y avait entre autres patients un habitant de l'endroit. Au moment de mon arrivée dans l'établissement, cet homme venait de ramasser dans la cour une bombe qu'il croyait éteinte; ce projectile éclata dans ses bras et le blessa affreusement. Il était couché sur son lit de douleur, sa mort était proche. Mais enfin il était entouré de sa femme et de ses enfants. Le chirurgien de l'établissement qui m'accompagnait me dit: ´ Certes, cet homme est à plaindre, mais plus malheureux encore est ce jeune Italien que vous voyez là-bas, et que nous perdrons certainement. Il va mourir loin de sa patrie et de ses amis; aussi est-il de notre devoir de mitiger par les soins affectueux que nous lui rendons, ce qu'une pareille mort a de cruel et de triste.ª

Au reste, tous ces hôpitaux dispersés dans les villages de la Bohème étaient rattachés les uns aux autres par des rapports quotidiens. Des inspecteurs sanitaires les visitaient fréquemment et M. de Langenbeck notamment, infatigable dans l'accomplissement de son devoir, visitait sans cesse ces établissements pour entretenir le zèle des chirurgiens et les aider de son expérience et de ses lumières.

 

CHAPITRE VI

ACTIVITÉ DE LÀ SOCIÉTÉ PRUSSIENNE.

Convois importants expédiés sur le théâtre de la guerre. --- Établissements de dépôts en Bohème et sur les bords du Mein.--- Caractère internationale de la Société prussienne de secours. --- Buffets établis dans les gares des chemins de fer pour distribuer des rafraîchissements aux troupes. --- La Société prussienne distribue des livres.---Désintéressement et dévouement des agents de la Société. --- Le journal Kriegerheil.

On a vu dans les pages qui précèdent, qu'après les premiers jours de confusion, les blessés de la bataille de Sadowa, Autrichiens et Prussiens, étaient couchés dans de bons lits, et qu'ils recevaient tous les soins qu'exigeait leur état. Nous avons dit aussi que dès le début l'influence de la Société prussienne, s'était fait sentir dans les hôpitaux établis sur le théâtre même des événements.

En effet, c'est à cette société que revient en grande partie le mérite d'avoir prévu les besoins qui allaient se manifester, et d'avoir su prendre des mesures propres à fournir aux médecins de l'armée les moyens de suffire à toutes les exigences de la situation.

Au moment même où les premiers combats avaient lieu dans les défilés de la Saxe et de la Bohême, le comité dirigeait vers ces contrées un grand convoi, composé d'objets et d'appareils thérapeutiques, d'un poids total de 50,000 kilogrammes et 440 barriques de vin. Le convoi arrivait à Gitschin la veille même de la bataille de Sadowa, et le roi de Prusse, après en avoir conféré personnellement avec les membres du comité qui suivaient le convoi, ordonna que ces objets fussent répartis dans les hôpitaux de campagne qu'on avait établis dans les différents endroits où les Prussiens venaient de vaincre, depuis Nachod jusqu'à la ville de Gitschin. Une partie de l'envoi fut néanmoins réservée pour les blessés qu'on ramenait des divers champs de batailles Ces convois de blessés formaient une longue file de voitures avançant péniblement. Quand les délégués de la Société se portèrent à la rencontre des blessés, un triste spectacle s'offrit à leurs regards : dans de lourds chariots gisaient sur la paille des hommes qui après avoir reçu un premier pansement, étaient restés trente à quarante-huit heures sans nourriture. Tout ce que la contrée offrait de ressources avait été épuisé, et l'on ne peut songer sans frémir au sort qui eût infailliblement frappé une partie de ces hommes, si les commissaires de la Société de secours ne s'étaient pas trouvés là au moment décisif pour offrir à ces malheureux des provisions et les rappeler à la vie.

