CHAPITRE IV

PLAN DES OPÉRATIONS DE LA SOCIÉTÉ

Organisation générale. --- A. Personnel des volontaires. --- B. Prévention hygiénique: 1° Inspecteurs d'hygiène; 2° Bureau de statistique; 3° Monographies générales. --- C. Hôpitaux; description des édifices; passe temps des malades. --- D. Service d'assistance : 1° Service d'assistance spéciale; a Agence hospitalière; b Asiles des soldats; c Registre des morts et enterrements; 2° Service d'assistance générale. Organisation des sociétés auxiliaires. Ordre des distributions. Horreurs du champ de bataille. Bienfaits de la Commission. --- Ambulances et wagons des blessés.

Le grand secret du succès de la Commission ne doit pas être cherché seulement dans l'enthousiasme de ses amis et partisans, il se trouve surtout dans l'action systématique de ses agents, dans leur exactitude et leur esprit de suite. Par le moyen de ses auxiliaires, elle semble toute présente; partout son action se fait sentir, au sein des dangers du champ de bataille, au milieu des drames moins bruyants, mais plus lugubres, de l'hôpital. Au moment de la rencontre avec l'ennemi, le chef de l'armée n'oserait pas faire trop avancer ses ambulances, de peur de les exposer à être capturées; mais la Commission sanitaire ne craint pas de mettre ses fourgons et sa pharmacie sur la ligne même de bataille, car elle n'ignore pas que le peuple, si généreux de ses dons, n'hésiterait pas à risquer cette perte pour assurer un plus prompt secours aux soldats qui tombent sur le champ de carnage. Plus d'une fois, l'armée fut heureuse de pouvoir profiter d'une coopération aussi dévouée; plus d'une fois, les ambulances régulières, qui se trouvaient trop éloignées du lieu de l'action, arrivèrent longtemps après que les agents de la Commission distribuaient déjà leurs provisions pour alléger les souffrances des blessés et des mourants.

En tout temps, le génie de l'ordre systématique préside aux opérations de l'Association nationale. Les instructions données aux agents s'accordent parfaitement avec celles qui doivent servir de règle dans les rangs de l'armée. On leur a indiqué comme leur devoir primordial de s'entendre avec les chirurgiens militaires. Aucun article n'est délivré sans un ordre spécial de ces derniers; aucune distribution d'articles pharmaceutiques n'est faite à des gens du dehors et sans autorisation. On insiste fermement sur la discipline hospitalière, et sous aucun prétexte on ne permet d'infraction aux règlements. Si on avait laissé des hommes animés d'un zèle indiscret s'ingérer ici et là, il est certain que la Commission sanitaire eût perdu toute espèce de crédit auprès du secrétariat de la guerre et des chirurgiens des armées en campagne. Au lieu de laisser les coudées franches aux officiers de toute sorte, elle fit donc choix d'hommes compétents pour leur faire inspecter les hôpitaux, avec l'entière et cordiale approbation des chirurgiens desservants, pour obtenir le concours des employés, des infirmiers et des divers agents, enfin pour se concerter avec les officiers médicaux, qui, selon les besoins du moment, auraient à mettre en réquisition les articles de ses dépôts. Dans le choix des infirmiers, grand soin fut pris d'agir de concert avec les autorités médicales et de prendre parmi des milliers de candidats ceux-là seulement qui étaient parfaitement disposés à se soumettre aux prescriptions des chirurgiens. En 1864, deux cents infirmières habiles et deux mille infirmiers étaient en activité de service.

 

Nous avons déjà fait allusion à l'ordre et à l'esprit méthodique qui caractérisèrent les opérations de la Commission. Pour que le lecteur en puisse juger par lui-même, et que ce plan puisse à l'avenir être mis à profit par des institutions analogues, nous allons exposer ici, avec quelque détail, le modus operandi.

Dès l'origine, l'on résolut de procéder à l'ouvre d'enquête et d'avis en rangeant tous les faits sous les quatre chefs principaux:

A. Personnel des volontaires.
B. Prévention hygiénique(17).
C. Hôpitaux.
D. Service d'assistance.

A. Personnel des volontaires.

Sous ce premier chef sont classées toutes les pièces de l'immense dossier qui se rapportent aux efforts faits par la Commission pour déterminer les bureaux de la guerre à faire une plus rigide inspection des recrues. Quand les volontaires accouraient par milliers, quand les chirurgiens examinateurs n'avaient encore qu'une médiocre expérience dans l'accomplissement de leurs fonctions, on classait comme bien portants, et on enrôlait dans l'armée une multitude d'individus dont les forces physiques laissaient beaucoup à désirer et qui ne pouvaient manquer d'entrer à l'hôpital. La prompte vigilance de la Commission découvrit bientôt cette source trop abondante de maladies dans l'armée, et immédiatement elle insista sur le remède bien simple auquel il fallait avoir recours. Des instructions détaillées furent envoyées par les bureaux de la guerre aux conseils de révision au sujet des qualités physiques requises de chaque conscrit. Dans les régiments qui furent subséquemment organisés, ces nouvelles directions ont produit leur effet, et le niveau moral et physique des dernières levées est notablement supérieur à celui des premières.

 

B. Prévention hygiénique.

Nous avons déjà fait incidemment allusion à l'immense enquête ouverte sur l'hygiène des armées américaines, et aux décisions qui en furent le résultat. L'expérience de la Commission sanitaire des États-Unis l'a conduite à formuler exactement les mêmes conclusions que le Comité anglais institué pour la réforme du système médical dans l'armée de la Grande-Bretagne. On constata une fois de plus que les règlements « ne s'inquiétaient en aucune façon de la santé du soldat, mais seulement de sa maladie. » On corrobora de nouveau la vérité du jugement si bien porté par miss Florence Nightingale: «En temps de guerre, le gaspillage des vies humaines et la destruction des santés et du bien-être ont été et doivent être bien plus attribués aux maladies qu'aux batailles. Une histoire fidèle de toutes les guerres serait l'histoire de maladies, de morts et de souffrances qu'il eût été facile de prévenir(18).»Animes par la même conviction, les commissaires, pour employer les termes d'un de leurs rapports, demandèrent « que les souffrances des malades et des blessés fussent allégées autant que les nécessités militaires en laisseraient la possibilité. D'ailleurs on ne devait point leur accorder ces soulagements comme si un maître âpre et dur les eût marchandés, comme s'il s'était agi de discuter les termes d'un contrat de logement, mais comme si l'amour et la tendresse des mères, des femmes, des soeurs et des amantes s'étaient unis en leur faveur à la vaste prévoyance, à l'habileté, à l'adresse, au tact d'un grand général.

La partie strictement préventive de l'ouvre comprenait

---En premier lieu, un corps d'inspecteurs d'hygiène(19), composé d'une vingtaine de médecins. (Ceux-ci renoncèrent à des positions lucratives pour offrir leurs services, presque sans rémunération aucune.)

---Un bureau de statistique, d'hygiène, de vitalité et de mortalité

---Enfin la préparation et la publication de manuels pratiques sur divers sujets d'hygiène militaire, de médecine et de chirurgie. Ces brochures devaient être distribuées gratuitement aux agents hospitaliers de l'armée régulière et des corps de volontaires.

I. Inspecteurs d'hygiène. ---Les fonctions des inspecteurs d'hygiène ont été exposées en détail dans une lettre spéciale du secrétaire général. Les principaux points sur lesquels doivent porter leur enquête ont été indiqués dans un formulaire soigneusement rédigé et comprenant deux cents questions. Les inspecteurs ont pour instruction de montrer en toute circonstance leur respect pour les règlements statutaires ; en conséquence, ils sont tenus de s'adresser aux subalternes par l'intermédiaire des supérieurs, et seulement avec l'approbation de ces derniers. ils doivent agir avec la conviction bien arrêtée que la discipline est dans une armée la première garantie de l'hygiène; ils doivent eux-mêmes respecter scrupuleusement la hiérarchie militaire et la faire respecter par les autres. A leur entrée dans un régiment, les inspecteurs doivent s'adresser à l'officier de service, et lui demander d'être présentés par lui au colonel ou au commandant; puis il leur faut remettre à celui-ci leurs lettres de crédit, et tâcher, autant qu'il leur est possible, de gagner sa confiance et de le faire entrer activement dans les vues de la Commission. Le capitaine ayant pour devoir, comme on l'a dit si souvent, d'être « le père de ses soldats, » rien absolument rien de ce qui affecte leur bien-être, leur confort et leur santé ne doit lui rester indifférent; et c'est de la conscience avec laquelle il accomplit ce devoir que dépend le bon état de sa compagnie. En conséquence, les inspecteurs sont tout spécialement chargés de faire la connaissance personnelle des capitaines et de cultiver avec eux des relations d'amitié, afin d'assurer aux conseils qu'ils pourraient donner une réception cordiale.

Nos missionnaires de l'hygiène doivent aussi entrer avec le chirurgien du régiment en rapports de confraternité professionnelle et d'émulation morale qui soient de nature à lui donner un sentiment plus profond de l'importance de ses fonctions. Lorsque cela est nécessaire, ils sont tenus de lui rappeler qu'il « est personnellement responsable des mauvaises conditions hygiéniques contre lesquelles il n'aurait pas protesté avec une persévérance et une énergie suffisantes. » Grâce à la courtoisie des relations, une entente vraiment cordiale doit s'établir entre les hospitaliers volontaires et les officiers militaires et médicaux.

