returnees 62

Les échanges AFS en France

SOMMAIRE

1. Les French Fellows français

a. Liste des participants
b. Pierre Le Paulle, premier boursier français de l'AFS
c. Maurice Pérouse, deuxième boursier français de l'AFS.

2. Le bureau national

3. Le conseil d'administration

4. Bref aperçu historique

5. Documents (extraits):

a. Bulletin de l'American Field Service en France, mai 1960
b. Bulletin de l'American Field Service en France, No. 3, oct 1960
c. A.F.S. FRANCE, No. 9, Octobre 1962
d. A.F.S. FRANCE, No. 11, Mai 1963
e. AFS FRANCE, octobre 1966
f. AFS FRANCE, octobre 1967
g AFS FRANCE, No. 7-8-9, Avril-Juillet-Octobre 1968
h. AFS FRANCE, No.12, Décembre 1970
i. AFS FRANCE, No.16, 1er Trimestre 1972
j AFS FRANCE, No. 17, 2ème trimestre 1972
1a. 1919-1952 : Les French Fellows français

1920-22 (1)
Le Paulle, Pierre G., Harvard University Law School, droit

1936-37 (1)
Pérouse, Maurice J., Massachusetts Institute of Technology, école d'ingénieur

1937-38 (1)
Samuel, Raymond, Massachusetts Institute of Technology, école d'ingénieur

1938-40, 1941-42 (1)
Gueiroard, Robert, Harvard Graduate School of Business Administration, études de gestion

1941-42 (3)
Barret, Maurice, Harvard Graduate School of Design, urbanisme
Foy, Louis André, University of California, Berkeley, sciences politiques
Moreau de Bonrepos, Ludovic, Harvard Graduate School of Business Administration, études de gestion

1946-47 (9)
Asselineau, Roger, Harvard University, littérature américaine
Bernheim, Rosine, Harvard University, psychologie pédagogique
Boris, Jean-Mathieu, Syracuse University, sociologie et études de gestion
Boris, Monique, Syracuse University, sociologie et études de gestion
Boucher, Henri, Princeton University, relations internationales
David, Myriam, Johns Hopkins University, psychologie de l'enfant
Wormser, Léo Gérard, Columbia University, chimie
Trancart, Guy, Harvard University, sciences économiques
Walckenaer, Gabriel, Massachusetts Institute of Technology, électricité et physique mécanique

1947-48 (5)
Blanche, Bernard Charles, Massachusetts Institute of Technology, électricité
François-Poncet, Jean, Fletcher School of Law and Diplomacy, Tufts College, relations internationales
Geismar, Claude, Harvard Graduate School of Business Administration, études de gestion
Raffini, Michel, University of Chicago, sciences économiques et sociales
Saias, Guy Adrien, University of Michigan, aérodynamique

1948-49 (5)
Charmillon, Robert, University of Michigan, école d'ingénieur
Clarens, Jean Gaston, Harvard Graduate School of Business Administration, études de gestion (1948-50)
Delande, Michel, University of Oklahoma, pétrochimie
Lépargneur, Hubert Jean-Emile, Cornell, droit
de Saint Quentin, Lionel , Iowa State University, économie rurale

1949-50 (9)
Azan, Antoine, Cornell Business Administration, études de gestion (1949-51)
Charbonnier, François, University of Washington, école d'ingénieur
Chaufournier, Roger, University of Illinois, sciences économiques
Eldin, Jacques Richard, Princeton University, institutions gouvernementales
Hure, Yves, Temple University, sciences économiques
Le Masson, Jean, University of Michigan, sciences économiques
Lévy, Michel Jean, Northwestern University, institutions gouvernementales et droit
Pelloux, Simone, Bryn Mawr, langue et littérature anglaises (1949-51)
Suleyman, Claude, Harvard University Law School, droit

