
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR : Les conditions géographiques de la guerre (étude de géographie militaire sur le front français), 74 illustrations et cartes. Paris, PAYOT, in-8¡, couronné par la Société de Géographie.
Les armées de l'Empire britannique (en collaboration avec le capitaine J.-S. FILLINGHAM, de l'armée anglaise). Paris, LAVAUZELLE, in-12°.
PRÉFACE Paris, le 14 novembre 1932.
Mon cher ami,
C'est avec un intérêt grandissant à chaque page que j'ai pris connaissance de votre belle étude : Foch à la Marne.
Le lecteur y trouvera les précieux enseignements qu'apporte toujours un travail historique mené avec une méthode rigoureuse, sans désir de démontrer la justesse d'une doctrine et sans autre souci que la recherche de la vérité. Dans votre livre, les faits, présentés dans un ordre excellent et accentués par des détails heureusement choisis, parlent d'eux-mêmes.
Des enseignements qu'on y rencontre, je voudrais dégager quelques-uns. En insistant sur les notables conséquences tactiques et stratégiques de l'initiative du Chef d'Etat-Major de la 17e Division, vous avez montré le bénéfice que trouve une armée à être comme imprégnée d'esprit offensif. Et, constatation non moins importante, en reproduisant un ordre du général Humbert, qui fut une personnification de l'énergie combative, vous avez prouvé que cet esprit offensif n'empêchait pas les chefs réfléchis et expérimentés de se faire une conception juste de la conduite du combat. Les moyens insuffisants mis à leur disposition ne leur permirent pas de la réaliser. Se refuser à doter, en temps de paix, l'armée d'un matériel convenable en qualité et en quantité, équivaut à consentir, pour le jour de la lutte, de sanglants sacrifices. Puisse cette vérité ne pas être oubliée.
Quant au Commandant de la 9e Armée, vous n'avez pas campé son portrait brutalement, d'un bloc. Aussi ce portrait n'a-t-il rien d'artifîciel. Les touches successives que lui apportent le développement de votre récit le nuancent, sans rien lui retirer de sa netteté et de sa grandeur.
On voit un FOCH qui n'hésite pas à commander, d'entrée de jeu, à certaines de ses troupes, l'observation d'une attitude défensive, ou à la leur prescrire au cours de l'action, si les circonstances l'exigent. C'est ainsi que les ordres donnés aux grandes unités de la 9e Armée, le 5 septembre, pour, la journée du lendemain, présentent, de la gauche à la droite, toute la gamme allant de l'attaque à la défensive absolue; et que, le 6 au cours de la journée, le 9e Corps d'Armée et la 42e Division reçoivent l'ordre de cesser leurs attaques et de se borner, pour le moment, à repousser celles de l'ennemi. Le Maréchal FOCH disait souvent qu'il n'y a pas, à proprement parler, de bataille offensive ou de bataille défensive, mais une bataille dans laquelle offensive et défensive ont à jouer leur rôle.
S'il trouvait, dans les hautes régions de son idéal français et dans sa connaissance profonde de l'histoire des peuples, les sources de sa confiance et l'étai de ses conceptions, nul esprit n'était, dans l'action, plus réaliste que le sien. S'il différait souvent des autres sur les décisions à en faire sortir, il voyait aussi bien que quiconque les choses telles qu'elles étaient réellement. A ce sujet, je peux vous chercher une petite querelle : à aucun moment de la journée du 9 septembre, le Commandant de la 9e Armée n'a espéré, de la part de ses troupes, l'exécution d'une vaste contre attaque de sept Divisions. Lorsque, au début de l'après midi, il me donna mission de coordonner cette opération, il savait a que la moitié droite de son armée n'avait plus que «des troupes particulièrement fatiguées dans des positions sans solidité». En cours de route, je rencontrai l'officier chargé d'assurer la liaison de l'Armée avec le 9e Corps. Il allait rendre compte que ce Corps disposait à peine d'un ou de deux bataillons pour appuyer l'attaque de la 42e Division. Je l'arrêtai, car il n'aurait rien appris à mon chef dont celui-ci ne fût déjà informé. Je connaissais déjà la réponse qu'il en recevrait. N'était-ce pas pour la faire à chacun des échelons que le Général FOCH m'avait envoyé sur le champ de bataille? Car il savait aussi que l'aile gauche de nos armées progressait depuis deux jours et que l'on y était victorieux ou en passe de l'être. Donc, malgré la rigueur de ses épreuves, la 9e Armée devait tenir, et interdire toute rupture du dispositif de nos armées, tant qu'il serait nécessaire à l'obtention définitive de la victoire. «Aussi, explique le Maréchal dans ses Mémoires, je ranime les courages en annonçant l'entrée en action prochaine de la 42e Division et la reprise de l'offensive.»
