Tendance des nations modernes à mitiger les souffrances qu'entraîne la guerre. --- La commission sanitaire des États-Unis. --- Initiative des femmes américaines. --- Les conférences de Genève. --- Les principes de la convention de Genève sont analogues à ceux énoncés dans les statuts de la Commission sanitaire américaine. ---L'établissement des sociétés internationales de secours favorisé par plusieurs souveraines.
Une des choses les plus émouvantes et aussi des plus consolantes qui puissent s'offrir au regard de celui qui s'efforce d'observer avec attention et d'étudier avec persévérance les maux que la guerre produit parmi les nations, c'est la faculté que possède Humanité de dégager d'utiles enseignements du sein même des malheurs qui la frappent, c'est la merveilleuse intelligence avec laquelle les peuples, que désole la guerre, savent inventer des mesures pour mitiger d'inéluctables souffrances et opposer des digues à la puissance du fléau.
Un mémorable exemple de ce genre nous a été offert pendant la grande guerre civile qui vint si inopinément désoler le prospère pays des États-Unis.
Dès les débuts de cette lutte qui devait prendre des proportions gigantesques, un généreux élan fit palpiter le cur de la nation; une pensée grande et sublime éclata dans toutes les âmes; puisqu'il s'agit cette fois d'une guerre à outrance, se disait-on, rendons-la moins horrible en entourant de soins et de sollicitude ceux qui combattent pour soutenir les droits de la nation. Tel était le sentiment qui animait tous les États loyaux. Et c'est aux femmes américaines, que revient l'honneur d'avoir donné la première impulsion à ce magnifique mouvement populaire d'où résulta la commission sanitaire des États-Unis ; qui rendit au pays d'inappréciables services, et que nous considérons comme une des plus grandes choses auxquelles ait donné naissance le sentiment de charité et de solidarité.
Quoique, dans un précédent travail, nous ayons raconté l'histoire et exposé l'organisation de cette institution, qu'il nous soit permis de retracer ici en quelques lignes seulement son origine et ses résultats. Nous croyons d'autant plus utile de les rappeler brièvement au souvenir du lecteur, que la commission sanitaire américaine a été en réalité le type sur lequel se sont modelées, d'une manière plus ou moins fidèle, les oeuvres similaires qui ont été créées depuis cette époque en Europe, et notamment les institutions sanitaires organisées en Allemagne pendant le récent conflit austro-prussien.
Lorsque la guerre civile éclata aux États-Unis par l'attaque du fort Sumter et que le président Lincoln eut fait son premier appel pour la levée de 75,000 volontaires, tant de recrues se présentèrent, qu'il en résulta un grand tumulte et une grande confusion au département de la guerre, surtout au bureau médical. Pourvoir aux besoins d'une immense multitude d'hommes recrutés au hasard, ignorant les règles les plus élémentaires de la discipline, aurait été une tâche difficile, même pour des fonctionnaires et des officiers expérimentés; qu'on juge dans quel inextricable embarras devaient se trouver des employés qui ignoraient les moyens à employer de se procurer les approvisionnements indispensables. Quant aux médecins militaires, les plus zélés, les plus prévoyants, étaient précisément ceux qui augmentaient le tumulte, et causaient le plus d'embarras à la direction du bureau médical, puisqu'on ne pouvait leur fournir ni les instruments ni les médicaments qu'ils réclamaient avec instance.
Ce fut au sein de cette confusion générale que des associations se formèrent sur tout le vaste territoire de l'Union : dans les villes et jusque dans les villages les plus reculés, on se groupait, on s'instruisait mutuellement sur la manière de préparer de la charpie, des bandages et d'autres objets indispensables pour soigner les blessés.
Toutefois, c'étaient là des aspirations isolées, des tentatives locales, des groupes qui ne se reliaient pas entre eux. On ne tarda pas à comprendre que si ces efforts de la nation devaient produire les fruits qu'on en attendait, il était nécessaire de créer un organe central, chargé de recueillir les offrandes, de les distribuer avec intelligence au moment et à l'endroit où elles seraient le plus utiles, de signaler à l'attention publique les défectuosités du service sanitaire, et de donner en même temps au Bureau médical le concours de la charité nationale.
Le 25 avril 1861, c'est-à-dire au début même de la guerre, une centaine de dames, appartenant aux familles les plus honorables, se réunirent à New-York dans le but de rechercher les moyens propres à réaliser cette pensée. Elles firent rédiger un manifeste adressé à leurs concitoyennes; elles s'adressèrent ensuite à toutes leurs compatriotes, elles s'adjoignirent un nombre d'hommes les plus distingués du pays, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des plus célèbres médecins et chirurgiens des États-Unis; et grâce aux persistants efforts de ces nobles femmes et à l'énergie de ces hommes de cur et d'action, tous les obstacles furent vaincus, l'oeuvre se réalisa, la commission sanitaire s'organisa, et le Bureau médical lui-même, abandonnant l'ornière de la routine, unit ses efforts à ceux de la Commission sanitaire.