Le manuel d'instructions, qui est tout un volume, est divisé en trente-deux chapitres, tels que : Position des camps. ---Drainage. --- Ventilation.-. Désinfectants. --- Commissariat. --- Rations et cuisine. --- Vêtements, etc. Afin de donner à ces instructions une utilité plus pratique, on recommande aux inspecteurs d'entrer en libre conférence avec l'officier commandant pour lui recommander telles améliorations qu'ils jugeront convenables. En cas de négligence persistante des précautions nécessaires, l'inspecteur a pour instruction d'adresser à l'officier une lettre exposant les motifs des avis qui lui sont donnés, mais de rédiger ses phrases en des termes qui ne puissent pas être désagréables ou blessants. Huit jours après, copie de la lettre et de la réponse, s'il y en a une, doit être communiquée au bureau central de Washington. Dans les visites ultérieures, l'inspecteur est chargé d'étudier les changements qui ont été effectués depuis le premier rapport, et de constater l'étendue et l'importance des résultats que ces modifications ont produits. Et quand la nécessité s'en fait sentir, l'inspecteur indique les mesures qui, selon lui, devraient être prises par la Commission ou par le gouvernement.

 

II. Bureau de la statistique. --- Nous ne pouvons donner de l'organisation du bureau de statistique, une idée plus claire qu'en insérant un extrait de quelques questions prises au hasard dans le Manuel des Inspecteurs(20) :

83. Les rations sont-elles en quantité suffisante?

84. Sont-elles généralement considérées comme bonnes, chacune dans son genre? En cas de réponse négative, mentionner ce que l'on dit être de mauvaise qualité.

86. Combien de fois par semaine donne-t-on de la viande fraîche? ---des légumes frais? -- des légumes secs?

145. L'hôpital du régiment se trouve-t-il dans une maison?---dans une tente?---dans une construction provisoire ?

146. Est-il bien ventilé?---Comment est-il chauffé? ---Est-il tenu proprement?

148. S'il est dans une tente, est-il bien drainé?

166. Quelles sont, d'après le dernier rapport, les maladies et quelle est la mortalité? Quel était à ce moment l'effectif du régiment?

167. La santé générale du régiment est-elle en progrès ou en décroissance?

C'est grâce aux réponses faites à ces questions et à des questions analogues, que la Commission, munie de renseignements statistiques indiscutables, était en mesure d'insister auprès du gouvernement pour l'adoption de nouvelles réformes. Ainsi, par des admonitions réitérées, elle attira l'attention du pays et de l'administration sur le danger imminent du scorbut, qui, plus d'une fois, avait menacé de démoraliser les grandes armées de l'Ouest. En réponse à ses appels de contributions spéciales, les campagnards envoyèrent d'énormes masses d'oignons, de fruits secs et de pommes de terre. Des témoignages compétents ont établi que les expéditions de légumes frais, faites par les soins de la Commission à l'armée du Cumberland et aux troupes qui assiégeaient Vicksbourg exercèrent une influence prépondérante sur le résultat de ces mémorables campagnes.

A ce sujet, le docteur Hamilton, chirurgien distingué attaché à l'état-major du général Rosencranz, s'exprime ainsi dans un rapport officiel : «Je suis convaincu qu'un hectolitre de pommes de terre par an équivaut, pour le gouvernement, à la vie d'un soldat. Dans tous les hôpitaux de régiment, ainsi que dans tous les hôpitaux généraux, j'ai constaté que la Commission sanitaire avait déjà fourni les légumes dont on avait besoin pour les malades, de sorte que, dans nos régiments, aucun soldat n'est mort du scorbut.

La Commission réussit à faire parvenir à l'armée du général Grant, qui investissait Vicksbourg et ne pouvait s'approvisionner dans un pays hostile qu'avec danger et difficulté, près de 2,200 hectolitres de pommes de terre, 8,000 kilogrammes de fruits secs, 15,000 citrons, une énorme quantité de conserves de légumes et autres antiscorbutiques. Mêmes précautions furent prises au printemps de 1862 pour les troupes stationnées le long du Mississipi. Ainsi que le disait d'une manière saisissante le docteur Warriner, un des inspecteurs sanitaires : «Les légumes envoyés ont changé le cours des événements et modifié l'histoire. »

Pendant l'été de 1862, l'armée du Cumberland fut aussi très-abondamment pourvue, comme nous le voyons par l'extrait suivant de l'organe officiel de la Commission, le Sanitary Reporter : «Récemment, quand le scorbut menaçait notre armée, un commissaire du gouvernement fit un appel pressant pour qu'on lui envoyât une quantité suffisante d'oignons et de pommes de terre. Mais personne ne répondit à cet appel. On n'osait pas expédier à un point aussi dangereux les 18,000 hectolitres de pommes de terre et la quantité correspondante de légumes qui avaient été demandés. Toutefois il était bien peu de familles, dans l'Ouest, qui ne pussent disposer d'un hectolitre ou d'un boisseau de leurs produits agricoles, et grâce à leurs contributions volontaires, la Commission put envoyer, dans l'espace d'un mois, à l'armée plus de 6,000 barils de légumes et la sauver d'un désastre. La Commission servit ainsi de moyen de communication entre le peuple et ses défenseurs sur le champ de bataille. »

De même, tous les hôpitaux du gouvernement à Washington ont été approvisionnés, durant l'hiver de 1863 et l'année 1864, de légumes envoyés de New-York et de Philadelphie dans des wagons réfrigérants(21), construits expressément à cette intention. Pendant les trois derniers mois de 1863, la Commission a expédié plus de 1,050 tonnes de provisions fraîches, coûtant 700,000 francs.

Suivant M. Woodard, l'un des chirurgiens les plus honorablement connus de l'armée, «les causes essentielles du scorbut peuvent être résumées en un seul mot : la mauvaise hygiène du camp. « Probablement, dit-il, on ne pourrait pas citer un seul exemple de scorbut faisant son apparition dans une armée suffisamment approvisionnée de légumes frais. « 

C'est sur de semblables données et à la suggestion de conseillers aussi intelligents, que la Commission sanitaire a fait fonctionner son service d'hygiène préventive, dont les résultats ont été si bienfaisants pour l'armée et pour le pays en général.

 

III. Monographies médicales. --- Afin de fournir une preuve du zèle dont sont animés les savants médecins qui ont offert leur concours désintéressé à la Commission en rédigeant des traités médicaux et en les faisant distribuer aux chirurgiens de l'armée, nous donnons ici une liste des monographies déjà publiées.

TRAITÉ
SERVANT D'INTRODUCTION GÉNÉRALE SUR L'EMPLOI DES ANESTHÉSIQUES
DANS LA CHIRURGIE MILITAIRE.

A. Rapport sur l'hygiène et la thérapeutique militaires.

B. Devoirs des chirurgiens de l'armée sur le champ de bataille.

C. Règles à suivre pour maintenir la santé du soldat.

D. Rapport sur l'usage de la quinine comme prophylactique.

E. Rapport sur l'emploi de la vaccine dans l'armée.

F. Rapport sur les amputations.

G. Rapport sur les amputations du pied et du cou-de-pied.

H. Rapport sur les maladies syphilitiques, spécialement dans l'armée et la marine.

I. Rapport sur la pneumonie.

K. Rapport sur les fièvres chroniques.

L. Désarticulation en cas de blessures.

M. Rapport sur la dysent&eracute;ie.

N. Rapport sur le scorbut.

O. Rapport sur la nature et le traitement des fractures dans la chirurgie militaire.

P. Rapport sur la nature et le traitement des fièvres paludéennes.

Q. Rapport sur la nature et le traitement de la fièvre jaune.

R. Hémorragie des blessures.

S. Traitement et prévention (les maladies contagieuses dans les camps, les vaisseaux de transport et les hôpitaux (22).

 

C. Hôpitaux.

Avec une discrétion et une promptitude égales, les commissaires consacrèrent dès le début leur attention à la construction d'hôpitaux convenables. Ils avaient fait d'abord recueillir, par l'entremise du bureau de statistique, tous les renseignements qui leur étaient nécessaires; en outre, ils pouvaient compter sur le concours sympathique du général M. C. Meigs, quartier-maître de l'armée. La Commission fut d'avis qu'au lieu de louer d'anciens bâtiments pour les changer en hôpitaux, le gouvernement devrait faire construire, sur un modèle uniforme, un nombre suffisant de casernes-infirmeries en bois de charpente, assez vastes pour contenir chacune de trente à soixante lits, amplement alimentées d'eau pour les bains et le lavage, pourvues de water-closets, munies d'excellents appareils de ventilation, parfaitement chauffées en hiver et situées à une assez grande distance l'une d l'autre pour ne pas corrompre l'atmosphère. Ces recommandations furent bien accueillies, elle général Meigs donna des ordres pourqu'on y fît droit immédiatement.

Afin de donner une idée de la vaste organisation hospitalière dont les nécessités de la lutte ont étendu le réseau sur les États-Unis, nous insérons ici un tableau synoptique de la situation des hôpitaux militaires à l'époque du dernier rapport, en date du 13 août 1864. On voit par ce tableau que, sur le théâtre de la guerre, le nombre des hôpitaux n'était pas moindre de 214, renfermant 133,800 lits dont 97,751 étaient occupés.

