Du catalogue d'exhibition:
"1853-1947, Les Americans de la Légion d'Honeur",
23 juin - 18 octobre 1993, Musée national de la Coopération franco-américaine,
Château de Blérancourt, Commissaire: Véronique Wiesinger

 

Alan Albright

Le Volontariat américain en France.

EN 1914, à la veille de la déclaration de guerre, l'ambassadeur américain à Paris, Myron T. Herrick, créa un comité chargé de gérer le volontariat américain en France(1). Les souvenirs de 1870 étaient alors très présents et Herrick agissait dans le même esprit que son prédécesseur, Elihu Washburne, ministre de la Légation américaine pendant la guerre franco-prussienne. Chargé aussi des intérêts de la Confédération germanique en France, Washburne avait gardé une stricte neutralité vis-à-vis des Français, tout en hébergeant des milliers de réfugiés «ennemis» dans les locaux de sa légation(2) . Le fait de suivre les traces de Washburne n'empêcha pourtant pas Herrick d'animer un vaste mouvement de soutien pour la cause française(3), d'abord en France, ensuite aux États-Unis.

Alors que les Etats-Unis de Wilson laissèrent passer le plus dur de la guerre avant de se joindre à la cause française en 1917, certains volontaires américains s'engageaient dès le début du conflit, citant souvent le nom de La Fayette, le plus connu des volontaires français de la guerre d'Indépendance américaine.

Il faut immédiatement souligner que, des deux côtés de l'Atlantique, règnent deux weltanschauung très différentes. L'utilisation du terme français volontariat pour désigner la bonne volonté américaine ---volunteerism --- risque d'obscurcir le propos. La culture américaine est par définition volontaire. Se couper de ses origines, se lancer à l'aventure, bâtir son propre avenir dans un monde nouveau sont autant d'actes qui témoignent de la confiance accordée par l'homme du Nouveau Monde à sa seule volonté. En France, en revanche, la qualité volontaire de l'âme individuelle n'est pas particulièrement privilégiée. Les croisés, par exemple, étaient des hommes de foi. Ce ne fut qu'après les guerres de religion, sous Henri IV, que l'on commença à parler de volontaires, mais dans un contexte strictement militaire. Le terme volontariat ne devait apparaître lui que vers 1865, sous le Second Empire. Il désignait toujours les soldats engagés par choix personnel.

Aujourd'hui, le nouveau phénomène français qui correspond au volunteer américain est défini par le mot bénévole. Et il aura fallu attendre le foisonnement des activités «associatives» en France, entraîné par la loi de 1901, avant d'entériner le terme de bénévolat, dans les années 50. L'émergence d'un domaine où une personne est reconnue pour sa volonté de bien faire ne s'est pas avérée facile dans une culture latine et catholique où le bene volens caractérise toute personne de foi. La Révolution et la laïcisation progressive de la société française --- surtout après la séparation de l'Église et de l'État en 1905, et avec la révolution industrielle qui créait des pôles urbains importants hors de la capitale, siège de l'administration centrale --- ont été les conditions du changement d'optique. Devant le vide laissé par la marginalisation de l'Eglise, un mouvement de bonnes actions organisées a pu se développer en France, influencé à la fois par des mouvances protestantes françaises et par l'exemple d'étrangers tels les «volontaires» américains en France, dont l'action était reconnue depuis longtemps, notamment dans le domaine médical.

Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, une petite colonie américaine établie à Paris s'occupait d'œuvres charitables dans le cadre de deux cultes protestants: l'église américaine(4) et l'église de la Sainte-Trinité(5). Le plus célèbre de ces «volontaires», bienfaiteur des deux églises, fut incontestablement le docteur Thomas Wiltberger Evans(6), chirurgien dentiste de l'empereur et de la plupart des têtes couronnées d'Europe. Le dentiste américain fit d'énormes efforts pour conjuguer le grand mouvement moral qui se développait en Europe en faveur des victimes de guerre et l'expérience pratique de ses compatriotes.

Ordre national de la Légion d'Honneur, diplôme de chevalier de la Légion d'Honneur d'Isabel Stevens Lathrop, 9 juin 1919 (cat. 122). Présidente de l'American Fund for French Wounded pendant la Guerre, ce qui lui valut sa Légion d'Honneur, Mrs. Lathrop continua son action ensuite; elle fut notamment à l'origine de l'American Mémorial Hospital de Reims, inauguré en 1925. Pourtant, elle resta au grade de chevalier.

Evans comme Henry Dunant, avait assisté au calvaire des innombrables blessés de la bataille de Solferino. Par ailleurs, dans un livre qu'il fit publier en français à Paris en 1865, Evans décrit les activités des volontaires civils américains qui s'étaient organisés en une «Commission sanitaire(7)», pour venir au secours des blessés de la guerre de Sécession (1861-65). Evans publia d'autres livres(8) sur le thème des soins aux blessés militaires; il attira l'attention des Européens sur les acquis de l'expérience américaine de façon beaucoup plus concrète, en présentant sa collection personnelle de matériel sanitaire américain dans un pavillon de l'Exposition universelle de Paris, en 1867(9).

Trois ans plus tard, lors du siège de Paris, Evans mettait sa collection à l'œuvre, en fournissant de toutes pièces un hôpital de fortune: l'Ambulance américaine(10), (Le terme ambulance se référait à l'époque à un hôpital «ambulant» ou «volant», établi dans des tentes, des baraquements ou d'autres bâtiments transformés pour cet usage.) Cette Ambulance américaine était installée dans des tentes dressées sur un terrain vague, à deux pas de l'Arc de Triomphe(11). Elle était animée par des volontaires: une équipe médicale américaine expérimentée et un personnel non médical composé d'hommes et de femmes de la Colonie américaine de Paris. Dans cet hôpital, nombre de Français prirent conscience de l'efficacité de l'action «volontaire» des Américains.

Pendant les quelque quarante années de paix qui suivirent le Siège de Paris, les Américains continuèrent leurs oeuvres charitables, même si elles étaient moins hautes en couleur. Au début des années 1880, l'Église américaine(12) animait un dispensaire, tandis que les épiscopaliens(13), s'occupaient de leurs voisins français infortunés(14). Les fidèles des deux églises étaient particulièrement soucieux du bien-être moral de la population croissante de jeunes Américaines venues étudier les beaux-arts et vivant dans les quartiers «mal famés» de la Rive gauche(15). Ils promurent donc des actions volontaires édifiantes au nom de Saint Luc, «artiste et médecin»(16).