A partir de ce moment cette institution, sans précédent dans l'histoire d'aucun peuple, ne cessa de répandre ses bienfaits sur toute la contrée; et durant la longue lutte qui joncha d'innombrables victimes le sol de la patrie, toutes les voix s'unissaient pour bénir cette oeuvre, dont l'action bienfaisante était ressentie partout où souffrait un soldai, partout où coulait le sang d'un combattant.
Pour résumer en un mot les résultats obtenus par la commission sanitaire des États-Unis, nous dirons qu'on sait aujourd'hui qu'elle a distribué des secours représentant une somme de la valeur pécuniaire de cent vingt-cinq millions de francs. On pourrait ajouter que par les soins que cette oeuvre a prodigués aux malades et aux blessés, elle a conservé au service des États-Unis un nombre de défenseurs représentant une armée de cent mille hommes.
Une oeuvre aussi puissante, aussi féconde en résultats heureux, ne pouvait manquer d'appeler l'attention des autres peuples, et de fixer les regards de tous ceux qui s'émeuvent à la pensée des souffrances humaines; aussi lorsque nous eûmes publié notre ouvrage sur l'origine et les résultats de la Commission sanitaire des Elats-Unis, reçûmes-nous de toutes parts en Europe, des marques d'une chaleureuse sympathie pour cette institution, et plusieurs souverains, plus aptes que de simples particuliers à propager, et surtout à réaliser en Europe l'idée d'une oeuvre analogue, témoignèrent à l'auteur l'admiration qu'ils éprouvaient à l'égard de la nation qui avait su mener à bonne fin une entreprise aussi grande qu'originale.
Dans l'Amérique méridionale, le mouvement sanitaire se propagea rapidement: notre essai sur la commission des États-Unis fut traduit au Paraguay, à Buenos-Ayres et aussi au Brésil. Et lorsque la guerre vint éclater en ces lointaines contrées, sur les rives de la Plata, on établit des comités, et des sociétés de secours furent organisés.
En 1863, à l'époque même où la commission sanitaire, après avoir surmonté tous les obstacles, se développait dans sa force et sa vigueur, une conférence internationale se réunissait à Genève pour délibérer sur les moyens d'établir une organisation sanitaire qui mitigeât les horreurs de la guerre et prévînt à l'avenir les scènes navrantes du champ de bataille de Solférino, scènes que ne saurait oublier quiconque en a été témoin et qui, au moment des conférences, étaient encore présentes à l'esprit de tous les amis de l'humanité.
Dans les discussions qui eurent lieu au sein de cette mémorable réunion, plusieurs membres de la conférence émirent l'opinion qu'une organisation sanitaire basée sur l'initiative individuelle, sur les efforts spontanés du peuple, était une chimère impraticable. Le lecteur, qui sait maintenant à quel résultat prodigieux la Commission américaine était arrivée dès cette époque, comprendra quel dut être notre étonnement lorsque nous eûmes connaissance des débats de la conférence. N'était-il pas étrange, en effet, que de semblables opinions pussent être soutenues, lorsqu'il suffisait de jeter un coup d'oeil sur ce qui se passait de l'autre côté de l'Océan, pour se convaincre de la merveilleuse puissance qui réside dans l'action libre et spontanée des individus?
Au reste, d'autres membres de la conférence ne manquèrent pas d'appeler l'attention sur la Commission sanitaire des États-Unis; et, en somme, le projet qui sortit des délibérations de la conférence s'appuya sur des principes analogues et des sentiments semblables à ceux qui avaient donné naissance à l'institution américaine. En effet, il ne faut pas oublier que plusieurs articles de la convention de Genève se retrouvent, en d'autres termes, dans les statuts de la Commission américaine, et que si la convention genevoise stipule que les militaires blessés seront recueillis et soignés, à quelque nation qu'ils appartiennent, la Commission sanitaire des États-Unis avait agi d'après le même principe en distribuant indistinctement ses ressources aux amis et aux ennemis couchés côte à côte sur le lit de douleur. Quant à la reconnaissance de neutralité des corps d'hospitaliers, admise par la convention de Genève, c'est la une réforme féconde en résultats et qui, pendant les événements dont l'Allemagne a été le théâtre, a rendu d'inappréciables services et conservé la vie à des milliers de blessés et de malades.
Nous ne saurions omettre de faire observer que cette pensée de neutraliser les blessés s'était fait jour avant qu'elle fût discutée dans la conférence de Genève, et même avant qu'elle eût été réalisée par la Commission sanitaire des États-Unis. Nous voulons parler du décret que promulguait l'empereur Napoléon III pendant la guerre d'Italie, peu de temps après la victoire de Montebello.
Ce fut la un fait mémorable et que relate en ces termes le Moniteur du 29 mai 1859.
«L'empereur Napoléon III, voulant diminuer, autant qu'il dépend de lui, les maux que la guerre entraîne avec elle, et donner l'exemple de la suppression des rigueurs qui ne. sont pas nécessaires, a décidé, en date du 28 mai, que tous les prisonniers blessés seraient rendus à l'ennemi, sans échange, dès que leur état leur permettrait de rentrer dans leur pays. »
L'esprit de ce décret est, on le voit, entièrement conforme aux principes qui allaient prévaloir en Amérique et en Europe.