Peu de jours après, un convoi plus considérable partait de Berlin. La bataille de Sadowa venait d'être livrée; l'armée prussienne se portait vivement sur Vienne. Une bataille non moins sanglante était à prévoir; en même temps qu'il fallait faire face aux exigences du moment. Un des convois expédiés par la Société, à la nouvelle de la grande bataille, avait une valeur approximative de 300,000 francs, et parmi les objets dont il se composait nous voyons figurer 4,000 kilogrammes de glace, destinés au service des hôpitaux. Pendant une quinzaine de jours le comité expédiait chaque jour un convoi en Bohême.

Pour introduire de l'ordre dans une si grande et difficile entreprise, on sentit qu'il était nécessaire d'établir sur le théâtre même des opérations de grands dépôts, d'où l'on pourrait aider les hôpitaux de campagne selon leurs besoins, et porter promptement secours aux blessés partout où un engagement sérieux appellerait la sollicitude des délégués de la Société.

Ces dépôts furent promptement organisés à Turnau, à Gitschin et surtout à Kœniginhof, à Trautenau, à Brunn, à Pardubitz, à Wurzbourg, à Wertheim. Malgré les précautions et les mesures intelligentes qu'avait prises le comité central, les convois destinés à l'armée de Bohême éprouvèrent souvent de fâcheux retards à cause de l'encombrement qui existait sur les voies ferrées. Je ne pouvais me défendre d'un sentiment de tristesse à la vue de ces nombreux wagons qui stationnaient des jours entiers dans les gares du chemin de fer de Dresde à Prague. Ces retards étaient d'autant plus regrettables, que des envois considérables de provisions se détérioraient dans les stations; tandis que des besoins pressants se faisaient sentir dans les hôpitaux de Brunn et des environs, où le choléra sévissait avec violence.

Il eût été facile de faire parvenir à Prague les envois de la Société en organisant un service de transport sur l'Elbe; malheureusement le commandant saxon de la forteresse de Kœnigslein, forteresse qui domine ce fleuve, avait déclaré qu'il ferait couler tout transport qui passerait sous les canons de la place. Ce fut là une décision déplorable à tous égards, car il ne faut point oublier que la Société prussienne de secours aux blessés était basée sur un principe international, et qu'en lui interdisant la libre navigation de l'Elbe, on privait de secours précieux non pas seulement des blessés et des malades prussiens, mais encore et surtout les Autrichiens et les Saxons eux-mêmes, qui se trouvaient en nombre considérable dans tous les hôpitaux de la Bohème.

En même temps que la Société prussienne déployait une incessante activité pour secourir les blessés et les malades des armées qui se trouvaient en Autriche, elle montrait une prévoyance et une sollicitude non moins grandes à l'égard des troupes qui opéraient en Bavière et sur les bords du Mein. Instruit toujours en temps utile des mouvements de l'armée, le comité central de la Société dirigeait ses envois, ses approvisionnements et ses infirmiers sur les points où des engagements devaient probablement avoir lieu. C'est ainsi que soixante convois furent expédies dans ces régions, et que, pendant les sanglantes journées de Kissingen et de Wertheim, les médecins de l'armée eurent à leur disposition d'abondantes ressources, grâce à l'active et intelligente intervention de la Société de secours.

Ce qui m'a surtout frappé dans la manière d'agir de cette association, c'est que, malgré l'élan exclusivement prussien et patriotique qui entraînait à cette époque tous les esprits et qui conduisait les Prussiens à des succès éclatants, elle ne renia pas un instant sa mission internationale. Elle distribuait ses trésors indistinctement aux enfants de la Prusse et à leurs adversaires. Nous pourrions nous borner à rappeler que, dans les hôpitaux de campagne et les hôpitaux réguliers auxquels la Société prodiguait ses secours, il y avait toujours deux et même trois fois plus d'Autrichiens que de Prussiens; mais des faits plus marquants montrent combien la Société avait le sentiment de ses devoirs internationaux : elle envoya itérativement des fonds considérables à des sociétés de secours autrichiennes, notamment à celle de Prague.

