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Neuilly-sur-Seine

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En plus des étudiants désargentés de la Rive Gauche, la Colonie Américaine avait également à se préoccuper d’une nouvelle catégorie de compatriotes.

« Dans la seconde partie du dix-neuvième siècle, une série de développements rendirent les voyages plus confortables, et pour le moins relativement moins cher. Les navires étaient plus rapides, les moyens de transport sur le continent s’étaient améliorés et de nouveaux services pour les touristes adoucissaient le chemin pour des américains surpris aux prises avec des coutumes étrangères et des langues incompréhensibles . Dans ces conditions, on assista graduellement à un élargissement et à un approfondissement du voyage. Alors que le voyage en Europe demandait plus de temps libre et plus d’argent que ce dont pouvait disposer l’américain moyen, il arriva à la portée des familles de classe moyenne ainsi que pour un plus grand nombre de gens loin de la côte atlantique que ce qui était le cas avant la Guerre de Sécession. La montée progressive des voyageurs transatlantiques dépassa le nombre total d’avant la Guerre de Sécession dans les années 1880 jusqu’à atteindre les 100.000 avant la fin du siècle. (Foster Rhea Dulles. American Abroad. Two Centuries of European Travel. 1964.)

Les neuf lits de l’ « Hôpital Américain » de l’Eglise Episcopalienne de la rue Pierre Nicole aurait pu suffire à quelques étudiants, mais beaucoup plus en avaient besoin.

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métro #1: Pont de Neuilly/ Les Sablons

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1: L’Hôpital américain de Paris,
44 rue Chauveau, Neuilly-sur-Seine

Au début du vingtième siècle, on dénombrait à Paris, aux mois forts de l'été, jusqu'à cent mille Américains. Nombreux étaient ceux qui occupaient des chambres d'hôtel plus ou moins confortables, plus ou moins saines... Sur le plan sanitaire, le gouvernement américain n'avait rien prévu pour ses ressortissants en France. Aucune protection sociale ne pouvait leur venir en aide en cas de maladie. Dans les meilleurs cas, les Américains malades faisaient appel à des associations charitables, mais beaucoup essayaient de se soigner par leur propres moyens... ce qui, à l'époque, débouchait souvent sur de véritable drames. (Nicole Fouché. Histoire de l'Hôpital Américain de Paris, 1991.)

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« Un petit hôpital américain avait été organisé à Paris bien avant la guerre . Il était moderne, bien géré avec une excellente équipe. Il ne recevait que les Américains, avec l’organisation classique pour les pauvres qui ne payaient rien et les riches qui payaient bien. Le service des accidents de cet hôpital avait toujours été très occupé par les jockeys. Il y avait, et il y a toujours un grand nombre de jockeys et de garçons d’écurie américains en France, et les accidents pour ce qui les concerne sont nombreux. Ils veulent toujours aller à l’Hôpital Américain quand ils ont quelque chose de cassé à la suite d’une chute » (Col. T. Bentley Mott. Myron Herrick. Friend of France, 1929)

L’immeuble d’origine a disparu depuis longtemps et vous devrez donc marcher autour du pâté de maison vers le 63, boulevard Victor Hugo pour trouver le nouveau bâtiment et, dans le hall d’accueil, les souvenirs de celui du rue Chauveau.

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 Les espoirs du Docteur Gros pour un plus grand hôpital furent réalisés en 1926. Un nouvel hôpital américain fut construit sur le site de l’ancien grâce à des fonds donnés par d’anciens patients qui avaient envoyé leurs contributions du monde entier en souvenir de côtes cassées qui avaient été soignées, d’appendices qui avaient été retirés, de pneumonies, de diphtéries et d’ulcères qui avaient été soignés dans le bâtiment de brique de la Rue Chauveau.

Le nouvel hôpital, haut de six étages avec des ailes adjacentes, avait été conçu par Charles Knight, un architecte américain. On ne recula devant aucune dépense pour en faire l’un des hôpitaux les plus exceptionnels du Continent. (Charles Bove. A Paris Surgeon's Story. 1956.)

Ce n’était pas le nouveau bâtiment mais le vieil immeuble en briques de vingt-quatre lits qui fut à l’origine de l’institution d’où a émergé le Service aux Armées.