Mais avant d'exposer l'application que ces principes ont trouvée en Europe, et surtout en Allemagne, nous voudrions faire remarquer combien est grande la part que les femmes ont prise partout dans l'oeuvre de la réforme sanitaire.
On a déjà vu avec quel esprit de charité et de dévouement les femmes américaines se consacrèrent à l'ouvre sanitaire, avec quelle persévérance elles surent mener à bonne fin leur admirable entreprise. Cette oeuvre qui, humble à son début, étendit peu à peu ses branches sur une grande partie du nouveau monde, pour ensuite les étendre sur toute la surface de l'Europe, ne rappelle-t-elle pas le grain de sénevé dont parle l'Évangile, qui, humble à sa naissance, devint un arbre à l'ombre duquel s'est reposée l'humanité souffrante?
Or, en Europe comme au nouveau monde, la pensée d'une réforme sanitaire, destinée à porter secours aux blessés et à rendre moins cruelles les inévitables souffrances qu'entraîne la guerre, cette pensée, dis-je, a inspiré des actes de dévouement, non-seulement aux hommes qui, par leur fortune ou leur position, pouvaient agir efficacement, mais elle a inspiré une sainte et noble ardeur, surtout aux femmes. Et, parmi elles, maintes princesses et plus d'une souveraine se sont distinguées par l'abnégation, le zèle et l'intelligence qu'elles ont mis an service de l'ouvre humanitaire auquel elles se sont vouées.
On peut dire, je crois, que si la réforme proposée par la conférence de Genève a été accueillie et immédiatement mise en pratique par un grand nombre de puissances européennes, ce fut grâce surtout à l'heureuse influence de quelques souveraines. Elles surent inspirer à ceux qui les entouraient. quelque chose de l'esprit de charité dont elles étaient animées et de l'ardente sympathie qu'elles éprouvaient pour l'oeuvre projetée. Nous savons que l'impératrice des Français fut particulièrement sympathique à la réforme sanitaire. D'ailleurs, il ne pouvait en être autrement chez une princesse qui, de tout temps, et avant même qu'elle portât la couronne impériale, soignait les malades. A l'appui de ce fait, nous pourrions citer plusieurs exemples : mais ce serait superflu. N'a-t-on pas vu, dans ces dernières années, cette souveraine fonder des asiles, et, au sein même des épidémies, visiter les hôpitaux, réconforter les malades et mériter ainsi le nom de sur grise que lui donna le peuple?
Une autre grande puissance européenne avait signé la convention de Genève en même temps que la France : c'était la Prusse. Et, dans ce pays, on vit la reine se placer à la tête du mouvement sanitaire avec un zèle admirable et une persévérance qui sut triompher de tous les obstacles. On verra, dans les pages qui suivent, la pari que cette souveraine a prise dans la réforme hospitalière du royaume, et le lecteur aura occasion d'apprécier avec quelle intelligente activité, avec quelle inépuisable bonté elle a inauguré et consolidé en Prusse l'organisation sanitaire, qui a rendu et qui rend encore de si grands services à ce pays.
Sympathie du roi et de la reine de Prusse pour l'oeuvre de la Commission sanitaire des États-Unis. --- Lettre autographe du roi.---Groupes d'hospitaliers volontaires aux différentes gares des chemins de fer. --- Premiers débuts de la Société prussienne de secours. --- Son activité pendant la campagne du Schleswig-Holstein. Envoi de commissaires dans le Schleswig.
Lorsque la guerre éclata en Allemagne, mon attention se porta naturellement, et d'une manière toute spéciale, vers l'organisation hospitalière et sanitaire de ce pays. Il me semblait qu'en allant étudier cette organisation dans les contrées belligérantes, et en la comparant avec les institutions que j'avais étudiées en Amérique et ailleurs, d'utiles enseignements pourraient être dégagés de ce rapprochement. En me rendant sur le théâtre des événements pour mieux étudier la question qui faisait l'objet de mes méditations, je croyais d'autant plus remplir un devoir, qu'avant la guerre LL. MM. Le roi et la reine de Prusse m'avaient itérativement exprimé combien était grande leur sympathie pour l'ouvre accomplie par la Commission sanitaire des États-Unis, et avaient daigné m'encourager dans les efforts que je faisais pour propager l'idée d'une oeuvre sanitaire analogue à celle qui, en Amérique, avait rendu de si grands services à l'humanité.
Voici, du reste, en quels termes le roi s'exprimait dans la lettre autographe qu'il nous adressa
A M. Thomas W Evans, docteur en médecine.
«Acceptez l'assurance du haut intérêt que m'offre l'ouvrage que vous m'avez fait parvenir par l'entremise de la reine. Elle vous a transmis en mon nom le témoignage d'estime que je vous destinais pour vos importantes recherches médicales. Mais je tiens, par ces lignes, à constater le but qui les honore : le soulagement des souffrances en général, et l'amélioration de l'état sanitaire des armées. »
«GUILLAUME. ´«Bade, ce 13 octobre 1865. »
Les principes adoptés par la réunion genévoise répondraient-ils à l'attente générale, maintenant qu'ils étaient mis en pratique sur une vaste échelle? Comment les comités de secours allaient-ils fonctionner7 Aura-t-on adopté, dans l'organisation hosptalière militaire, quelques-unes des mesures éprouvées et trouvées bonnes pendant la grande guerre des États-Unis? Et si l'on a profité de l'expérience des États-Unis, quels perfectionnements ou quelles modifications aura-t-on introduits dans l'oeuvre américaine pour l'adapter aux habitudes européennes et aux exigences d'une guerre entreprise dans des conditions différentes?