Un grand nombre de volontaires, appartenant aux premières familles du pays, accompagnaient, sans aucune rétribution, les convois expédiés par la Société. Ces volontaires veillaient sur les articles composant le convoi, et se chargeaient de la distribution des différents objets, conformément aux instructions du comité central.

Lorsque les envois ne pouvaient se continuer par chemin de fer, les agents de la Société requéraient des chevaux et des chariots, et, à force de persévérance, on arrivait en temps opportun au lieu de destination. C'est ainsi que, sur l'ordre de la reine de Prusse, soixante chevaux et trente voitures furent mis à la disposition des agents de la Société pour effectuer le transport de Dresde en Bohême des objets expédiés par le comité de Berlin.

En général, l'action bienfaisante de la reine se faisait souvent sentir quand il s'agissait de faciliter à la Société de remplir sa mission d'une manière effective. Tantôt cette souveraine et la princesse royale venaient, dans les bureaux de la Société, encourager par leur présence les dames occupées à préparer le linge et les divers objets qu'on devait expédier à l'armée; tantôt elles se rendaient dans les grandes villes du pays pour stimuler le zèle des sociétés locales.

Aussi, les envois des sociétés provinciales étaient parfois considérables. Les États alliés à la Prusse mettaient également à la disposition du comité central le produit de la bienfaisance publique. La ville libre de Brême, par exemple, expédiait à Berlin, en une seule fois, 40,000 francs en espèces, 400 barriques et 1,300 bouteilles de vin rouge, 380 bouteilles de Porto, 400 kilogrammes de tabac à fumer, 47,000 cigares, 4,000 kilogrammes de sucre, 500 kilogrammes de riz; les jours suivants, des envois aussi considérables arrivaient de cette même ville et du grand-duché d'Oldenbourg, tandis que la ville de Hambourg envoyait d'immenses quantités de glace.

Le comité central distribuait, avec intelligence et sans parcimonie, les ressources dont il disposait. Après la bataille de Sadowa, et peu de temps après le traité de Nickolsbourg, elle faisait à Prague un envoi qui, par ses proportions, nous rappelait les envois que la Commission sanitaire des États-Unis expédiait parfois à l'armée fédérale. Ce convoi se composait de 22 wagons, et je vois figurer parmi les objets dont il se composait, 50,000 livres de viande, 34,000 bouteilles de vin rouge, 1,500 bouteilles de cognac, 20,000 paires de pantoufles, 5,000 ceintures en flanelle, 62,000 cigares et une foule d'autres objets aussi utiles que variés.

Indépendamment des dépôts où elle emmagasinait ses envois, la Société de secours avait organisé dans les principales stations de chemin de fer, notamment dans les gares d'embranchement ou de jonction, de grands buffets où ses agents étaient occupés à distribuer des secours soit aux blessés qui passaient, soit aux hôpitaux de campagne établis à proximité de ces gares.

Pardubitz, par exemple, est une station du chemin de fer se dirigeant de Dresde sur Vienne, et forme un point de jonction pour plusieurs chemins d'embranchement.

Huit à dix mille hommes y tenaient garnison, et vers la fin de juillet, les hôpitaux militaires de cette place étaient encombrés de cholériques. Or, sur ce point important, la Société avait établi un dépôt principal, qui a pu fournir aux hôpitaux tous les objets nécessaires pour soigner leurs blessés et leurs .malades, et tous les aliments convenables aux convalescents. De plus, elle avait établi dans la gare même du chemin de fer un de ces buffets dont nous parlons, afin de pouvoir mieux distribuer ses secours aux troupes qui passaient par l'endroit ou qui y stationnaient quelques jours. Elle donnait par jour à chaque soldat souffrant ou convalescent un potage gras, de la viande, un grand verre de vin, un petit verre de cognac avec du sucre et de l'eau très-fraîche, du pain, des cigares, et le matin une tasse de café avec sucre et pain sucré.

Du mois de mai au mois de juillet, le nombre des soldats traversant Pardubitz et secourus par la Société s'éleva en moyenne à trois cents par jour.