« Sauf s’il avait été en Europe au début d’août 1914, il est presque impossible pour un Américain de se représenter la tragédie d’ouverture de la guerre dans un pays avec conscription universelle. Les romans, les comptes-rendu des témoins, les films émouvants ont tous essayé de donner une idée de la scène , mais c’est tellement éloigné de tout ce que nous avons dans notre expérience nationale qu’un Américain devrait renaître avant de pouvoir comprendre tout ce qui était sous-entendu pour le Français par les mots « Mobilisation générale ». Elle arriva dans chaque ville, village et maison, prenant avec un seul souffle tout ce qu’il y avait de plus précieux. La soudaineté de l’acte, la violence du changement fut suivi par un silence extraordinaire qui reste pour moi mon plus poignant souvenir de Paris. Chacun était extraordinairement calme, mais c’est la tension calme de celui qui dit « quoi qu’il arrive je dois me contenir ». Les régiments allant vers les gares défilaient dans les rues pendant des jours ; à l’exception du son des trompettes, il n’y avait pas un bruit ». (Col. T. Bentley Mott. Myron Herrick. Friend of France, 1929)

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Pour ce qui est des enfants – même quand vous pourriez penser qu’ils étaient assez vieux pour comprendre la signification de ces séparations ils ne manifestaient rien, bien qu’ils semblaient comprendre assez bien tout le reste. Il n’y a pas un enfant de huit ans dans notre commune qui ne peut pas vous dire comment cela est arrivé et qui n’est pas maintenant plein d’histoires de 1870, dont il a entendu parler par grand’mère et grand père, car, c’est normal, tout le monde parle maintenant de 1870. (Mildred Aldrich. A Hilltop on the Marne. 1914.)

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Dans les organisations officielles, un précédent est toujours utile pour parer à toute critique. C'est le cas pour notre ambulance. Un hôpital américain pour les blessés avait été créé à Paris pendant la guerre de 1870. [...] L'histoire de cet hôpital fut glorieuse et nous espérions l'égaler, mais nous ne nous doutions pas du long effort que nous aurions à fournir. (Col. T. Bentley Mott. Myron Herrick. Friend of France, 1929)

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La Colonie américaine de Paris voulait créer un hôpital militaire américain ou une ambulance américaine, comme ils l’appelait, comparable à celle que la Colonie avait créée pendant la Guerre franco-allemande. Par l’intermédiaire du docteur du Bouchet de Paris et du docteur E L Gros, l’Ambassadeur Herrick convint avec le gouvernement français d’utiliser à cette fin un nouveau lycée, le Lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine dans lequel les premiers blessés furent reçus à la fin août. (George W. Crile. Autobiography. 1947.)

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2: Lycée Pasteur,
21 Boulevard d'Inkermann, Neuilly-sur-Seine

Le Lycée de Neuilly, dont l'ouverture sous la direction du Proviseur Fleureau avait été prévue pour le 1er octobre 1914, fut transformé dès le début de la guerre 1914-1918, en hôpital militaire auxiliaire dont les Américains assurèrent le fonctionnement. Jusqu'à l'entrée en guerre de l'Amérique, tout le personnel de cet hôpital fut composé de volontaires. C'est l'organisation qui existait quand, un jour du moi de juin 1917, on me transporta en assez mauvais état dans une classe du rez-de-chaussée donnant sur la rue Perronet. Nous étions là une douzaine de blessés gravement atteints (car on ne s'occupait en principe à l'ambulance américaine que des gens en valant vraiment la peine ! ) L'organisation matérielle était parfaite, une propreté méticuleuse régnait dans la place et dès sept heures du matin, on commençait à astiquer ! - A chaque salle (en principe une classe), étaient affectés deux infirmières et un infirmier - Ce luxe de personnel et de moyens était, bien entendu, inconnu des hôpitaux militaires français ; aussi étions-nous choyés et cela d'autant plus que notre état demandait plus de soins. Après l'enfer du front, c'était le paradis !  (M. Lasserre Soixante-Quinzième Anniversaire du Lycée Pasteur, 1989)

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Organisation

Sous la sage direction du docteur Dubouchet, trois autres hommes, Monsieur Laurence Benét, le docteur Edmond Gros et Monsieur A Wellesley Kipling ont eu la capacité de promouvoir la croissance phénoménale du Corps Ambulancier. Leurs titres sont respectivement, Président du Comité du Transport, Chirurgien en chef de l’Ambulance et Capitaine des Ambulances . Ces messieurs ont travaillé ensemble de manière désintéressée et d’arrache-pied, et la rapidité avec laquelle les difficultés normales dans la construction et l’organisation de trains d’ambulances automobiles ont été résolues est due à leurs efforts acharnés. (Eric Fisher Wood. The Notebook of an Attaché, 1915.)

