Paul-Louis HERVIER
Les Volontaires Américains
dans les rangs alliés

 

CHAPITRE X

Le service en campagne
de l'Ambulance américaine

L'American Field Service est une organisation due à l'initiative privée d'Américains, amis de la France. Il ne faut pas oublier ni les services extraordinaires qu'elle a rendus, ni l'élan magnifique qui présida à sa création, si peu de temps après la déclaration de guerre, et cela nous conduit 'a rappeler comment fut organisée l'Ambulance américaine de Neuilly.

« Le 12 août 1914, dit le New-York Herald (édition européenne, 31 décembre 1916), moins de deux semaines après le jour de la mobilisation des armées françaises, les bâtiments à peine partiellement achevés du lycée Pasteur, à Neuilly, furent réquisitionnés par les autorités militaires et offerts aux Américains de Paris, qui, avec l'aide du comité de direction de l'Hôpital américain permanent, avaient décidé de donner à la France une ambulance militaire de premier ordre. »

Les locaux furent promptement mis en état et le personnel nécessaire fut choisi avec diligence.

« Ce fut le 6 septembre 1914, que le premier appel réclamant de l'aide vint du champ de bataille de la Marne. On fut averti qu'il y avait des centaines de blessés non soignés à Meaux. Un train d'ambulances automobiles fut envoyé en toute hâte par l'hôpital à Meaux. Dans Meaux déserté, 350 soldats blessés attendaient, soignés par quelques vieux paysans et l'archevêque, Mgr Marbot. »

Cinquante blessés furent ramenés immédiatement à l'hôpital de Neuilly et ce fut ainsi que s'ouvrit l'Ambulance américaine. Depuis elle n'a pas cessé de prendre de l'extension. De nombreuses Américaines, menant à Paris la vie des riches étrangers, vinrent, après avoir passé les examens nécessaires, s'offrir comme infirmières. Mrs. W. K. Vanderbilt donna une des premières un magnifique exemple de dévouement. Mrs. Harry Payne Whitney offrit d'organiser un hôpital plus près du front et ainsi fut créé, le 1er février 1915, dans le séminaire de Juilly, une seconde ambulance capable de recevoir 255 malades.

En mai 1915, l'Ambulance américaine offrit au gouvernement français un hôpital de campagne (108 lits); Il fonctionna à Pagny- sur-Meuse jusqu'au 28 septembre 1915, date à laquelle il fut transféré à Vitry-le-François, puis ramené à Paris. 380 malades furent soignés à l'hôpital de campagne, du 1er septembre au 6 novembre 1916, et 5.983 blessés furent transportés par les ambulances automobiles qui en dépendent.

Le 1 février 1916, un train sanitaire fut offert par deux Américaines au service de santé.

Du 1er mars au 1er septembre 1916, vingt quatre voyages furent effectués entre le front et l'arrière et 5.662 malades furent transportés.

L'Ambulance a créé aussi des hôpitaux auxiliaires où les convalescents achèvent de se remettre (1.069 lits dans 17 hôpitaux auxiliaires).

Le nombre de malades en traitement à l'ambulance américaine de Neuilly varie suivant les événements militaires. En novembre 1915, par exemple, à la suite de la grande offensive de Champagne, il y eut jusqu'à 615 malades.. N'oublions pas qu'à son ouverture, l'Ambulance ne possédait que 175 lits.

Comme nous l'avons vu précédemment, au commencement des hostilités, les automobiles de 1'American Field Service furent affectées à l'Ambulance américaine de Neuilly et, pendant la bataille de la Marne, elles transportèrent les blessés directement du front au lycée Pasteur. Plus tard elles desservirent d'autres ambulances de l'arrière. Au mois d'avril 1915, sous la direction de M. A. Piatt Andrew, les Ambulances américaines automobiles furent détachées définitivement des hôpitaux de l'intérieur et formées sur le modèle des sections françaises attachées au service automobile de l'armée. Depuis cette époque, chaque section, composée de 25 à 35 voitures, est affectée à une division française au front.

Les quartiers généraux de l'American Field Service pour être plus à l'aise quittèrent alors le lycée Pasteur, pour s'installer au 21, rue Raynouard, à Paris, dans un magnifique immeuble (32) mis à leur disposition.

En 1915, les sections de l'American Field Service ont travaillé avec l'armée française en Flandre pendant la deuxième bataille de l'Yser ; au Bois Le Prêtre, pendant les rudes et continuelles attaques qui eurent lieu dans cette région ; en Alsace, pendant les batailles de la vallée de la Fecht et du Vieil-Armand.

Une propagande sérieuse fut alors entreprise en Amérique au moyen de livres, articles, dessins, films cinématographiques, conférences, par la formation de comités d'étudiants dans toutes les grandes universités américaines, afin de faire comprendre au peuple américain ce qu'était la France en guerre et les services déjà rendus par les jeunes Américains désireux de se vouer à sa cause. Cette propagande a suscité un nombre considérable de dons d'ambulances automobiles et de fonds pour leur entretien et a provoqué l'engagement de nombreux volontaires pour les conduire.

L'organisation n'a pas cessé de s'accroître et possède maintenant dix-huit sections qui se sont ingéniées à seconder les armées françaises pendant presque toutes leurs campagnes : l'Yser, l’Aisne, la Somme, la Champagne, l'Argonne, en Wœvre, en Lorraine, en Alsace reconquise. Deux de ces formations partagent le dur travail de l'armée française en Albanie et dans la région de Monastir. En plus de dix-huit sections actuellement en service, sept autres sont en formation (mai 1917) (33).

Le conducteurs de ces sections comprennent des représentants de plus de quatre-vingts universités et collèges américains. L'Université d'Harvard à elle seule a envoyé 159 de ses diplômés ou étudiants, les conducteurs volontaires ont mérité 94 citations à l'ordre du jour de l'armée française. C'est dire les services rendus par l'American Field Service et le bel héroïsme de ses conducteurs dont plusieurs ont accompli des actes de grande bravoure sous des bombardements intenses. Du reste, le texte des citations méritées par eux dit éloquemment la beauté de leur conduite. Nous y reviendrons tout à l'heure.

L'American Ambulance Service a été dirigé par M. A. Piatt Andrew, inspecteur général, qui, depuis le début de la guerre, a multiplié ses louables efforts et ses initiatives profitables et qui au début du mois de mai 1917 a reçu, aux environs de Reims, la croix de la Légion d'honneur des mains du général Ragueneau.

M. Piatt Andrew est secondé par Stephen Galatti, inspecteur général adjoint. M. E. L. Gros est le médecin-chef.

Les autres officiers faisant partie de l'American Ambulance Field Service dont, du reste, nous retrouverons les noms un peu plus loin sont (34) :

Chef du pare automobile : Robert T. W. Moss.
Chef de l'équipement : Edward O. Bartlett.
Adjoint à l'inspecteur général : John R. Fisher.
Trésorier John H. Mc Fadden.

Les commandants des différentes sections automobiles sont :

1re section Benjamin R. Woodworth.
2e section : Charles J. Freeborn.
3e section : Lovering Hill.
4e section : W. de Ford Bigelow.
8e section : A. D. Dodge.
9e section : Walter. C. Jepson.
10e section Kimberly Stuart.
12e section : Henry G. Iselin.
13e section : Bertwal C. Read.
14e section : Allan H. Muhr.
15e section : Alex. I. Henderson.
16° section : Charles J. Farley.
17e section : Basil K. Neftel.
18e section : Paul Kurz.
19" section James A: Gillespie.
20e section : A. de Kersauson.
Section des Vosges : Louis F. Hall.

A cette belle énumération, il faut ajouter une nouvelle section qui est une section de transport de munitions; C'est la première d'une série à laquelle M. Piatt Andrew, directeur du service des Ambulances américaines, va consacrer ses soins diligents.

L'American Ambulance Field Service est devenu, à l'entrée en guerre de l'Amérique, 1'American Field Service.

Le jeudi 10 mai (1917) une nombreuse assistance se pressait dans le parc de la rue Raynouard où avait lieu la remise solennelle des drapeaux américains offerts par M. Clarence Mackay aux sections de 1'American Field Service. M. Charles Carroll, représentant M. Mackay, a prononcé un émouvant discours au cours duquel il a dit:

« Pendant trente-deux mois, nos jeunes gens des ambulances de campagne ont prodigué leurs efforts, leur énergie et leur vie en secourant les blessés de France et d'Angleterre. Ils ont ressenti la grande leçon morale de la guerre depuis le début. »

M. Piatt Andrew a fait part des sentiments des membres des sections américaines de campagne. « Pendant trois hivers et deux étés, a-t-il dit, ces hommes ont agi non seulement' à l'unisson des principes et des espoirs de la France, mais aussi du grand peuple américain qu'ils savaient être avec eux de coeur et d'esprit dans tous leurs efforts. »

Ce que fut la tâche de tous les jeunes gens américains des ambulances américaines, on en aura une idée en lisant dans le chapitre suivant le textes des citations méritées par certains d'entre eux; on peut en avoir aussi une idée en se reportant à l'intéressant livre que les « Membres du service de campagne des Ambulances américaines » ont publié en Amérique (1916) sous ce joli titre : Friends of France : Amis de la France. Sachant l'immense effort fourni avec un enthousiasme si amical et si charitable, on partage l'opinion du colonel Théodore Roosevelt :

« La chose la plus importante qu'une nation peut sans doute sauvegarder est son âme propre, et ces jeunes gens ont aidé cette nation à sauvegarder son âme. Il n'y a pas un Américain digne de ce nom qui n'ait contracté une grosse dette d'obligation à l'égard de ces jeunes gens pour ce qu'ils ont fait. Notre dette à nous envers eux est encore plus grande que celle des Français et des Belges.

« Par-dessus tout, je tiens à dire que tous les Américains intéressés et tous les bons citoyens doivent l'être --- à l'honneur de l'Amérique, à l'accomplissement du devoir par l'Amérique et aux obligations commandées par l'humanité internationale --- doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour seconder la tâche de l'American Ambulance Field Service. Nous ne devons pas seulement les aider dans ce qu'ils font, mais nous devons les aider aussi à donner de l'extension à leur tâche. Tous ceux qui ont eu une part, directe ou indirecte dans Cette oeuvre, ont rendu un grand service. Je suis très fier que quelqu'un du même sang que moi ait aidé à rendre service et je veux promettre au nom de notre peuple, toute l'aide qui peut être donnée.

« Aucune nation ne mérite de durer si ses jeunes gens n'ont pas en eux l'esprit que ces jeunes gens ont montré et aidons-les autant que nous le pouvons pour rendre leur effort aussi effectif que possible.

« Je désire que vous vous souveniez que je demande de l'aide en partie dans l'intérêt de l'humanité en partie pour la sécurité des Français et des Belges et principalement pour la sécurité de nos propres âmes ! » (35).

 

CHAPITRE XI

Au secours des blessés

Les différentes sections d'ambulances automobiles américaines ont accompli partout où elles ont été employées un labeur considérable, et, c'est à juste titre qu'on peut considérer leurs membres dévoués comme des soldats de la grande cause. Ils ont sans cesse multiplié leurs efforts pour sauver les blessés français et anglais, et le plus souvent ils ont affronté tous les dangers du front sans en partager les défenses. Au moment des grandes attaques, ils parcouraient les routes bombardées abondamment et s'avançaient avec courage jusqu'aux avant-postes où les blessés réclamaient leur intervention. Ils prolongeaient l'effort nécessaire parfois jusqu'aux limites de l'endurance humaine, demeurant sans sommeil pendant quarante-huit heures et plus (soixante-douze heures pendant l'attaque de Champagne).