Une autre succursale de ce genre, établie à Bodenbach, station importante du chemin de fer de Dresde à Vienne, distribua de la même manière, et dans le même laps de temps, des rafraîchissements à 5,500 convalescents et à 5,000 hommes valides, mais fatigués par le long trajet. Cette succursale, confiée à la direction de M. Auerbach, professeur distingué de Berlin, qui s'était volontairement mis à la disposition de la Société, cette succursale, dis-je, mettait chaque jour 500 portions à la disposition des troupes qui passaient, et chaque portion se composait, pour le soldat valide, d'une demi-livre de viande, d'un pain blanc, d'un grand verre de vin rouge, d'un petit verre de cognac, d'un verre d'eau sucrée. On y ajoutait deux cigares par homme; et si le soldat était souffrant ou convalescent, on lui offrait un autre potage gras ou du bouillon. Il est à regretter que dans cette occurrence ces succursales n'aient pas eu à leur disposition l'excellent boeuf comprimé de Borden, qui donne le meilleur bouillon qu'on puisse offrir au convalescent.

Mais la prévoyance de la Société ne se bornait pas à établir de ces grands buffets; dans la plupart des endroits qui formaient des points de jonction pour les embranchements de chemins de fer, le comité central avait fait établir des hôpitaux destinés à recevoir les soldats malades qui, arrivés à la station, ne pouvaient continuer leur route. Ces établissements, munis de tout ce qui était nécessaire au traitement des malades, et de tout ce qui pouvait leur offrir du confort, rendirent de grands services à l'armée, notamment à l'époque o le choléra vint ajouter ses horreurs à celles de la guerre.

En même temps que la Société secourait ainsi les blessés et les malades sur le théâtre même de la guerre, elle répandait ses bienfaits également parmi les malades et les blessés dont étaient encombrés les grands hôpitaux de Berlin, de Breslau, de Dresde et de la plupart des grandes villes de Prusse, ainsi que j'ai pu m'en assurer. Aussi, les directeurs de ces hôpitaux, les malades que j'ai eu occasion de questionner sur ce sujet, reconnaissaient-ils volontiers et unanimement les services dont ils étaient redevables à la Société de secours.

Toujours ingénieuse à trouver l'occasion de remplir dignement sa mission, en donnant, an malade tout le confort possible, elle fit un appel spécial aux libraires et aux éditeurs, pour les engager à fournir, comme offrande à la Société, des livres qui pourraient aider les malades et les blessés à supporter plus patiemment leurs souffrances, en leur offrant une lecture attrayante ou fortifiante. On répondit à l'appel du comité central par l'envoi d'un grand nombre de livres, qui furent classés avec intelligence. Un comité nommé par la Société, et composé de libraires et d'hommes de lettres, en forma des collections très-variées, que l'on distribua aussi bien dans les hôpitaux de campagne que dans les hôpitaux de Berlin et des autres villes. Ce qui me frappe surtout en parcourant la liste variée de ces ouvrages, c'est l'heureuse idée qu'on eut d'introduire dans ces bibliothèques improvisées un très-grand nombre de livres italiens, hongrois et slaves; les blessés et les malades de l'armée autrichienne, soignés par la Prusse, étant beaucoup plus nombreux que les malades prussiens, et se composant en partie d'Italiens, de Hongrois et de Polonais, on avait voulu que ceux-ci pussent également profiter des bienfaits de la mesure adoptée.

Cette mesure avait été prise surtout en vue des convalescents. En général, la Société se montra constamment aussi préoccupée à venir en aide à ceux-ci, qu'elle était attentive à prodiguer ses soins aux malades. C'est ainsi qu'elle employait une somme de 150,000 francs environ pour envoyer aux eaux des soldats, des officiers et des médecins militaires convalescents; et le jour de l'entrée de l'armée prussienne à Berlin, elle faisait remettre à chaque convalescent dans les hôpitaux de cette ville, 8 francs en espèces et deux bouteilles de vin rouge, quelle que fût du reste la nationalité de ces convalescents.