Service de Transport

Un petit comité pendant la première semaine d’août 1914 est à l’origine du Service de Transport qui était organisé en vue de fournir des ambulances pour le transport des malades vers et depuis l’Hôpital ambulance envisagé. Au 15 août huit voitures familiales et de tourisme étaient disponibles et utilisées constamment, rendant les services les plus insignes pour les travaux d’installation et d’aménagement . A cette date, le directeur de la société d’automobiles Ford fit don de dix châssis pour la durée de la guerre, sur lesquels furent immédiatement installés des carrosseries d’ambulances, conçues et pour une large part construites par les membres volontaires du Service. Ces petites voitures furent immédiatement utilisées pour le transport d’équipement et de fournitures, et le personnel travailla sans relâche à l’installation des salles et autres départements de l’hôpital. Ce fut pour une large mesure grâce au Service de Transport que l’hôpital fut prêt à recevoir des malades dix huit jours après que les bâtiments du Lycée Pasteur aient été réquisitionnés. » (Report of Ambulance Committee of 1915. New York, 1915.)

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La première sortie

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Charles Carroll of Carrollton

September,
14 rue Vaneau

Chère Madame Watson:

Vous m’avez demandé de vous écrire une page de l’histoire des jours angoissants que nous avons passés à Paris pendant ce mois mémorable de septembre. Je ne peux rien faire de plus que de vous conter la visite de notre Ambulance Américaine à Meaux la nuit du 8 Septembre. Quand nous avons reçu notre appel, on nous dit qu’il y avait trois cent ou quatre cent blessés à Meaux qui avaient besoin de soin et de traitements. Notre long train de voitures quitta le Lycée Pasteur pour rouler rapidement dans les rues à moitié éclairées de Paris, ne nous arrêtant seulement qu’un moment rue de Châteaudun pour prendre le soldat qui nous attendait là pour nous rencontrer et nous donner le mot de passe du secteur de combat que nous devions traverser. Traversant rapidement la porte de Pantin, où un mot aux sentinelles que nous allions chercher des blessés et un coup d’œil sur nos passeports suffisaient, nous avons roulé ensuite sur des routes défoncées et remplies de trains de bagages et de troupes de réserve cantonnées dans les villages. Tout était en activité et en mouvement, nous faisant immédiatement rendre compte de la lutte titanesque pour la possession d’une grande ville qui se livrait presque à ses portes. Après trois heures de route, arrêtés fréquemment par les sentinelles, nous arrivâmes à Meaux où l’horreur du silence autour de nous, les avis affichés sur toutes les portes, les rues et maisons en désordre montraient la ville désertée au centre du champ de bataille de deux armées gigantesques. Aucune âme qui vive – aucune lumière aux fenêtres. Enfin, nous trouvâmes un soldat à la préfecture qui nous conduisit au collège où le drapeau de la Croix Rouge nous montra où les mutilés du jour précédent avaient été hébergés. Après avoir tambouriné longtemps un concierge fatigué nous introduisit à la Chambre des Horreurs comme je ne souhaite plus jamais en voir d’autre. Dans toutes les petites pièces, sans lumière pour les réconforter, sur des lits en métal et sur des bancs avec des bandages ensanglantés, reposaient deux cent soldats de la bataille du jour précédent. C’était, pour certains, des tirailleurs marocains et algériens et les lumières brillantes de nos bougies se reflétaient sur la lueur angoissée de leurs yeux anxieux et les coups d’œil interrogateurs pour savoir si nous étions amis ou ennemis. Les tables de la pièce étaient remplies de bouteilles vides d’eau et de médicaments. L’odeur, l’odeur du sang et de l’infection étaient insupportables dans cette chaude atmosphère. La scène était celle d’horreurs inconcevables que celui qui l’a vue ne pourra jamais l’oublier. Nos chirurgiens se hâtèrent pour trouver les pires cas à ramener dans nos voitures, mais avec autant de blessés, il y avait peu de choses que nous puissions faire . On m’envoya à Claye, la plus proche cabine de téléphone pour essayer d’avoir un train sur le réseau de l’Est pour amener les blessés à notre hôpital à Paris. (Jeannette Grace Watson. Our Sentry Go. 1924)