HOPITAUX MILITAIRES DES ÉTATS-UNIS

NOMBRE D'HÔPITAUX

CIRCONSCRIPTIONS

NOMBRE DE LITS

LITS OCCUPÉS

DATES

27
Washington

23,364

17,085

13 août 1864

19
Susquehanna .

19,957

13,664

»

20
Ohio

13,280

9,312

»

30
Est

44,910

13,959

»

12
Centre

8,294

5,973

»

19
Nord

9,492

6,329

 

17
Tennessee .

4,367

2,577

»

25
Cumberland

14,116

11,522

»

9
Missouri .

3,562

1,392

»

8
Golfe du Mexique .

5,921

3,568

6 août

6
Virginie et Caroline du Nord

5,902

4,054

13 août

5
Virginie occidentale, .

3,690

2,913

»

7
Sud

2,969

2,495

»

3
Nord-Ouest .

2,130

1,452

»

2
Kansas

396

212

août

2
Pacifique .

68

42

»

5
Arkansas

1,382

1,222

»

214
 

133,800

97,751

 

Les planches insérées dans ce volume feront comprendre, mieux que de longues descriptions, le mode de construction des hôpitaux recommandé par la Commission sanitaire des États-Unis et adopté par le gouvernement. Bien que ces figures ne représentent qu'un seul genre de bâtiments, cependant elles peuvent donner une idée suffisante du système adopté. Les arrangements généraux sont partout les mêmes, et les différences les plus notables consistent simplement dans la position relative des diverses constructions. L'idée première qu'on a réalisée dans tous les hôpitaux est de bâtir pour chaque salle un pavillon détaché n'ayant qu'un seul étage et contenant au plus soixante lits pour les malades. A une certaine distance des pavillons d'hôpital, s'élèvent les divers édifices nécessaires à la direction et au service; c'est là que se trouvent les bureaux de l'administration, le réfectoire et la cuisine des malades, le réfectoire et la cuisine des employés, la blanchisserie, les magasins du commissariat et du quartier-maître, la salle des gardes, la morgue, les chambres des hospitalières, la chapelle, l'amphithéâtre, les écuries. Ces divers bâtiments sont tous réunis par des allées à arcades, couvertes et planchéiées. Le plan et la disposition des maisons doivent varier nécessairement suivant la nature et les accidents du sol. En certains endroits, les pavillons sont disposés en échelon sur deux lignes convergentes qui rappellent la forme de la lettre V, et dans ce cas le bureau de la direction occupe le sommet de l'angle, tandis que les autres constructions sont réparties sur les deux ailes. Ailleurs, on a préféré bâtir les pavillons en cercle ou en ellipse, et le bureau central se trouve alors à l'extrémité de l'un des rayons. Le point essentiel est d'élever les bâtiments à des distances respectives assez considérables pour que l'encombrement soit impossible et qu'une ventilation parfaite des salles soit assurée. Entre toutes les rangées parallèles de constructions on laisse un intervalle d'au moins dix mètres; de même, on a pensé qu'il était bon d'orienter les pavillons dans la direction nord et sud.

Les diverses dépendances de l'hôpital ne sont pas représentées dans les planches annexées à ce volume, mais il ne sera pas inutile d'en donner une description rapide.

Le réfectoire des malades occupe un édifice ventilé par le haut et construit dans la forme d'un long parallélogramme. La cuisine, qui communique avec le réfectoire par le milieu d'un long côté, est partagée en deux compartiments inégaux, dont le plus grand sert à la préparation de la nourriture ordinaire et le moindre à la confection des plats supplémentaires. La cuisson se fait dans des fourneaux commandés expressément pour le service de l'hôpital. Le réfectoire est toujours assez large pour offrir un nombre de places égal aux deux tiers de celui des lits.

La salle à manger et la cuisine des employés occupent un petit pavillon situé près du bureau central de la direction.

La blanchisserie est en général un édifice composé d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage servant de dortoir aux femmes de service. Le toit doit être plat et garni d'un réseau de cordes sur lesquelles on peut étendre le linge.

Le magasin du commissariat est une maison à un étage; l'intérieur du rez-de-chaussée est distribué en compartiments et pourvu d'étagères où les provisions sont rangées avec le plus grand ordre; la viande et les autres objets qui pourraient se corrompre facilement sont placés dans une glacière annexée à l'édifice; une chambre spéciale est réservée aux articles de vêtement. Le premier étage est disposé en logements pour les cuisiniers.

L'entrepôt des havre-sacs sert, ainsi que le nom l'indique, à l'emmagasinement de tous les effets personnels appartenant aux malades. Il contient autant de petites cases de 56 décimètres carrés qu'il y a de lits dans l'hôpital.

La salle des gardes est un édifice détaché où demeurent les gardiens de l'hôpital, et qui comprend un dépôt pour les prisonniers.

La morgue, où sont exposés les cadavres, est partagée en deux compartiments éclairés par en haut et placés de manière à ne pas être vus des pavillons d'hôpital.

Le quartier des infirmières est une maison séparée contenant chambres à coucher, réfectoires et cuisine. Là se trouvent aussi les appartements destinés aux dames qui viennent offrir leurs services pour le soin des malades et des blessés.

La chapelle, convenablement disposée pour la célébration du service religieux, peut également servir de salle de lecture et renferme une bibliothèque.

L'édifice destiné aux opérations chirurgicales comprend deux salles de 4m,50 de côté, dont l'une, éclairée par en haut, sert d'amphithéâtre, tandis que l'autre, pourvue de fenêtres, renferme les objets nécessaires au pansement, etc.

L'écurie, où se trouvent les chevaux des employés de l'hôpital, renferme aussi les ambulances.

Quant à l'approvisionnement d'eau, il est assuré, autant qu'il est possible, par une machine à vapeur remplissant, au moyen de pompes, un vaste réservoir. La machine doit être placée entre la cuisine et la blanchisserie, afin qu'elle puisse aider à la cuisson des aliments et mettre en mouvement les divers engins qui lavent et calandrent le linge.

Les dimensions de chaque salle d'hôpital sont assez considérables pour assurer à chaque malade plus de 27 mètres cubes d'air. En outre, un faux toit placé à 1m20 au-dessus de l'arête supérieure, active la ventilation de l'édifice pendant la belle saison. (V. planche III, fig. 8.) En hiver, les interstices du toit sont fermés, et l'on obtient le renouvellement de l'air au moyen de cheminées d'appel. (V. planche III, fig. 6.) Chacun des quatre poêles qui chauffent la salle est muni à la base d'une ouverture qui donne libre accès à l'air pur et que l'on peut fermer à volonté. Une cheminée recouverte de tôle, et large de 45 centimètres, descend à travers la charpente jusqu'à 2m40 au-dessus du poêle, et reçoit le tuyau par lequel s'échappe la fumée et l'air vicié. (Dans la fig. 6, planche III, l'appareil de ventilation se présente de face; dans la fig. 7 on le voit de côté.)

Les frais d'établissement de quelques-uns de ces hôpitaux se sont élevés à des sommes fort considérables; mais les résultats obtenus ont amplement dédommagé de toutes les dépenses. Ainsi l'hôpital construit dans la partie occidentale de Philadelphie (West-Philadelphia), se compose de trente-quatre pavillons, larges de 7m,25, hauts de 4 mètres jusqu'à la naissance du toit, et variant en longueur de 45 à 75 mètres; l'ensemble des bâtiments contient 5,124 lits. Les dépenses de construction, non compris l'aménagement intérieur, se sont élevées à un million de francs. Les médecins employés sont au nombre de 52, et les infirmiers, cuisiniers et domestiques forment un bataillon de 464 personnes.

L'hôpital général de Philadelphie, disposé pour la réception de 3,320 malades, couvre une surface de 50,100 mètres carrés. Le nombre des employés attachés au service de l'administration est de 622; les frais d'établissement ont dépassé 1,250,000 fr.

Citons un fait qui prouve combien le génie inventif et pratique des Américains s'est exercé pour tromper les ennuis de la vie d'hôpital. Dans plusieurs de ces établissements, les malades eux-mêmes ont fondé des journaux qui paraissent régulièrement. A Washington notamment, les convalescents de l'Armory-Hospital(23), qui contient un millier de lits, ont eu l'idée d'acheter tout un matériel d'imprimerie et se sont mis à imprimer et à publier un journal hebdomadaire, dont tous les articles sont rédigés par des habitants de l'hôpital. Les dimensions de cette feuille, qui a pour titre : « the Armory-square Hospital Gazette, » sont un peu plus considérables que celles du Petit Journal, et les sommes reçues des abonnés sont versées dans la caisse de l'hôpital, au profit de tous les malades. Ce journal, qui d'ailleurs est très-bien fait et magnifiquement imprimé, compte une année d'existence.

 

Il serait difficile de se faire une idée complète des souffrances que cette admirable organisation hospitalière a déjà épargnées. D'après le témoignage du docteur Pringle, le célèbre chirurgien en chef des forces anglaises qui se fondirent, à l'expédition de Walcheren, comme la neige sur le sol, «les hôpitaux doivent être rangés parmi les causes principales de la mortalité dans les armées. » Un éminent médecin français de la même époque déclarait que «les hôpitaux sont un fléau de la civilisation. » Et certes, ce langage ne pouvait pas être taxé de la moindre exagération, tant les hôpitaux militaires étaient déplorablement tenus. Même pendant la dernière campagne de Crimée, miss Nightingale a constaté une effrayante mortalité des malades et des blessés. Le nombre des morts --- 46,7 % dans les hôpitaux de Scutari et de Kulali, en février 1855, --était presque aussi considérable que le nombre des guérisons. Toutefois cette terrible mortalité fut arrêtée soudain, grâce à une réforme sanitaire immédiate, si bien que le nombre des morts ne s'éleva bientôt plus qu'à 2 ou 3% des cas. Miss Nightingale nous apprend que, «durant les sept premiers mois de la campagne de Crimée, la mortalité des troupes s'est élevée à 60 % pour les maladies seulement, » et que, « pendant les cinq derniers mois de la campagne, après l'organisation complète du système de mesures sanitaires, la mortalité des troupes ne dépassa pas le chiffre de 11,5 pour 1,000 ou de 1,1 % par an. » En d'autres termes, le nombre des morts était devenu cinquante fois moindre, grâce aux réformes hygiéniques. Les dangers, auxquels les hôpitaux de Scutari et de la Crimée doivent leur sinistre et terrible histoire, étaient également réservés aux établissements hospitaliers des armées américaines si l'on n'eût pris immédiatement des mesures de précaution. Pour l'établir, il nous suffira de reproduire ici les paroles du docteur Hammond, qui était alors (été de 1861) aide-chirurgien, et qui depuis occupa longtemps le poste de chirurgien général. En parlant des vingt et un hôpitaux du Maryland, qui dès le commencement de la guerre regorgeaient déjà de fiévreux emportés les uns après les autres par une effrayante mortalité, il s'écriait :«Je n'hésite pas à dire que cet état de choses n'a son pareil dans aucun endroit du monde civilisé, et que cet hôpital(24) dépasse en horreur ceux qui furent l'opprobre des alliés pendant la guerre de Crimée. » Grâce à l'initiative de la Commission et à l'aide du gouvernement, cet état de choses se modifia bientôt, et maintenant les divers grands hôpitaux des États-Unis peuvent facilement soutenir la comparaison avec les plus beaux établissements de ce genre qui se trouvent dans le monde entier.