Somme toute, à la fin de la guerre, la Société prussienne de secours aux blessés avait dépensé en espèces une somme de deux millions de francs environ, pour compléter ses approvisionnements et secourir les blessés; d'autre part, elle avait reçu en nature et distribué des objets d'une valeur estimée à six millions de francs. Certes ce sont là des sommes considérables; mais ce qui en a pour ainsi dire doublé la valeur, c'est la manière intelligente dont tous ces trésors ont été distribués. Au surplus, il convient d'ajouter que si la Société a pu obtenir de si grands résultats, elle en a été redevable surtout au zèle et au dévouement de ses agents, qui ont rempli partout leur noble et difficile mission avec une énergie et une persévérance admirables, volontairement et sans r´etribution. Il est juste aussi de faire observer que le gouvernement prussien secondait puissamment les efforts de la Société, en l'autorisant à se servir gratuitement des chemins de fer, de la poste et du télégraphe.

Pour se mettre en rapport avec le public, la Société prussienne de secours aux blessés avait fondé un organe spécial, le Kriegerheil (le Salut du soldat), organe dans lequel elle rendait compte au public de toutes ses opérations, et faisait de fréquents appels an patriotisme et à l'humanité du peuple prussien. Cet organe a continué à paraître; il a rendu de bons services dans la guerre, et nul doute que maintenant, pendant fa paix, il ne continue à être utile en engageant les populations à préparer, pendant les jours de calme, ce qui, au jour de la tourmente, sera le salut de l'humanité souffrante.

 

CHAPITRE VII

LES CHEVALIERS DES ORDRES DE SAINT-JEAN ET DE MALTE

Services rendus par ces ordres pendant la guerre. --- Les hôpitaux de Berlin. --- Activité de la reine et de la princesse royale de Prusse en faveur des sociétés de secours.

Si, dans les pages qui précèdent, nous avons mis en relief les services rendus par la Société prussienne de secours aux blessés, ce n'est pas parce qu'elle était la seule et unique société organisée en Prusse par le concours spontané du peuple; nous nous sommes étendu sur les résultats obtenus par cette société, parce qu'elle était celle qui s'était établie sur un principe international et celle aussi dont les ressources étaient les plus considérables.

Mais il y avait à côté d'elle d'autres sociétés de secours, telles que la Société de Koenig Wilhelm et la Société de secours à l'armée, qui avaient également pour but de secourir les blessés. Des tentatives furent faites pour opérer une fusion entre ces sociétés et la Société prussienne, mais elles échouèrent; toutefois la Société Koenig Wilhelm chargea le comité central de Berlin de répartir les secours en nature qu'elle expédiait à l'armée.

Une institution qui rendit de grands services hospitaliers pendant toute la durée de la guerre, ce fut l'ordre des chevaliers de Saint-Jean. Cet ordre, restauré en Prusse en 1812, n'avait été jusque dans ces derniers temps qu'un ordre honorifique. Encore de nos jours, pour en faire partie, il faut être issu de parents nobles ; mais déjà à l'époque de la campagne du Schleswig-Holstein les membres de cet ordre, se rappelant la mission élevée que s'étaient donnée les anciens chevaliers de Saint-Jean, dont ils se considéraient comme les continuateurs, avaient voulu se rendre utiles en se consacrant au soin des blessés et des malades militaires. Pendant la campagne contre le Danemark, l'ordre de Saint-Jean avait organisé un service sanitaire et avait envoyé plusieurs de ses membres dans les hôpitaux et sur le champ de bataille.

Aussi, lorsque la guerre éclata entre la Prusse et l'Autriche, le gouvernement prussien conféra au grand maître de l'ordre de Saint-Jean, le comte de Stollberg-Wernigerode, le titre et les attributions de commissaire général et inspecteur militaire du service hospitalier volontaire. Ce fut encore le comte de Wernigerode qui fut également nommé commissaire du gouvernement auprès du comité central de la Société de secours aux blessés.