Telles étaient les questions que je m'adressais; tel était le problème que je me proposais d'étudier.
Une des premières choses qui me frappa lorsque je fus entré sur le territoire où se déroulaient les événements, ce fut, dans la plupart des stations du chemin de fer, la présence d'un grand nombre d'hospitaliers volontaires. Ils portaient au bras la glorieuse écharpe de la société internationale; croix rouge sur écharpe blanche. Ils étaient là attendant chaque convoi, et prêts à porter secours aux soldats blessés, amis ou ennemis, que le train pourrait amener. Cela nous rappelait les hospitaliers volontaires de la Commission sanitaire américaine qui, eux aussi, préparaient dans les gares un asile aux blessés et aux malades qui revenaient des champs de bataille. Mais tout en reconnaissant avec une intime satisfaction la similitude qui existait entre les deux organisations, nous remarquâmes aussitôt une différence qui nous sembla importante.
En Amérique, on voyait partout, même aux stations, des hospitalières rivaliser de dévouement avec les hospitaliers. Ici, il n'y avait parmi les volontaires que des hommes. Cette lacune nous frappa, et plus d'une fois dans le cours de ce travail nous aurons l'occasion de signaler l'absence, selon nous regrettable, de femmes dans le service hospitalier en Allemagne. Mais avant de communiquer les réflexions que nous suggéra le fonctionnement des nouvelles institutions hospitalières et sanitaires en Allemagne, il convient, peut-être, de dire quelques mots de la manière dont elles ont pris naissance dans ce pays et notamment en Prusse.
On sait que cette puissance fut une des premières à signer la convention de Genève; elle était destinée à inaugurer la réforme et à en faire l'expérience, pratique. Quoique le roi de Prusse n'eût signé la convention que le 4 août 1864, dès le mois de février de la même année, il s'était formé à Berlin une société de secours, la Société centrale prussienne, qui entra en activité le mois suivant, la campagne du Schleswig-Holstein ayant commencé. Cette campagne, entreprise pendant l'hiver, avait fait naître dans l'armée des souffrances qui appelèrent vivement l'attention publique. La Société centrale prussienne, dont le comité siégeait à Berlin, fit un appel à la nation. Au bout de quelques jours elle eut à sa disposition quatre mille thalers environ. Certes ce n'était pas là une somme bien considérable; toutefois le comité central sut en faire un usage si judicieux que, des le début, l'armée ressentit l'action bienfaisante de l'institution; et peu de temps après, le comité central reçut des contributions en nature, en assez grande abondance pour subvenir efficacement aux plus urgentes nécessités.
Ce comité se trouvait à la tête d'une institution sans précédent dans les annales militaires de l'Europe; il lui fallait par conséquent marcher avec prudence et pour ainsi dire à tâtons. Il commença par envoyer sur le théâtre de la guerre un de ses membres les plus distingués, le docteur Gurlt, professeur à la faculté de Berlin. Ce délégué de la commission avait plus particulièrement pour mission d'étudier les voies et moyens de transporter les blessés hors du champ de bataille.
On ne tarda pas néanmoins à reconnaître qu'il était indispensable que la société fût représentée d'une manière permanente sur le théâtre des opérations. A cet effet, le colonel de Malochowski et le major de Witje y furent envoyés comme délégués du comité. Et grâce à l'activité dévouée de ces hommes intelligents, on organisa aussitôt un dépôt dans la ville de Flensbourg, au centre même des opérations militaires, de sorte que l'on put livrer aux médecins de l'armée, instantanément et à mesure qu'ils les réclamaient, de la charpie, des instruments de chirurgie, de la literie, des médicaments et des objets alimentaires.
Quoique le nombre des blessés ne dépassât pas les prévisions des hommes du métier, cependant les hôpitaux militaires contenaient plus de malades et de blessés que ne comportait l'espace dont on pouvait disposer. Il en résulta dans les hôpitaux une mortalité considérable. En présence de ce fait, la société de secours fit un appel à tous les propriétaires ruraux du Schleswig-Holstein, pour s'informer s'ils seraient disposés à recevoir chez eux les soldats blessés. La population répondit à cet appel avec un tel empressement qu'on fut dans l'impossibilité d'accueillir toutes les offres faites avec une admirable spontanéité. A partir de ce moment, l'encombrement cessa dans les hôpitaux, les cicatrisations s'opérèrent plus régulièrement, et le chiffre proportionnel de la mortalité baissa sensiblement.
En outre, le comité central, avec des ressources encore restreintes, trouva le moyen de remettre des sommes de vingt à cent francs à la plupart de invalides qui sortaient des hôpitaux militaires.