Les scènes décrites d'une manière si saisissante par le docteur Hammond n'ont de pendant que dans la partie d'un rapport du chirurgien général des armées confédérées consacrée aux hôpitaux des prisonniers unionistes retenus à Richmond. Ce rapport, signé le 1" avril 1864, donne la statistique officielle des mois de janvier, février et mars de la même année. Sur 2,279 malades reçus à l'hôpital pendant cette période, il n'en mourut pas moins de 1,396, soit plus de 50 %. Du nombre total des patients, 2,121, plus des trois quarts, souffraient de débilité générale, de fièvres adynamiques, de diarrhées ou de dysentéries, d'affections de la poitrine ou du scorbut, c'est-à-dire de maladies qui toutes avaient pour cause l'inanition, le froid, la saleté, le manque d'air respirable ou de vêtements. L'imagination est effrayée à la pensée de ces horreurs (25).

 

D. Service d'assistance.

Sous le titre général de service d'assistance (relief), on comprend les nombreuses agences établies, afin de venir en aide aux volontaires qui se rendent pour la première fois à l'armée, ou bien en reviennent avec leur congé temporaire ou définitif, ainsi que divers moyens employés pour donner aide et assistance et distribuer des provisions aux soldats qui se trouvent dans les rangs ou dans les hôpitaux divisionnaires et régimentaires. Cette distribution se fait naturellement par deux grands canaux parallèles et souvent confondus. Nous voulons dire:

Le service d'assistance spéciale ou extraordinaire;
Le service général ou ordinaire.

Ce dernier service dépend entièrement de l'inspection sanitaire ; et en tant qu'il a spécialement pour but la vie et la santé des soldats, il est confié à la direction des inspecteurs ou des employés de la division d'hygiène. Tous les secours ayant d'autres objets en vue rentrent dans la partie spéciale du système.

 

Service spécial. --- Les besoins auxquels les secours spéciaux ont été appelés à pourvoir sont d'une telle multiplicité et d'une telle variété qu'il n'a pas été possible de les classer d'une façon complète. Par l'intéressant extrait que nous empruntons au dernier rapport de la Commission, nos lecteurs se feront de ce service une idée claire et suffisamment exacte.

«Les principaux objets que se propose la Commission, en intervenant pour activer le service spécial d'assistance, sont les suivants :

«--- Premièrement, de fournir aux malades des régiments nouvellement arrivés telles médecines, telle nourriture et tels soins que, vu les circonstances, leurs médecins et chirurgiens sont dans l'impossibilité de leur donner. Les soldats ainsi secourus sont principalement ceux qui ne sont pas assez malades pour avoir des droits à entrer dans un hôpital général, mais qui cependant doivent recevoir des soins immédiats sous peine de contracter une affection grave.

«--- Deuxièmement, de fournir la nourriture, le logement, les soins et secours nécessaires aux soldats qui, ayant reçu leur congé honorable pour cause de maladie, sont souvent obligés d'attendre pendant plusieurs jours avant qu'ils puissent obtenir leurs papiers et leur solde, ou même sont forcés de vendre à perte leurs droits à des spéculateurs.

«--- Troisièmement, d'entrer en communication avec les régiments éloignés en faveur des soldats dont les certificats de congé ou les feuilles de route pour payement de solde seraient défectueux; le soldat invalide devant recevoir des soins pendant l'intervalle et ne pouvant d'ailleurs s'exposer au danger et à la fatigue d'aller en personne au régiment pour faire mettre ses papiers en règle.

«--- Quatrièmement, d'agir comme le conseil et l'avocat gratuit des soldats qui seraient trop malades ou incapables de se présenter eux-mêmes au bureau du payeur en chef.

«---Cinquièmement, d'examiner la situation des soldats congédiés temporairement ou définitivement, qui paraîtraient être dans l'impossibilité de payer le voyage et de leur en fournir les moyens, lorsque ces hommes sont honnêtes et que leurs besoins sont réels.

«--- Sixièmement, de procurer aux soldats malades ou en congé des billets de chemin de fer à prix réduit, et de veiller à ce qu'ils ne soient ni volés ni trompés à la station d'embarquement.

«--- Septièmement, de s'employer à ce que les soldats congédiés ou rayés des cadres quittent immédiatement la ville où ils ont reçu leur solde et rentrent aussitôt dans leurs familles; et dans les cas où de mauvais camarades les auraient induits à rester, de travailler à leur délivrance et de les expédier jusqu'à destination avec des billets de parcours entier.

«---Huitièmement, de prendre soin que les soldats congédiés définitivement ou pour cause de maladie soient, avant leur départ, dans un état de propreté et de confort convenables.

«--- Neuvièmement, d'être prêts à fournir immédiatement les aliments ou les autres objets de première nécessité aux malades qui arriveraient en nombre des champs de bataille ou des hôpitaux généraux.

«--- Dixièmement, de ne pas perdre de vue les soldats qui sortent des hôpitaux sans être encore rentrés dans les rangs, et de fournir les renseignements nécessaires aux autorités compétentes au sujet des individus qui voudraient se dérober au service ou déserter. »

Sous ce même titre de Service spécial d'assistance sont rangés le service des approvisionnements, les secours de toute nature à donner, par les soins des hospitaliers on par tous autres moyens, aux prisonniers enfermés ou renvoyés sur parole, et généralement tous les cas particuliers que n'aurait point prévus le règlement de l'armée, et qui se rapportent aux malades, aux blessés et à leurs amis.

 

Agence hospitalière. --- Quelques explications sont nécessaires au sujet de cette agence. Primitivement il existait un bureau spécial d'enregistrement ayant pour but de fournir des renseignements récents et précis sur chaque patient traité dans les hôpitaux militaires. Dans un pays si vaste, avec une ligne d'opérations stratégique d'une longueur de plus de 5,500 kilomètres, avec une armée de plus d'un million d'hommes distribués sur cet immense champ de bataille et changeant constamment de position, les amis et parents devaient être naturellement très-anxieux de savoir l'endroit précis où se trouvaient les soldats qu'ils accompagnaient de leur amour. Cette mission fut confiée à ce bureau spécial , qui devint bientôt une agence de renseignements incessamment contrôlés, fonctionnant au bénéfice exclusif des malades de l'armée et de leurs amis. Comme exemple de la grandeur du travail accompli, il est relaté dans les rapports imprimés de la Commission que non moins de 515,000, noms ont été inscrits dans les registres de l'agence, du 9 juin au 1er octobre 1865, soit pendant quatre mois environ. Dans chaque registre officiel, diverses colonnes indiquent, en regard de chaque nom, la date de l'admission du patient dans un hôpital spécialement désigné, son rang, sa compagnie, ses états de service. De cette manière, une réponse catégorique peut être donnée à chaque demande relative aux soldats qu'on suppose se trouver dans un hôpital. Depuis l'organisation du bureau jusqu'au 1er octobre 1865, un peu plus de 15,000 demandes de renseignements lui furent adressées, et sur 10,000 cas environ, les agents ont pu faire des réponses satisfaisantes.

 

Asiles des soldats. --- Une autre branche secondaire du service d'assistance spéciale a été l'organisation des «Asiles de soldats. » Depuis le premier établissement de ces institutions jusqu'au 1 septembre 1865, ils ont fourni plus de 500,000 repas et de 250,000 logements. Les habitants de ces espèces d'hôtels sont des soldats que la rigidité du système militaire a laissés en dehors de ses cadres réguliers, d'autres qui, pour divers motifs, se sont égarés ou attardés, qui n'ont pas encore leurs états de service en règle, et enfin des convalescents ou des congédiés qui n'ont pas encore reçu leur paye.

La moyenne du séjour dans les établissements de la Commission est de trois jours environ.

 

Registre des morts et enterrements. ---Une autre fonction du service d'assistance spéciale est de conserver la mémoire des braves qui ont sacrifié leur vie pour le salut de la patrie. Sur la demande de la Commission il est tenu, par les ordres et les soins du secrétariat de la guerre, un registre en triple pour chaque soldat mort à l'hôpital ou sur le champ de bataille et dont le corps aura pu être reconnu. On mentionne sur ce registre le nom du soldat décédé, la date de son inscription sur les rôles de l'armée, les noms de ses parents, ses blessures, les faits relatifs à sa dernière maladie, ses suprêmes volontés et le lieu de sa sépulture.

MODÈLE DU REGISTRE DES MORTS ET ENTERREMENTS

Nom et numéro du décédé ......................................

Numéro et lieu de la sépulture . ............................

Numéro du décédé à l'hôpital ..................................

Régiment, bataillon, compagnie .............................

Lieu de résidence avant l'enrôlement ....................

État civil (si le décédé était marié, indiquer la résidence de la veuve) ....................................

Causes de la mort ......................................................

Age du décédé ...........................................................

Date de la naissance ..................................................

Observations ................................................................

Date de l'enterrement ...............................................

 

Envoyer un exemplaire à l'adjudant général de l'armée des États-Unis,. et un double au marguillier de la paroisse de..............................................