Dans la «prescience» du Maréchal FOCH, il y avait le don, ce qu'il appelait «le coup de vent». Il y avait aussi le jeu des réflexes créés par une longue étude de ce qui fait les peuples grands ou les jette à terre. Mais il y avait, en outre, pour l'aider à une juste appréciation de la ligne de conduite à suivre dans une circonstance et sur un point donnés, la connaissance où il se tenait toujours de l'ensemble. Commandant du 20e Corps d'Armée au début de la guerre, il avait déjà sur lui une petite carte au 600.000e, où il notait tout ce qu'il apprenait des événements survenus dans les diverses parties du front.
Son ardeur et sa confiance incitaient ceux qui le connaissaient mal à le croire impulsif. Rien n'est plus inexact. Il n'allait jamais à l'aveugle. Lorsque, dans ces quatre journées d'une lutte opiniâtre, il donnait des instructions, --- qui n'ont pas été sans surprendre quelques-uns de ceux qui les recevaient, --- il savait que, si un ordre de retraite est lâché, la résistance est définitivement compromise; que l'avance unit et que le recul dissocie; que les ordres d'attaque obligent à regarder en avant et non en arrière; que les plus timides s'imprègnent de la volonté du chef, lorsqu'elle est nettement affirmée; que, si tous ne peuvent attaquer, quelques-uns du moins y réussissent; que, dans l'état d'équilibre instable où se trouvent, le soir de la bataille, deux adversaires d'égale valeur, un sursaut d'énergie ou un moment d'abandon peuvent suffire à procurer le succès ou la défaite.
C'est tout cela que votre récit met si bien en relief. Aussi l'image qui demeure du Commandant de la 9e Armée est-elle bien celle du Chef à l'âme intrépide, qui jamais ne voulut s'avouer vaincu et qui toujours, pour finir, força la victoire.
Bien cordialement vôtre,
WEYGAND.
Un des buts de l'histoire militaire est de mettre en contact avec les réalités de la guerre. Rien n'est aussi convainquant que les faits pour donner l'expérience nécessaire à ceux qui sont chargés de conduire des hommes au combat. A défaut des événements eux-mêmes, auxquels il nous est impossible d'assister, nous pouvons nous efforcer de les faire revivre par une reconstitution aussi exacte que faire se peut. Nous pouvons nous replacer dans une atmosphère particulière, sans chercher à démontrer tel ou tel principe de tactique, à défendre telle opinion ou telle doctrine. Du simple récit des faits, nous reverrons les réalités de la guerre, et les leçons sortiront d'elles-mêmes d'une pareille évocation.
La bataille de la Marne s'est déroulée sur un énorme front, depuis la forêt de Villers-Cotterêts jusqu'aux rives de la Meuse. Pendant que la 6e armée manoeuvre le flanc de l'armée von Klück et l'oblige à se redresser vers le nord, l'armée britannique et la 5e armée pénètrent dans la brèche créée par le repli des corps de l'aile gauche de von Klück, la 4e armée, vers Vitry-le-François, arrête l'ennemi aux portes du Barrois, la 3e armée, étirée à travers les plateaux au sud de l'Argonne, résiste aux furieuses attaques du kronprinz. Au centre du dispositif français, la 9e armée tient une partie de la plaine champenoise. C'est contre elle que se fera sentir l'effort principal allemand, c'est au milieu de ces champs Catalauniques que l'avance allemande sera la plus marquée. Là, un moment, le commandement ennemi croit au triomphe! Et cependant, la victoire lui échappe. Malgré les prodiges de valeur des troupes, malgré l'acharnement des combats, il lui faut donner l'ordre de retraite. La résistance farouche de la 9e armée, l'indomptable énergie du chef et des soldats ont obligé les chefs des IIe et IIIe armées allemandes à engager toutes leurs réserves. Ils ne peuvent plus faire face à la situation, ils ne peuvent que se replier.