1950-51 (10)
Angoulvent, Pierre, University of Washington, études de gestion
Beit, Bernard, Ohio State University, sciences économiques, (1950-52)
Bourdet, Danièle, Pomono College, langue et littérature anglaises
Chevron, Robert René, University of California, électricité
Dinkespiler, Jean, University of California, électronique
Letort, Claude Alain, Cornell, électricité
Lignac, Gérard, Harvard Graduate School of Business Administration, études de gestion
Migeon, Claude, John Hopkins University, médecine
Seurin, Jean-Louis, University of Washington, sciences politiques
Sirvin, Michel G., Syracuse University, industrie du bois

1951-52 (3)
Brandicourt, Claire, University of Washington, littérature américaine
Huvé, Claude A., Lafayette et New York University, institutions gouvernementales
Robert, Henri, University of Pittsburgh, métallurgie

nota : La liste complète des French Fellows

1b. Pierre Le Paulle.

Le premier boursier non-américain des échanges AFS fut Pierre Le Paulle, étudiant à la faculté de droit de l'Université de Paris. Il est dommage de l'avoir oublié : Le Paulle est le symbole, la preuve même de l'internationalisme inhérent à l'esprit AFS dès le début de ses bourses.

Que savons-nous de Pierre Le Paulle ? On trouve quelques traces de lui dans le fichier de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) à Nanterre :

- Une thèse à l'Université de Paris.
- De la condition des Sociétés étrangères aux Etats-Unis
, Rousseau, Paris, 1923
- Traité théorique et pratique des trusts en droit externe, Rousseau, Paris, 1932
- "Retour du sud est asiatique et du Pacifique", conférence du 16 déc 1954
Les Echos, Paris

Parmi les papiers personnels d'A. Piatt Andrew aux archives de l'AFS à New York, se trouve une série de lettres écrites par Pierre Le Paulle, de février à juin 1920, lorsqu'il était à la faculté de droit de Harvard. Andrew était alors à Gloucester, dans le Massachusetts. Voici quelques extraits de ces lettres :

February 10th, 1920 Dear Mr. Piatt Andrew, It will be a very great pleasure and a great honour for me, to deliver the certificates sent by France, and to say a few words to the families of all the American soldiers who died during the war.

And I will come at Gloucester, on Sunday morning at 11.15 A.M.

I thank you very much indeed for your so kind invitation both at the ceremony, and at your home.

Unfortunately I cannot come on Saturday because I have a conference to make (in French !) at Boston.

As I understood, you do not ask me a long speech, but a short address. That will be much more convenient for me because I do not speak English very correctly nor fluently. But the few words I will be able to say will come directly from my heart.

You ask me what I did during the war. It is very simple. I was in the army before the war in the 23d dragons : and I have been one of the first soldiers to fight in Belgium. After that, I know the front from Arras to Verdun. I remained especially around Noyon. I don't speak of the croix de guerre : I did not bring any in America and I never wear it ! My rank is "aspirant". I am graduate from Saint-Cyr 1918. I was at the end of the war with the 4th Cuirassiers : (this regiment has the fourragère).

I will be very pleased to meet you soon and will thank you for the great honour which you cast upon me.

March 3d 1920. Cher Monsieur, Je me décide à vous écrire en français puisque vous connaissez ma langue maternelle beaucoup mieux que je ne puis connaître la vôtre [...]

April 20, 1920. J'ai suivi votre conseil à propos de la bibliothèque de droit américaine à créer à la Faculté de droit de Paris et j'en ai parlé à Pound. [...]