John Singer Sargent, Mrs Reid, Columbia University, Reid Hall, Paris. Mrs. Reid reçut la Légion d'Honneur en 1922. Sa nièce, qui continua son œuvre, fut décorée en 1946.

Au cours de l'automne 1889, un couple associé à l'Église américaine recevait des étudiants dans son appartement du Quartier latin. Leur initiative suscita l'approbation des épiscopaliens(17) et mena à la mise en place de «salles de lecture» et à l'établissement de l'église Saint-Luc, d'abord dans un appartement et ensuite, en 1892, dans un bâtiment en tôle implanté dans le jardin avoisinant l'Institut Keller, rue de Chevreuse(18). Un an après, Mme Whitelaw Reid, la femme de l'ambassadeur, travailla en concertation avec le pasteur de l'église de la Sainte-Trinité, le Dr Morgan(19), pour institutionnaliser les salles de lecture en transformant le bâtiment de l'Institut Keller en foyer(20) pour étudiantes américaines. Ce foyer devint le centre de nombreuses activités animées par des volontaires et déboucha, en 1905, sur la création d'un deuxième centre pour étudiantes américaines, le Trinity Lodge(21). Un troisième centre, d'abord associé à la YWCA anglo-américaine et qui devint ensuite le Foyer international des étudiantes(22), fut fondé par Mme Hoff.

Le Lodge avait également une fonction médicale puisque, outre des chambres à l'intention d'étudiantes malades, il comprenait une clinique(23) . En effet, à la fin du XIXe siècle, le nombre d'Américains à Paris --- la Colonie, les étudiants de la Rive gauche et les nombreux touristes --- pouvait atteindre jusqu'à 100.000 personnes en haute saison. Les hôpitaux français n'étaient pas toujours simples d'accès pour les étrangers et les dispensaires américains ne pouvaient suffire aux besoins d'une telle population. La Colonie lança donc le projet de l'Hôpital américain(24) de Paris qui aboutit en 1910, rue Chauveau, à Neuilly-sur-Seine.

Pendant les premiers jours de la guerre, Myron T. Herrick, secondé par le directeur de l'Hôpital américain, proposa au Chirurgien général des Armées françaises de recréer l'«Ambulance américaine» dans le jardin de l'Hôpital(25). Le général renchérit en proposant que les Américains fissent ce que les sociétés de la Croix-Rouge n'avaient pas les moyens de faire: transformer en ambulance l'immense bâtiment --- en voie d'achèvement --- du lycée Pasteur à Neuilly. C'était un challenge à la mesure de la volonté américaine! En effet, il fallut convaincre les administrateurs d'un petit hôpital de 24 lits de trouver les fonds pour créer, gérer et financer un hôpital militaire vingt fois plus grand que le leur, le tout animé par un personnel composé presque uniquement de volontaires recrutés aux États-Unis.

La cause de l'Ambulance américaine fut le fer de lance du volontariat américain en France et les premiers volontaires, comme en 1870, furent des membres de la Colonie, des étudiants ou des visiteurs de passage(26).

D'autres jeunes hommes et femmes allaient bientôt prendre le chemin inverse de plusieurs siècles d'immigration et rejoindre les premiers volontaires. Peu de ceux-là étaient d'origine française. Les Français pourtant avaient joué un rôle significatif dans la formation des États-Unis. Pendant la guerre d'Indépendance, 17.000 Français étaient venus à la rescousse de l'armée du général Washington. Aide militaire donc mais aussi influence politique puisque la constitution de la future nation fut marquée par les philosophes français des Lumières. Au cours du XIXe siècle, les États-Unis, en voie d'expansion, attirèrent de nombreuses vagues d'immigrants de toutes origines --- peu de Français --- formant un ensemble hétéroclite qui s'assimila, tant bien que mal, à un système de valeurs véhiculé par les pères fondateurs, de langue et de culture anglaises. L'élite américaine, en quête de raffinement culturel, se tourna de plus en plus vers la France, fidèle en cela à la tradition des classes supérieures anglaises. Paris devint la Mecque des étudiants en art et en architecture(27). Parallèlement, le grand tour du Vieux Monde, qui passait par la France, était un symbole de réussite pour tout immigrant assimilé.

Mais au-delà des simples motivations culturelles et sociales, il fallait certainement une raison plus impérieuse pour endurer des semaines de tangage à la merci d'attaques de sous-marins allemands au cours de la traversée «à contre-courant» du formidable océan Atlantique.

Geneviève Tyler, Présidente du Phare de France, Lettre de remerciement au Général [Gouraud] lors de sa nomination dans la Légion d'Honneur, 23 septembre 1931 (cat. 138). Les instances françaises mirent un certain temps à réaliser la valeur universelle de l'effort accompli par les femmes américaines pendant la guerre, et à admettre que cet effort serait digne de récompense comme celui des hommes. Les premiers à s'en rendre compte furent les militaires qui les côtoyèrent dans les jours difficiles de la guerre.
 

Miss Geneviève Tyler et le général Gouraud buvant du champagne lors de la réception de celle-ci dans la Légion d'Honneur, 1931 (cat. 139).

De fait, en 1914, l'appel aux guerriers volontaires est faible. Au cours du mois d'août, l'association Amitiés Françaises recruta des volontaires de toutes nationalités pour la Légion Étrangère. Fin août, le ministère de la Guerre fit le tri et des dizaines de milliers de volontaires furent engagés, dont 2.000 Italiens, 2.000 Russes, mais seulement 200 Américains,(28) y compris les Latino-américains. A la suite de cette expérience, les autorités françaises montrèrent peu d'empressement à encourager de jeunes Américains à se joindre à l'effort militaire de la France à titre individuel(29).