Détachement du Service

En septembre 1914, quand la ligne de front surgit près de Paris, une douzaine d’automobiles données par des Américains, rapidement converties en ambulances et conduites par des volontaires américains, firent des aller retour nuit et jour entre la partie occidentale de la vallée de la Marne et Paris. Au cours de l’automne et de l’hiver qui suivit, beaucoup plus de voitures furent données et beaucoup plus de jeunes Américaines se portèrent volontaires ; la ligne de front s’étant retirée du voisinage de Paris, ces sections d’ambulances motorisées furent détachées de leur quartier général des hôpitaux de Neuilly et de Juilly et devinrent des unités plus ou moins indépendantes rattachées aux différentes armées françaises, servant les infirmeries de campagne et les hôpitaux militaires dans la Zone de Combat.

A cette époque, cependant, ces sections d’ambulances, généralement par groupes de cinq seulement, n’avaient pas une taille suffisante pour exister de manière indépendante et furent donc rattachées par le gouvernement français à d’autres services existant à l’arrière de la Zone de Combat. (AFS Fund. Interim Reports, 1917.)

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Le 1er octobre, à la demande du Corps Expéditionnaire Britannique, un petit détachement de cinq ambulances fut affecté pour servir sur le théâtre des opérations et quitta Paris le 8 octobre pour ses nouvelles fonctions. C’était la première possibilité de réaliser le plan longuement mûri d’un Service sur le Terrain (Field Service) qui, comme grâce aux fonds et aux ambulances mises à disposition a été augmenté et élargi jusqu’à ce qu’ au 31 août 1915 on ait quatre sections complètes comprenant quatre vingt onze ambulances et voitures, opérant dans la zone des armées en plus de quinze ambulances et de vingt huit autres voitures attachées à l’Hôpital de l’Ambulance. Cent cinquante-deux officiers et hommes étaient en service dans le service des transports à la même date. (Report of Ambulance Committee of 1915. New York, 1915)

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L’Hôpital de Juilly

En novembre 1914, l’offre généreuse de Madame Harry Payne Whitney de New-York de financer un hôpital sous la direction du Comité de l’Ambulance devant être implanté le plus près possible du théâtre des opérations militaires fut acceptée par votre Comité. Des sommes considérables pour son installation et son entretien furent versées par Madame Whitney, et après une étude approfondie des autorités militaires, le Séminaire de Juilly, environ trente miles au nord-est de Paris fut réquisitionné dans ce but. Sous le contrôle et la direction de votre Comité, cet ancien bâtiment fut entièrement rénové, avec l’installation de la plomberie, du chauffage central et de réseau électrique ; au 1er février 1915 il était entièrement équipé, organisé et prêt à recevoir 225 patients. Une section des ambulances avait été constamment cantonnée à Juilly pour le transport et l’évacuation de patients entre l’hôpital, les villes voisines et les stations de chemin-de-fer. Pour ce qui concerne l’équipement et les services généraux pour le suivi et le confort des blessés, l’hôpital de Juilly est de la même classe que l’Ambulance Américaine, et en efficacité, il est très bien classé parmi les hôpitaux militaires en France » (Report of Ambulance Committee of 1915. New York, 1915)

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L’Unité Whitney à Juilly marche très bien et joue un rôle important dans le développement et l’extension de notre institution comme Herrick le projetait et l’espérait dès l’origine ; et maintenant la section des unités de transport, les Escadrons Ford et les Sections vont jouer un rôle encore plus important ; cela a été ma préoccupation principale depuis longtemps et commence seulement. J’ai été très content aujourd’hui de recevoir le câble d’Elliot disant qu’il avait de l’argent pour dix Ford supplémentaires. Nous pouvons en employer autant que nous voulons juste maintenant si nous pouvons avoir de bons chauffeurs, mais tout cela peut changer d’une minute à l’autre comme tout le reste. (James Brown Scott. Robert Bacon, 1923.)