May 18, 1920. Je viens de recevoir un ordre de mission officiel me chargeant de la constitution de la bibliothèque américaine de droit à Paris. Je puis donc dès maintenant prendre des disposition pour intéresser des hommes de loi américains à cette question. Il y a actuellement une forte tendance à l'Ecole de droit de Paris à s'intéresser aux choses américaines dans les deux domaines = Economie politique et droit. On a créé un cours de droit comparé franco-anglo-américain et un cours sur le vocabulaire employé en droit américain. Naturellement, ils manquent complètement de matériaux, et, au cours du franc, ne peuvent en acquérir ici. Si les hommes de loin américains, qui aiment la France, ne la secoure pas dans leur propre sphère, ce mouvement prospérera difficilement. Si au contraire ils sont prêts à nous donner dans leur propre sphère ce que tant d'autres proprement américains nous ont donné dans la leur; on verra vite les étudiants français venir ici - des étudiants américains aller en France. Des "scholars" [?] l'Etude de droit comparé franco-américain apportent au droit américain une systématisation dont il a grand besoin. Bref, à tous points de vue, c'est une belle oeuvre, capable d'intéresser, je suis sûr, beaucoup de lawyers. Vous m'avez dit connaître à New York des lawyers qui s'y intéresseraient sûrement. Seriez-vous assez aimable pour leur écrire et leur donner mon adresse ; car je voudrais créer un comité de "prominent lawyers" qui représenteraient officiellement ce mouvement..

Pour en venir à un sujet plus personnel, je suis désolé de vous ennuyer encore avec moi-même, comme je vous le disais dans ma dernière lettre, j'ai retenu mon passage pour la France le 1er juillet prochain et je dois payer mon passage, au plus tard le 31 mai, sinon mon passage est annulé et je ne peux partir. Or avec la dépréciation du change ma bourse, payée en francs ne m'a permis que de vivre très modestement et me laisse incapable de payer mon passage.

Je voudrais savoir si vous avez réussi à me faire obtenir cette avance de 100 dollars sur ma bourse de l'an prochain dont vous aviez été assez bon pour vous occuper.

L'an prochain je me suis assuré un petit travail qui me remboursera ces 100 dollars.

Il se trouve donc que cette somme n'aura qu'une faible importance pour moi, en octobre, et en a une grosse, actuellement, puisque sans elle je ne puis faire mon voyage pendant lequel je compte faire beaucoup de choses :
(1) m'occuper de l'arrivée de vos boursiers dans le sens que nous avons précisé à Gloucester l'autre jour.
(2) faire un article sur la Rejection du traité de Paix par le sénat américain, dans la "Revue de Paris" (à ce propos, je vous demanderai peut-être un mot d'introduction pour Mr. Jusserand qui peut me donner de renseignements utiles).
(3) faire 2 articles de droit comparé franco-américains pour lesquels je dois prendre des documents là-bas.
(4) créer un comité français pour cette bibliothèque américaine,
(5) voir certaines grandes maisons françaises qui exportent en Amérique et qui ne réussissent pas pour des raisons très simples et faciles à éviter = leur exposer les remèdes que j'ai pu découvrir.

Et tant d'autres choses, encore ! !

Y a-t-il un article fait dans une grande Revue française sur l'ambulance Field Service ? Si non, je serais très heureux de le faire, à la Revue Hebdomadaire, par exemple, si cela vous faisait plaisir. Je vous demanderai les documents nécessaires.

Je vous demande pardon de vous déranger si souvent : votre grande bonté est seule la cause.

June 19, 1920. La continuation de votre oeuvre après la guerre d'une façon aussi discrète qu'efficace est une chose admirable et qui doit être connue en France. Ce sera une grande joie pour moi de faire un article sur cette oeuvre magnifique. Je pense que la Lecture pour tous serait peut-être la publication la mieux désignée pour atteindre une large portion du public, surtout si l'on veut joindre à l'article des photographies. [...]

J'ai changé mes plans de départ et je peux partir sur la Savoie, le 3 juillet. Je passe toute la semaine prochaine à Boston ; mais je vais à New York vers le 27.

Je tiendrais absolument à vous voir avant cette date pour déterminer ce que je dois faire à Paris pour vos étudiants, etc...