Les personnes qui mobilisaient le volontariat américain à Paris firent savoir que la France avait surtout besoin d'aide humanitaire. L'aventure proposée n'exigeait pas de faits d'armes. On fit appel à la tradition de volontariat qui s'était rodée à travers l'expérience de la Commission sanitaire, le réflexe associatif(30) américain et les diverses formes d'oeuvres sociales élaborées à l'ombre de la souffrance humaine. La conscience sociale à laquelle on fit appel n'était pourtant pas celle, militante, du socialisme des classes travailleuses, mais celle, charitable, des classes dirigeantes, anglophiles et francophiles, acquises à la devise noblesse oblige. Florence Nightingale, la «femme à la lampe» comme l'appelait Longfellow, avait montré une voie qu'allaient suivre tant d'autres «volontaires» de la compassion éclairée(31), Henry Dunant en tête, sous la bannière de sa croix rouge.

Finalement, l'effort des volontaires devait gagner le soutien militaire des États-Unis en avril 1917. On ne doit pas sous-estimer le rôle joué par les descriptions des activités de certains volontaires américains en France. Lettres, récits, témoignages et appels étaient publiés dans des quotidiens américains ou sous forme de livres. De l'horreur à l'héroïsme, tout tendait à romancer la Guerre lointaine. Le citoyen américain moyen, déjà friand de la lecture de récits d'aventures des cow-boys de l'Ouest sauvage ou des chevaliers de la Table ronde, ne put que s'émouvoir devant des descriptions prises sur le vif, où ses compatriotes brossaient l'image d'une lutte manichéenne entre la France civilisée et les Huns barbares. Pour la population américaine donc, avant que le télégramme Zimmermann ne fit basculer la situation, la guerre «là-bas» relevait plus de drames et de passions que d'intérêts économiques ou politiques. Après la conquête de l'Ouest américain, l'aventure et la nouveauté semblaient se trouver dorénavant à l'est. Partir au secours de la France allait représenter la possibilité d'endosser un rôle héroïque. Ils s'engagèrent donc comme de preux chevaliers à la rescousse de la Civilisation, les bons Samaritains à l'aide de l'Étranger, dans la «war to end all wars», la guerre qui mettrait fin à toutes les guerres.

La Convention de Genève de 1864 avait lié l'action médico-sociale aux droits de l'Homme. Une fois blessé, le militaire redevenait un homme universel et ses secouristes étaient reconnus politiquement neutres. Les «sociétés internationales» avaient été organisées par pays: Croix-Rouges allemande, anglaise, belge, etc. En 1914, elles avaient déjà l'expérience de guerres et de catastrophes naturelles.

L'action des Américains(32) allait s'intégrer dans ce mouvement d'aide apportée par la population civile aux siens, victimes d'une guerre dévastatrice. La vague de violence qui s'abattit sur la Belgique en juillet-août 1914 déferla ensuite en direction de Paris mais, arrêtée à la Marne, elle reflua et finit par se stabiliser. Pendant trois ans, les deux forces immobilisées devaient s'affronter le long de tranchées allant de la Somme jusqu'aux Vosges.

Le mouvement d'assistance s'organisa immédiatement des deux côtés du front. Les soldats étaient les premiers à bénéficier de l'aide, mais elle s'appliquait également aux réfugiés et aux non-combattants. L'urgence était avant tout de nature médicale, ensuite sociale.

Frank M. Armington, American Soldiers' and Sailors' Club, Paris, founded by Mr. Rodman Wanamaker, 1918 (cat. 167). Rodman Wanamaker dirigeait l'antenne parisienne du grand magasin que son père avait fondé à Philadelphie

Tout au long de cette lutte interminable au cours de laquelle moururent plus de quatre millions de soldats, le flot de blessés ne tarit pas. Sur le front, si le soldat n'était pas enlevé par des brancardiers, il devait lui-même gagner le poste de secours. Il était ensuite évacué par voiture-ambulance jusqu'aux hôpitaux de fortune à l'arrière. Comme dans les guerres précédentes, tout bâtiment était susceptible d'être transformé en hôpital. Enfin, si nécessaire, le blessé était transporté en voiture ambulance ou en train jusqu'aux hôpitaux parisiens.

En dehors des institutions existantes, la plupart des hôpitaux étaient organisés par la Croix-Rouge. La Croix-Rouge française mit rapidement sur pied plus de 1500 hôpitaux auxiliaires en France, dont 300 à Paris même. Les colonies italienne, grecque, suédoise et espagnole établirent chacune un hôpital «étranger» à Paris. La colonie danoise transforma deux péniches en hôpitaux temporaires. La Croix-Rouge britannique, quant à elle, s'implanta dans le nord de la France pour servir les soldats anglais(33).

La neutralité des États-Unis permit à une élite d'hommes américains de s'engager dans des efforts volontaires là où leurs homologues français, préoccupés par la guerre, étaient absents. Des diplomates, comme Robert Bacon, Myron T. Herrick et William G. Sharp, des financiers, comme H. Herman Harjes et Ridgeley Carter, des hommes d'affaires, comme Percy Peixotto et John J. Hoff, ou des hommes des professions libérales, comme Whitney Warren et Edmund Gros, devaient se jeter corps et âme dans des entreprises humanitaires. Elles étaient certes l'expression de leur idéalisme chrétien, mais en même temps allaient valoriser des activités traditionnellement reléguées aux femmes, l'action médico-sociale étant essentiellement la généralisation de ce que pratique toute femme dans son rôle de mère(34). Ces hommes organisaient et dirigeaient ce mouvement avec efficacité et avec tout le pouvoir dont ils disposaient. Ce faisant, ils ouvrirent la voie à la reconnaissance sociale du travail des femmes.

La première étape de cette reconnaissance se fit lorsque leurs propres épouses, mères, soeurs et filles s'engagèrent. En France, celles-ci trouvèrent un terrain fertile pour développer leurs actions en bénéficiant de toute la tolérance courtoise accordée à un étranger. En temps de guerre, la France de la Troisième République retrouva très vite ses vieux réflexes féodaux où le devoir des femmes de haut rang était de pratiquer la charité. Les nouvelles-venues, heureuses d'être assimilées au rang de leurs «cousines» françaises, devaient faire preuve non seulement de charité, mais aussi de volonté. Ceux qui ironisent à ce propos, épinglant le dilettantisme de certaines(35), passent sous silence le vide existentiel représenté par le manque d'occasions pour toute femme cherchant à se valoriser en dehors de voies bien tracées. Les «dames américaines» venaient de la première génération de femmes à avoir bénéficié d'une éducation universitaire. Avec la guerre, elles purent mettre leurs capacités intellectuelles et financières, mais surtout leur volonté, au service de la bienfaisance, soutenues en cela par tout l'édifice social des deux côtés de l'Atlantique.