Du reste, on ne saurait douter de la bravoure et de l'intrépidité des conducteurs américains d'ambulances automobiles. Ceux de 1'American Field Service ont (jusqu'en 1917) mérité quatre-vingt-quatorze citations et les sections qui appartiennent à la Croix-Rouge américaine se sont fait remarquer aussi dès leur création. M. H. H. Harjes et M. Richard Norton sont responsables du succès des ambulances de la Croix Rouge. M. Harjes, président de 1'American Relief Clearing House, est le directeur à Paris de la grande banque Morgan, Harjes et Cie. M. Norton, fils de M. Charles E. Norton, le professeur bien connu de l'Université d'Harvard, fut un moment directeur de l'École d'archéologie américaine, à Rome, puis voyagea dans l'Asie centrale. M. Norton, qui est un organisateur exemplaire, s'est particulièrement occupé de la section n° 7. II a été décoré de la croix de guerre. M. Harjes a fondé la section n° 5 qui est commandée par M. Jack Philips, de l'Université d'Harvard.

Passons en revue, le plus brièvement qu'il nous est possible, les différentes sections d'ambulances américaines. Dans un autre chapitre, nous donnerons des détails particuliers sur la vie et hélas ! sur la mort de quelques-uns des vaillants ambulanciers américains.

 

SECTION N° 1. --- C'est la plus ancienne de toutes les sections de l'American Field Service. En janvier 1915, elle alla à Dunkerque, puis parut dans les Flandres, sur l'Aisne, sur la Somme, à Verdun, en Argonne et en Champagne. Au mois de mai 1917, elle mérita sa troisième citation en ces termes :

« Sous le commandement du sous-lieutenant de Kersauson et de l'officier américain Townsend, se trouve au front depuis janvier 1915. S'est particulièrement distinguée par son dévouement, son entrain et son courage dignes de louange dans l'exécution de son service spécial, notamment devant Verdun et pendant les attaques des 26, 27, 28 janvier 1917, au cours desquelles elle a assuré, nuit et jour, l'évacuation de nombreux blessés depuis un poste de secours de la première ligne jusqu'aux ambulances par une longue route exposée à la vue de l'ennemi et soumise constamment au leu de l'artillerie ennemie. A. eu plusieurs voitures atteintes par des fragments d'obus. »

 

SECTION N° 2. --- Plusieurs membres de la 2e section sanitaire américaine ont été cités à l'ordre du jour.

Folger Conquest. --- Conducteur particulièrement dévoué et consciencieux. S'est distingué pendant les journées et les nuits des 28 et 29 décembre par son endurance et son remarquable sang-froid. Fut légèrement blessé 'a la figure le 2 janvier en allant secourir en plein jour deux officiers blessés dans une batterie subissant le bombardement de l'ennemi.

Henry Iselin. S'est particu1ièrement distingué pendant les nuits des 28 et 29 décembre en allant plusieurs fois, malgré un intense bombardement ennemi, aux ambulances d'avant-postes, assurant ainsi par ses efforts le transport d'un grand nombre de blessés.

Herman Webster (artiste graveur aussi connu à Paris qu'en Amérique). --- Citoyen américain, volontaire, a servi la France pendant dix-huit mois avec un dévouement inlassable accompagné du mépris le plus grand du danger. Second commandant de la section sanitaire américaine n° 2, s'est donné en exemple à ses hommes par le courage et le sang-froid qu'il a montrés dans toutes les circonstances, même dans les plus périlleuses et notamment au cours de la nuit du 28 décembre, en se rendant avec une ambulance, sous un bombardement intense, jusqu'au poste de. secours le plus avancé qu'il n'a quitté qu'après l'évacuation du dernier homme blessé.

George Struby. --- Depuis plus d'un an au service de la France, a montré les plus belles qualités de courage dans les circonstances les plus difficiles. Le 19 septembre 1916, sous un violent bombardement, s'est dévoué pour aller chercher des blessés en terrain découvert dans un poste avancé où aucune voiture jusque-là ne s'était aventurée en plein jour.

George Dock. --- Depuis longtemps s'est distingué parmi ses camarades par son mépris du danger et son entrain remarquable. Volontaire pour toutes les missions dangereuses. Le 18 septembre et le 28 décembre 1916 s'est dévoué sans compter pour effectuer des évacuations difficiles et particulièrement laborieuses par des routes continuellement bombardées.

John Edward Boit. Au service de la France depuis plus d'un an, a toujours été remarqué par son inlassable dévouement et son mépris du danger; n'a jamais hésité à remplir de périlleuses missions ; s'est distingué particulièrement le 18 et 19 septembre accomplissant de nombreuses évacuations sous un bombardement des plus violents.

 

SECTION N° 3. On aura une idée de la tâche excellente accomplie par cette section en lisant la lettre que M. Guibal, médecin divisionnaire, écrivit à la date du 20 septembre 1916 :

« Au moment où un ordre imprévu de départ prive la 129° division des services de la section sanitaire américaine n° 3, le médecin divisionnaire exprime ses remerciements les plus chaleureux à tous ses membres.

« Depuis le 25 avril 1916, la section a suivi la division à tous les différents endroits du front où elle fut employée, à Lay-Saint-Christophe, à Verdun, dans le dangereux secteur de Thiaumont et au Bois-le-Prêtre.

« Partout les volontaires américains » ont donné un exemple inoubliable de dévouement.

« Ils emportent avec eux la gratitude de tous leurs blessés et l'admiration de tous ceux qui les ont vus à l'oeuvre. »

Le 12 octobre 1916, la section n° 3 quitta Paris avec vingt-cinq ambulances automobiles pour aller s'embarquer à Marseille, à destination de Salonique. M. Lovering Hill, de New-York, dirigeait la section, secondé notamment par MM. J. W. Walker (de New-York) ; Donald C. Armour (d'Evinston) ; Poncel Fenton (de Philadelphie) ; E. C. Sortwell (de Boston) ; Arthur Bluethenthal (de Wilmington), etc. Plusieurs membres de la section ° 3 ont été cités 'a l'ordre du jour. Parmi ceux-ci (36) :

Arthur Bluethenthal. --- Volontaire de la 3e section sanitaire américaine, a été un constant exemple pour ses compagnons, d'un entrain sans défaillance et ignorant le danger, particulièrement en juin 1916, au moment le plus périlleux des évacuations devant Verdun; conduisait sur une route continuellement et violemment bombardée; continua son exemple et ses excellents services au Bois-le-Prêtre pendant l'été 1916 et à Monastir en décembre 1916 et janvier 1917.

John Munroe. --- Volontaire de la 3e section sanitaire américaine, s'est distingué dans toutes les occasions par son parfait sang-froid et son intrépidité, particulièrement devant Verdun en juin 1916, sous le feu immédiat et continuel de l'ennemi ; en Lorraine, où il reçut une lettre de félicitations pour le dévouement avec lequel il secourut les blessés pendant le bombardement de Pont-à-Mousson, le 29 juillet 1916, et dernièrement à Monastir en décembre 1916 et janvier 1917.

Rodman Montgomery. --- De la 3e section sanitaire américaine, deux fois volontaire sur le front français, puis avec l'armée d'Orient mettant au service des blessés un dévouement, un entrain, un courage dignes de tous les éloges ; fut lancé à terre et eut sa voiture très endommagée par un obus pendant le bombardement de décembre 1916, à Monastir.

Coleman Clark. --- Volontaire de la 3° section sanitaire américaine, a donné la preuve de dévouement aux blessés et d'un courage digne de tous les éloges, particulièrement devant Verdun en juin 1916, dans le voisinage immédiat et sous le feu continuel de l'ennemi, puis au moment des difficiles évacuations au Bois-le-Prêtre, pendant l'été de 1916 et à Monastir en décembre 1916 et janvier 1917.

Robert Imbrie. --- Volontaire de la 3° section sanitaire américaine, deux fois volontaire pour le front de France, puis pour la campagne en Orient; a pendant quatorze mois rendu les services les plus appréciables à nos blessés, grâce à son dévouement et son intrépidité qui ont été prouvés dans de nombreuses circonstances dangereuses.

Le 12 novembre 1917, l’on apprit qu'Edward L. Sortwell, victime d'un accident d'automobile, alors qu'il accomplissait son service accoutumé, était mort à Salonique. Sortwell avait vingt-sept ans. Il était né à Cambridge. Diplômé d'Harvard, il visita les Indes, puis revint à Cambridge. Il retourna à Calcutta. Il revenait en Amérique et traversait la France lorsqu'il vit fonctionner les ambulances automobiles américaines. Il s'engagea à la section n° 3.

Comme on le verra au chapitre suivant, la section n° 3 avait en 1915 perdu un de ses membres, Richard Hall, dans les Vosges.

 

SECTION N° 4. --- La quatrième section a aussi accompli une tâche utile et ses membres se sont fait remarquer. Citons notamment :

William de Ford Bigelow (de Cohasset, Massachussetts). --- Conducteur américain très courageux. S'est offert spontanément le 3 novembre 1916 pour aller en plein jour chercher au poste de secours d'Esnes un homme blessé dont la blessure, particulièrement grave, nécessitait une intervention urgente. Pendant les attaques allemandes du 8 décembre 1916 et des jours suivants contre la colline 304, a participé à l'évacuation des postes avances de secours sous un violent bombardement. A eu son automobile atteinte par un obus.

William Wallace (de New-York). --- A toujours donné des preuves d'énergie et de sang-froid dans les situations les plus périlleuses, notamment pendant les attaques ennemies contre la colline 304, le 8 décembre 1916 et les jours suivants, faisant souvent quatre voyages dans la nuit par une route constamment balayée par l'artillerie ennemie (37).

 

SECTION N° 5. --- On peut dire que la 5e section sanitaire américaine est l'oeuvre de M. Harjes. M. Jack Philips, de l'Université d'Harvard, malgré sa jeunesse, en est le sous-chef, secondé lui-même par M. Ervin Thayer Drake.

Le 3 avril 1916, la 5 section a été citée à l'ordre du jour :

« A assuré pendant une période de onze jours de combat, du 8 au 19 mars, avec un mépris absolu du danger, les évacuations dans une zône particulièrement battue par l'artillerie ennemie.

« De plus, tout son personnel a fait preuve d'un dévouement et d'une endurance remarquables en assurant par un service moyen de dix-neuf heures par jour, le maximum de rendement de cette unité. »

Un peu plus tard, M. Harjes fut personnellement l'objet d'une citation pour ses services pendant les attaques dé mars et décembre 1916 et janvier 1917, à Verdun. Puis cinq autres membres de la section n° 5 ont été cités.

Whitney Warren (fils de l'architecte américain bien connu). --- Conducteur volontaire américain, de la 5e section sanitaire américaine, engagé comme volontaire américain, jeune étudiant qui, profitant d'un sursis qui lui était accordé pour ses études, s'engagea dans une section sanitaire au front, où, pendant, six mois, il n'a pas cessé de donner un exemple du courage le plus grand, s 'offrant toujours pour les services les plus périlleux. Il s'est particulièrement distingué en évacuant des blessés sous un bombardement intense dans un secteur très exposé pendant les attaques de décembre 1916.