MEMORANDA.

Déjà des milliers et des milliers de poteaux funéraires dressés sur les tombes des soldais et portant chacun leur inscription, conformément aux ordres donnés à cet effet par le secrétaire de la guerre, marquent les lignes stratégiques et les cimetières des hôpitaux de l'armée. En même temps, tous les cas de mort sont exactement relevés dans chaque hôpital et dans chaque bureau de cimetière, ainsi que dans le cabinet de l'adjudant général et sur les rôles des régiments. Les trois exemplaires du registre sont conservés, l'un à l'hôpital, le second à Washington et le troisième dans la paroisse où se trouve le cimetière ou bien au commissariat du régiment.

S'il est difficile d'apprécier à leur juste valeur l'importance des services rendus par l'agence des hôpitaux et par les registres d'enterrement, l'imagination aime à se reporter vers les innombrables foyers au-dessus desquels semblait planer l'ange de la mort et qui ont été soudain consolés et réjouis par la nouvelle que celui qu'on pleurait n'était pas perdu. Des milliers de personnes abattues sous le poids d'une affreuse incertitude, ont été soulagées d'une partie de leur fardeau de douleur en apprenant que les amis chers à leur cour avaient au moins reçu un signe funéraire sur leur dernier lieu de repos. De pareils services ne sauraient être trop hautement appréciés.

 

Service d'assistance générale ou ordinaire.--- Cette partie des travaux, que nous traitons en dernier lieu, est la plus importante, car elle s'applique à tous les soldats sans distinction.

Mention a déjà été faite de l'explosion des sympathies populaires qui se manifesta de toutes parts après le désastre de Bull-Run, en juillet 1861. Aussitôt après l'organisation de la Commission, celle-ci lança une circulaire invitant le public à envoyer des objets divers pour les malades et les blessés. Cette circulaire fut vivement appuyée par le président Lincoln et par le général Scott, qui était alors commandant en chef des forces militaires. Afin de stimuler la formation de comités auxiliaires de secours dans toute l'étendue des États loyaux, le directeur général des postes adressa à tous les bureaux de distribution et à tous les citoyens influents dans chaque ville, 80,000 circulaires accompagnées d'une lettre dont voici la teneur

DIRECTION GÉNÉRALE DES POSTES.

Washington, 15 octobre 4861.

« Monsieur, vous êtes prié de prendre les mesures convenables pour aider à l'organisation d'un comité de dames, s'il n'en existe pas encore dans votre ville, ayant pour mission de répondre à l'appel ci-joint de la Commission sanitaire.

« Le pouvoir exécutif désire vivement obtenir le concours actif des femmes américaines pour la sainte cause de l'Union; il compte sur vous pour leur faire connaître son désir et pour travailler autant qu'il vous sera possible à l'accomplissement de cette grande oeuvre.

Je suis, avec respect,

« MONTGOMERY BLAIR,
« Directeur général des postes.

Après de semblables appels, il ne se passa pas un grand nombre de semaines sans que le pays entier se couvrît d'un réseau de sociétés auxiliaires, ayant toutes des relations directes et suivies avec les grands comités centraux de New-York, de Boston, de Providence, de Philadelphie, de Cincinnati, de Cleveland, de Columbus, de Chicago, de Wheeling, de Louisville, de Saint-Louis et de Washington. Le secrétaire général, M. Olmsted, constatait dans son rapport pour l'automne de 1861, que 100,000 objets environ avaient été reçus.

Il est facile de comprendre le système éminemment pratique et l'esprit de méthode dont on fit preuve pour l'approvisionnement et l'arrangement des magasins en se rendant compte des opérations journalières de l'un des principaux dépôts, tels que ceux de Washington et de Louisville, ou en remarquant avec quelle rapidité les articles étaient expédiés et distribués dans les dépôts provisoires qu'on avait établis pour les armées en campagne, à Chattanooga, par exemple, ou près de Charleston. Le modus operandi peut être décrit comme suit:

A Washington, à Louisville et à New-York, la Commission a fondé des établissements centraux où sont réunis tous les objets achetés directement, ou bien recueillis par les soins des associations auxiliaires. Dès que ces objets sont classés convenablement, empaquetés et prêts à être embarqués au premier ordre venu, ils sont mis à la disposition des hôpitaux pour être expédiés et distribués selon que les mouvements et les exigences diverses des armées peuvent le rendre nécessaire. Quels que soient les besoins des malades, des blessés, des nécessiteux et l'endroit où ces besoins se manifestent, le premier devoir des inspecteurs est de les satisfaire. Pour obtenir encore plus de promptitude et de facilité, un bureau mobile ou provisoire de distribution était établi dans chaque division et à peu près dans chaque corps d'armée.

Ce n'est point au hasard que la Commission répartit ses trésors ; tout en se donnant pour but invariable d'épargner autant que possible tout sacrifice de vie humaine, qui résulterait d'une adhérence trop rigide aux prescriptions d'une routine aveugle ou d'une forme méticuleuse, elle maintint dans son système de distribution une exactitude consciencieuse pour tous les comptes, bons, reçus et certificats. Il n'a pas été délivré un seul article d'une valeur de cinq francs pour lequel il n'ait été réclamé et délivré une attestation en règle, signée par le chirurgien on par son assistant et contre-signée par un inspecteur qui s'est édifié au préalable sur l'utilité de la déWashpense. Les plus rigides précautions furent prises pour que les généreuses contributions apportées par le peuple des États-Unis fussent employées le plus utilement possible, et que les plus nécessiteux fussent traités avec le plus de libéralité. En même temps, on veilla à ce qu'aucun officier de l'armée ne fût dégagé de la responsabilité qui lui incombait de s'adresser au gouvernement, comme il en avait le droit et le devoir, pour tous les articles jugés nécessaires.

Les dépôts mentionnés plus haut furent placés sous la direction immédiate des agents de secours (relief-agents), choisis spécialement pour l'oeuvre qu'ils avaient à accomplir et contrôlés dans leurs actes par les secrétaires et par l'administration en chef. Lorsque des réquisitions étaient adressées au dépôt de la part des officiers médicaux de l'armée ou des inspecteurs sanitaires, les agents de secours les inscrivaient sur leurs livres, les classaient, les ordonnançaient et faisaient mention sur leur journal de tous les articles livrés par eux. Les règles de la comptabilité furent toujours observées avec le plus grand soin.

 

Pour mieux saisir la nature et la nécessité de l'aide incessamment apportée par la Commission de secours, il faut ne pas perdre de vue que le « Code » imprimé des règlements de l'armée, code qui est le programme de l'action officielle du gouvernement, a été établi en vue d'un état normal de choses. La liberté qu'il concède à chaque employé est nécessairement restreinte dans l'intérêt de sa propre responsabilité, et de l'économie des deniers publics. Le Code est le représentant de l'ordre au milieu de l'inévitable confusion de la guerre. Sans cet ordre, et sans un contrôle rigoureusement maintenu, rien ne pourrait être mené à bonne fin ; les bureaux de la guerre seraient dans l'impossibilité de terminer aucune affaire. Ainsi que miss Nightingale l'a si bien exprimé: «Les besoins du soldat dépendent des circonstances; mais les distributeurs ne peuvent pourvoir aux besoins qu'en vertu de leurs instructions. »

Les règlements fixes du service sont incompatibles avec l'élasticité et la promptitude d'expédition que les exigences spéciales et imprévues de la guerre rendent nécessaires. C'est juste au moment où les règlements et les approvisionnements réguliers de l'administration officielle viennent à faire défaut, que la Commission sanitaire intervient pour obvier aux difficultés et donner au soldat la preuve de la sollicitude paternelle du gouvernement en accordant elle-même son appui cordial. Ses agences multiples suivent le soldat de lieu en lieu, au camp, au bivouac, dans la marche, sur le champ de bataille; et là encore, aussi loin que des non-combattants peuvent le faire, elles se présentent avec les riches contributions offertes par la bienveillance et l'affection des concitoyens aux soldats blessés et accablés de fatigue. C'est alors que, soit à l'ambulance, soit à l'hôpital général ou de campagne, les bons offices de la Commission sont mis en réquisition, tant pour les invalides que pour les convalescents et les volontaires en congé. Elle accompagne le soldat à chaque pas de sa carrière et lui sert d'ange gardien, en lui apportant des messages d'affection et de soulagement envoyés par cette armée loyale de travailleurs qui sont restés au foyer domestique. Elle agit comme le grand intermédiaire entre le soldat et sa famille, et de la façon la plus convaincante elle donne à l'armée la démonstration des sympathies du pays. Son oeuvre, telle qu'elle a été formulée par les fondateurs, et telle qu'on peut la juger par ses résultats, est le développement de ce principe: « La guerre doit être menée avec une haute intelligence, avec humanité et une véritable tendresse pour la santé, le confort et la sécurité de nos troupes. »

 

Toutefois, la Commission n'a pas restreint les effets de sa générosité aux soldais fédéraux seulement. Sur le champ de bataille, dans les ambulances et à l'hôpital général, elle a toujours planté de drapeau de la neutralité. Animée de cet esprit de large humanité,

Homo sum : nihil humani a me alienum puto.

elle n'a voulu reconnaître aucune distinction entre l'ami et l'ennemi. Elle a mis en pratique l'esprit de charité selon l'Évangile de la bonne volonté, et dans tout malheureux elle voit un frère et un homme.