Chauffeuse du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France réparant sa voiture (cat. 115). Les Américaines, résolues à apporter leur contribution partout ou elle était nécessaire, étonnèrent les Français par leur conduite décidée et leur incursion dans des domaines réservés aux hommes.

Une fois les soins aux blessés organisés, les volontaires se tournèrent vers les besoins essentiels des réfugiés et le travail de reconstruction sociale. En effet, les réfugiés arrivaient du nord et de l'est, parfois avant les blessés. Plus de dix mille Belges furent recueillis dans le Cirque de Paris. Le Secours national nourrissait la foule. Pendant que les enfants suivaient les classes des écoles voisines, des jeunes filles du quartier allaient promener les tout-petits au jardin du Luxembourg. Trente mille familles françaises offrirent aux évacués d'adopter les enfants(36).

Les Américaines participèrent à cet effort. En novembre 1914, par exemple, la célèbre Edith Wharton et ses amies fondèrent les «hôtels américains pour les réfugiés»(37). Cette œuvre venait en aide aux nouveaux arrivés, tout en s'occupant de façon permanente de 4.000 réfugiés. Les hôtels américains étaient situés à divers endroits dans Paris et ses alentours, et comprenaient restaurant, infirmerie, ouvroir, vestiaire, école pour enfants et bibliothèque. Le Comité gérait également trois maisons où des chambres étaient louées à très bas prix.

Le sort des réfugiés était un témoignage dramatique de la manière dont la guerre avait ébranlé la société. Au-delà des régions dévastées, toute la France était atteinte. Des représentants de «tous les groupements nationaux et [de] toutes les forces sociales» formèrent un Comité de Secours national(38). Des soupes et des repas populaires étaient distribués à raison de 76 000 par jour. Des cantines maternelles et scolaires furent mises sur pied. L'établissement d'ouvroirs permit à des femmes de vivre de leur travail(39); on y confectionna des centaines de milliers d'habits, on y tricota d'innombrables chandails et chaussettes. Dans les six premiers mois de la guerre, 516 ouvroirs s'implantèrent à Paris. Plusieurs de ceux-ci furent créés par des Américaines telle que la femme du révérend Watson, qui animait un atelier de confection dans l'église américaine de la Sainte-Trinité(40).

En avril 1915, à la demande du gouvernement belge, Edith Wharton fonda l'Œuvre des Enfants des Flandres. Les victimes de guerre comptaient déjà trop d'orphelins, veuves, aveugles, ou handicapés. L'Amérique lointaine s'en émut et un flot de contributions fut envoyé en France aux organismes franco-américains ou américains créés à cet effet: le Phare de France, l'American Society for the Relief of French War Orphans, etc.

Dans cette vaste entreprise médico-sociale, les activités des volontaires américains ne se distinguaient pas particulièrement de celles de leurs collègues français: tout le monde affrontait les mêmes souffrances. Mais après avril 1917, date de l'entrée en guerre des États-Unis, les particularités américaines du travail volontaire commencèrent à apparaître en France. Si certaines oeuvres furent militarisées sous la direction de la Croix-Rouge américaine, de nouveaux services sociaux accompagnèrent l'arrivée des troupes américaines. Dans la lignée du Foyer de Mme Reid et du Trinity Lodge, des centres de loisirs furent organisés, tel que le Soldiers and Sailors Club (41), pour offrir des alternatives saines et morales aux fameuses «tentations» de Paris. Des cantines et des bibliothèques étaient mises à la disposition des soldats. Par-dessus tout, la nouvelle vague de volontariat américain offrit l'exemple extraordinaire du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France, le CARD.

Les mutineries de 1917 ébranlèrent le Haut-Commandement de l'Armée française qui se mit à chercher les moyens de remonter le moral des troupes au front. La politique de reconstruction des Régions dévastées fut alors renforcée: la présence de la vie civile à l'arrière-front devait rappeler concrètement aux poilus la cause pour laquelle ils se sacrifiaient. C'est ainsi que le CARD, organisé par Anne Morgan, fut mis en place en mai 1917 par le Haut-Commandement, dans des baraquements érigés à côté des ruines du château de Blérancourt. Anne Morgan était la sœur du célèbre financier dont la banque servait d'intermédiaire entre les Alliés et leurs fournisseurs américains. Avant la guerre, Miss Morgan avait œuvré à New York pour la cause des femmes et ceci se refléta dans la composition des effectifs du CARD: tout était fait par des femmes, de la réparation des automobiles à l'aide médicale et à l'instruction des jeunes mères(42) . Depuis le début de la guerre, elle travaillait à New York pour le compte de l'American Fund for French Wounded (AFFW, Comité américain pour les blessés français), dont elle était le trésorier. Le but de l'AFFW était de récolter des fonds pour alimenter les besoins des hôpitaux en France. Avec le CARD, l'AFFW constituait un instrument qui allait adapter les principes du settlement house(43) au milieu rural français.

Herbert Clarke, Paris, Imp., American Fund for French Wounded, Paris Dépôt, affiche (cat. 123).

La reconstruction de la vie civile dans une région détruite à 90 % exigeait une coopération à tous les niveaux et devait continuer dans les années d'après-guerre. Il fallait d'abord reconstruire les maisons et leurs dépendances, les meubler. Le CARD travaillait en coopération avec le gouvernement, d'un côté, et avec les villageois --- pour la plupart femmes, enfants et vieux --- de l'autre. Il distribuait des vivres, des vêtements, du linge de maison. Le CARD fournissait des outils de travail. Après la reconstitution de l'habitat, il fallut assainir les terres, pour les rendre de nouveau aptes à la culture; ensuite les «dames américaines» firent venir des semences et des animaux. Dans le domaine de la santé, le CARD faisait des contrôles sanitaires et promouvait l'instruction de l'hygiène. Ces efforts furent secondés par un hôpital de femmes implanté dans la région, qui vint se joindre au CARD à Blérancourt après la guerre. Le CARD organisa ou soutint nombre d'activités: des chantiers, des ateliers de construction, des fabriques, des ouvroirs. Finalement, il mena des actions culturelles---établissement d'écoles d'apprentissage, bibliothèques populaires et présentation de spectacles.