Thayer Ervin Drake. --- Citoyen des Etats-Unis, engagé volontaire pour la durée de la guerre, s'est particulièrement distingué pendant le combat du 15 au 19. Intrépide et de sang-froid sous le bombardement ennemi, il a' montré le plus bel exemple aux conducteurs de .a section, stimulant leur ardeur par sa présence constante, jour et nuit, à un poste très exposé.

Frédéric William Simmonds. Engagé volontaire américain, a fait montre, sans arrêt, pendant dix mois, de l'activité la plus grande dans son service qu'il a accompli avec un dévouement inlassable, toujours prêt à partir pour les missions les plus périlleuses et sachant conserver un calme complet dans les circonstances les plus. difficiles. S'est particulièrement distingue dans un secteur très exposé pendant les attaques de mars et décembre 1916 et de janvier 1917.

Stewart Flagg. --- Engagé volontaire pour la durée de la guerre, homme de devoir du calme le plus grand et d'un dévouement à toute épreuve, ayant le mépris le plus absolu du danger, s'est particulièrement distingué dans un secteur très exposé pendant les, attaques de mars et décembre 1916, en évacuant des blessés sous un intense bombardement.

Claude Marcel. --- Engagé volontaire pour la durée le la guerre, n'a jamais cessé pendant dix-sept mois de donner le plus bel exemple de courage; homme d'un grand dévouement, possédant au plus haut degré le sens du devoir, s'est particulièrement distingué en évacuant des blessés sous un intense bombardement pendant les attaques de décembre 1916 et de janvier 1917.

Il ne faut pas oublier que la section n° 5 a perdu un de ses membres, atteint de méningite cérébro-spinale. Merrill Stanton Gaunt est enterré dans le cimetière de Bar-le-Duc et sur la croix de sa tombe se lit cette inscription

« Merrill Stanton Gaunt --- volontaire ---Section sanitaire américaine n° 5 --- mort pour la France. »

Gaunt a été cité en ces termes à l'ordre du corps de l'armée :

« Engagé volontaire à la Croix-Rouge .américaine. A montré en toutes circonstances un dévouement à toute épreuve et assuré jusqu'à la limite de ses forces son service d'évacuation de blessés. Est mort des suites d'une maladie contractée pendant une période particulièrement pénible. »

 

SECTION N° 7. --- Sous la direction de M. Richard Norton, la 7e section sanitaire américaine a rendu de très grands services. Elle a été citée à l'ordre du corps d'armée par le général Mangin, en août 1916 :

« A fait depuis plus de vingt mois constamment preuve de l'esprit de sacrifice le plus complet A rendu les plus grands services à la division à. laquelle elle est attachée, en assurant la relève des blessés dans les meilleures conditions. Il n'est pas un seul de ses membres qui ne soit un modèle de sang-froid et d'abnégation. Plusieurs d'entre eux ont été blessés. »

Plusieurs membres de la 7e section été cités, notamment :

Jack Wendell. --- Volontaire américain d'un sang-froid remarquable. Depuis neuf mois sur le front, toujours prêt à. se porter en avant pour relever les blessés. Pendant une périlleuse évacuation de jour à cinq cents mètres des lignes ennemies a été blessé sérieusement. A refusé de se laisser évacuer d'une zone très bombardée avant les blessés français qu'il était allé chercher.

Harry Hollingshead. --- Volontaire américain très brave. Blessé grièvement au cours d'une évacuation périlleuse après avoir traversé sans hésiter un tir de barrage intense. A refusé de quitter le poste de secours avant les blessés français qu'il était allé chercher.

 

SECTION N° 8. --- La section n° 8 de l'ambulance américaine de campagne et M. William Meadowcroft, de New-York, diplômé de l'Université d'Harvard, membre de la section n° 8, ont été cités à l'ordre du jour au mois de janvier 1917 :

« La section n° 8 qui depuis qu'elle a été affectée à la seizième division a rendu les plus grands services en transportant de nombreux blessés dans des circonstances difficiles et souvent périlleuses... Le 29 décembre 1916, pendant un bombardement, les conducteurs se firent particulièrement remarquer par leur sang-froid et donnèrent la preuve d'un dévouement absolu en secourant les blessés et en assurant leur transport à l'ambulance. »

William. Meadowcroft. --- Conducteur de la section n° 8, pour le calme et le sang-froid qu'il montra depuis son arrivée à la division dans des circonstances souvent périlleuses, fut blessé le 29 décembre 1916, pendant un bombardement.

Un peu plus tard, deux autres membres de cette section furent cités à l'ordre du jour.

Arthur Douglas Dodge, de Weatogne (Connecticut). --- Sous-chef de la 8° section automobile américaine, engagé volontaire ; pendant la nuit du 11 mars 1917, la route conduisant à un poste d'évacuation ayant été reconnue par le chef de section comme ayant été bombardée intensément avec des obus lacrymogènes, Dodge accompagna la première ambulance automobile devant se rendre à ce poste, donnant ainsi un bel exemple à ses subordonnés. Il est dévoué, énergique

Grenville Temple Keogh, de New Rochelle (Etat de New-York). --- Conducteur à la 8° section automobile américaine, engagé volontaire. Pendant la nuit du 11 mars 1917, il fit volontairement deux voyages à un dangereux poste d'évacuation, sur une route bombardée intensément par des obus lacrymogènes. A la nuit tombante, l'ennemi ayant découvert la distance à laquelle se trouvait son auto-ambulance, celle-ci fut atteinte par des obus explosifs, dont l'un blessa le conducteur à la tête. Sûr de lui et audacieux, il avait été blessé en juin 1916, reprenant son service aussitôt qu'il avait été rétabli,

 

SECTION N° 10. --- Le 27 décembre 1916,

La section n° 10 quitta Paris pour se rendre en Orient, sous la direction de M. Henry M. Suckley (de Rhinebeck, N. Y.), diplômé de l'Université d'Harvard (38). Les membres de cette section venaient de neuf différents Etats et comprenaient huit diplômés d'Harvard et des représentants de douze autres collèges ou universités d'Amérique. Voici le nom des membres de la section n° 10; Henry A. Batchelor (Detroit) ; Alfred Mc A. Brace (Green Bay) ; Mark V. Brennan (Newark) ; Robert H. Clark (Grand Rapids); John Ellington (Los Angeles) ; Frank F. Fitzsimons (New-York) ; Edmund D. Fryer (New-Brunswick) ; Gerard C. Gignoux (Great Rock) ; James W. Harle (New-York) ; Sidney Howard (Oakland); Francis P. Kendall (Holden) ; George Lebon (Great Rock); Robert W. Lester (Kansas. City) ; Walter H. Lillie (Boston) ; Bruce H. Mc Clure (Yonkers) ; Gordon K. Mac Kensie (Boston) ; Philip N. Rhinelander (Lawrence) ; Joseph S. Richardson (Concord) ; Wells H. Robinson (Brooklyn) ; Seldon W. Seuter (Dallas) ; Kimberly Stuart (Noonah) ; William D. Swan (Cambridge) ; Gordon Ware (Framingham) ; Russell L. Willard (Brooklyn) ; Robert W. Wood (Baltimore).

 

SECTION N° 12. ---

Une nouvelle section sanitaire américaine a quitté Paris le 9 février à destination du front français. Le commandant de cette section était M. Harry G. Iselin qui avait été précédemment une année entière dans le secteur de Verdun et qui avait déjà reçu la croix de guerre. Les membres de cette section étaient : MM. Wharton Allen (Philadelphie) ; Philip P. Benney (Pittsburg) ; Jullian H. Bryan (Titusville) ; Walter L. Clark (Stockbridge) ; Robinson Cook (Portland) ; Harry W. Craig (Cleveland) ; Herbert W. Crowhurst (Philadelphie) ; Dows Dunham (Irvington sur l'Hudson) ; Clarence H. Faith (Nahant) ; William S. Gilmore (né en Italie) ; James P. Gillespie (New-York) ; George G. Haven (New-York); Henry H. Houston (Philadelphie) ; Norman K. Kann (Pittsburg) ; Hugh J. Kelleher (Cambridge) ; Sven J. J. Lundquist (Mattapan) ; Allen Mc Lane (Garrison) ; Thomas L. Orr (Pittsburg) ; Charles H. Powell (Madison) ; Croom W. Walker (Chicago) ; Ray E. Williams (Madison).

Au mois d'avril, cinq membres de cette section furent cités à l'ordre du jour par le général commandant la 152e division

James P. Gillepsie (depuis chef de la 19 section). --- A. accompli son service dans les conditions les plus périlleuses et a ramené au cantonnement une voiture qui eut une panne sur une route balayée par le feu de l'ennemi (18 et 19 mars).

Allen Mc Lane. --- Avec un sang-froid qui a gagné l'admiration de tous a, pendant vingt-quatre heures, sans arrêt, transporté des blessés sur une route qui a été continuellement bombardée. La voiture fut atteinte par un obus ; il la répara à l'endroit même de l'accident et revint au cantonnement (18 et 19 mars).

Henry H. Houston, Croom W. Walker, Harry W. Craig. --- Avec un sang-froid qui a mérité l'admiration de tous, ont, sans s'arrêter pendant vingt-quatre heures, assuré le transport des blessés par une route continuellement bombardée.

 

SECTION N° 15. ---

Cette section, sous le, commandement d'Alex. Henderson (New-York), a gagné le front au mois d'avril 1917. Ses membres étaient : Luther R. Bailey (Cambridge) ; Harold B. Barton (Worcester) ; Robert L. Buell (Cambridge) ; Mahlon C. Bundy (Newton Centre) ; Charles E. F. Clark (Detroit) ;'James A; Clark (Oberlin) Edward P. Curtis (Rochester) ; David W Guy (Saint-Louis) ; Clitus Jones (Waco) ; James A. Liddell (Newton Centre) (39) ; Arthur Myers (New-York) ; Lansing M. Paine (Durham) ; Robert C. Paradise; Jérôme Preston (Lexington) ; Dominic W. Rich et Vincent L. Rich (New-York) ; Ralph S. Richmond (Milton) ; Powell Robinson (Chestnut Hill) ; David Van Alstyne (Williamstown) ; Keith Vosburg (Azusa) ; Francis D. Weeks (Dorchester) ; Myron C. Wick (Youngstown).

 

SECTION N° 16. ---

Sous le commandement de Charles J. Farley (Auburndale), la section n° 16 a gagné le front dans l'avant-dernière semaine d'avril (1917). Ses membres étaient : Chester E. Barrington (Cambridge) ; Richard H. B. Bowie (Philadelphie) ; Joseph F. Brown (Boston) ; Chester W. Carson (Evanston) ; Robert N. Chambers (New-York) ; Harvey W. Cook (Anderson) ; Ivan G. Fay (Evansville).; Albert F. Gilmore (Madison) Franklin D. W. Glazier (South Orange) John R. Houghton (Bath) ; Albert M. Hyde (New-York) ; Joseph B. Keyes (Concord) ; Frederick J. Kingsburg (New Hewen) ; Paul D. Lovett (Brookline) ; Joseph C. Mac Donald (New-York) ; Robert D. Meacham (Cincinnati) ; Peter F. Monahan (Attelboro) ; John R. Moore (Chicago) ; John C. Platt (Portland) ; Sargeant (Coraopolis); Wilberforce Taylor (Hubbard Woods); Henry Wharton (Chesnut Hill) ; Paul B. Welker (Cleveland).