Au Nord

Je me suis rendu au quartier général de l’Ambulance ce matin et ai appris que j’étais affecté au service du Capitaine Kipling pour l’aider à mettre au point les détails de l’organisation des nouveaux trains d’ambulances. A l’avenir, chaque train doit être composé de cinq ambulances, un camion réparations et une voiture éclaireur, et doit être conduit par un officier et treize hommes. Chaque unité doit être autosuffisante et s’appelle une « brigade ». En tant que telle, elle sera affectée à l’Hôpital de Paris, à des hôpitaux de campagne ou avec les armées françaises, britanniques ou belges. Le travail sur le terrain doit être contrôlé depuis Paris par le Capitaine Kipling et un état-major de trois officiers. O. W. Budd doit être le chef d’état-major, E. W. McKey adjudant et pendant ce qui reste de mon temps de service avec le Corps, je suis responsable de l’équipement et du matériel. (Eric Fisher Wood. The Notebook of an Attaché, 1915)


Robert Bacon

On pourrait appeler Robert Bacon le « parrain » des services d'ambulanciers volontaires américains. Sa femme s'adonnait à la cause de l'Ambulance américaine. Bacon fut un homme d'action et de peu de mots.... des qualités qui lui avaient bien servi dans une carrière de banquier où il devint le bras droit de J.P. Morgan. Il se retira du monde des affaires à l'âge de 43 ans pour entamer une deuxième carrière en politique. En 1905, il fut nommé sous-secrétaire du Ministère des Affaires étrangères sous Elihu Root qu'il admirait beaucoup et qu'il succéda dans l'administration du président Taft. En 1910, il fut envoyé en France comme ambassadeur. Deux ans plus tard, il devint membre du conseil d'administration de l'université de Harvard, où il avait fait ses études. Et puis il fit une tournée de l'Amérique du sud, comme il avait fait comme ministre, mais cette fois en tant que représentant de la Fondation Carnegie pour la Paix internationale. Et puis la guerre éclata !

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Robert Bacon

Bacon fut nommé au conseil d'administration de l'Hôpital américain de Paris où il fut élu président---- le chef administratif non seulement de l'hôpital mais également de sa filiale, l'Ambulance. Là, il encourgeait les autres à suivre son exemple, tout en promouvant les diverses initiatives visant à créer des services ambulanciers.

Notre service d'ambulances motorisées, rattaché à l'hôpital, ne cessa de se développer physiquement et moralement jusqu'au point où, en dépassant les perspectives de ses fondateurs, il devint le Field Service (le Service aux Armées) de l'Ambulance américaine. Là où tant d'hommes furet si dévoués et efficaces, on ne peut signaler que quelqu'uns qui dirigeaient cette oeuvre. Notre ancien ambassadeur, Robert Bacon, en tête de file dans chaque effort d'apporter de l'aide à la France, fut le principal sponsor officiel de ce service ; et à Monsieur et à Madame Bacon sont dues en grande partie les possibilités d'utilité du Field Service. (Samuel N. Watson. Those Paris Years, 1936.)

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Personnellement et à ses frais, il avait réussi à assurer trois automobiles et, jour et nuit, sans cesse, il faisait le trajet entre Paris et le front, qui était à ce moment-là à Meaux et à Soissons, pour en rapporter les blessés. Il revenait souvenant perché sur le rebord du portail afin de leur laisser sa place à l'intérieur de la voiture. Ces jours-là, il occupait la chambre directement au-dessus de la mienne et parfois, à deux, trois ou quatre heures du matin, je l'entendais tirer son bain, et je montais immédiatement pour entendre les nouvelles. Ensuite, il se jettait, complètement habillé, sur son lit pour attendre la levée du jour, afin de se faire livrer des paquets du premier tirage des journaux, une bonne provision de cigares et quelques bouteilles de cognac, car il me disait « c'est ce qui fera le plus plaisir à vos chers soldats. » Et puis il resortissait de nouveau, en me demandant de dire, si un de ses amis le cherchait, qu'il était parti sans savoir quand il allait revenir. .(James Brown Scott. Robert Bacon, 1923.)

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« Je compte sur vous, » écrivit Andrew à Robert Bacon « pour me trouver du travail à l'Hôpital américain de Paris. » Bacon, qui avait servi sous les ordres de Pierpont Morgan, Theodore Roosevelt et William Howard Taft dans plusieurs postes-clef, était président de l'Hôpital. Il était redevable à Andrew pour avoir employé son fils, Robert Low Bacon, comme adjoint personnel au Trésor sous le gouvernement de Taft. Mais il n'y avait aucun poste disponible dans l'état major de l'hôpital et Bacon ne pouvait proposer qu'un emploi dans le service automobile, comme conducteur volontaire. (Andrew Gray, The American Field Service, 1974.)