Tels furent, en résumé, les actes que la Société sanitaire prussienne put accomplir durant la guerre du Schleswig-Holstein. On n'y voit pas, il est vrai, de ces résultats brillants et inattendus comme ceux qui signalèrent les débuts de la Commission sanitaire des États-Unis. Toutefois il serait injuste de méconnaître l'élan que le peuple montra dès le principe pour une oeuvre à laquelle il ne s'était pas encore préparé. Nous dirons même que le comité central de Berlin a fait, dans une sphère restreinte en apparence, une oeuvre très-grande et très-considérable, en raison des ressources dont il disposait et de la nouveauté de l'entreprise qu'elle inaugurait devant l'Europe attentive.
C'est avec intention que nous disons que l'Europe était attentive ; car il ne faut pas oublier qu'au moment où le comité central entrait en activité, les statuts de la conférence de Genève étaient encore à l'état de projet, et que la réalisation des principes qu'ils énonçaient paraissait peu probable, sinon impossible, à quelques-unes des personnes qui avaient assisté aux débats de la conférence.
Un grand intérêt s'attachait par conséquent à l'entreprise tentée par la Société prussienne de secours, et nous pensons que les heureux résultats qu'elle obtint ont fortement contribué à la conclusion du traité international qui fut signé dans la ville de Genève.
Après la campagne du Schleswig, la Société centrale, fidèle à un article de ce traité, resta en activité dans le but de préparer pendant la paix les moyens de secourir efficacement les blessés si une guerre éclatait dans l'avenir.
Les ressources du département de la guerre, quelque considérables qu'elles soient, sont le plus souvent insuffisantes. --- Nécessité de l'action spontanée des populations. --- La Société prussienne de secours aux militaires blessés et malades obtient le droit de corporation. --- Appel du comité central à la nation. --- Dépôt central de Berlin. --- Réflexions qu'il suggère à l'auteur. --- Statuts de la Société prussienne de secours.
On a vu, dans une des pages qui précèdent, que pendant la campagne du Schleswig-Holstein, les hôpitaux furent encombrés de blessés, et que les médecins militaires durent faire de grands efforts pour porter du secours partout où leur présence était requise. Et cependant on aurait pu croire qu'il en eût été autrement; car, d'une part, il ne fut livré durant cette guerre aucune de ces batailles épouvantables où la mort moissonne d'innombrables victimes, et d'autre part, l'organisation du service médical de l'armée prussienne, et notamment son organisation hospitalière, est une des plus complètes qu'il y ait. En effet, chaque corps d'armée prussien est amplement pourvu du matériel et du personnel nécessaire pour le service de trois hôpitaux de campagne et de trois ambulances (leichte und schwere Feldlazarethe). Indépendamment du corps médical et d'un nombre considérable d'infirmiers, il y a dans chaque corps d'armée des compagnies sanitaires ; c'est-à-dire des détachements de troupes spécialement destinées à relever les blessés et à les transporter aux ambulances.
Mais quelque nombreux que puisse être le personnel hospitalier, et quelque parfaite que soit l'organisation du service médical d'une armée, il y aura toujours, dans le cours d'une campagne, des moments où ce personnel et cette organisation se trouveront insuffisants. Il est, en effet, absolument en dehors du pouvoir de l'administration officielle, de pourvoir sur-le-champ et immédiatement aux nécessités que créent une bataille sanglante, lorsque des milliers et des milliers de blessés réclament du secours, comme on l'a vu dans ces derniers temps. Où trouver en ce moment suprême des chirurgiens en nombre suffisant? où trouver des bandages et de la charpie pour panser tant de blessures? où trouver des infirmiers pour soigner tant de victimes?
Et lorsque les hôpitaux sont comblés de blessés, et que les approvisionnements du corps médical ont été consommés, ce qui arrive parfois en peu de jours, comment, dans ces moments où la contrée est épuisée, où les populations sont hostiles, où les communications sont difficiles, ---comment trouver et les médicaments, et la literie, et les aliments, et les appareils? --- C'est alors, c'est en ces moments décisifs, qu'interviennent efficacement les institutions sanitaires qui font l'objet de notre travail, c'est alors qu'elles apportent au Corps médical de l'armée leur concours, qu'elles envoient leurs hospitaliers volontaires, qu'elles distribuent leurs approvisionnements et qu'elles partagent les inépuisables trésors que leur ont confiés les populations.
Aussi les services rendus par la Société sanitaire de Prusse furent appréciés par la direction de la guerre, an point qu'après la campagne du Schleswig-Holstein, et en pleine paix, le gouvernement songea non-seulement à protéger cette institution, mais à lui donner de nouveaux développements Des le mois d'avril 1865, le comité central fut averti que le roi et la reine prenaient l'ouvre sous leur protection immédiate. Voici en quels termes cette détermination fut annoncée an comité.
«Sur une proposition qui nous a été présentée le 12 de ce mois, nous avons résolu de placer sous notre protection spéciale la Société prussienne, fondée dans le but de secourir, en temps de guerre, les militaires blessés et malades; nous donnons notre protection à cette société, en considération du but élevé et important qu'elle poursuit.
«Signé: GUILLAUME et AUGUSTA. «Berlin, 19 avril 1865.»