Cette société, grâce au dévouement et au cordial concours du comte de Stollberg, contracta une alliance étroite avec l'ordre de Saint-Jean. Un membre de cet ordre reçut la mission spéciale d'entretenir les rapports de confraternité entre la société et l'ordre. Cette union permit à la Société de secours d'étendre prodigieusement ses opérations; car partout, sur le champ si vaste des événements, les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean étaient présents comme délégués de leur grand maître. Or par une combinaison spéciale, ces chevaliers de Saint-Jean étaient presque toujours en même temps les délégués de la Société de secours. Ce sont ces chevaliers qui furent le plus souvent placés à la tête des nombreux dépôts que la Société avait établis en Autriche; ce sont eux qui, en leur qualité d'hospitaliers volontaires, faisaient surtout connaître à la Société de secours les besoins des différents hôpitaux dans lesquels ils servaient.

L'ordre de Saint-Jean est une institution protestante évangélique. Pendant toute la durée de la guerre, il n'a cessé de rendre d'éminents services; il s'est approprié généreusement les principes de la convention internationale de Genève; il a prodigué ses soins sans distinction aux amis et aux ennemis. Puisqu'il en a été ainsi, puisque cet ordre est devenu, par la force même des choses , la plus importante institution hospitalière de la Prusse, ne serait-il pas à désirer, pour mieux atteindre le but qu'on a en vue, qu'il ne restât pas un ordre purement nobiliaire, mais qu'il élargît au contraire ses cadres en permettant que tout homme qui se serait distingué par sa valeur personnelle ou par les services qu'il aurait rendus à l'humanité souffrante, pût obtenir l'honneur d'être chevalier de l'ordre, et de prêter à celui-ci le concours de son dévouement et de son expérience.

Avec les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean, rivalisaient de zèle les chevaliers de l'ordre catholique de Malte. S'associant aux pénibles efforts des compagnies sanitaires, qui au plus fort de la mêlée arrachent à la mort de nombreuses victimes, les membres de ces deux ordres ont courageusement fait leur devoir sur les champs de bataille, dans les hôpitaux de campagne, où ils rendaient d'importants services, et aussi, en leur qualité de commissaires chargés de conduire les convois expédiés par la Société de secours et de distribuer les objets expédiés.

On a vu que la Société de secours prussienne n'avait pas réussi à centraliser entre ses mains les ressources des autres sociétés analogues qui fonctionnaient à Berlin. Toutefois il convient d'ajouter qu'il n'existait entre ces sociétés aucun antagonisme, et que toutes portaient dans l'accomplissement de leur tâche le même zèle et la même ardeur.

Au surplus, les offrandes spontanées, les efforts de la bienfaisance publique ne se sont pas limités dans les sociétés de secours. Ils se sont reproduits ailleurs et partout on les circonstances locales exigeaient une certaine indépendance dans les secours à donner. C'est ainsi que dans la seule ville de Berlin, à côté des dix grandes ambulances militaires et des sept hôpitaux permanents, vingt-trois hôpitaux privés avaient été improvisés dans l'espace de quelques semaines; une foule de familles dans toutes les provinces avaient réclamé et adopté soit des malades, soit des convalescents, et de plus, à la campagne un grand nombre de propriétaires fonciers avaient transformé leurs châteaux en hôpitaux, et avaient pris chez eux des convalescents pour les entourer de soins affectueux.

Au surplus, le même dévouement et la même sollicitude que nous avions observés chez les médecins prussiens dans les ambulances de campagne, nous les retrouvâmes, à Berlin, chez les médecins civils et militaires qui s'étaient unis pour soigner les milliers de blessés distribués dans tous les quartiers de la capitale.

En général, les hôpitaux de Berlin étaient tenus proprement; mais presque toujours le système de ventilation laissait à désirer : ce grave inconvénient se faisait remarquer surtout dans le grand hôpital de la Charité ; immense édifice où se trouvaient réunis une foule de blessés et de malades. L'air n'y circulait pas suffisamment, et pour l'y faire pénétrer, on était forcé d'ouvrir les croisées sur les malades et d'établir ainsi des courants d'air toujours dangereux en semblables circonstances.