En limitant leurs efforts à la région de l'Aisne, les dames américaines travaillèrent en profondeur et avec succès, jusqu'en 1924. André Tardieu en fit le commentaire suivant, en 1928: «Toutes les entreprises philanthropiques et sociales qui ont honoré le temps de la guerre, ont dû leur succès à l'association des volontés autour de buts communs nettement définis. Si, parmi ces entreprises, le Comité américain pour la France dévastée a si parfaitement atteint le sien, c'est parce que son action [a] d'abord [...] été modeste. Tandis que les grands hommes d'affaires, qui avaient rêvé de relever toutes nos ruines, reprenaient le bateau sans avoir abouti, le groupement patient, qui bornait son ambition à reconstituer socialement quelques-uns de nos cantons détruits, a pu nouer avec la France la plus totale, la plus durable des collaborations(44).»

Quelques unes des activités du Comité Américain pour les Régions Dévastées de la France, vers 1919-1920: Intérieur de bibliothèque de prêt dans des baraquements provisoires à Paris; bibliothèque ambulante dans l'Aisne; consultation de bébés; l'école ménagère de Vic-sur-Aisne; l'école de menuiserie de Trosly-Loire (cat. 232).

De l'Ambulance américaine au CARD, le travail des Américaines fut soutenu par un vaste réseau d'acheminement de ressources financières, matérielles et humaines dans lequel les hommes jouèrent un rôle important. L'organisation de la bonne volonté américaine, initiée par le comité de volontaires de Herrick, mena à la création, en novembre 1914, de l'American Relief Clearing House (ARCH)(45) . Sous la direction de Henry Herman Harjes, ce «Comité de secours américain» coordonna pendant trois ans l'énorme flot de dons et donations émanant des Etats-Unis. L'ARCH qui, comme la plupart des oeuvres américaines, avait sa contrepartie à New York, remplissait plusieurs fonctions. Le Comité de New York réceptionnait, organisait et mettait en caisse les nombreux dons en nature destinés à la France, et les chargeait ensuite sur les bateaux de la Compagnie Générale Transatlantique, qui fournissait de la place gratuitement. A Bordeaux, ils étaient pris en charge par une agence agréée par le Comité qui leur faisait passer la douane avant de les acheminer à Paris où les caisses étaient livrées à leur destinataire. Dans le cas où les dons n'étaient adressés à personne en particulier, l'ARCH déterminait les destinations selon les recommandations d'un comité. Des contributions financières transitaient également par l'ARCH qui les dirigeait vers leurs destinataires ou, s'il n'y en avait pas, les allouait selon les recommandations de son comité. Parallèlement, l'ARCH menait aux États-Unis une campagne de sollicitation de dons. Cette œuvre, qui distribua 195.000 caisses et 12 millions de dollars, et représenta la Croix-Rouge américaine en France, fut entièrement reprise par cette dernière(46) en juin 1917.

Pendant ce temps, de l'autre côté du front, de jeunes universitaires américains portaient secours à la population civile en Belgique et en France occupée. L'action du Belgian Relief Committee, dirigée par Herbert Hoover, allait durer jusqu'au début 1917, s'inscrivant dans la campagne générale aux États-Unis pour parer aux besoins urgents des Régions dévastées ou envahies.

Le 7 septembre 1914, les premiers volontaires du service de transport de la nouvelle Ambulance américaine(47) de Paris, recrutés sur place, se dirigèrent en convoi vers Meaux. On remarqua alors que la récupération des blessés, grâce à l'automobile(48), était plus rapide et permettait de sauver de nombreuses vies.

Plusieurs personnes en tirèrent rapidement les conséquences, et d'autres corps d'ambulanciers volontaires furent formés: l'American Volunteer Motor Ambulance Corps, par Richard Norton; l'American Ambulance Field Service(49), qui allait devenir l'American Field Service, par A. Piatt Andrew. Dorénavant, les petites Ford des sections sanitaires américaines allaient rappeler aux poilus du front que les Américains étaient bien là.

Répondant à diverses initiatives émanant de volontaires américains de la Légion étrangère, le Dr. Edmund Gros de l'Hôpital américain allait utiliser ses relations pour organiser une unité de combattants de la nouvelle force aéronautique: l'Escadrille Lafayette(50). Presque la moitié des effectifs de cette dernière furent recrutés parmi des volontaires de l'AFS qui abandonnèrent ainsi leur statut de témoins désintéressés.

Sept alumni de Dartmouth College volontaires de l'Escadrille Lafayette à Avord, juillet 1917 (cat. 152).

Jean Boucher, Monument élevé aux volontaires américains tombés au champ d'honneur, 1923, Paris, Place des États-Unis.

Julien Monier, Ambulancier américain de l'American Ambulance Field Service secourant un soldat français blessé, 1916 (cat. 88). La devise de l'American Field Service était «All and Everything for France» (Tous et tout pour la France).

Lorsque les États-Unis déclarèrent enfin la guerre, ils le firent sans avoir d'armée. L'appel aux volontaires fut suivi de peu de résultat, menant à la mobilisation, et presque une année s'écoula avant l'arrivée massive des troupes en France. Une première chose changea pourtant immédiatement. L'opinion publique américaine était désormais officiellement acquise à la cause des Alliés et elle n'avait donc plus besoin d'être nourrie des écrits des Américains en France. Plus que d'écrivains, les Alliés avaient maintenant besoin de main-d'œuvre. Dès la déclaration de guerre américaine, la Réserve Mallet fut créée, une unité de volontaires américains qui, au lieu de prendre le volant d'une ambulance de l'AFS, allaient conduire des camions remplis de soldats ou de munitions. La commission militaire française de mai 1917 suggéra que les États-Unis prissent en charge le transport de tous les blessés français. L'AFS se militarisa, tandis que le Norton-Harjes fut dissout. Les Américains mirent rapidement sur pied un service calqué sur le modèle des «sections sanitaires américaines», mais dix fois plus grand(51).