 

SECTION N° 17. ---

Cette section a été envoyée sur le front le 30 avril 1917. Son commandant était M. Basil K. Neftel (Larchmont). Les automobiles de cette section avaient été données par Mrs William G. Weld, Mrs. Charles G. Weld et Miss Mary Weld, de Boston.

Voici, à son départ, la liste des membres de la section n° 1 : Donald A. Bigelow (Boston) ; Stafford L; Brown (Newton Centre) ; Earl S. Cadbury (Haverford) ; Harvey Conover (Hinsdale) ; John G. Coulter (Chicago) ; Arthur P. Foster (Chicago) ; Lloyd M. Garner (Madison) ; A. Byron Harris (Houston) ; Edward T. Hathaway (Houston) ; Vincent E. Heywood (Worcester); Harold C. Hiis (Chicago) ; Franklin C. Kearfott (Chicago); Stevenson P. Lewis (Cleveland) ; John W. Livingston (Moline) ; Richard Mc Murry (Madison) ; Roger Nutt (Cliffside) ; James J. O'Brien (Attleboro) ; Harry M. Overstreet (Oak Park) ; Longshaw K. Porritt (Hartford) ; William II. Richards (Pittsfield) ; Melville S. Riley (Needham) ; Elmer J. Rose (Brooklyn) ; Leslie E. Rowley (Detroit) ; Ira Sterling Woodhouse (Arthur).

 

SECTION N° 18. ---

Cette section a pu être organisée pour être dirigée sur le front au mois de mai 1917. Elle avait pour commandant Paul Kurz (Germantown) ; ses autres membres étaient : Frank H. Boyd (Chicago) ; Herbert C. Brown (Washington) ; Harry V. Chapman (New-York) ; George R. Cutter (Waban) ; Robert G. Eoff (Christiansburg) ; Angus M. Frantz et Samuel G. Frantz (Princeton) ; William Fraser (Medford) ; Albert H. Gabit (Whiting) ; Olivier Hagan (Brookline); Ernest H. Leach (Reading) ; Hilton W. Long (Worcester) ; Charles L. Morton; Chauncey L. Olmstead; George W. Penton (Cleveland) ; Ernest R. Schoen (Atlanta) ; William J. Slidell; Gordon Stewart et Theodore Stewart (Brookline) ; Roi B. Woolley (Toledo) ; William J. Wright (Chesnut Hill).

 

SECTION N° 19. ---

Cette section, qui est partie sur le front français au milieu du mois de mai 1917, était commandée par M. James P. Gillespie dont on a vu la citation à la section n° 12. Les membres de la section n° 19 étaient : Stirling Alexander (Philadelphie) ; Donald Belcher (Newtonville) ; Herbert E. Bigelow (Cherry Valley) ; Hugh Bridgman (Salem) ; Robert Bridgers (Boston) ; Lewis B. Dougherty (Liberty) ; Thomas P. Hinchliffe (Arlington) ; Frederick P. Ives (Hanover) ; James W. Johnson (Ithaca ; Albert R. Kittredge (Waltham) ; John D. Loughlin (Brooklin); Lynn A. Mac Pheson (Easton) ; Paul A. Rie ; Frank G. Royce (Fulton); Sydney L. Sayre (Chicago); L. B. Seaver (Brooklyn) ; Walker Smith (Minneapolis) ; Brandreth Symonds (New-York) ; Albert F. Taliaferro (New-York) ; Bertrand E. Willcox (Ithaca) ; Bernard C. Winslow (Ware).

 

CHAPITRE XII

Notes d'Ambulanciers

Richard Melville Hall, de Ann Arbour, diplômé de Dartmouth, fils du professeur H. G. Hall de l'Université de Michigan, avait vingt et un ans lorsqu'il s'engagea dans les ambulances américaines. Il fut tué dans les Vosges, le soir de Noël 1915, par un obus allemand qui détruisit sa voiture. Le frère de R. M. Hall, Louis Hall, servait dans la même section.

M. Waldo Peirce a raconté la mort de son jeune camarade dans le livre que j'ai déjà cité, Friends of France.

« Le 21 décembre 1915, toutes les voitures roulaient vers le « poste » de l'Hartmannsweilerkopf. Pendant cinq jours et cinq nuits, fragments de jours les plus courts de l'année, nuits interminables l'atmosphère était comme hachée par le sifflement des obus --- parfois un intervalle intermittent pour le massacre de l'attaque après le bombardement, puis de nouveau le rugissement de la contre-attaque. Tout ce temps, comme pendant tous les mois passés, Richard Melville Hall conduisit sa voiture avec calme. Ses blessés déposés, Hall faisait son plein d'essence et reprenait le même chemin. Il dormait où et quand il pouvait, dans sa voiture, au « poste » sur le plancher de notre cuisine temporaire à Moosch --- couvertures sèches, couvertures humides, couvertures tachées de boue, couvertures tachées de sang : la contagion était une pédanterie, les microbes un mythe.

« A minuit, à Noël, il quitta la vallée pour aller prendre une dernière fois son chargement de blessés. Devant lui, il avait deux heures de conduite solitaire dans la montagne.

« Matter, l'Américain qui passa après lui, le trouva sur la route, à mi-chemin de la montagne. Sa figure était calme et ses mains étaient encore sur le volant. Matter, et Jennings, --- qui vint un peu plus tard, --- le transportèrent avec précaution dans la voiture de Matter à Moosch où son frère Louis Hall apprit ce qui était arrivé. Richard Hall fut enterré avec les honneurs de la guerre dans la vallée de Saint-Amarin, dans la partie de l'Alsace qui, de nouveau, appartient à la France.  »

Le médecin-chef de l'Ambulance française de laquelle la section n° 3 dépendait prononça à l'enterrement ces belles paroles :

« Il mourut comme un « chevalier de la Bienfaisance », comme un Américain, alors qu'il s'occupait d'une tâche de bonté et de charité chrétienne. »

A l'enterrement de Hall, M. Piatt Andrew prononça une oraison funèbre. « Sa tombe est voisine de celle d'un officier français. qui est mort le même matin. Elle porte cette brève inscription « Richard Hall, Américain mort pour la France. » Les montagnards ont apporté des fleurs et trois familles sont venues me dire qu'elles fleuriraient la tombe jusqu'à la fin de la guerre, jusqu'à ce que les parents de Hall puissent venir la visiter.

« Hall fut tué par un obus égaré, au tournant de la route. Son automobile fut détruite. L'obus l'atteignit plusieurs heures avant le lever du jour, et plusieurs de ses camarades passèrent près de cet endroit avant que la lumière ne révélât l'accident.

« Luke Doyle qui, en premier lieu, fut dit blessé au même moment, fut en réalité atteint au bras par un éclat de shrapnell quatre jours plus tôt. Après le service dans une petite chapelle protestante, le corps fut conduit au cimetière par Lovering Hill, qui commandait sa section, un officier français, un officier anglais, Stephen Galatti, R. Matter et Allen Jennings, ses camarades.  »

M. Lincoln Eyre, qui, dans le New-York World (4 février 1917), a raconté un voyage qu'il a accompli en Alsace reconquise, a visité la tombe de Richard Hall.

« Notre excursion suivante nous conduisit au fameux sommet alsacien, l'Hartmannsweilerkopf, ou, comme l'appellent les poilus, le vieil Armand. En route, nos automobiles furent un moment retardées par une auto désemparée d'une ambulance américaine appartenant à la section opérant dans les Vosges. Deux jeunes gens en kaki, de très belle humeur, nous demandèrent des nouvelles d'Amérique et nous menèrent à l'emplacement de la tombe de Richard Hall, qui fut tué par un obus allemand, la nuit de Noël 1915, alors qu'il reprenait son chemin vers la basse vallée. Ce ne fut qu'après une très longue conversation que nous apprîmes que l'un des deux jeunes gens était le frère de Hall. Il remplit aujourd'hui absolument les mêmes services au cours desquels Richard Hall fut tué. Chaque jour, plusieurs fois par jour, le jeune Hall passe avec son ambulance Ford près de la tombe fraternelle qui se trouve sur le talus de la route à la place même où Richard mourut. Elle est décorée d'un fût de granit brut (40). »

Henry M. Suckley (de Rhinebeck), conduisit en Orient la section n° 10 des ambulances américaines. C'était un ami de l'aviateur James Mc Connell ; ils étaient venus en France par le même bateau et ensemble ils s'étaient engagés dans le service en campagne des ambulances américaines. Par une coïncidence vraiment singulière, les deux amis ont trouvé une mort glorieuse, l'un en France, l'autre à Monastir à vingt-quatre heures à peine de distance; on croit que l'automobile de Suckley fut atteinte par une bombe lancée par un aéroplane. Il était décoré de la croix de guerre.

Julian A. Lathrop, de New-Hope (Pennsylvanie), de l'Université d'Harvard, vint s'engager dans les ambulances américaines. Il fut blessé grièvement alors qu'il accomplissait son service en suivant une route soumise à un intense bombardement. Transporté dans un hôpital, il y est mort peu après.

Un lit a été créé à l'ambulance de Neuilly par le Docteur et Mrs. E. H. Lines, en mémoire de leur fils Howard B. Lines, diplômé de l'école de droit d'Harvard, qui fut membre de l'ambulance américaine et qui mourut en service sur le front, à Noël 1916.

M. Preston Lockwood fit partie pendant cinq mois de la section d'ambulance américaine attachée à l'armée française en Alsace. Il a raconté ses impressions dans le Daily Mail (édition continentale, 30 novembre 1915) :

« Deux membres de la section, Graham Carry, de Cambridge (Massachusetts), et Dudley Hale, de New-York, ont déjà mérité la croix de guerre pour leur bravoure en accomplissant leur service sous le feu. C'est une petite ville en France près de la frontière alsacienne. La route entre en Alsace par un tunnel, au centre duquel une basse pierre blanche ,avec un sommet arrondi marque ce qui était, il y a encore un an, la frontière entre la France et l'Allemagne. Pour un Américain conduisant une automobile dans la pénombre terne du tunnel, cette pierre représente quelque chose qu'il ne faut pas heurter. Pour le Français qui a combattu si bravement, afin que cela ne soit plus une limite, c'est un symbole sacré. J'ai vu les yeux de blessés qu'on ramenait briller en la voyant. J'ai entendu des compagnies de chasseurs se rendant aux tranchées qui en passant près d'elle chantaient ou sifflaient leur fameuse marche Sidi-Brahim.

« Il n'y a pas de sous-ordres ou de mécaniciens attachés à notre section et chaque conducteur est responsable de l'entretien et des réparations de sa voiture.

« M. Lovering Hill, de New-York, qui pense qu'il ne faut jamais laisser flotter les rênes de la discipline est devenu lieutenant et a la charge de tout ce qui nous concerne.