La base de ce travail a été fournie par la documentation officielle des ordres, comptes rendus et rapports émanant des différents chefs ayant. pris part à la bataille du côté français, mais l'emploi unique de ces pièces ne nous aurait pas donné la description de ce « drame effrayant et passionné »; c'est pourquoi nous avons eu recours aux souvenirs de nombreux combattants, dont les uns ont publié leurs travaux et dont les autres ont bien voulu nous communiquer des renseignements inédits. Du côté allemand, les sources de ce travail ont été : l'ouvrage du Reichsarchiv, les historiques des corps ayant pris part à ces opérations et certains des souvenirs, ou mémoires, publiés sur cette bataille.
Mais, avant de terminer cet avant-propos, il nous est nécessaire de prévenir le lecteur que nous ne devrions pas être le seul à signer cet ouvrage. Par un excès de bienveillance dont nous devons lui être très reconnaissant mais que nous regrettons, le colonel Lestien nous a laissé le soin de le signer (1). Ne pas lui rendre la paternité des recherches et de la direction serait une injustice que nous ne voudrions pas commettre. Tout au cours de ce travail, nous avons été guidé par son impulsion, nous avons suivi son enseignement. Nous espérons que nos camarades de l'École Supérieure de Guerre retrouveront, dans certaines de ces pages, le souvenir des voyages accomplis sous les ordres du colonel Lestien autour des marais de Saint-Gond, et qu'ils ne nous en voudront pas de leur présenter aujourd'hui, sous notre seule signature, un ouvrage qui, en toute justice, devrait lui appartenir plus qu'à nous.
(1) Cf. Lieutenant-colonel LESTIEN: "L'action du général Foch à la bataille de la Marne » (in Revue d'histoire de la Guerre mondiale, avril 1930).
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. CHAPITRE Ier --- La 9e armée
CHAPITRE II --- Le terrain de la bataille
CHAPITRE III --- Le demi-tour (5 septembre)
CHAPITRE IV --- La prise de contact (6 septembre)
CHAPITRE V --- L'engagement (7 septembre)
CHAPITRE VI --- L'attaque allemande (8 septembre)
CHAPITRE VII --- La victoire (9 septembre)
CHAPITRE VIII --- La poursuite (10 septembre)
ANNEXE --- Ordre de bataille des IIe et IIIe armées allemandes et de la 9e armée française . I-------La région des marais de Saint-Gond II -----Positions allemandes le 5 septembre au soir et marches des Français dans la journée III ----Positions, au soir du 6 septembre, à la gauche de l'armée IV ----Le 9e corps le 6 septembre au soir V -----Le 11e corps le 6 septembre au soir VI ---A l'ouest des marais de Saint-Gond, le 7 septembre au soir VII --Le 11e corps le 7 septembre au soir VIII -L'attaque allemande du 8 septembre IX ----L'aile gauche de l'armée le 8 septembre X ----Positions vers 16 heures, le 9 septembre, lors de la plus grande avance allemande XI ---L'avance du 10e corps, le 9 septembre au soir |
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Les chiffres arabes se rapportent soit à des unités françaises, soit à des brigades ou régiments allemands; les chiffres romains se rapportent aux armées, corps d'armées on divisions allemands.
| A. D. | Artillerie divisionnaire. |
| B. C. P. | Bataillon de chasseurs à pied. |
| C. A . | Corps d'armée. |
| D. I. | Division d'infanterie. |
| D. I. G. | Division d'infanterie de la Garde (prussienne). |
| D. M. | Division marocaine. |
| D. R. | Division de réserve. |
| G. Q. G. | Grand quartier général. |
| Q. G. | Quartier général. |
| P. C. | Poste de commandement. |
| R. A. C . | Régiment d'artillerie de campagne. |
| R. I. | Régiment d'infanterie. |
| R. I. R . | Régiment d'infanterie de réserve. |
CHAPITRE Ier --- La 9e armée