A.Piatt Andrew, collègue de Robert Bacon dans l’Administration Taft arriva en France à la fin de 1914 et prit son service en janvier

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Abram Piatt Andrew

Six semaines d’une vie d’ambulancier aux environs de Dunkerque, début 1915, initièrent Andrew à l’odeur de la cordite, ainsi qu’à une connaissance pratique des problèmes de l’entretien des véhicules, de l’acquisition des pièces de rechange et de la configuration des ambulances (celui de la Ford modèle T modifiée s’avérant de loin le plus apte). Mais on voulait lui confier un poste plus important. Le comité de transport continuait à gérer le service sans le diriger, impuissant face à l’obstacle majeur à l’expansion du service : l’interdiction de la présence de volontaires près des lignes de front. (…) De retour à Neuilly en mars 1915, Andrew fit à Bacon une proposition de la plus haute importance . Il pourrait lui-même surmonter cet obstacle, pourvu que Bacon le soutienne face à toute objection éventuelle de la part du comité de transport ou des médecins. Bacon se montra à la hauteur de la proposition, créant un nouveau poste à l’Ambulance, doté d’un titre grandiloquent. Dorénavant, Andrew serait « Inspecteur général » de l’American Ambulance Field Service. (Andrew Gray “The Birth of the American Field Service”, 1988)

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Quand « Doc » arriva en France, il constata que l’Hôpital américain disposait d’un groupe d’ambulances prêt à effectuer des évacuations et de quelques voitures affectées à l’arrière-front belge. Les Français n’avaient pas imaginé que l’on pouvait laisser des ressortissants neutres s’approcher trop près du front. Andrew, par contre, envisageait ce que personne ne pouvait alors concevoir : des volontaires américains partageraient avec les combattants les rigueurs et les dangers de la vie du front. Il savait qu’une telle expérience commune forgerait un lien puissant entre les Etats-Unis et la France. Fort de son idée, il ne se laissa pas décourager et parvint jusqu’au Quartier Général de l’Armée où il avait un ami, Gabriel Puaux. Il lui exposa son idée, mettant l’accent sur l’effet positif que produirait une présence américaine sur le moral des troupes au front. Finalement, il reçut l’autorisation de se présenter au commandant de Montravel, affecté alors à l’Est. Encore une fois, Andrew dut se servir de la puissance de son raisonnement : il ne s’agissait pas uniquement d’envoyer quelques hommes de plus au front, mais plutôt d’attirer de plus en plus de jeunes Américains en France. Andrew réussit à convaincre le commandant : c’est ainsi que le Service aux Armées de l’Ambulance américaine vit le jour. (Stephen Galatti, in George Rock History of the American Field Service, 1956.)

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Le « Field Service »: Service aux Armées

Le premier nom qui vient naturellement à l’esprit est celui du Commandant de Montravel qui, plus tard, dans des lettres à Monsieur Andrew aimait à se dire « père des sections américaines ». Il a bien mérité ce nom car c'est sa décision personnelle qui donna une place au front à nos sections. Nous devons revenir quelques instants aux petites escouades d’ambulances américaines servant avec les Anglais et les Français au nord, au début de 1915, pour voir l’importance de son action. Ces escouades étaient simplement attachées aux hôpitaux dans une région où , en raison de la concentration des Anglais aussi bien que des Français ainsi que de la conséquence naturelle de l’avance et de la retraite et de la confusion des premiers jours, il y avait suffisamment de sections régulièrement organisées pour faire le travail. En fait, certaines de ces unités américaines ne faisaient rien, et ceux qui en étaient responsables désespéraient de les voir jamais accomplir quelque chose. Monsieur Andrew, qui connaissait cet état de choses, conçut le projet de les attacher directement aux divisions de l’Armée Française et, avec cette idée, se rendit aux Armées de l’Est en mars 1915 et trouva à Vittel le Commandant de Montravel, Inspecteur des Automobiles de la Région de l’Est. (Stephen Galatti, in History of the American Field Service,1920)

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En avril 1915, grâce aux efforts de A. Piatt Andrew, qui était alors devenu Inspecteur du Field Service, les autorités françaises firent une place pour tester les sections de l’Ambulance américaine sur le Front. Une escouade de dix ambulances fut envoyée dans les Vosges et ce groupe attira l’attention de leurs officiers qui demandèrent qu’il soit augmenté de dix voitures pour la transformer en une section sanitaire indépendante. Dès que cela fut fait, l’unité prit sa place aux côtés d’une section française dans un secteur important sur le front en Alsace..