Au fond, l'aventure du volontariat en France représenta un rite de passage(52) pour cette jeune génération d'Américains. Porteurs de la croix-rouge, ils n'étaient pas cibles, mais témoins. Pourtant, leur «neutralité» avait été ébranlée par la vue de tant de violence et de souffrances. En conséquence, cette génération fut frappée d'une certaine aliénation, mais aussi d'un sentiment de solidarité avec leurs camarades. Le fait de devoir collaborer avec des hommes dont une grande proportion était vouée à la mort, créa les bases d'une fraternité franco-américaine et aboutit, à la fin de la guerre, à l'établissement de programmes d'échanges universitaires(53).

Quatre années de volontariat en France et aux États-Unis permirent aussi à une génération de suffragettes américaines d'être enfin reconnues puisqu'en 1920, elles obtinrent finalement le droit de vote(54). Pendant la guerre, le travail féminin, surtout dans le domaine médico-social, avait été volontaire et gratuit, car le volontariat des femmes, comme celui des ordres de l'Église, avait toujours été considéré comme acquis. Mais après la guerre, infirmières et assistantes sociales devinrent des professions reconnues et rémunérées.

Malvina Hoffman, Anne Morgan, vers 1935 (cat. 112). Anne Morgan y arbore la barrette de commandeur de la Légion d'Honneur; en 1927, elle avait fondé l'American Woman's Association pour promouvoir la reconnaissance sociale des femmes. Sa Légion d'Honneur prouvait qu'une telle reconnaissance de la réussite féminine était possible.

En France, les volontaires américains contribuèrent à la professionnalisation du travail socio-médical: des écoles d'infirmières à Montrouge ou à Bordeaux; l'Association d'hygiène sociale de l'Aisne qui deviendra l'Association médico-sociale Anne Morgan, l'AMSAM(55). Ils apportèrent leur savoir à un intérêt croissant en France pour les bibliothèques populaires, et dont les origines remontaient à la société Benjamin Franklin(56). Suivant l'exemple des bibliothèques créées pour les soldats américains et pour les populations civiles des régions dévastées, des institutions similaires s'implantèrent en France(57). Mais restait surtout le souvenir des actes, dont les traces ont été gardées par le musée de la Coopération franco-américaine, créé par Anne Morgan et Anne Murray Dike sur les lieux du CARD.


Notes de bas de page:
2. LE VOLONTARIAT AMÉRICAIN EN FRANCE

1. «Le peuple américain aime son gouvernement mais presque tous les citoyens préfèrent les initiatives privées, et je partage leurs vues. je me déterminai donc à suppléer aux services publics par une organisation privée et, le 2 août, je réunis chez moi et je fondai le Comité des Volontaires: Judge Gary fut nommé président, Harjes secrétaire, les membres furent Laurence V. Benét, W.S. Dalliba, Charles Carroll, Frederick Coudert, James Deering, Chaucey Depew, William Jay, Frank B. Kellogg, Percy Peixotto, Valentine Blacque et Henry Priest.» T.B. Mott, Souvenirs de Myron T. Herrick, Paris, 1930, p. 85.

2. Voir Alistaire Horne, Le siège de Paris, Paris, 1967, p. 143; Ernest Colin, The United States Diplomatic Pouch in the Siege of Paris, s.l., 1986.

3. Les sympathies de Herrick sont évidentes dans la description qu'il fit de la visite de quelques jeunes compatriotes, en août 1914. «Je pris les textes relatifs aux devoirs des neutres, je leur en donnai lecture avec les explications nécessaires, en m'efforçant de ne pas faire autre chose, mais ce fui peine perdue. Ces jeunes yeux cherchaient les miens, en quête de l'encouragement qu'ils étaient venus chercher. C'était plus que je n'en pouvais supporter et, m'enflammant moi-même au contact de leur ardeur, frappant du poing sur la table, je dis "Ceci est la loi, mes amis, mais si j'étais jeune et à votre place, je sais joliment bien ce que je ferais."» T.B. Mott, op. cit., p. 95.

4. Voir Joseph Cochran, Friendly Adventurers, Paris, 1931.

5. Voir Cameron Allen, History of the American Cathedral, 1859-1918, en trois volumes, inédit. Un exemplaire de cette thèse (Rutgers University) se trouve dans les Archives de la Cathédrale et au MNB.

6. Voir: Gerald Carson, The Dentist and the Empress, Boston, 1983. Le fonds Evans se trouve au Thomas W. Evans Dental School and Museum, University of Pennsylvania.

7. Voir Thomas W. Evans, La commission sanitaire des Etats-Unis, son origine, son organisation et ses résultats, avec une notice sur les hôpitaux militaires aux Etats-Unis et sur la réforme sanitaire dans les armées européennes, Paris, 1865; C. J. Stillé, History of the United States Sanitary Commission, Being the General Report of its Work During the War of the Rebellion, Philadelphia, 1866; M.W. Quentin, Lincoln's Fifth Wheel, New York, 1956.

8. Les institutions sanitaires pendant le conflit austro-prussien-italien, Paris, 1867; Report on Instruments and Apparatus of Medicine, Surgery and Hygiene; Surgical Dentistry and the Materials Which it Employs; Anatomical Preparations; Ambulance Tents and Carriages, and Military Sanitary Institutions in Europe, Washington, 1868; History and Description of an Ambulance Wagon Constructed in Accordance with Plans Furnished by the Writer, Paris, 1868.

9. Voir Carson, op. cit., p. 99; Cameron Allen, op. cit. p. 156. Evans en fait l'inventaire dans son Report on Instruments, etc., (1868), op. cit.

10. A propos de l'Ambulance américaine de 1870-1871, voir: W. MacCormac, Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, Paris, 1872; Thomas. W. Evans, History of the American Ambulance Established in Paris during the Siege of 1870-1871, Londres, 1873; Louis J. Swinburne, Paris Sketches, Albany NY, 1875; Alistaire Home, Le Siège de Paris, Paris, 1967, pp. 146-147.

11. Situé au coin de l'actuelle avenue Foch et la rue Piccini. Bella Rosa, l'hôtel particulier du Dr Evans, se trouvait en face.

12. Voir Joseph W. Cochran, op. cit., pp. 110-111.

13. Les épiscopaliens, protestants anglicans construisirent l'église de la Sainte-Trinité d'abord au 17 rue Bayard en 1864, et ensuite, au 23 avenue de l'Alma (aujourd'hui George V) en 1886. L'ambassade américaine de l'époque se trouvait dans ce quartier.