Je voudrais avoir un papier officiel comme quoi je suis envoyé à Harvard avec une Scholarship de l'ambulance field service ; afin de faciliter l'obtention de mon passeport pour revenir en Amérique, en septembre.

1c. Maurice Pérouse.

Que de choses se passèrent entre 1920 et 1936, une dépression économique entre autres ! Piatt Andrew, pour qui l'épopée AFS avait été une parenthèse dans une carrière politique, avait été élu député de sa région au Congrès américain. Les French Fellowships étaient gérés par l'Institute of International Education à New York et, à côté de Pierre Le Paulle, 163 Américains en avaient profité pour poursuivre des études universitaires en France. Il était temps que l'on remette en pratique le principe d'échange ! Andrew fit comprendre à l'Institute of International Education qu'il devait avoir de nouveau un French Fellow français ! L'"heureux élu" fut Maurice Pérouse. Arrivant à Boston peu après la mort d'Andrew, Pérouse n'avait jamais été informé de l'existence de son prédécesseur.

Le Who's Who en France de 1984 nous trace ce mini-portrait de Maurice Pérouse :

PÉROUSE (Maurice), Inspecteur général des finances (E.R.), Président de banque. Né le 24 mars 1914 à Saint Rambert (Rhône). Fils de Jean Pérouse, Ingénieur civil des Mines, et de Mme, née Juliette Bonnetain. Mar. le 23 mai 1951 à Mlle Monique de Fougères (4 enf. Denis, Christian, Olivier, Anne). Etudes : Externat Saint-Joseph et Lycée du Parc à Lyon. Dipl. : ingénieur de l'Ecole centrale des arts et manufactures. Master of Science du Massachusetts Institute of Technology (Etats-Unis). Carr. : Adjoint à l'inspection générale des finances (1945), Chef du service des opérations monétaires en Sarre (1947), Inspecteur des finances (1947). Chargé de mission à la direction des finances extérieures (1948). Professeur à l'Ecole nationale d'administration (1950-1953). Sous-directeur au ministère des Finances (1951-1953). Attaché financier auprès de l'ambassade de France à Washington (1953-1957). Administrateur de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (1956-1957). Secrétaire général du Comité monétaire de la zone franc (1957-1960). Conseiller technique au cabinet de Michel Debré (Premier ministre) (janv 1959 fév 1960). Directeur du Trésor au ministère des finances (1960-1967). Président du Comité de politique conjoncturelle du Marché commun (1963-1967). Inspecteur général des finances (1967). Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (1967-1981). Admis à faire valoir ses droits à la retraite (1982). Censeur du Crédit national. Administrateur de la Compagnie nationale Air France (depuis 1964), du Crédit foncier de France et de la Compagnie internationale des wagons lits et du tourisme (depuis 1968). Administrateur de la Banque européenne d'investissement. Trésorier de la Fondation de France (depuis 1968). Président de la Fondation scientifique de Lyon et du sud-est (depuis 1980). Président de Barclay's Bank S.A. (depuis 1982), Trésorier de la Fondation franco-américaine (depuis 1982). Décor. : Commandeur de la Légion d'honneur. Officier de l'ordre national de Mérite. Croix de guerre 39-45. Commandeur des Arts et des Lettres. Membre du Cercle de l'Opinion.

Maurice Pérouse est décédé en 1985.

Le 27 janvier 1971, M. Pérouse adressa un discours, "Souvenirs de l'American Field Service" à la Société des Amis de Blérancourt. Voici quelques extraits de ce discours :

Très bref donc, mon propos aura, si vous le voulez bien, un seul objet : rendre à cette institution particulièrement originale et généreuse qu'est l'American Field Service le particulier hommage de quelqu'un qui, par des voies inattendues, lui doit beaucoup de ce qu'il a eu l'occasion de faire dans la vie.