Sur le champ de bataille, plus encore peut-être que dans les corridors tranquilles des hôpitaux, on a pu apprécier les merveilleux services de la Commission. Théoriquement le gouvernement devrait, en prévision des rencontres sanglantes, tenir prêts tous les articles qui sont nécessaires pendant le terrible conflit. Mais en pratique, la guerre, dans ses phases toujours nouvelles, produit une variété infinie de besoins qui doivent être satisfaits sous peine d'affreuses conséquences. Il est prouvé par les récits de toutes les grandes batailles que, pendant les évolutions stratégiques, et surtout à l'issue d'un engagement qui a coûté beaucoup de monde, il faut, pour la prompte assistance des blessés, une plus grande quantité d'hommes et de matériel de toute espèce qu'un gouvernement n'en a pu encore jusqu'ici mettre à la disposition du service des ambulances. En de pareils moments, quelque dévoué, quelque infatigable que soit le corps des chirurgiens, l'aide de volontaires du dehors est absolument indispensable, afin de prévenir les plus horribles souffrances et le plus déplorable gaspillage des vies humaines. Pour ne citer qu'un exemple entre plusieurs, toute une armée d'hospitaliers volontaires aurait à peine suffi, à l'oeuvre douloureuse que leur eût imposée une bataille comme celle de Solférino. Sur ce point, nous pouvons invoquer le témoignage explicite de M. E. Henry Dunant, dans l'éloquent récit qu'il nous a donné sous le titre de: un Souvenir de Solférino. Témoin oculaire lui-même, il raconte l'insuffisance absolue des ressources médicales que les armées alliées avaient à leur disposition. Écoutons M. Dunant:

« Le soleil du 25 juin éclaira l'un des spectacles les plus affreux qui se puissent présenter à l'imagination. Le champ de bataille est partout couvert de cadavres d'hommes et de chevaux; les routes, les fossés, les ravins, les prés, sont parsemés de corps morts, et les abords de Solférino en sont littéralement criblés. Les champs sont ravagés, les blés et les maïs sont couchés, les haies renversées, les vergers saccagés; de loin en loin on rencontre des mares de sang. Les villages sont déserts et portent les traces des ravages de la mousqueterie, des fusées, des bombes , des grenades et des obus ; les murs sont ébranlés et percés de boulets qui ont ouvert de larges brèches ; les maisons sont lézardées, trouées, détériorées; leurs habitants, qui ont passé près de vingt heures cachés et réfugiés dans leurs caves, sans lumières et sans vivres, commencent à en sortir; leur air de stupeur témoigne du long effroi qu'ils ont éprouvé.

« Les malheureux blessés qu'on relève pendant toute la journée sont pâles, livides, anéantis; les uns, et plus particulièrement ceux qui ont été profondément mutilés, ont le regard hébété et paraissent ne pas comprendre ce qu'on leur dit; ils attachent sur vous des yeux hagards, mais cette prostration apparente ne les empêche pas de sentir leurs souffrances; les autres sont inquiets et agités par un ébranlement nerveux et par un tremblement convulsif; ceux-là, avec les plaies béantes où l'inflammation a déjà commencé à se développer, sont comme fous de douleur : ils demandent, qu'on les achève, et ils se tordent, le visage contracté, dans les dernières étreintes de l'agonie.

« Ailleurs, ce sont des infortunés qui non-seulement ont été frappés par des balles ou des éclats d'obus qui les ont jetés à terre, mais dont les jambes ou les bras ont été brisés par les roues des pièces d'artillerie qui leur ont passé sur le corps. Le choc des balles cylindriques fait éclater les os dans tous les sens, de telle sorte que la blessure qui en résulte est toujours fort grave; les éclats d'obus, les balles coniques produisent aussi des fractures excessivement douloureuses et des ravages intérieurs souvent terribles.(26)

.   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .   .

« Pendant la journée du samedi, le nombre des convois de blessés devient si considérable, que l'administration, les habitants et le détachement de troupes laissé à Castiglione sont absolument incapables de suffire à tant de misère. Alors commencent des scènes aussi lamentables que celles de la veille, quoique d'un genre tout différent : il y a de l'eau et des vivres, et pourtant les blessés meurent de faim et de soif; il y a de la charpie en abondance, mais pas assez de mains pour l'appliquer sur les plaies; la plupart des médecins de l'armée ont dû partir pour Cavriana, les infirmiers font défaut et les bras manquent dans ce moment si critique (27). »

 

La Commission sanitaire des États-Unis s'est proposée les moyens de pourvoir à des éventualités aussi terribles. Par l'organisation d'un système indépendant de transports, les approvisionnements peuvent être par elle dirigés sur tous les points où de grands engagements se préparent. Les employés du service des secours, étant avertis à temps par les inspecteurs sanitaires qui suivent l'armée, et munis des instructions des bureaux centraux, envoient à l'avance, avec les colonnes en marche et sur des points convenables indiqués près de la ligne de mouvement, tels trains d'approvisionnements qu'il est nécessaire de fournir aux ambulances et aux hôpitaux de campagne pour les besoins des blessés et des soldats épuisés. Au milieu des armées fédérales, soit campées, soit en marche, on maintient un dépôt ambulant (flying depot), sous la surveillance des inspecteurs et des agents de secours. Au début de la guerre, ces dépôts ne pouvaient pas être tenus à proximité suffisante des troupes, vu le manque de moyens indépendants de transport. Même plus tard, la nature montagneuse des districts dans lesquels on opérait a plus d'une fois empêché ces convois spéciaux d'arriver en temps utile; mais toutes les fois que cela fut praticable, la Commission disposa d'un convoi indépendant ou de quelques wagons que le quartier-maître lui permettait de faire avancer en même temps que les troupes. Les quartiers-maîtres eux-mêmes et les officiers médicaux de l'armée se sont presque toujours appliqués à faire parvenir les approvisionnements au dépôt le plus rapproché du champ de bataille. Il ne sera pas inutile de citer ici quelques exemples frappants des services rendus dans les moments d'urgence par ce corps auxiliaire.

Lors de la grande bataille d'Antietam, la Commission tenait une séance extraordinaire à Washington. Le telélégraphe fut mis en réquisition pour stimuler toute l'activité des agents; ordre fut donné à tous les dépôts auxiliaires les plus rapprochés du lieu de l'action, d'y envoyer leurs approvisionnements pour un usage immédiat; de la maison même où l'on était réuni, on dépêcha divers trains supplémentaires qui se dirigèrent à toute vapeur vers le champ de bataille. Plus de 50,000 articles d'habillement, plusieurs tonnes d'aliments, des cordiaux eu abondance, etc., furent expédiés en moins d'une semaine du dépôt central de Washington à destination d'Antietam. Un agent s'exprimait dans les termes suivants:

« Les blessés sont pour la plupart déposés autour des granges; ils occupent les cours, les étables, les écuries, et sont étendus sur d'épaisses couches de bonne paille. Je vis 1,500 blessés rangés sur la paille, autour de deux granges en vue l'une de l'autre. Pas de ferme, pas de magasin, pas d'église, pas d'école qui ne soit gorgée de blessés tant unionistes que confédérés; des caisses à grain, des étables à vaches sont remplies, et même en un endroit j'ai vu les crèches occupées. Plusieurs milliers de malheureux gisent en plein air, sur la paille; tous sont, de la part des chirurgiens, des fermiers et de leurs familles, l'objet d'une bienveillante sollicitude... Pour ce qui concerne notre oeuvre, elle réussit admirablement, grâce à la promptitude avec laquelle vous nous avez expédié de Washington les provisions nécessaires, et grâce à l'appui du docteur Lettermann et de ses collègues. Nous avons précédé tout le monde; nous avons été de deux jours en avance sur le Bureau médical, et nous devons cet avantage au fait que nous possédons des transports à nous. »

Subséquemment à cette bataille d'Antietam, livrée sui le sol du Maryland, eurent lieu dans l'Ouest les terribles chocs de Corinth, Iuka et Perryville. Bien que ces divers points fussent très-distants de la ligne d'approvisionnements, les agents de la Commission s'y trouvèrent en temps utile et rendirent les plus grands services. Dans un rapport daté de Perryville, le docteur Reed écrivait :

« A notre arrivée, nous apprîmes que nous étions les premiers à apporter assistance, là où les secours étaient le plus nécessaires. Langue ne pourra jamais dire les horreurs de ce champ d'agonie; au moins 2,500 soldats unionistes et confédérés gisaient blessés entre Perryville et Harrodsburg, en proie aux plus grandes souffrances et manquant de tout. En outre, plusieurs des plus grièvement blessés avaient été déjà enlevés du champ de bataille, et nous rencontrâmes par escouades des soldats qui, ayant reçu des blessures moins graves, se traînaient en mendiant tout le long de la route jusqu'à Louisville, à 130 kilomètres de là. Sur les chemins, il nous fut souvent possible de donner aide et secours à ces misérables voyageurs, en partageant avec eux quelques-unes de nos provisions... Les blessés étaient tous dans un état de malpropreté déplorable. Quelques-uns reposaient sur la paille ou sur un matelas quelconque, plusieurs n'avaient pas de draps, d'autres pas de chemises; même cinq jours après la bataille, on nous en porta qui sous leurs abris provisoires n'avaient pas encore eu leurs blessures pansées. Chaque maison était un hôpital, toutes étaient encombrées, et la nourriture commençait à manquer. »

Peu de temps après l'invasion par les confédérés du Maryland et de la Pennsylvanie, dans l'été de 1865, survinrent les terribles journées de Gettysburg, durant lesquelles le nombre des hommes laissés hors de combat ne fut pas moindre de 50,000. Il serait trop long de donner un récit détaillé des travaux de la Commission lors de cet événement mémorable qui fit appel à toutes les énergies humaines. Nous empruntons quelques fragments au récit de la femme de talent qui nous a donné l'intéressante brochure : Trois semaines à Gettysburg:

« Aux premières nouvelles du combat, le village (le Westminster, station du chemin de fer la plus, rapprochée du champ de bataille, fut fixé comme notre point de ravitaillement. En conséquence, la Commission reçut l'autorisation d'adjoindre un wagon par jour aux convois que le gouvernement expédiait à cette station. Peu avant que la bataille commençât, deux cargaisons avaient été distribuées aux chirurgiens pour subvenir aux lacunes qui auraient pu exister dans leurs approvisionnements. Ces deux wagons retournèrent à Frederik pour y prendre un nouveau chargement, et deux autres complétement chargés, arrivèrent au moment où Longstreet tombait sur notre aile gauche. C'est sous le feu que nos agents allèrent soigner les blessés, portés en arrière de la mêlée. L'un des employés, arrivant à un endroit où des centaines de patients avaient été déchargés des ambulances et couchés sur le sol, derrière une grange, à moins d'un kilomètre en arrière de notre ligne de bataille, vit un chirurgien lever les bras au ciel, en s'écriant « Enfin voici la Commission sanitaire! Nous pourrons donc faire quelque chose!» Déjà les approvisionnements étaient à peu près épuisés; l'eau-de-vie, le bouillon, les éponges, le chloroforme, les bandages, la charpie, qui lui furent immédiatement remis, sauvèrent certainement la vie de bien des malheureux. »

D'une autre notice, écrite le second jour de la bataille par un des agents de secours, nous extrayons les détails qui suivent:

« L'action s'engagea vers quatre heures de l'après-midi. Dès que les chirurgiens eurent fixé l'endroit où l'on établirait les ambulances, nous fîmes immédiatement avancer nos wagons et nous en déballâmes nos provisions, tels que bouillons concentrés, cordiaux, biscuits, conserves de lait et de café, amidon, farine, chemises, caleçons, has, serviettes, draps, édredons, charpie et bandages. Nous allions en hâte d'un endroit à l'autre, aussi promptement que possible, délivrant à chaque chirurgien une partie de nos ressources, jusqu'à ce qu'elles fussent à peu près épuisées. Le lendemain nous reçûmes de nouvelles et abondantes provisions de Washington. »

La ville de Gettysburg est éloignée de 4 ou 5 kilomètres du lieu principal de la bataille, sur un ruisseau de l'autre côté duquel se trouve la station du chemin de fer. Le pont ayant été brûlé par l'ennemi, la station, de laquelle tout le matériel devait être transporté, se trouvait à 1,000 mètres environ de Gettysburg. Cette station fourmilla bientôt de soldats blessés légèrement, qui arrivaient en boitant ou en se traînant, silencieux, pâles et épuisés. En cet endroit, les agents de la Commission établirent aussitôt un asile provisoire, On dressa deux tentes, assez grandes pour abriter 75 hommes, et les agents de secours ne cessèrent de fournir à la foule des blessés, sans cesse renouvelée, une nourriture substantielle et abondante. Ces tentes provisoires furent conservées jusqu'à ce que le pont eût été reconstruit, et les wagons purent alors entier dans la gare proprement dite, auprès de laquelle on éleva d'autres asiles. Pendant une partie de la première semaine de juillet, du mardi au samedi, on fournit à plus de 3,000 soldats, plus ou moins blessés, un abri, de bonne soupe, du café, du pain frais. Dans les hôpitaux réguliers et les ambulances de campagne, ainsi que dans les hôpitaux généraux de Gettysburg, il n'y avait pas, d'après le rapport du docteur Winslow, chargé de leur inspection, moins de 5,452 confédérés blessés en traitement. En outre, suivant les rapports officiels, d'autres hôpitaux contenaient 13,050 blessés unionistes et 1,810 confédérés. Le grand nombre de ces derniers s'explique par le fait que les confédérés ayant subi une sérieuse défaite, et se trouvant obligés de repasser en hâte le Potomac pour se rapprocher de leur base d'opération, durent abandonner sur le champ de bataille une forte proportion de leurs blessés.

Au milieu de cette immense agglomération d'êtres humains dans la souffrance, l'oeuvre bienfaisante de la Commission continuait nuit et jour sans interruption.

Aux chirurgiens de l'armée, ce secours fut le bienvenu; il ne pouvait venir plus à propos. Pendant les quatre semaines qui suivirent la bataille, les articles suivants furent expédiés, sans parler d'une foule d'autres articles que nous omettons

Caleçons de laine . 5,510 OEufs (douzaines) 8,500
Caleçons de coton 1,833 Tamarins (litres) 3,000
Chemises de laine . 7,153 Citrons (caisses), 100
Chemises de coton 3,266 Oranges (caisses) . 46
Oreillers 2,144 Glaces (kilog.) 10,000
Couvertures de lit 1,630 Bouillon (tablettes). 1,900
Couvertures en laine 1,007 Lait concentré 6,250
Mouchoirs . 2,659 Farine préparée (kilog.), 2,500
Serviettes et essuie-mains. 10,000 Fruits secs (kilog.) 1,750
Éventails 3,500 Gelées (kilog.) 2,000
Cuvettes en fer-blanc. 7,003 Sucre (kilog.) 3,400
Pantoufles (paires) 4,000 Sirop (bouteilles) 785
Béquilles 1,200 Cognac (bouteilles) 1,250
Éponges 1,000 Vin (bouteilles) 1,148
Mouton et volaille (kilog.) 5,500 Bière (bouteilles), 2,000
Beurre (kilog.) 3,215    

La valeur totale des approvisionnements expédiés pendant ces quatre semaines s'élevait à 400,000 fr. environ.

 

Les luttes sanglantes qui eurent lieu dans les environs de Chattanooga donnèrent une nouvelle preuve des soins prévoyants de la Commission et de la fécondité de ses ressources. Le docteur Newberry, directeur en chef des opérations de l'Association dans l'Ouest, attendait la marche en avant des troupes fédérales. Prévoyant bien que cette marche amènerait une bataille, il fit préparer des approvisionnements considérables et s'adjoignit des assistants nombreux et dignes de confiance, prêts à se mettre à l'ouvre au premier signal. Le passage suivant, extrait de son rapport, donne un tableau très-net de ce qui se passa:

« Mercredi matin, notre drapeau flottait au sommet de Lookout-Mountain, et nos troupes avançaient sur la forte position de l'ennemi à Mission-Ridge. Après un sérieux engagement à notre gauche, dans lequel Sherman perdit beaucoup de monde, les retranchements qui longeaient la base de Mission-Ridge furent assaillis par nos soldats. Alors commença cette périlleuse, mais glorieuse ascension au pas de course, d'une colline élevée de 300 mètres au-dessus de la plaine, ascension qui surprit et découragea les régiments confédérés, et couvrit d'honneur les braves qui avaient osé la risquer. Après une heure d'attente, attente mortelle pour les spectateurs incapables de porter le moindre secours, le sommet fut conquis et gardé; le fracas des quarante pièces de canon qui le couronnaient fit place au silence, et nous comprimes qu'une grande victoire venait d'être gagnée.

« Deux wagons avaient été retenus d'avance pour porter aide partout où il serait nécessaire. Aucun point du champ de bataille n'étant éloigné de plus de 5 kilomètres du quartier général, toutes les mesures avaient été prises par le directeur médical de l'armée pour le transport immédiat des blessés à l'hôpital. Le contenu de nos wagons étant disposé de sorte à pouvoir être distribué instantanément, M. Ch. Read et moi, avec quelques provisions, nous parcourûmes le champ de bataille à mi-côte de Mission-Ridge, tandis que M. Loomis se dirigeait du côté du nord pour voir si le corps du général Sherman avait besoin de quelque secours. A minuit, tous les blessés unionistes avaient été ramassés et transportés à l'hôpital. Ceux des ennemis qui restèrent dans les maisons où ils avaient été déposés reçurent toute l'assistance qu'il était en notre pouvoir de leur donner, et à une heure du matin nous rentrions en ville. M. Loomis arriva en même temps que nous ; il annonça que tous les blessés du 15 corps d'armée avaient été rassemblés dans les hôpitaux de la division, mais que leurs approvisionnements étaient encore attendus, et qu'ils avaient un urgent besoin de notre aide. Un wagon rempli de lait, de viande, de biscuits, de sucre, de thé, de cordiaux, de bandages, etc., leur fut immédiatement expédié, et fut reçu, on peut le penser, comme un présent inestimable.

« Le lendemain, de très-bonne heure, M. Read et moi nous visitâmes les hôpitaux des 2e, 3e et 4e divisions du 13e corps d'armée, à 5 kilomètres en amont sur la rivière Tennessee. Nous trouvâmes la 4e division, qui avait le plus grand nombre de blessés, soit 400, suffisamment pourvue, grâce à tout ce que nous lui avions envoyé la veille; mais pour le moment seulement, car ses fournitures s'épuisaient rapidement, et, sur notre proposition, un autre chargement leur fut expédié dans la journée. Les hôpitaux des 2e et 3e divisions, situés sur le bord même de la rivière, n'avaient encore d'autres approvisionnements que ceux que les chirurgiens avaient apportés dans leurs propres wagons, pour subvenir aux premiers besoins; aussi le dépôt était à peu près épuisé. Au moment où j'offrais au docteur Rogers, qui dirigeait l'hôpital de la 5 division, de mettre à sa disposition nos ressources, un des aides-médecins s'approche:

' Docteur, que ferons-nous? « Nos approvisionnements ne sont pas encore arrivés, nos hommes sont couchés sur le sol et n'ont pas assez de draps. Nous n'avons ni cordiaux, ni bandages, ni aliments convenables. Si la Commission nous avait envoyé seulement un agent, tout irait bien'

Je fus heureux de lui annoncer que le bon ange qu'il venait d'invoquer répondait à son appel. Quand je l'eus assuré que dans une heure il recevrait des tablettes de bouillon, du lait, des vêtements, de la literie, et quelques paillasses remplies de coton, sa figure s'illumina de satisfaction, et il s'écria, en même temps que le chirurgien en chef: 'Bénie soit la Commission sanitaire!' »

Ces courts extraits font deviner quels genres de services étaient rendus sur le champ de bataille. Des détails plus complets pourraient remplir plusieurs volumes; mais il en a été assez dit pour qu'on puisse se former un jugement sur l'efficacité et sur l'opportunité de l'intervention des agents sanitaires au milieu des scènes de douleur et de déchirement qui suivent le choc de deux armées.

