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Paris, le 1er février 1917.
Rien de saurait m'être plus agréable,
chère Mademoiselle Olga Bing, que d'écrire quelques
mots en tête de cet Album de "Croquis d'Hôpital"
où vous avez mis le meilleur de votre coeur compatissant.
Laissez-moi oublier un instant votre mérite
de peintre et ma fonction de critique: Je suis tout fier d'expliquer
simplement ce que vous valez comme Française.
Je vous ai vue à l'oeuvre depuis la
Guerre. Vous n'avez songé qu'aux autres, et à vous
dévouer. Votre zèle, votre ardeur altruiste, le
touchant et noble exemple que vous donnez sans compte, cette
pensée sans cesse tendue vers le soulagement des misères,
je ne sais rien de plus haut. Le monde et ses succès frivoles,
l'art et ses récompenses, plus rares, vous avez oublié
tout cela. Vous n'avez eu qu'un but: servir.
Compagne
patiente et consolatrice, vous avez passé de longues et
fatigantes journées dans la douloureuse atmosphère
des salles d'hôpital, telle fut votre vie au cours de la guerre.
Les loisirs qui vous restaient, vous les avez consacrés
à dessiner des scènes pathétiques, les gestes
caressants et tendres qui se penchent sur le soldat malade. Et
votre main aura retracé avec un charme émouvant
ce que votre âme ressentait.
L'oeuvre est donc double et complète.
Dût votre modestie s'offusquer
des remerciements que vous partagez avec tant de femmes de France,
ils vous sont acquis---et pleinement.
Permettez-moi de ne pas parler ici de votre
talent déjà aimé de l'élite, et d'être
aujourd'hui le très respectueux interprète des sentiments
que d'autres voix plus autorisées que la mienne eûssent
pu vous exprimer.
Vauxcelles
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