14. Voir The Parish Kalendar, le 12 janvier 1913, p. IV.

15. Voir Joseph Cochran, op. cit., annexe II.

16. Voir The Parish Kalendar, novembre 1891, p. 3, cité par Cameron Allen, op. cit., p. 406.

17. Le dimanche soir, le révérend et Mme Newell recevaient des étudiants américains dans leur appartement, rue de Rennes. Par ailleurs on loua les chambres d'un autre appartement à des jeunes Américaines qui poursuivaient des études d'art ou de musique. Voir Cameron Allen, op. cit., p. 405.

18. «Lorsque l'honorable Whitelaw Reid fut ambassadeur, […] Mme Reid transforma une vieille propriété Louis XIII en foyer pour étudiantes, tandis que le révérend Morgan fit ériger dans les jardins une petite chapelle recouverte de lierre nommée Saint-Luc-des-Jardins, mais surnommée avec affection la "petite église en ferraille" Celle-ci ouvrit ses portes en novembre 1892.» Frederick W. Beekman, «A Centennial Day Address», le 6 juillet 1947, p. 5 (Archives de la Cathédrale américaine).

19. John Brainerd Morgan (1843-1912) était le cousin du célèbre financier, John Pierpont Morgan.

20. «Dès le 16 octobre 1893, le "Girl Students' Club" était ouvert dans les locaux de l'institut Keller, rue de Chevreuse, avec l'objet déclaré d'établir un environnement sain pour des femmes anglophones qui faisaient des études d'art ou de musique à Paris.» Cameron Allen, op. cit., p. 410.

21. «Le premier de ce mois a vu le début d'une initiative nouvelle et fort intéressante de notre église dans le Quartier latin. Un appartement a été pris avec atelier, au 70 bis, rue Notre-Dame-des-Champs, au cœur du quartier, afin de créer un lieu de réunion un peu familial pour toutes les femmes anglophones des alentours. […] Quelques chambres sont réservées à l'intention de malades ou de personnes qui auraient besoin de repos ou de soins médicaux --- bref, c'est le début d'un "Hôpital américain".». The Parish Kalendar, le 10 janvier 1905, p. 4.

22. Voir Carolyn Patch, Grace Whitney Hoff. The Story of an Abundant Life, Cambridge, 1933. Cet établissement, appelé maintenant le Foyer international des étudiantes, Université de Paris fonctionne toujours ainsi que le foyer de Mme Reid, devenu l'actuel Reid Hall. Le Trinity Lodge, quant à lui, mène à la création de l'American Center, d'abord boulevard Raspail et dernièrement à Bercy.

23. «Le Holy Trinity Lodge and American Hospital, au 4 rue Pierre Nicolle […] est le seul hôpital américain dans la ville de Paris. Inauguré en octobre 1905, il est associé à notre église. […] Pendant les quatre années et demie de son existence, 225 patients ont reçu des soins dans l'hôpital, et 320 à la clinique, pour un total de 545 personnes. […] Il a neuf lits et son service chirurgical, etc.; est à la hauteur de tout besoin de nos jours.» The Parish Kalendar, le 6 janvier 1910, p. 4.

24. Voir Nicole Fouché, Le mouvement perpétuel: histoire de l'Hôpital américain de Paris 1906-1989, Toulouse, 1992.

25. T.B. Mott, op. cit., p. 87 et sig.

26. «L'auteur de ce récit, dont les pérégrinations touristiques avaient été brusquement interrompues par la guerre, entra par curiosité au lycée Pasteur le 7 septembre; 15 minutes après, il était ambulancier.» J. Paulding Brown, cité par George Rock, The History of the American Field Service, New York, 1956, p. 7.

27. Voir Véronique Wiesinger éd., Le Voyage de Paris. Les Américains dans les écoles d'art, 1868-1918, Paris, 1990.

28. Voir M.-C. Poinsot, Au service de la France: Les volontaires étrangers de 1914, Paris, 1915.

29. Voir Yves-Henri Nouailhat, France et Etats-Unis, Août 1914-Avril 1917, Paris, 1979, p. 237.

30. «En dépit de son individualisme, l'Américain était très porté vers la coopération dans les entreprises et vers l'union. Sauf en Angleterre, on ne vit nulle part des hommes si prompts à s'associer en vue des buts communs; nulle part des associations privées n'étaient aussi nombreuses et aussi efficaces. Sur le continent européen, l'établissement d'une église, d'un collège, d'un hôpital, d'une mission, attendait le bon plaisir de la Couronne ou de l'Etat. En Amérique comme en Angleterre, il attendait que l'individu ou le groupe s'y intéressât, et il n'était pas habituel de se tourner vers l'État pour obtenir sa permission, ses directives, ou son aide.» Henry S. Commager, L'Esprit américain, Paris, 1965, p. 27.

31. Voir W.H. Taft, ed. Service with the Fighting Men, An Account of the Work of the American Young Men's Christian Associations in the World War, New York, 1922, p. 40-41,

32. Voir Camille Bloch, Bibliographie méthodique de l'histoire économique et sociale de la France pendant la Guerre, Paris, 1925; Paul-Louis Hervieu, Le secours américain en France, Paris, 1915; Paul-Louis Hervieu, Les volontaires américains dans les rangs des Alliés, Paris, 1917; Edwin W. Morse, The Vanguard of American Volunteers, New York, 1918; Yves-Henri Nouailhat, op. cit.