Un nouvel ordre des choses commença grâce à ce succès initial ; le même mois une seconde section de vingt voitures fut formée et cantonnée, là encore avec une section française existence dans la ville fortement bombardée de Pont-à-Mousson.

Pendant ce temps, deux escadrons de cinq voitures chacun avaient travaillé à Dunkerque. Ils étaient maintenant renforcés par dix de plus et toute la section avait alors été transférée vers le front français en Belgique, ce qui fait qu’à la fin du mois d’avril 1915, le Service aux Armées de l’Ambulance Américaine était véritablement né. Il comprenait trois sections de vingt ambulances, une voiture d’état major et une voiture de fournitures – Section Sanitaire Américaine n°1, comme on l’appelait, cantonnée à Dunkerque ; Section Sanitaire Américaine n°2 cantonnée en Lorraine et la Section Sanitaire Américaine n° 3 dans les Vosges - (Stephen Galatti, in Friends of France. 1916,)

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Il appartiendra à 1'American Field Service d'introduire dans les rangs de l'armée française des collectivités entièrement américaines, formées, avec de l'argent américain, d'un personnel américain, commandées par des Américains. Ici encore, au début, quelques jeunes gens, que la guerre a surpris en France et qui se mettent, eux et leurs voitures, à la disposition des blessés. Mais bientôt Abraham Piatt Andrew généralise l'effort en un système organique. Sur tout le territoire de l'Union s'engage une large campagne pour la constitution, le recrutement, l'entretien d'ambulances mobiles destinées aux armées de la France. Une tournée de conférences commence. L'opposition pro-allemande rugit. A Butte, dans le Montana, les orateurs sont sifflés. Ailleurs il faut changer soit les lieux, soit les heures de réunion. On continue. Les juristes clament leurs scrupules : des unités américaines, même hospitalières, dans l'armée française, c'est une violation de neutralité. On continue.

En septembre 1915, 8.000 dollars sont recueillis. En avril 1916, 16.000 et 96.000 en janvier 1917. La partie est gagnée en Amérique. Mais il y a la France, --- la France, pays envahi, plein de justes soupçons : « Taisez-vous! Méfiez-vous! » Le commandement militaire impose, dans la zone des armées, des règles draconiennes. Installer dans cette zone, fermée même aux Français, non pas à côté de l'armée, mais dans l'armée, des citoyens d'un pays neutre, --- d'un pays neutre coupé en deux camps, où près du cinquième des habitants est de descendance ennemie, où le gouvernement affiche sa volonté de ne pas choisir entre les belligérants, quelle gageure! Cela même réglé, risquer pour ces unités américaines, admises à la discipline française, le conflit de cette discipline avec les droits de l'allégeance nationale, qui pourront aux sanctions des chefs opposer le recours à une ambassade, c'était, au gré des sages, folie. Les sages eurent tort et, le 15 avril 1915, Andrew signait, avec le G. Q. G. français, le contrat d'engagement par lequel les ambulanciers et chauffeurs, fournis par la volonté américaine, recevaient leur statut dans l'armée française et devenaient, en pleine zone avant, partie intégrante de cette armée.

En 1915, il y avait quatre sections de vingt voitures chaque. En 1917, il y en aura trente-quatre avec un personnel de deux mille hommes. A l'inverse des volontaires de la légion étrangère, héros perdus dans la masse, ces sections, mises aux ordres des divisions, gardaient leur individualité nationale. On les vit sur tous les champs de bataille, dans les vallées de Verdun, sur les croupes des Vosges, au fond des ravins de Salonique. Dans chacun de nos secteurs, les poilus s'accoutumèrent à l'uniforme kaki, devancier des soldats de Pershing. Par eux, l'idée s'enfonçait dans les têtes d'un lointain renfort appelé à venir, quelque jour, s'ajouter à ces splendides soigneurs, qui méritèrent, en deux ans, dix-neuf citations pour les unités et deux cent cinquante croix pour le personnel.

Personnel d'élite, en vérité, la vraie fleur, comme disait le poète anglais John Masefield, de la jeunesse américaine ; gradués d'universités et de collèges ; héritiers des noms les plus connus dans la politique, les lettres et les affaires, unis dans la résolution de s'affirmer, comme Américains, au service de la grande cause, de ne pas rester spectateurs inertes ; ambassadeurs au feu de tous les États de l'Union ; foyer de rayonnement, dont la société américaine, écoles, clubs, églises, bureaux, usines, se sent peu à peu pénétrée. (André Tardieu, Devant l'obstacle. 1927.)