Un hôpital bien aéré et bien éclairé, c'était l'hôpital provisoire établi dans la maison catholique des sœurs de Sainte-Hedwig. Ici nous retrouvâmes enfin ce dont l'absence nous avait si douloureusement impressionné dans la plupart des établissements hospitaliers de la Prusse, c'est-à-dire des femmes pour soigner les malades. Ici, dans la maison des sœurs de Sainte-Hedwig, on voyait les sœurs empressées autour des malades; le chirurgien était tranquille, il savait que le pansement qu'il avait prescrit serait fait avec zèle et avec douceur. An reste, nous avons assisté nous-même à des pansements entrepris par ces saintes femmes, et nous avouons en toute sincérité que dans notre pensée il eût été difficile, même un expert chirurgien, de les faire plus habilement et plus intelligemment Dans cette maison on avait aussi réservé des chambres bien propres, bien aérées, bien meublées, où les officiers blessés recevaient tous les soins que nécessitait leur état. Au moment où nous visitions cet établissement, toutes ces chambres étaient occupées par des officiers autrichiens blessés à la bataille de Sadowa.

Nous venons de dire que, dans la plupart des hôpitaux prussiens, l'absence d'infirmières se faisaient douloureusement sentir. Il ne faut pas croire néanmoins qu'elles y manquaient entièrement. Loin de là des diaconesses évangéliques, un grand nombre de sœurs de Charité et de religieuses catholiques, out été spontanément dirigées partout on leur sainte mission devenait nécessaire, et à côté de leurs services éminents, il y a eu le concours des femmes de tous les rangs de la société, qui ont pris part volontairement à cette tâche admirable et austère qui consiste à concourir avec le médecin à ramener à la vie ceux dont la mort semblait inévitable, et à rendre moins douloureuses les dernières heures de ceux que la mort a touchés.

Au surplus, il y avait en Prusse une femme qui, par sa bonté, son intelligence et sa position, savait ranimer le coeur des défaillants et inspirer aux autres femmes de son pays la noble ardeur qui l'animait elle-même. C'était la reine de Prusse. Elle ne se bornait pas à patronner les sociétés de secours qui s'établissaient dans toutes les provinces du royaume, à Breslau, à Magdebourg; souvent accompagnée de la princesse royale, elle visitait les blessés et les malades, et nous n'oublierons jamais l'émotion que nous éprouvâmes lorsque, à Berlin, nous ayant permis de l'accompagner aux différents hôpitaux, nous la vîmes adresser aux blessés, aux Autrichiens comme aux Prussiens, des paroles consolantes et fortifiantes. Ces malades la regardaient avec admiration, et tous la bénissaient d'une voix unanime.

Somme toute, on doit reconnaître que pendant la courte durée de cette prodigieuse campagne du Mein et de la Bohême, la Prusse a fait des efforts énergiques et efficaces pour soigner et réconforter les malades et les blessés militaires, et qu'elle ne s'est jamais départie des obligations internationales que lui avaient imposées la convention de Genève. Elle a soigné toujours et partout, en Bavière, en Saxe, en Autriche, avec la même sollicitude, ses propres enfants et ses ennemis.

Il me serait difficile d'oublier la scène émouvante à laquelle j'assistai à Radeberg. C'est une petite ville de la Saxe où se trouvent des eaux minérales. Un convoi de convalescents autrichiens venaient d'y arriver. Ces soldats devaient y prendre les eaux. Ils étaient accompagnés de quelques-uns des médecins prussiens qui les avaient soignés dans les hôpitaux. Au moment de prendre congé de ces médecins, tous ces hommes se pressèrent autour de ceux auxquels ils devaient la vie; ils leur prirent les mains qu'ils baisèrent; puis enfin, par un mouvement spontané, ils formèrent un cercle autour d'eux et à trois reprises ils les saluèrent par de vives acclamations.


Chapitre VIII
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