Après la guerre du Danemark, les fonds dont pouvait disposer le comité central étaient à peu près épuisés. Toutefois, de nouveaux versements eurent lieu, et au 1er janvier 1866, peu de temps avant que la Société fût transformée et entrât dans une nouvelle phase d'activité, voici comment se présentait l'état de ses ressources
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| 1 Actif, conformément à l'inventaire précédent. |
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| 2. Contributions annuelles |
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| 3. Apports des sociétés locales |
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| 4. Offrandes |
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| 5. Produit de la vente de deux alliances en or . |
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| 6. Produit de la vente de différentes valeurs |
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| 7. Produit de capitaux placés à intérêts |
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Parmi les dépenses de cette année de paix 1865 à 1866, nous remarquons avec satisfaction que la plus forte, soit 6,000 francs environ, était consacrée à des secours donnés en espèces à des blessés et à des invalides de la campagne de Holstein. En résumé, voici quelle était la situation financière de la Société prussienne de secours aux blessés, à l'époque où allait éclater la guerre avec l'Autriche. Elle possédait:
| En espèces, environ |
7,000 fr |
| En diverses valeurs |
40,000 |
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47,000 |
On était au mois d'avril 1866. Déjà l'horizon politique s'obscurcissait, et les esprits habitués à sonder l'avenir prévoyaient déjà la possibilité d'un conflit avec l'Autriche. Ce fut à ce moment que la Société prussienne reçut du roi de Prusse le droit de corporation. C'était là un grand privilège qu'on lui accordait; car, du moment qu'elle était reconnue par l'Etat comme corporation, son individualité s'accentuait, et elle possédait désormais le droit de vendre et d'acheter, de construire et de tester, de plaider et de se porter partie civile.
En même temps, le gouvernement faisait, savoir qu'il serait désirable que le comité central, siégeant à Berlin, devînt à l'avenir l'organe central de la bienfaisance publique, afin d'éviter le conflit et ta confusion qui avaient marqué les débuts de la société au commencement de la campagne du Schleswig.
A la suite de ces différentes communications, et surtout après la proclamation dans laquelle le roi Guillaume appelait la Prusse entière sous les armes, le comité central modifia ses statuts et fit à la nation un énergique appel, dont nous citons quelques passages.
«Notre roi nous a dit que, fidèle à son devoir, il avait appelé sous les armes tout son peuple. Ces paroles de notre roi nous exhortent à déployer une incessante activité, et à assembler, pendant les jours de paix que nous avons encore, de vastes ressources afin que si la guerre éclatait, nous soyons prêts, avec la grâce de Dieu, à secourir nos frères, nos fils, nos parents et nos amis qui iront défendre la patrie.»
Et quelques semaines plus tard, le comité central ajoutait :
«L'armée est sous les armes. Le moment est venu où nous devons mettre en pratique les principes de la convention de Genève. Pour atteindre ce but, nous comptons sur le concours dévoué de la nation entière. »
Ce concours ne manqua point au comité central. De toutes parts s'organisèrent des sociétés locales de secours, qui vinrent se rattacher à la société mère; et les dons en argent et en nature furent dirigés de tous les points de la monarchie vers Berlin, on l'on avait établi le dépôt central de l'oeuvre.
Lorsque je visitai la capitale prussienne, --- c'était au plus fort de la guerre --- ce dépôt était établi dans un des quartiers les plus opulents de la ville; mais le local nous parut beaucoup trop étroit pour l'usage auquel il était destiné.
Les offrandes y arrivaient en abondance; des caisses énormes obstruaient les couloirs, des objets de toute nature, matelas, toiles cirées, instruments, bandages, etc., etc.. gisaient sans ordre dans les escaliers. Dans la même pièce on s'occupait de recevoir les objets qui arrivaient et d'en expédier d'autres sur le théâtre de la guerre; les ouvriers qui emballaient se trouvaient côte à côte avec ceux qui déballaient. On clouait, on criait ; le bruit des marteaux se mêlait à la voix des employés supérieurs qui répondaient aux allants et venants; on adressait de toutes parts des ordres ou des réclamations; parfois même s'élevait quelque violente discussion.
Tout cela nous rappelait la confusion et le tumulte qui régnèrent pendant quelques semaines au département sanitaire à Washington, au début de la guerre civile. Mais en contemplant la scène bruyante et quelque peu confuse qui s'offrait à mes regards au dépôt central de Berlin, je ne pus me défendre d'un sentiment de tristesse, en songeant. combien il était facile qu'au sein d'un semblable tumulte un ordre fût mal interprété, ou qu'une expédition pressante fût retardée de quelques heures. Or, en de pareilles occurrences, le moindre retard ou la moindre erreur ne compromet-elle pas des centaines, sinon des milliers d'existences?
Toutefois, j'ai hâte d'ajouter que mes appréhensions n'étaient pas fondées, et qu'après avoir vu de près les difficultés de détail contre lesquelles le comité central avait à lutter, j'ai pu d'autant mieux apprécier les grandes choses qu'il a accomplies, et reconnaître avec quelle promptitude, avec quel ordre et quelle précision il a su distribuer les trésors dont il était dépositaire.