« La moitié de la section est toujours loin de sa base pour accomplir du service actif et il y a des moments où ni une voiture, ni un homme ne peuvent être trouvés à la base. M. Hill, dans l'automobile de l'état-major, surveille les différents endroits où ses hommes sont à l'ouvrage pour voir si tout va bien ou savoir pourquoi... La première tâche qui m'incomba sur le front fut de transporter une mère et se deux filles d'une ville qui avait été bombardée dans un hôpital de campagne. La mère était sans connaissance et toute la journée je pus entendre les plaintes lamentables des petites filles.

« Je vis une fois le général Joffre en une occasion inoubliable. Il venait passer la fête nationale du 14 juillet en Alsace. Le lendemain, repassant par la ville, je remarquai sur la façade d'un des deux hôtels cette inscription : « Le générai Joffre, généralissime des armées de la République, a déjeuné ici. »

M. Karl Wainwright, neveu du contre-amiral américain en retraite, a été attaché à l'American Ambulance Corps pendant neuf mois, dont quatre comme conducteur d'une ambulance. M. C. Frederic Lees a interviewé, pour le Daily Mail (édition continentale, 27 septembre 1917), M. Karl Wainwright qui retournait en Amérique.

« Avec mes impressions de guerre, mentales et photographiques, je retourne aux Etats-Unis le plus heureux des hommes, car je peux confesser que j'ai vécu là les grandes heures de ma vie Le sifflement aigu des obus peut d'abord affecter vos nerfs ; les projecteurs qui jaillissent ça et là à travers la nuit impressionnent ; 1a vue des morts et des blessés ne manquent jamais d'émouvoir le cœur. Cependant les compensations sont nombreuses. Il est splendide de savoir que ceux qui sont venus des hôpitaux de Neuilly et de Juilly ont accompli une tache excellente que les Français n'oublieront jamais. »

M. Karl Wainwright a mérité une citation et la croix de guerre.

M. Richard Norton (voir chapitre précédent, section n° 7) ayant beaucoup vu, a beaucoup retenu. Il faudrait pouvoir citer tous les articles qu'il a écrits, les lettres qui lui qui ont été publiées et les études qui font mention de l'oeuvre importante qu'il n'a cessé d'accomplir depuis sa venue sur le front, c'est-à-dire depuis les premiers jours de la guerre.

« Une nuit, très tard, raconte-t-il, dans le Daily Mail (édition continentale, 15 décembre 1915) je reçus des ordres pour conduire deux automobiles au village de X. Il était une heure du matin. Incapable de trouver le docteur divisionnaire pour lui dire que je pensais qu'il était impossible de conduire deux ambulances automobiles pendant la nuit, sans lumière et par une pluie battante, en suivant une route trouée par les obus : je dus tenter la chose. M. Joseph Whitwell avec sa voiture et son chauffeur m'accompagna. Dans ma voiture, j'avais George Tate, un homme d'initiative. Comme il conduit mieux que moi, il prit le volant tandis que moi (tout au moins cela me semble ainsi maintenant), je passai tout mon temps, enfoncé jusqu'aux genoux dans la boue, tentant avec l'aide du faible éclat d'une lampe électrique de trouver un chemin parmi les trous d'obus et les fondrières, ou poussant la voiture en dehors des ornières. Ce qui montre la difficulté du voyage, c'est que pour accomplir les six kilomètres de l'aller et du retour, il nous fallut deux heures et demie. »

Dans une lettre adressée à sa soeur (41), M. Richard Norton raconte :

« Un ordre extrêmement bizarre fut donné par un docteur divisionnaire trop pressé. Il fallait envoyer sans perdre une minute cinq grandes automobiles au poste avancé. Quoique je pensais que quelqu'un s'était trompé, les voitures furent envoyées immédiatement. Elles furent abritées dans une petite carrière moins exposée que le reste de la route et où nous avions organisé une sorte de relais pour nos voitures quand elles étaient de service la nuit.

« En arrivant là, j'appris que Laurence Mc Creery était déjà revenu du poste de secours, ramenant deux poilus blessés peu grièvement. Il annonça que sa voiture avait été bombardée et à l'aller et au retour, mais fort heureusement les artilleurs boches ne l'atteignirent pas. II ajouta qu'au 'moment de son retour Jack Wendell était parti pour ramener tout blessé qui pouvait être transporté, mais qu'il tardait à revenir. M. Hoskier était alors parti pour savoir ce qui était advenu, laissant un mot pour dire qu'on aille voir ce qui lui était arrivé s'il ne revenait pas au relai à une heure donnée.

Je partais lorsqu'Hoskier revint. Je vis tout de suite que quelque chose s'était passé et ses premiers mots furent pour dire que Wendell et Hollingshead (42) avaient été blessés mais pas sérieusement. Il ajouta que les ordres étaient de ne plus envoyer de voitures.

« Mc Creery et Harden, --- chauffeur très expérimenté ---, me demandèrent la faveur de les laisser partir sans tarder pour ramener Wendell et Hollingshead. Ce fut, comme vous pouvez l'imaginer, avec des sentiments extrêmement agités que je leur répondis que je ne pouvais pas le permettre. Ils me demandèrent alors de pouvoir partir avec un guide qu'ils avaient trouvé et des brancardiers qui connaissaient le chemin à travers les tranchées de communication. Je donnai l'autorisation et en quelques heures Wendell et Hollingshead furent conduits dans un hôpital.

« Hoskier avait ramené les quatre derniers blessés français qui restaient. C'était des cas très sérieux et Wendell et Hollingshead avaient refusé d'être transportés jusqu'au moment où ces blessés eux-mêmes seraient en sûreté. Wendell et Hollingshead furent envoyés le lendemain à l'hôpital américain de Neuilly. Vous serez heureux comme nous le sommes tous, d'apprendre qu'Hollingshead et Wendell ont reçu la croix de guerre, comme aussi Mc Creery et Harden... »

Nombreux sont les conducteurs d'ambulances automobiles américaines qui ont raconté dans des articles ou des lettres publiés par les journaux américains leurs impressions et leurs efforts pour sauver les blessés français et anglais. Citons notamment Edward B. Hayden, dans le Springfield Republican (28 novembre 1915), William T. Martin, dans The Times Picayune (13 février 1916), Harry Adamson, dans le Boston Post (11 juin 1916), Henry P. Sheahan, dans le Boston Post (7 mai 1917), William R. Berry, dans le New-York World (28 novembre 1915), Julian B. L. Allen, dans le New-York World (mars 1916), J. Cohan Hulbert, dans le Saint-Louis Republic (14 novembre 1915). Edward D. Toland a publié un livre « Aftermath of Battle » que le Boston Posta résumé le 15 mars 1916. Mentionnons une fois encore le beau livre Friends of France (le service en campagne des ambulances américaines décrit par ses membres), dans lequel on trouve de belles lettres de James Mc Connell, depuis passé dans l'aviation où il est mort glorieusement.

Signalons encore une mort dans les ambulances américaines. Albert Augustus Porter venait d'arriver en France pour s'engager dans l'American Ambulance Field Service lorsqu'il tomba malade à Bordeaux. Il allait mieux et devait partir, avec une ambulance sur le front lorsqu'il eut une rechute et mourut à l'hôpital militaire Bulton à Paris, le 27 avril 1817. Il avait vingt ans.

Ce qu'ont fait les ambulanciers américains doit demeurer éternellement dans la mémoire des familles françaises.

Au mois de mars 1917, on calculait qu'ils avaient transporté 800.000 blessés dont 80.000 avaient besoin d'une opération immédiate. On voit quel a été l'excellent résultat d'une initiative, née de la bonté, de la charité, de l'humanité et qui, en bien des cas, a connu les mêmes dangers que ceux qui guettaient les combattants dans le ciel ou dans les tranchées.

 

CHAPITRE XIII

Écrivains soldats

L'élan américain a été complet.

Les jeunes athlètes désireux de dépenser leurs forces, les audacieux rêvant d'aventures, les réfléchis, entraînés par une idée de sacrifice, tous, partant de points de vue divers, se sont trouvés réunis sous l'éclatante bannière du Droit et de la Justice. Cette cohésion est, dans l'histoire de la guerre, un des exemples qui frappera la réflexion des générations futures. On se souviendra, pour en faire une méditation, que des citoyens d'une grande République neutre dont la population est faite de tant d'éléments disparates accoururent, appartenant tous les échelons sociaux, délaissant une situation établie, quittant le calme et les joies qu'apporte la fortune, risquant des santés robustes, accoururent avec enthousiasme, l'esprit débordant d'ardeur et de générosité pour ajouter leurs poitrines où battaient de nobles coeurs à toutes les poitrines qui élevaient une frontière entre la civilisation et les Barbares.

Et, parmi ces héroïques serviteurs de l'Humanité, n'est-ce pas avec reconnaissance que l'on salue ceux qui joignaient 'a la droiture des opinions un talent jeune promis aux plus belles gloires? Parce qu'un sort fatal les faucha au cours de la mission qu'ils se donnèrent librement, ce que leur verbe d'or, leur érudition n'eurent point le temps de leur mériter --- l'estime et l'admiration --il faut les leur donner, pleinement, abondamment, avec émotion, en dédommagement de ce qu'ils auraient pu faire pour eux-mêmes s'ils n'avaient point* -tant fait pour nous.

Alan Seeger. --- Diplômé de l'Université d'Harvard en 1910, Alan Seeger vint s'engager dans la Légion étrangère. Il fut tué devant Belloy-en-Santerre, au début de juillet 1916, pendant l'offensive de la Somme, à l'âge de vingt-huit ans.

Alan Seeger avait publié en 1915, dans le New Republic, un article sur la défense de la guerre. Cet article fit sensation et de nombreux journaux américains le reproduisirent en déclarant que « les critiques le jugeaient la plus belle page littéraire inspirée par la guerre ».

Alan Seeger écrivait :

« J'ai parlé avec un grand nombre de jeunes volontaires. Leur cas est peu connu, même par les Français, et cependant il est intéressant et en dit long. C'était des étrangers à qui la déclaration de guerre n'imposait aucun engagement formel. Mais ils habitaient sur la butte [Montmartre], comme Julien et Louise, et regardaient les myriades de lumières scintillantes de la ville magnifique. Paris --- la ville à qui ils devaient les plus heureux moments de leur vie --- Paris était en péril.

« N'avaient-ils pas une obligation morale, qui les liait autant que l'obligation légale de leurs camarades, pour mettre leurs poitrines entre Paris et la destruction. Sans renoncer à leur nationalité, ils avaient choisi Paris comme lieu de résidence entre toutes les villes du monde. Est-ce que les bénéfices et les plaisirs qu'ils avaient éprouvés ne leur créaient pas un devoir que ne pouvaient renier ni le coeur ni la conscience ?

« Pourquoi vous êtes-vous engagé ? » ---Dans tous les cas, la réponse était la même. Vint le jour inoubliable d'août. Soudain les lieux d'habitude fréquentés furent désertés, les compagnons enjoués étaient partis. Pouvait-on penser à leur laisser tous les dangers en gardant pour soi-même les plaisirs, en continuant à jouir des douceurs de la vie pour la défense desquelles ils répandaient peut-être alors leur sang là-haut dans le Nord Quelque jour, ils reviendraient glorieux --- pas tous, mais quelques-uns, Le vieil ordre des choses serait irrévocablement aboli. Il y aurait une camaraderie nouvelle dont les liens seraient le commun danger couru, les communes souffrances supportées, la commune gloire partagée. « Et où avez-vous été pendant tout ce temps, qu'avez-vous fait ? » Cette question précise serait un reproche, sans intention d'en formuler un. Comment le supporter ?