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A quelques pas de l’Hôpital Américain se trouve le site du salon d’exposition du seul concessionnaire Ford en France en 1914.

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3: Le Salon d’exposition Ford d’Henri Depasse,
52, boulevard Bourdon, Neuilly-sur-Seine

A cette époque, la France était considérée comme le chef de file européen pour la conception et la construction des voitures et, pour cela, on nomma Henri Depasse pour mettre au point un salon d’exposition avenue des Champs Elysées à Paris en 1907. Expédiées par bateau de Detroit en pièces détachées, les voitures étaient montées dans des ateliers situés à l’Ouest de Paris, bien que Ford transféra plus tard le montage à Bordeaux. (Sylviane de Saint-Seine “France's first foreign car,” 2003).

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4: L'Atelier Ford,
75 rue Anatole France, (autrefois 61, rue de Cormeille)
Levallois-Perret

61 rue de Cormeille, Levallois-Perret

A cette époque de débuts, la France – le foyer de la plus importante industrie automobile européenne – paraissait la mieux positionnée pour coordonner les affaires européennes, et en fait une des premières ventes d'une automobile Ford y a eu lieu, début 1904. C'est alors qu'en 1908, une succursale parisienne a été créée pour superviser les ventes européennes, sous la direction d'un Américain du nom de H. Baker White.  ("Ford in Europe:  The First Hundred Years,"  Serious Wheels)

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Madame William K Vanderbilt fit don des frais de transport et Monsieur Harold White, responsable de l’usine de montage de la Société des Moteurs Ford à Levallois-Perret tout proche, se procura dix châssis Modèle T. Avec l’aide d’un carrossier local, les quelques hommes restant à l’usine construisirent des châssis simples – un plancher en bois avec la place pour deux civières et un toit en toile soutenu par des tiges. Une planche sur le réservoir d’essence servait de siège pour le conducteur ; le ciel libre au dessus de sa tête. Au cours de la première semaine de septembre, dix de ces véhicules fait maison étaient garés dans la cour du Lycée Pasteur, une grande croix rouge sur les deux côtés et l’inscription « Ambulance Américaine ». Une demi-douzaine des gens de chez Ford – des Anglais, des Américains et des Français, se portèrent volontaires pour être conducteurs et furent rapidement rejoints par d’autres. L’auteur de ces lignes, dont les voyages avaient été brutalement interrompus lorsque la guerre avait éclaté, se rendit au Lycée Pasteur le 7 septembre et quinze minutes après était un conducteur d’ambulance. C’était très simple à l’époque : pas d’engagement, rien à signer, pas d’ examen physique, pas d’uniforme. Vous vous contentiez de monter dans une ambulance et elle était à vous » (J Paulding Brown in George Rock History of the American Field Service, 1956.)

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Au tout début de la guerre, alors que le comité organisait cette section de notre Hôpital Américain, je me souviens qu’un jour, revenant d’une réunion du comité dans les bureaux de l’American Radiator Company, Boulevard Haussmann, en voyant l’une de ces voitures garée devant la porte, le châssis surmonté d’une carrosserie d’ambulance faite à partir de caisses d’emballages. Ce fut une surprise pour nous. Nous savions qu’on les construisait mais nous ne nous attendions pas à ce qu’elles soient prêtes si vite. Je me souviens de mon émotion lorsque le docteur du Bouchet et un autre membre du comité firent le tour de l’immeuble en voiture, tandis que nous attendions avec anxiété leur retour et leur avis. Ils décrétèrent que la voiture était très confortable et jusqu’à maintenant, ce verdict a été justifié.

Ce fut la première apparition de l’ambulance Ford ; même si quelques modifications de détail ont été apportées, le principe reste le même. L’avantage de cette voiture pour le travail au Front est évident. Sa légèreté, sa hauteur sur roues exceptionnelle et la puissance de son moteur rendent cette voiture parfaite pour une utilisation immédiate derrière le front. Dans le nord, lorsque les routes étaient boueuses et en mauvais état, c’était la seule voiture que l’on pouvait déplacer pour permettre le passage d’un convoi avant de la remettre sur la route sans remorquage. Dans l’est, dans les montagnes des Vosges où l’une de nos sections travaille en Alsace, elles gravissent les pentes si facilement que les soldats français les ont surnommées « les chèvres » (Edmund L. Gros. The Transportation of the Wounded. Boston, 1915)

Vosges

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Chapitre Quatre
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