Il convient aussi de faire remarquer que, pour l'éclairer sur les besoins de l'armée, et pour l'aider à produire la plus grande somme de bien possible, le comité central avait à ses côtés un organe essentiel.
En effet, dès qu'on eut reconnu que la guerre était inévitable, le comité central s'était mis en rapport avec le comte de Stollberg, que le gouvernement venait de nommer commissaire général et inspecteur du service hospitalier volontaire de l'armée prussienne. Le gouvernement avait fait un choix heureux en nommant ce poste le comte de Stollberg, dont le dévouement à l'ouvre sanitaire était bien connu. Le comte de Stollberg devint ainsi l'intermédiaire entre la Société de secours et le bureau médical de l'armée, et grâce à sa sollicitude et à sa vigilance, le comité fut toujours averti du mouvement des troupes et son attention fut toujours appelée en temps utile vers le point où les secours étaient urgents.
L'organisation de la Société prussienne de secours nous semble excellente, et ses statuts pourraient être utilement consultés partout où l'on voudrait organiser de semblables institutions. Aussi croyons-nous devoir reproduire en entier cet utile document.
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AUX MILITAIRES BLESSÉS La Société prussienne de secours aux militaires en campagne blessés ou malades a pour but
En conséquence, la Société doit, en temps de paix, faire tout ce qui est en son pouvoir pour préparer et perfectionner les asiles destinés à recevoir, pendant la guerre, les blessés et les malades; elle doit aussi s'attacher à former le personnel et à se procurer les matériaux nécessaires. Au moment de la guerre, elle devra mettre à la disposition des autorités militaires sanitaires, ses forces et ses ressources. La Société base son activité et ses rapports avec les sociétés analogues des autres pays, sur les articles de la convention de Genève du mois d'octobre 1863, et notamment sur le traité international du 4 janvier 1864, que le roi a signé le 22 août 1864. La Société a pour devise : Militi pro rege et patria vulnerato.
Le comité central a son siège à Berlin. Des sociétés provinciales et communales seront formées : considérées comme des subdivisions de la société prussienne, elles seront réunies en une seule et vaste corporation. Le comité central entretient des rapports constants et réguliers avec les sociétés provinciales et communales. Dès que, dans une province quelconque de la monarchie, une société provinciale aura été organisée et munie de statuts réguliers, les membres de l'ancienne Société centrale de secours, siégeant à Berlin, qui appartiennent à ladite province feront partie de la société de cette province où ils résident. L'ancienne Société centrale qui fonctionnait à Berlin, formera, désormais, une société provinciale, celle de la province de Brandebourg, et en même temps elle représentera la société locale de Berlin.
La direction suprême de la corporation est confiée à un comité central, chargé en même temps de représenter la Société prussienne à l'étranger. Le comité se compose de vingt-quatre membres au moins. Quinze de ces membres doivent être domiciliés à Berlin. Le gouvernement nomme trois commissaires auprès du comité central. Ils ont pour mission d'aider de leurs conseils le comité, de servir d'intermédiaires entre la Société et l'administration de la guerre, afin que le comité puisse distribuer ses secours selon les besoins de l'armée et qu'il puisse rattacher son service hospitalier et sanitaire à celui des ambulances et des hôpitaux de l'armée. Les commissaires du gouvernement sont considérés comme membres du comité et en feront partie. Le comité provincial de chacune des sociétés provinciales a le droit d'envoyer un de ses membres comme député aux séances du comité central, et chacun de ces députés des provinces a une voix dans les délibérations du comité central.
Le comité central choisit parmi ses propres membres son président et deux vice-présidents; un secrétaire et un vice-secrétaire, et enfin son trésorier. Le président convoque le comité; et le comité a l'obligation de se réunir chaque fois que trois de ses membres en feront la demande. Les décisions du comité ont lieu à la majorité des voix; en cas de partage, la voix du président décide du vote.
Le comité central est chargé d'entrer en pourparlers avec les autorités, chaque fois que l'exige l'intérêt de la Société; il est autorisé: A soigner, an nom et dans l'intérêt de la Société, les affaires de tout genre; notamment:
Tout ce que le comité aura fait au nom de la corporation sera obligatoire pour celle-ci. Tout document émanant du comité doit être signé par le président et par deux membres du comité.
Parmi les affaires de la compétence dit comité, il faut ranger encore:
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Les membres du comité central furent élus parmi les hommes les plus respectables et les plus aimés de la monarchie; c'étaient le prince de Reuss, président; MM. Abeken, conseiller intime; le comte d'Arnim Boytzenbourg, ancien ministre d'État, vice-président; Bleichroeder, conseiller au ministère du commerce; Caspar, conseiller à la cour de cassation; de Decker, imprimeur de la cour; le lieutenant général de Derenthall; le professeur Firmenich-Richartz; de Gruner, le docteur de Langenbeck, le docteur Gurlt, etc., etc.
Acharnement de la lutte. --- La ville de Langensalza encombrée de blessés. --- Insuffisance complète des ressources du service médical dans l'armée hanovrienne et dans le détachement prussien.--- Angoisses des médecins militaires. --- Leur joie à la vue des secours expédiés par le comité central de Berlin.