« Face à face avec une situation pareille, un homme comprend et arrive à se figurer, dans un univers où la logique compte pour si peu et le sentiment et les élans du coeur pour tant de choses, que la guerre est inévitable et naturelle.

« Les guerres sont les lieux de naissance des ères nouvelles. Et celui qui, prêt à assumer les tâches lourdes, à partager les angoisses, se fait de lui-même l'instrument par lequel cette puissance énorme opère, joue le rôle le plus grand qu'un homme peut jouer, même s'il meurt, alors que la douceur de la jeunesse habite encore en lui-même. Si ses possibilités d'un bonheur terrestre ne sont point encore taries, j'imagine qu'il s'en va avec infiniment plus d'assurance en lui-même qu'une récompense hypothétique d'une religion surnaturelle peut en donner à son croyant le plus enthousiaste.

« Cette vue de la guerre dans sa sublimité est une de celles que le spectateur éloigné ne peut aisément avoir. Il faut de longues nuits aux avant-postes, des nuits semblables aux dernières que nous avons passées, à mi-chemin sur le versant de la colline vers les tranchées ennemies, quand le canon tonne tout le long de la ligne jusqu'à Reims... »

Alan Seeger avait-il l'intuition qu'il donnerait sa vie pour défendre la ville où « il avait passé les plus heureux moments de sa vie » Dans un poème que traduit M. Gilbert Chinard (Opinion, 18 novembre 1915), le poète prévoit sa mort. Il la chante sans regret, avec cependant une attendrissante mélancolie.

« La mort m'a donné rendez-vous, dans la tranchée, un jour d'attaque, quand le printemps reprendra au milieu du bruit soyeux des ombrages, quand le parfum des pommiers en fleurs remplira l'air... J'ai rendez-vous avec la mort quand le printemps ramènera les beaux jours.

« Peut-être me prendra-t-elle la main pour me conduire au pays du sommeil, peut-être alors fermera-t-elle mes yeux, apaisera-t-elle ma soif à jamais ; peut-être lui échapperai-je encore. Mais j'ai rendez-vous sous les balles, avec la mort, sur le flanc meurtri d'une colline, quand le printemps retournera encore, quand les prairies s'émailleront des premières fleurs.

« Dieu sait qu'il serait plus doux de s'endormir dans la soie parfumée et le duvet profond, dans les palpitations d'un amour satisfait, mon coeur contre son coeur, mon haleine mêlée à la sienne et chuchoter encore les tendres paroles du réveil... Mais j'ai rendez-vous avec la mort, à minuit, dans une ville en flammes. Quand le .printemps hésitant s'avancera vers le Nord, à la parole que j'ai donnée, je ne saurais faillir, je serai prêt au rendez-vous. »

« Il avait l'obsession, dit Mme Luce Charpentier (43), de la dette contractée envers la France par sa patrie et, dans une ode à la mémoire des volontaires américains tombés pour nous, il composait ces vers, encore inédits en français :

Pourtant ils ne recherchèrent ni les récompenses ni les louanges
Ni qu'on parlât d'eux autrement
Que de leurs camarades en uniforme bleu dont
C'était leur fierté de partager les grand jours jusqu'à la mort.
Non,, France, ils te marquaient plutôt leur gratitude
A toi qui leur ouvrais les glorieux rangs,
Leur donnai cette grande occasion de se surpasser,
Cette chance de vivre la vie la moins entachée
Et ce rare privilège de bien mourir.
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
.  .  .  Mais, maintenant le ciel soit loué
Puisqu'à cette heure où elle était le plus en péril,
Où sa liberté était menacée --- elle qui élevait le plus haut
L'éclatant drapeau de la liberté de l'Europe --- il s'est trouvé des hommes parmi nous
Qui non oublieux de l'antique dette
Reprirent le généreux sentier de La Fayette.
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  
Salut frères et adieu! Vous êtes deux fois bénis, braves coeurs,
Double est votre gloire, ô vous qui avez péri ainsi,
Car vous êtes morts pour la France et pour nous justifier !

Le dimanche 21 janvier 1917, la Comédie-Française a célébré en matinée la mémoire des volontaires américains morts pour la France. M. Silvain et Mme Segond-Weber ont récité trois poèmes écrits pendant la guerre, par Alan Seeger. Un de ces poèmes, intitulé Champagne 1914-15, a été traduit en vers par M. André Rivoire.

.  .  . Buvez quelquefois, vous, les promeneurs paisibles
Dont le pas lent s'attarde aux chemins sans danger,
A ceux qui, tombés là, sous des coups invisibles,
Vous ont gardé la terre où l'on peut vendanger.

Dans l ombre ensevelis, un tertre les rappelle...
D'un peu de cendre obscure et froide recouverts,
Ils dorment au coteau sanglant de La Pompelle,
Au milieu des débris et des trous grands ouverts.

.  .  . Tous, par milliers, d'un coeur volontaire et tenace,
Sont tombés bravement, pour que ceux qui viendront,
Libres de toute honte et de toute menace,
Puissent vivre leur vie et porter haut leur front.

Plutôt que les honneurs de la foule empressée,
Ce qu'ils réclament, c'est aux soirs insoucieux,
Dans le bruit des repas de fête, une pensée
Et l'hommage attendri d'un toast silencieux...

Buvez !.. Dans le vin d'or où passe un reflet rose
Laissez plus longuement vos lèvres se poser
En pensant qu'ils sont morts où la grappe est éclose,
Et ce sera pour eux comme un pieux baiser.

 

M: Paul Ayres Rockwell, qui a partagé les dangers des légionnaires jusqu'à ce qu'une grave blessure vînt l'obliger à prendre un repos définitif, m'a dit, à propos d'Alan Seeger, ces belles paroles :

--- Je le regardais comme un génie. C'était un homme très tranquille, extrêmement timide et réservé. Souvent il s'éloignait de ses camarades pour chercher un coin isolé où il pouvait penser et écrire dans un petit carnet de notes qui ne le quittait jamais. Sa plus grande ambition était d'être un bon soldat. Il admirait profondément les vieux légionnaires qui avaient fait leur service en Afrique et qui sont sans conteste les meilleurs soldats du monde.

Alan Seeger avait collaboré avant la guerre à la revue Les Soirées de Paris. Dernièrement la revue Le Double Bouquet publia des lettres de lui (44).

 

Harold Chapin (45). --- Harold Chapin naquit à Brooklyn le 15 février 1886. Sa famille descendait d'émigrants protestants, mais on raconte---et Harold Chapin tenait à cette légende --- qu'un de ses ancêtres épousa une princesse indienne. Durant l’automne de 1886, Mrs. Chapin vint résider quelque temps à Paris, puis s'installa à Londres.

Mrs. Chapin était actrice et, en 1893, alors qu'Harold avait sept ans, elle dut jouer au festival de Shakespeare, à Stratford-sur-l'Avon. Sir Frank Benson, le grand shakespearien, lui fit jouer le rôle de Marcus dans Coriolan. Harold Chapin devait donc avoir presque forcement le goût du théâtre. C'est à cette époque qu'il écrivit sa première pièce Les couleurs fausses, Il joua plusieurs fois, mais sa mère, désireuse de le voir faire sérieusement ses études, ne l'autorisa que par exceptions à paraître sur une scène.

« Harold Chapin, entant, écrit M. Sidney Dark, était éveillé et intelligent, mais beaucoup moins intéressé par le travail qui lui était imposé que par ses lectures décousues et ses nombreuses aventures. Il adorait vagabonder par la campagne, plein d'une insatiable et minutieuse curiosité. C'était, quand il était tout petit, un compagnon lassant, car il s'arrêtait à chaque minute pour examiner une nouvelle pierre, pour explorer un trou afin d'en découvrir l'issue, pour cueillir une fleur non connue, pour surveiller une araignée ou un crapaud. A Londres, il visitait les petites rues et les passages, observant et se souvenant Un côté frappant de son caractère enfantin était un amour profond et plein de bonté pour les animaux. Cet amour, il le conserva jusqu'à sa mort. »

En 1902, Harold Chapin devint acteur pour de bon. Mais la tournée à laquelle il appartenait ne réussit point. « Elle se termina par un télégramme réclamant de l'argent pour revenir à la civilisation. » Pendant quelque temps à Londres, il étudia le chant, fit beaucoup de vers et écrivit le livret d'un opéra-comique.

En décembre 1905, il joua dans une pantomime à Drury Lane, le Châtelet londonien, puis jusqu'en 1908, plusieurs rôles dans des pièces variées. Mais il n'abandonnait pas son ambition d'écrire des pièces. « Il avait toujours sur lui un carnet de notes où il écrivait les phrases et les situations comme elles lui venaient. »

Ce fut en 1910 que sa première pièce, Auguste à la recherche d'un père, fut jouée par une société. Quelques mois plus tard, son Mariage de Colombine était monté par la même société. Il se maria le 4 juin 1910 avec une de ses camarades, Miss Calypso Valetta. Il eut quelques pièces jouées à Glasgow, mais ce fut, à l'automne de 1912, qu'il obtint son premier succès. Sa comédie, Art et Opportunité, fut représentée à Londres au théâtre du Prince de Galles, avec Miss Marie Tempest, comme principale interprète. Il était pendant ce temps directeur de la scène au Savoy pour une série de représentations shakespeariennes. Peu après, au théâtre de la Gaîté de Manchester, on monta sa pièce en quatre actes, Elaine, puis son Admirable Grand'Maman.

En 1913 et 1914, Le Muet et l'Aveugle fut représenté plusieurs mois sans arrêt au théâtre du Prince de Galles à Londres.

Il n'abandonnait pas sa carrière d'artiste et il tint plusieurs rôles importants dans différentes pièces.

« Mais, dit Sidney Dark, la guerre fut déclarée, le 4 août 1914, et, tout aussitôt, les pensées et les intérêts de Harold Chapin se trouvèrent modifiés. Il ne pouvait que penser à la guerre et à la part que l'Angleterre y avait. Il ne pouvait pas jouer. Il ne pouvait pas écrire. Il ne pouvait que suivre les nouvelles de la guerre. Le 2 septembre, il s'engagea. A dater de ce moment, comme on peut le voir par ses premières lettres, il mit tout son enthousiasme, toute sa force, tout son pouvoir de concentration dans sa tâche nouvelle. L'artiste et le rêveur devint un soldat enthousiaste, endurant les souffrances inaccoutumées avec un caractère enjoué qui le rendait très populaire auprès de ses camarades. »

Harold Chapin fut tué, le dimanche 26 septembre, à la bataille de Loos, alors qu'il voulait se porter a secours d blessés. Il avait eu ses vingt-neuf ans dans l'après-midi de ce dimanche. M. Sidney Dark donne des oeuvres de Harold Chapin cette appréciation :

« On trouvera l'effort le meilleur et le plus caractéristique de Chapin dans ses pièces en un acte, où presque toujours il a traité de la vie des très pauvres. II n'est jamais violent ni sentimental. Il écrit toujours avec une sympathie critique La touche est sure et son style est clair. Une bonne pièce courte est aussi rare qu'un bon conte court et rien de mieux dans leur genre n'a été donné sur la scène anglaise que Le Muet et l'Aveugle et C'est le pauvre qui aide le pauvre. II est certain que s'il avait vécu, son oeuvre aurait grandi en étendue et en puissance et sa mort est une perte regrettable pour une littérature théâtrale abandonnée à des futilités vulgaires. »

Le 14 décembre 1915, une représentation de quatre pièces en un acte de Harold Chapin a été donnée au Queen's theatre pour célébrer la mémoire du vaillant américain, mort pour une belle cause.