Le trait le plus caractéristique peut-être du système ainsi mis en oeuvre est son élasticité et la facilité de s'adapter aux circonstances. La guerre actuelle d'Amérique est sans aucun précédent dans les campagnes antérieures des luttes européennes; la superficie du pays sur laquelle ont roulé le flux et le reflux des batailles surpasse celle de l'Europe occidentale; à travers de vastes étendues de territoire occupées par les armées ennemies, il y a absence presque complète de tout moyen de communication, sauf par eau ou par chemin de fer. Les 50,000 kilomètres de rivières navigables et les 60,000 kilomètres de chemins de fer ont donné à la science stratégique les moyens de résoudre deux nouveaux problèmes auxquels l'ancien monde n'avait jamais songé. Sur le vaste réseau de voies ferrées, sur les côtes de l'Atlantique et sur les eaux de fleuves aussi puissants que le Mississipi, le Missouri, l'Ohio, le Cumberland et le Tennessee, ont été transportés des multitudes de soldats et d'énorme masses de matériel militaire. Les membres de la Commission n'ont pas manqué de comprendre la situation et d'adapter aux circonstances leurs moyens de faire le bien. C'est ainsi qu'ils ont fait pour le service hospitalier l'achat d'une véritable flotte de navires composée de deux grands vapeurs naviguant sur les côtes de l'Atlantique, de six vapeurs côtiers et de deux hôpitaux flottants; sur les fleuves de l'Ouest, ils ont mis en réquisition une flotte de huit vapeurs pour transporter leurs approvisionnements et procurer aux malades et aux blessés tout le confort que peut donner un hôpital complet. Au moyen de ces vaisseaux remontant les rivières, les agents sanitaires ont eu accès jusque dans l'intérieur du pays ennemi et jusqu'aux campements les plus reculés de l'armée fédérale. Une lettre du secrétaire de la Commission pour les régions de l'Ouest nous raconte une scène à bord de l'un de ces transports envoyés au secours des soldats malades dans le Tennessee:

« Je ne puis vous décrire, et vous ne sauriez imaginer quels bienfaits seront pour ces pauvres gens, fiévreux, épuisés et à moitié affamés, vos oeufs, votre beurre, vos oranges, vos citrons, vos conserves, vos mille corbeilles de fruits, votre glace, vos pommes de terre, votre bière, votre vin et tous ces autres objets de même valeur... Quand nous les reçûmes à bord du steamer, les plus dangereusement malades furent placés sur des hamacs dans les cabines; sur chaque hamac on étendit des édredons, des draps blancs, propres, des couvertures et des coussins: un malade n'aurait pu désirer un lit plus engageant. Cela vous eût fait du bien au cour d'entendre les expressions de satisfaction qui s'échappaient des lèvres de ces braves gens quand, débarrassés des vêtements souillés qu'ils portaient au camp, nettoyés à fond et habillés de gilets et de caleçons propres, on les étendit entre des draps, dont depuis si longtemps ils avaient perdu l'habitude. Les moins malades furent pourvus de lits confortables dressés sur le pont, près de la chaudière ; des paillasses, des édredons et des couvertures en quantité furent retirés des caisses que vous avez envoyées. La nourriture des convalescents est abondante, variée, excellente: du pain tendre, du beurre, des oeufs, du boeuf frais dans la gamelle, du thé, du café, du riz bouilli, des pommes cuites, des fruits confits, du vin et de la bière pour ceux auxquels ce régime est prescrit. »

Le système si bien imaginé des hôpitaux flottants n'a pas été employé seulement sur le cours tortueux du Mississipi, du Cumberland, du Tennessee et de leurs nombreux affluents; sur la côte maritime orientale, dans les criques et dans les golfes intérieurs de l'Atlantique, les navires de la Commission n'ont pas rendu de moindres services, en sauvant des vies humaines et en contribuant à l'amélioration de l'hygiène de l'armée. L'histoire de la mémorable campagne du général MacClellan dans la Péninsule, entre les rivières James et York, rend un éloquent témoignage en faveur des efforts héroïques de la Commission. Les troupes fédérales, obligées de se frayer un chemin à travers l'ennemi jusqu'aux abords de Richmond par une série de batailles et de sièges, ne comptaient pas moins de 130,000 hommes. Le terrain marécageux sur lequel ils poursuivaient leur marche fatigante et sans résultat, était imprégné de miasmes délétères. Obligées chaque jour, comme elles l'étaient, de travailler dans les tranchées d'où surgissait la fièvre, épuisées presque au delà des forces humaines par des escarmouches incessantes, ces troupes, vaillantes et composées d'hommes dans la force de l'âge, eurent à subir des rigueurs comme peu d'armées en ont enduré. Des multitudes de soldats malades et épuisés étaient incessamment renvoyés au nord par les fleuves de York, de James et de Pamunkey. Sur tous les points d'embarquement, les bons offices rendus par les agences sanitaires de la Commission furent au-dessus de tout éloge. L'honorable Moses F. Odell, membre du Congrès pour la cité de Brooklyn (New-York), et témoin oculaire des événements de cette campagne désastreuse de la Péninsule, raconta ses impressions dans un discours auquel nous empruntons le paragraphe suivant:

« Avant d'être resté longtemps au village de White-House, il nous vint de Fair Oaks, dans une file de wagons, quelque cinq à six cents soldats blessés. C'est à ce moment que je compris les vastes ressources et l'extrême utilité de la Commission. A bord des bateaux à vapeur, je trouvai nombre de dames et de messieurs prêts à venir en aide de leurs mains et de leurs coeurs aux blessés et aux mourants. Je n'hésite pas à le dire, le gouvernement avait certainement, dès l'origine de la guerre, apprécié exactement les besoins du soldat : il avait fait tout ce qui était en son pouvoir; mais la Commission fit mieux que lui, et le précéda constamment de quelques heures, ou même de quelques jours, dans l'administration des secours. Je m'adjoignis immédiatement à elle, et m'enrôlai, comme membre actif, pendant quatre jours et quatre nuits. Dans cet espace de temps, 3,405 blessés furent admis; on pourvut à leurs besoins immédiats, les secours médicaux leur furent donnés; puis on embarqua ces hommes pour les hôpitaux de Washington et d'autres cités du Nord. Sans la présence de ces navires et des approvisionnements qu'ils contenaient, les souffrances de ces malheureux eussent été réellement indescriptibles. »

Une particularité frappante de la guerre actuelle, nous avons eu déjà l'occasion de le remarquer, c'est que les principaux mouvements et les principales positions stratégiques ont dépendu de la direction que suivent les chemins de fer et les rivières navigables. Nous avons vu comment la Commission avait utilisé notre système de communications maritimes et fluviales en employant des bateaux à vapeur et des hôpitaux flottants. Mais les exigences du service et la position des différents corps d'armée rendaient inévitable le renvoi de la plus grande partie des blessés dans les États du Nord par le moyen des chemins de fer et non par celui des bateaux à vapeur. Or, les ébranlements et le tangage des wagons ordinaires exposaient plus ou moins les soldats blessés à de douloureuses tortures. Pour les amoindrir ou les prévenir, un membre de la Commission dessina le modèle d'un wagon qui, par des moyens mécaniques, devait assurer un transport assez confortable des blessés. (Voir les planches 4 et 5.) Sur les divers chemins de fer communiquant entre l'armée et les hôpitaux, douze de ces wagons on même un plus grand nombre roulèrent constamment, tous disposés avec le plus grand soin et la plus grande intelligence pour le bien-être des malades. Chacune de ces ambulances est munie de tout le confort et de toutes les ingénieuses inventions qui se trouvent dans les bons hôpitaux; les lits-brancards, que l'on peut détacher à volonté sans déranger les malades, sont disposés régulièrement de chaque côté du wagon et suspendus au moyen de fortes bandes en caoutchouc amortissant les contre-coups. La ventilation y est bien entendue, la lumière est doucement tempérée; il y a des tuyaux pour la communication verbale entre chirurgiens, infirmiers et infirmières. Chaque détail est soigneusement calculé pour donner au patient la position, assise ou inclinée, la plus commode, soit sur des lits, soit sur des chaises d'invalides. Les agents ont sous la main des approvisionnements bien empaquetés de vêtements chauds, de tablettes alimentaires, de thé, de café et de drogues pharmaceutiques; ils disposent d'un fourneau très-ingénieux pour la cuisine; ils ont des provisions d'eau et une pièce de débarras.

Les témoignages favorables sont nombreux au sujet d'une amélioration aussi importante. Nous citerons celui du docteur Thurston, directeur médical de l'armée à Nashville : « Le transport rapide, le traitement donné aux patients dans leur voyage, les soins intelligents des infirmiers qui accompagnent le train, ont, j'en suis persuadé, sauvé bien des existences. Les malades et les blessés, et moi-même, ajouterai-je, nous devons à la Commission beaucoup de reconnaissance: mais dans mon opinion, c'est le « train sanitaire qui a fait, pour le bien-être des malades, plus que toute autre institution. » Citons aussi l'opinion du docteur Barnum, qui a rendu les plus grands services en se chargeant, dans l'Ouest, du service des ambulances par chemins de fer : « Depuis que je m'occupe des trains hospitaliers, j'ai fait transporter 20,472 patients, et j'en ai perdu seulement un, qui, malgré l'avis du chirurgien et le mien, demanda avec supplications qu'on voulût bien lui permettre d'aller mourir au sein de sa famille. »


Cinquième chapitre
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