A peine la guerre venait-elle d'être déclarée, que le comité central de la Société prussienne eut l'occasion de montrer aux yeux de tous combien était puissante l'organisation que s'était donnée la corporation, et avec quelle faveur son appel aux sentiments patriotiques et humanitaires avait été accueilli par la nation entière.
On était au 28 juin. Un détachement des troupes prussiennes, fort de cinq mille hommes environ, et presque tous originaires de la ville de Berlin, avait marché à la rencontre de l'armée hanovrienne qui se dirigeait vers le sud afin de faire sa jonction avec les troupes bavaroises.
Le choc entre le corps prussien et le gros des hanovriens fut très-violent; de part et d'autre on combattit avec un acharnement extrême : la lutte dura cinq heures. Les Prussiens, après des prodiges de valeur, durent se replier; ils le firent en bon ordre. Mais l'armée hanovrienne éprouva des pertes énormes; et cette journée, quoique glorieuse pour le drapeau du Hanovre, démontra l'inutilité dune lutte prolongée contre les forces prussiennes. Les Hanovriens se retirèrent dans la ville de Langensalza, et les Prussiens campèrent dans le voisinage.
Le sanglant combat n'était pas encore terminé, que l'on éprouvait déjà d'une manière cruelle que les ressources dont pouvait disposer le corps médical prussien était insuffisant; et quant aux ressources des Hanovriens, elles étaient à peu près nulles, ainsi que nous allons le prouver.
Telle était la situation lorsque le commissaire royal auprès du comité central de la Société prussienne de secours, le comte de Stollberg, reçut vers les cinq heures du soir avis qu'il y avait à Langensalza plus de quinze cents blessés qui manquaient absolument de pain.
Aussitôt le comité central, déployant une intelligente activité, se mit en mesure de remplir sur-le-champ son devoir. Dès minuit, trois convois spéciaux partaient de la gare de Berlin, emportant sur le théâtre des événements les secours de la Société sanitaire.
Parmi les objets expédiés, nous remarquons 4,072 bandages, représentant ensemble une longueur de 6,500 aunes de toile; 150 appareils en plâtre, 4 bouteilles de chloroforme, 124 matelas, 150 compresses, 500 chemises, 102 serviettes, 100 paires de bas, de la charpie, des pantoufles, de la ouate, des caleçons, des instruments de chirurgie, du chocolat et une foule d'autres objets destinés à soulager ou à réconforter les blessés. On voit que le comité s'était montré prévoyant et qu'au premier appel il se trouvait prêt à remplir dignement son devoir.
Un de ses membres accompagnait l'envoi, ainsi que huit médecins et plusieurs infirmiers et infirmières volontaires, parmi lesquelles se trouvaient six diaconesses de l'institution des Surs protestantes. A Magdebourg, plusieurs autres médecins et infirmiers se joignirent aux membres de la Société de secours. Le comité central avait eu soin de télégraphier au comité local de Gotha l'ordre de préparer des voitures pour recevoir les objets expédiés; aussi dès le matin le convoi atteignait la petite ville de Langensalza.
Ce fut un triste spectacle qui s'offrait ici au regard. Langensalza était encore occupée par les Hanovriens, et quoiqu'une partie de leurs blessés eussent déjà été enlevés de la ville, on en comptait encore plus de mille, répartis dans quinze différents quartiers, et environ trois cents Prussiens. Les chirurgiens hanovriens tâchaient de suppléer par leur zèle à l'insuffisance de leur nombre; sous l'habile direction de leur chef, le docteur Stromeyer, un des plus éminents chirurgiens des armées allemandes, ils accomplissaient des prodiges de dévouement, mais il leur manquait tout ce qui aurait pu rendre utiles tant d'efforts. D'autre part, les chirurgiens prussiens n'étaient point en nombre suffisant pour donner à tant de blessés les soins nécessaires.
On n'était pas préparé à un si terrible carnage; aussi le service sanitaire manquait non seulement d'infirmiers, mais, chose étonnante, il ne possédait pas même le matériel nécessaire pour dresser un seul hôpital d'ambulance. Aussi les blessés hanovriens et prussiens étaient-ils couches sur de la paille, telle qu'on avait pu se la procurer à la hâte; d'autres étaient étendus sur le sol, et peu nombreux étaient les blessés auxquels on avait pu donner un lit muni d'un paillasson.
Les médecins de l'armée, épuisés de fatigue, étaient en proie à un sentiment d'angoisse à la vue de tant de souffrances qu'ils étaient impuissants à soulager. Qu'on juge de la satisfaction qu'ils éprouvèrent lorsqu'ils virent se dérouler la longue file de voitures qui leur apportaient tous ces différents objets qui leur manquaient : literie, charpie, bandages, compresses et provisions! Qu'on se figure leur satisfaction lorsqu'ils virent accourir vers eux les infirmiers, les infirmières et les médecins que la Société de secours envoyait à leur aide!
Aussitôt tout se transforma et changea d'aspect. Tous les blessés prussiens et hanovriens furent installés dans de bons lits, l'ordre se rétablit et les angoisses cessèrent.