 

Kenneth Weeks.--- Le 4 février 1916, on célébra, au temple de la rue Auguste-Vacquené, à Paris, une cérémonie touchante.

Un jeune Américain, écrivain de talent, Kenneth Weeks, s'était engagé à notre 1er étranger, désireux, dès le premier jour, de montrer toute sa sympathie à la France. En juin 1915, il était tué à l'ennemi. Sa mère ne fut prévenue qu'à la fin de janvier 1916 ; elle apprenait en même temps que deux des camarades de son fils, les jeunes Kelley et Smith, venus d'Amérique pour s'engager avec lui, avaient été tués à ses côtés. Réunissant les trois braves dans là plus émouvante solidarité, Mrs. Weeks voulut qu'un service commémoratif fût pour eux trois célébré le même jour.

Kenneth Weeks était né, en 1890, à Cambridge, dans le Massachusetts, aux Etat-Unis. Il fit ses études au collège d'Harvard, puis, voulant devenir architecte, entra à l'Institut américain de technologie, puis il vint à Paris.

« Il choisit, écrit M. Gérard Bauer (Echo de Paris, 30 novembre 1916), un logis à l'extrême pointe de l'île Saint-Louis, au bout de ce quai Bourbon qui a une grâce incomparable, un charme rare. De la fenêtre de son cinquième, tôt levé le matin, il contemplait, dans le frais silence de l'aurore, le corps mouvant du fleuve et la masse auguste de Notre-Dame. Quelquefois il allait à l'Ecole des Beaux-Arts, où il continuait ses études d'architecture commencées en Amérique, et d'autrefois il écrivait. C'était, jetées sur le papier, toutes les pensées venues d'un coeur sensible ou jaillies d'un esprit délicat, véritablement amoureux de la France. Pendant ce séjour, il composa Five impratical Plays, Esaü and the Beacon et Driftwood. Driftwood signifie littéralement Bois-Flottant, mais le mot contient une plus vaste image : c'est toutes les menues épaves qui courent au gré du fleuve, c'est, dans un paysage d'automne, la feuille morte qui s'enfuit au fil de l'eau, et c'est, écrites par Kenneth Weeks, comme il les avait ressenties, les heures vécues en France au fil de la vie. Après ces esquisses, Kenneth Weeks fut tenté d'exprimer ses pensées philosophiques ; et il écrivit Science, Sentiments and Senses. Certes, pour écrire à vingt-cinq ans des maximes, des pensées qui fixent d'un trait impérissable des états de l'âme humaine, il faut être un Vauvenargues, un Pascal. Mais il y a de l'élévation d'esprit, de la délicatesse, de la profondeur dans Science, Sentiments and Senses que son auteur n'aura pas vu imprimer de son vivant. »

Dès la déclaration de guerre, Kenneth Weeks, qui aimait Paris, qui aimait la France, s'engagea dans la Légion étrangère. Il répliqua à un ami qu'il eût voulu le voir préférer le travail aux combats

--- J'ai toujours aimé la France d'un grand amour, c'est maintenant qu'elle est en danger que je dois lui prouver ma fidélité.

Une autre fois, il écrit chez lui en Amérique :

--- Je pense qu'en combattant pour la France et ce qu'elle représenté, je combats pour vous.

Il était très bon, très généreux et il ne pouvait voir les autres souffrir sans s'ingénier aussitôt à diminuer leurs souffrances. Très fortuné, il se plaisait à adoucir le sort de ses compagnons sans ressources, privés du nécessaire ou de ces mille petites choses superflues dont on supporte la privation si malaisément. L'un de ces compagnons a dit: « Il était trop bon, il donnait de l'argent, partageait sa nourriture et ses vêtements avec nous tous. Oui, Il donna sa montre-bracelét à l'un des hommes qui la désirait. »

Un autre de ses camarades, celui-là qui, le dernier, le vit vivant, écrit :

« Je n'oublierai jamais le cantonnement que nous fîmes pendant quelques jours dans un petit village au nord d'Arras. Le village était en ruines et à peu près anéanti, et l'église, comme d'habitude, avait eu sa part d'obus. Kenneth entra dans l'église et découvrant que l'orgue était en bon état, s'assit et joua. Quelques-uns des villageois, entendant la voix bien connue des jours plus heureux, vinrent lui demander dé bien vouloir jouer à un service religieux, ce qu'il fit le matin suivant, puis il dit aux camarades de venir dans l'après-midi pour jouer à notre intention, nous étions là et il joua pour nous. »

Le 9 mai 1915, son régiment fit une attaque et prit La Targette et Neuville-Saint-Vaast. Il fut cité à l'ordre du jour pour sa belle conduite.

Les lettres de Kenneth Weeks ont été publiées à Londres. Toutes sont très belles et elles prouvent combien sa droiture d'esprit se révoltait contre les atrocités allemandes. Il écrit notamment :

« J'ai été indigné d'apprendre que les aéroplanes prussiens ont jeté des bombes sur Notre-Dame et ont atteint des femmes sans défense; mais cela me surprend moins que vous. Reconnaissez que mes convictions sont souvent justes. Je suis à peu près préparé à subir les épreuves, à dormir sur le sol nu; mais la souffrance physique n'est rien en comparaison de la souffrance morale, et cette dernière ne m'atteindra jamais, je l'espère bien. »

Et à propos du Lusitania :

« Merci de votre lettre à propos du Lusitania. Je fais de mon mieux pour venger cette infamie, ainsi que tant d'autres. Comprenez-vous enfin pourquoi je me suis engagé ? »

M. Gérard Bauer raconte ainsi la fin de Kenneth Weeks :

« Le 17 juin 1915, Kenneth Weeks se bat au nord d'Arras. Sur quatre mille hommes de la Légion étrangère, il n'en reste plus que dix-huit cents. Il est grenadier. Des amis le voient au signal de l'attaque sortir de la tranchée, la tête haute, le corps souple, l'oeil décidé. Il avance. Il lance ses grenades d'un geste ample et rapide. On le revoit à travers la fumée, bondissant sur la tranchée ennemie jetant la mort à pleines mains. Et puis, tout à coup, il est frappé, il s'écroule, il disparaît, on ne l'a jamais revu depuis (46). »

 

Kenneth Proctor Littauer. --- L'aviateur Littauer aurait pu être mentionné dans le chapitre des aviateurs américains, mais Littauer est poète.

Au mois d'avril 1917, il a été cité 'a l'ordre du jour en ces termes :

« Sujet américain, engagé volontaire pour la durée de la guerre. Bon pilote, courageux, dévoué, très militaire. A toujours fait preuve d'énergie et de sang-froid, notamment le 8 février 1917, au cours d'un combat avec un avion allemand, où, bien que son appareil ait été atteint de plusieurs balles, il a force son adversaire à la retraite. »

En même temps, Kenneth Proctor Littauer a été promu sergent.

 

William J. Robinson. ---William J. Robinson est de Boston, sans y être né. Il naquit en 1895 à bord d'un vieux bateau à voiles qui se trouvait au milieu de l'Océan Indien. Il avait trois mois lorsqu'il fit sa première escale. C'était à Philadelphie. Les six premières années de sa vie se passèrent à bord du bateau de son père, avec ses parents. Il fit à cette époque deux fois le tour du mande.

A treize ans, il entra à l'Académie de Vermont, puis débuta dans le commerce. Quand la guerre éclata, il revint d'Europe où il se trouvait pour ses affaires --- sa vingt-troisième traversée. Un peu plus tard il s'engagea dans l'armée britannique. Il suivit le corps expéditionnaire anglais en Belgique où il fut nommé porteur de dépêches. Il a écrit un livre où il raconte ses impressions et ses aventures Mes quatorze mois au front.

 

CHAPITRE XIV

Les Soldats de fortune

La curieuse et belle histoire de John Prentiss Poe. --- Comme l'a dit avec raison un journal américain, la vie fantastique de John Prentiss Poe aurait inspiré à Alexandre Dumas un roman dont le héros eût été un frère des Mousquetaires intrépides. Poe fut tour à tour champion de football, soldat dans la guerre hispano-américaine, caporal aux Philippines, alpiniste dans les montagnes du Kentucky, voyageur en Amérique du Sud, puis il vint en Europe pour tenir un rôle dans la lutte gigantesque. Il y a trouvé une mort héroïque.

John Prentiss Poe était le petit-neveu d'Edgar Allan Poe. Il avait cinq frères qui, comme lui, furent des joueurs émérites de football. John --- surnommé Johnny --- suivit les cours de l'Université de Princeton, puis il entra dans les affaires. Mais il était fait pour tout autre chose.

« Je dois avouer, écrivait-il alors à un de ses amis, que mon ambition est de voir des guerres dans des contrées nouvelles. Je veux aller à la guerre peu m'importe où, peu m'importe le belligérant. »

Quand la guerre hispano-américaine survint en 1898, Johnny Poe qui avait été trois ans au Cinquième Maryland, fut envoyé avec son régiment à Chickamanga, puis à Tampa et finalement à Huntsville. Johnny avait le galon de caporal, mais à son grand chagrin, il ne prit part à aucun engagement.

--- Pas de chance, dit-il avec amertume, je suis sûr que si j'allais aux enfers, j'y trouverais les flammes éteintes.

Quand la guerre fut finie, il aurait pu obtenir un brevet d'officier dans l'armée régulière, mais il préférait rester soldat. Il s'engagea lorsque l'insurrection éclata aux Philippines en 1899. Il fut envoyé dans l'île de Jolo, mais le soldat de fortune n'eut pas la chance de recevoir le baptême du feu.

Il économisa sur sa solde et se libéra.

Il voulut faire de l'élevage avec deux de ses amis, mais son activité batailleuse fut éveillée une fois de plus par la nouvelle qu'il y avait des troubles au Panama. Sergent dans le corps des fusiliers américains, il fut dirigé sur l'isthme où il combattit les indigènes et... la malaria.

Le calme un peu revenu, il se rendit dans le district minier de Nevada pour y réprimer une grève de mineurs.

En 1907, Poe apprit que les choses allaient mal dans l'Amérique Centrale; il gagna au plus vite San Francisco pour y prendre un bateau à destination du Sud. Il avait le désir de s'engager dans l'armée du Nicaragua, mais le bateau fit escale en premier lieu au Honduras, sans grand espoir d'aller jusqu'au Nicaragua.

Poe ne se mit pas martel en tête et s'engagea dans l'armée du Honduras où il fut nommé capitaine. Il commandait une batterie au siège d'Amapala et prit part à la bataille de Buenavista.

Après la guerre, Poe tenta de traverser le Nicaragua, mais il fut arrêté comme espion. Une canonnière américaine le délivra et le rapatria.