33. Paris Charitable pendant la Guerre, Paris, 1915, p. V.

34. Voir Linda Kerber et Jane S. De Hart, Women's America, New York, 1982, 3, éd. p. 239.

35. «"Non, Mlle Parton, vous ne verrez aucun poilu héroïque ici. Nous ne pouvons vous proposer qu'un travail inintéressant pour le bien de réfugiées ingrates et inintéressantes dont beaucoup essayeront de tricher et d'obtenir une double portion. Vous n'aurez aucune occasion d'essuyer de mâles fronts brûlants de fièvre..." Elle se tut, fit un grand effort pour se maîtriser, et continua sur un ton résolument raisonnable: "Vous feriez mieux d'aller voir à l'hôpital de Neuilly. Vous pouvez y porter un uniforme dès le premier jour et vous serez en contact avec les hommes. Je ne vous aurais pas dérangée, en vous faisant venir ici, si vous ne m'aviez pas écrit de Détroit que vous étiez prête à faire n'importe quoi, du ménage à la vaisselle, etc." Elle reçut cette information avec l'humour indestructible d'une jeune femme qui se sait très belle et aussi bien habillée que quiconque du monde entier. "Je le sais, Mme Putnam," répondit-elle, amusée par sa propre absurdité. "Mais puisque que je suis ici, je serais trop déçue si je devais rentrer sans avoir travaillé pour les soldats. Toutes mes amies s'attendent à ce que je leur raconte mes expériences, vous savez. D'ailleurs, je ne peux pas rester longtemps, quatre mois au grand maximum, car je vais avoir mon rallye en octobre. Je crois finalement que j'irai en effet à Neuilly. Ils vous y prennent pour trois mois, vous savez." Elle fit un sourire sympathique, se tourna avec une grâce athlétique, se faufilant à travers les caisses jusqu'à la sortie.» Dorothy Canfield, «A Little Kansas Leaven», Home Fires in France, New York, 1918, p. 150.

36. Paris Charitable pendant la Guerre, pp. X-XI.

37. Hervieu, op. cit., pp. 22-24.

38. Paris Charitable pendant la Guerre, VI. VII.

39. Pour un avis plus critique sur l'institution de l'ouvroir, voir: Françoise Thébaud, La femme au temps de la guerre de 14, Paris, 1986, pp. 114-118

40. Voir Cameron Allen, op. cit., p. 500-502.

41. ibid. pp. 503-506.

42. En 1903, elle fonda le Colony Club, première version féminine des clubs masculins anglo-américains des cercles exclusifs de la haute société. En 1910, elle joua un rôle actif dans la création de la Working Girls Vacation Association et devait fonder l'American Women's Association, plus tard. Voir également Norton et al, op. cit., pp. 622-23.

43. «Le premier settlement house américain ouvrit ses portes à New York en 1886. Les premiers fondateurs de ces œuvres, tels que Jane Addams, Florence Kelley et Graham Taylor voulaient améliorer les conditions de vie des habitants de ces quartiers pauvres, en les aidant à obtenir une éducation, une meilleure appréciation des arts, des emplois meilleurs, et des logements améliorés.», in L.K. Kerber et J.S. De Hart, Women's America, op. cit., pp. 302-306.

44. André Tardieu, Devant l'obstacle, Paris, 1928.

45. Voir Percy Mitchell, The American Relief Clearing House, Paris, 1922.

46. ibid, p. 98-101.

47. Voir Paul-Louis Hervieu, op. cit., p. 240, et Nicole Fouché, op. cit., p. 33.

48. «La révolution la plus grande qui se soit produite dans le service de santé de première ligne est la substitution des voiture-automobiles aux voitures à traction animale avec lesquelles nous sommes entrés en campagne.» A Mignon, Le service de santé pendant la guerre 1914-1918, Paris; tome IV, p. 375. Voir également: Paul Heuzé, «L'automobile dans la guerre», Illustration, n° 3961, 1er fév. 1919, p. 127.

49. Voir Andrew Gray, «The Birth of the American Field Service», dans Laurels, 1988, vol 59, n° 1; et l'History of the American Field Service in France, Boston, 1920, en trois volumes.

50. Voir Jody Brinton, dans son Services Rendered by AFS Group, 7 vol. inédit (dans les Archives de l'American Field Service), pp. 8-46 à 8-47. Voir également Charles Nordhoff et James Hall, The History of the Lafayette Flying Corps, 1920.

51. Voir John R. Smucker, The History of the U.S. Army Ambulance Service, 1917-1919, Washington, 1967.

52. «Les collines de Verdun et le coucher de soleil, écarlate derrière les collines, les squelettes d'arbres calcinés et la Meuse, les obus noirs jaillissant en colonne le long du chemin menant à Bras et le tonnerre de l'artillerie, les blessés et le parcours à travers des explosions rouges, la métamorphose violente de garçon en homme.» Extrait du journal de Harry Crosby, cité par Malcolm Cowley, Exile's Return, New York, 1934, Compass Books ed 1956, p. 249. Le résultat fut pourtant moins positif que Harry Crosby (le prototype de Gatsby le Magnifique de Fitzgerald) veut le laisser penser, car seul le suicide mit fin à ses traumatismes de guerre. Par conséquent, les "rites de passage" qu'il décrit ressemblent fort à une initiation maléfique. Crosby devait fonder plus tard le Black Sun Press, les «éditions du soleil noir».

53. Les AFS French Fellowships (1919-1952) furent les premières bourses d'échanges entre la France et les Etats-Unis et qui, après la Seconde guerre mondiale, allait mener l'American Field Service à découvrir une nouvelle vocation: les échanges de lycéens à l'échelle mondiale. Chaque année, plus de 9.000 lycéens venant de plus de 50 pays vivent la «fraternité internationale» qu'avaient découverte les jeunes volontaires américains en France de la Guerre de 1914.

54. Alors que les Françaises durent attendre la fin de la Deuxième guerre.

55. Voir Anne Murray Dike, Report of Civilian Division, Comité Américain pour les Blessés Français, section civile, Blérancourt (Aisne), le 1er octobre 1917; Anne Murray Dike, The American Committee for Devastated France: What it IS, What it DOES, Paris 1918; Gaston Héricault, Terres assassinées devant les dévastations (1914-1933), Paris, 1934; André Tardieu, Devant l'obstacle, Paris, 1928.

56. Ses racines remontant à la première bibliothèque populaire fondée par Benjamin Franklin en 1731 à Philadelphie, la Société Franklin avait pour but de promouvoir la lecture. Après ses premières réussites dans le Haut-Rhin et après la guerre franco-prussienne, la Société Franklin se tourna, vers la création de bibliothèques pour les militaires --- combattants, blessés, prisonniers. Elle fut agréée d'utilité publique en 1875. Son œuvre est décrite dans un livret, la Société Franklin Pendant et Après la Guerre, édité à Paris par la Société Franklin, et dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC) à l'université de Paris X-Nanterre.

57. Pendant les années 20, l'«American Library Association» créa une école de bibliothécaires dans laquelle elle forma un nombre considérable de bibliothécaires français. Voir I.F. Fraser, «La bibliothèque américaine à Paris», Bulletin des bibliothèques de France, n° 7, Paris, July 1960, p. 275.