En arrivant bord de cette canonnière, Johnny Poe demanda au capitaine :

---Je ne veux pas qu'on me prenne et qu'on abandonne mes bagages.

--- Nous n'y pensons pas.

--- Tant mieux. C'est que j'ai avec moi... attendez... cinquante-quatre pièces.

--- Cinquante-quatre pièces ! Mon bateau n'est pas un cargo, Hum ! Enumérez-moi vos bagages pour que je puisse envoyer les chaloupes et les hommes nécessaires.

--- Mes cinquante-quatre pièces se composent d'un jeu de cartes et d'une paire de chaussettes.

Poe se fit chercheur d'or, puis en 1910, il prit part à une expédition pour relever la frontière entre l'Alaska et le Canada. Il demeura deux ans dans les contrées arctiques. Jusqu'en 1914, il mena chez lui une vie sédentaire.

La guerre européenne éclata. Poe n'hésita pas longtemps. Au mois de septembre 1914, il voguait vers l'Angleterre. Il s'engagea dans l'armée anglaise, fût envoyé à Woolwich pour y être entraîné. Mais ce vétéran prouva que son éducation était faite déjà et son tour de départ vint vite.

Versé dans l'artillerie lourde, il fut débarqué à Ostende, mais il demanda à passer dans l'infanterie.

Le 8 août 1915, il écrivait à un de ses amis une longue lettre dont voici quelques passages (47).

« Nord de la France, 8 août 1915.

« Je ne suis plus dans l'artillerie lourde mais j'ai été versé dans le Black Watch, le fameux régiment d'infanterie écossais dont vous avez sans doute entendu parler.

« J'ai eu un mal terrible la première fois qu'il m'a fallu entrer dans mon kilt, mais peu à peu je me suis rendu maître de ses complications.

« ... Les shrapnells qui explosent près de vous sont diablement désagréables, les balles et les débris vont se loger dans les branches et les feuilles des arbres. Un bon service qu'un shrapnell m'a rendu cependant, c'est de tuer: un cheval rétif que je détestais au point d'avoir failli le tuer moi-même plusieurs fois. Je ne le montais pas alors, je l'avais attaché à un arbre tandis que dans un petit jardin belge, je cherchais des légumes pour faire un pot-au-feu. »

Environ un mois plus tard, le 25 septembre 1915, John Prentiss Poe fut tué, à Loos, au cours d'une chaude journée où son régiment, le Black Watch, fut très éprouvé

 

Colonel, capitaine, lieutenant, simple soldat. --- La condition du soldat de fortune présente d'extraordinaire variations. En voici un exemple. Après avoir été colonel au Mexique, commandant au Nicaragua, capitaine et lieutenant ailleurs, Tracy Richardson devint simple engagé volontaire dans le fameux régiment de la princesse Patricia.

Né dans le Missouri, en 1890, je crois, Tracy Richardson aimait le son du canon, les mêlées où la bravoure individuelle peut se manifester. Richardson, lorsque la guerre européenne éclata, ne tarda pas à gagner le Canada. Les Princess Pats allaient s'embarquer. Richardson expliqua qui il était, ce qu'il avait fait et il fut, séance tenante, attaché à une section de mitrailleuses.

Ses amis américains demeurèrent longtemps sans nouvelles de lui, puis arrivèrent quelques lettres, annonçant 'qu'il était encore vivant, mais « pleins de trous » et qu'il se trouvait en convalescence dans un hôpital anglais, attendant avec impatience le temps où les docteurs lui permettraient de retourner sur le front pour servir sa mitrailleuse.

« Les expériences faites dans l'Amérique Centrale, écrivait-il d'un hôpital de Manchester, bien que très primitives pour tout ce qui a trait à l'art militaire, m'apprirent beaucoup de choses qui me furent utiles dans cette campagne : à prendre soin de moi physiquement, le jet des bombes et l'utilisation des mitrailleuses. »

Il décrit ainsi la bataille où il fut blessé.

« C'était à la mi-avril, vers six heures; j'étais assis à environ cent mètres d'une batterie anglaise. Nous attendions nos wagons de transport qui devaient nous ramener à Ypres pour un repos de plusieurs jours. Un caporal et moi étions restés en arrière pour prendre soin des convois, les autres avaient gagné la ville. Soudain, comme la nuit tombait, nous entendîmes une explosion sourde, puis ce fut comme si des milliers de fusils avaient ouvert le feu. Les Allemands venaient de faire sauter une mine sous la colline 60 et nous envoyaient une émission de gaz.

« Les batteries anglaises reçurent l'ordre de commencer le feu. Le bruit devint infernal. Au-dessus des lignes, le ciel était éclairé par l'éclat des fusées. Nos transports arrivèrent à ce moment; nous partîmes vite, car les obus arrosaient la route. Après bien des émotions, nous arrivâmes dans les vieilles casernes belges d'Ypres et nous y eûmes une nuit de repos. Au matin, même bruit infernal ; deux obus tombèrent devant notre logis, mais sans faire de mal. Toute la journée, des obus tombèrent dans la ville, tuant ou blessant un certain nombre de civils et de soldats. Le jour suivant, toutes les quinze minutes, de gros obus tombaient. On entendait un sifflement terrible, puis une explosion formidable se produisait et un monument s'écroulait dans un amas de décombres et de poussière, enterrant quiconque se trouvait par là. Cette nuit-là, nous regagnâmes les tranchées. Quitter cette ville fut une délivrance.

« Alors commença un long séjour de quatorze journées dans les tranchées. Nous étions relativement à l'abri, car nous étions trop près pour être bombardés. Mais nous perdîmes quelques hommes dans nos tranchées de communication. Le 3, nous dûmes nous replier. Nos nouvelles tranchées furent, le 4, bombardées par les Allemands. La nôtre fut bientôt comme une boucherie pleine de morts, de blessés, de fusils brisés et d'équipements épars.

« Je fus blessé, dans le dos, de très bonne heure le matin, par un éclat d'obus qui vint me frapper entre les deux épaules, laboura mon dos et vint se loger dans la hanche où il est encore. Vers midi, je reçus un éclat d'obus dans la jambe droite. A ce moment nous n'avions plus qu'un seul homme non blessé à notre pièce. A cinq heures, les Allemands atteignirent notre canon avec un obus de six pouces. Le canon fut anéanti et j'étais blessé une seconde fois à la jambe droite. Pendant que je m'affaiblissais par suite de la perte du sang, je quittai la tranchée par les boyaux de communication afin de joindre les abris souterrains, à l'arrière où les ambulances sont organisées.

« Je n'oublierai jamais ce voyage. Ce n'était plus un boyau de communication, c'était une multitude de trous d'obus avec des morts et des blessés. Tout autour de soi, on apercevait des hommes, de pauvres choses qui avaient été des hommes. Quelques-uns de ces pauvres gars, on les avait connus pendant des mois, on était arrivé à avoir pour eux une forte affection et cependant on ne pouvait rien, plus rien en leur faveur. En quelques endroits, mon cœur défaillit aux spectacles qui s'offraient. Il y avait des piles de nos pauvres compagnons, cinq ou six les uns sur les autres. Finalement j'atteignis l'abri souterrain. Quand l'obscurité vint, les autres blessés et moi, nous nous mîmes en route pour l'hôpital, mais les Allemands, pendant une marche, nous découvrirent et firent feu sur nous avec leurs mitrailleuses. C'est sous un feu violent que nous marchâmes jusqu'à Ypres.

« J'ai été envoyé à l'hôpital à Rouen, puis en Angleterre. Je passerai devant une commission médicale et s'ils me libèrent pour tout, de bon, je reviendrai au Texas et je serai prêt peut-être pour le Mexique. Qui sait ?... »

 

Les zeppelins font réengager James Francis O'Hagan. --- James Francis O'Hagan était heureux à Washington, mais les récits de bataille hantaient son esprit. II vint à Paris en février 1915 et s'engagea comme chauffeur d'une ambulance automobile américaine. Il accomplit de la bonne besogne. A Neuve Chapelle il fut blessé au visage par des éclats de shrapnell.

Pensant qu'il avait payé son tribut à la cause du droit, James Francis O'Hagan revint en Angleterre avec 'l'intention de s'y embarquer à destination des Etats-Unis, mais alors que O'Hagan se trouvait à Londres, les zeppelins firent un raid dans les environs de la capitale anglaise.

--- Ceci ranima mon sang belliqueux, dit O'Hagan, et sans tarder, je m'engageai dans les services de l'armée sud-africaine.

Il débarqua à Capetown, fut nommé chauffeur du général F. A. Thompson.

--- Je n'étais pas destiné à prendre part à des combats, mais quand nous atteignîmes Atairfontaine, dans les montagnes, je fus témoin de combats acharnés. Ce fut là que les Allemands résistèrent pour la dernière fois. Les troupes britanniques et coloniales avaient établi un camp de fourrage. Le 15 juillet, une compagnie de patrouilleurs allemands fit un raid jusqu'à ce camp. Il n'y avait qu'une auto blindée dans ce camp et personne pour la conduire. Je sautai à la place du chauffeur et en avant. Le mitrailleur Harry Dudley fut atteint par la balle d'un bon tireur. Il tomba. Laissant mon moteur en marche, je pris la place de Dudley et je manoeuvrai la mitrailleuse jusqu'à épuisement des balles. Je tirais sans but, n'ayant personne pour cible. Mais soudain se produisit une explosion. De l'eau bouillante se répandit sur ma main. Je revins au camp.

A la suite de cet incident, O' Hagan fut nommé sergent mécanicien. Il obtint un congé pour venir embrasser sa femme en Amérique. Il est retourné en Afrique pour y être canonnier d'artillerie lourde.

 

Les cinq dernières minutes de Black. --- Journaliste américain, Black a toujours eu le goût des voyages et des aventures. Tout le contraire du casanier qui se fixe là où il lui semble, que la vie doit être bonne, Black recherche pour y vivre les contrées agitées où il y a quelque chose à voir et quelque chose à faire. Il ne craint pas de donner des coups, même si en retour il doit en recevoir lui aussi quelques-uns. II se trouvait au Venezuela alors que Castro était encore président. Sa tranquillité lui pesant, il décida, pour mettre un peu d'intérêt dans son existence, d'assister aux réunions secrètes de révolutionnaires qui élaboraient un complot politique. Les réunions n'étaient pas assez secrètes, puisque la police de Castro apprit leur existence. Black fut arrêté et condamné à être fusillé.

Castro avait l'habitude d'assister aux exécutions. Le matin où Black devait faire face au peloton, Castro se trouvait là.

Cinq minutes encore et Black allait s'effondrer sur le sol, masse inerte. Ah ! non, cela n'était plus de son goût.

--- Arrêtez ! cria-t-il, donnez-moi une ou deux minutes seulement, pas davantage, pour interviewer le président Castro. Voilà des mois que je le suis, m'efforçant de le joindre, de le voir. Quelle bonne occasion ! Ne refusez pas au journaliste sa dernière chance.

Castro, mis au courant sans tarder alors qu'il demandait des explications sur une mimique peu habituelle de la part d'un condamné, fut étonné et satisfait de l'audace, de la bravoure et de la légèreté d'esprit de Black. Il fit surseoir à l'exécution, questionna Black, fut intéressé par son caractère et le prit comme secrétaire particulier.

Aujourd'hui Black est officier dans l'armée canadienne.


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