Prétendre apprendre aux Amis du Musée de Blérancourt ce qu'est l'American Field Service serait une sorte de gageure, tant sont étroits les liens entre les deux institutions. Le vouloir dire aux amis de ces amis, c'est-à-dire aux invités de ce soir, l'est peut-être un peu moins, car à vrai dire l'Institution, et surtout ses origines, sont peu connues ici. Que l'on me permette donc de relater brièvement cette belle histoire.

Elle commence en 1914 dès le début de la première guerre mondiale, à Paris même, sous la forme d'un hôpital militaire américain, dans l'actuel Lycée Pasteur à Neuilly, et d'ambulanciers volontaires, également américains, à bord de voitures Ford plus ou moins en cours de montage, le tout totalement improvisé, lors de la première bataille de la Marne. Elle se poursuit ensuite plus systématiquement sous l'impulsion de généreuses initiatives, et notamment grâce à l'action d'une personnalité très remarquable, Abram Piatt Andrew.[...]

A cette belle histoire un autre chapitre s'ajouta lorsque peu d'années après la guerre, les fonds de l'Association furent massivement accrus par le versement que fit Clemenceau du produit d'une tournée de conférences aux Etats-Unis ; l'ancien Président du Conseil effectuait ce versement "en souvenir de ses années d'étudiant aux Etats-Unis" en vue d'envoyer de jeunes Américains en France et d'amener nos étudiants aux Etats-Unis."

C'était d'ailleurs bien l'idée des fondateurs que de prévoir un mouvement dans les deux sens.

En fait, jusqu'en 1936, il jouera exclusivement dans le sens Amérique-France, et d'ailleurs, du fait notamment des effets de la dépression auxquels n'échappèrent pas les avoirs de la Fondation, avec une ampleur un peu moins grande que celle qui avait été initialement prévue.

C'est en 1936 - ou plus exactement à la fin de 1935 qu'un beau jour, le Directeur de l'Ecole Centrale où je poursuivais ma 3ème année, me convoqua dans son bureau pour me demander si j'accepterais d'être candidat à une bourse offerte pour la première fois par l'American Field Service à un jeune français élève d'une grande école.

Grand fut mon étonnement, bien sûr, comme le fut sans doute celui des élèves des autres écoles auxquels fut faite la même proposition, et plus grande encore, peut-être, notre perplexité à nous demander comment serait effectués la sélection entre nos candidatures enthousiastes, mais difficilement comparables, étant donné la diversité de nos activités.

Ce fut pour nous, habitués à la technique "mandarino"-française des concours et des points d'examen, notre premier contact avec la méthode, aujourd'hui familière ici, de la sélection par voie de comparaison des programmes proposés et des motivations présentées par les candidats.

Quoi qu'il en soit, j'eus à ma grande surprise la bonne fortune d'être l'heureux élu ; le programme proposé par mes soins, et bien éloigné de mes activités présentes, consistait à aller étudier aux Etats-Unis les techniques d'interconnexion des réseaux de transport d'énergie électrique.

Quelques mois plus tard donc, je débarquais du "Champlain" à New York, non sans m'être abondamment pénétré des Conseils à un jeune Français partant pour l'Amérique qu'André Maurois venait de publier et qui sous un volume très réduit, restent aujourd'hui encore l'une des meilleures introductions que je connaisse à un séjour dans ce pays.

C'était hier et c'est pourtant déjà très loin.

Auprès du prestigieux Normandie, la Transat disposait, chacun se le rappelle, d'une flotte de bien agréables paquebots. Périodiquement l'un d'eux, le Lafayette, faisait le trajet par Boston et Québec, offrant ainsi à ses passagers le luxe d'une croisière-traversée de 11 jours.

Quant au courrier entre les deux continents, il mettait bien entendu un temps appréciable, à moins que l'on n'utilisât avant qu'il ne brûlât un beau jour à New-York, le Grafzeppelin.

C'était l'époque où l'Amérique réveillée de la crise réélisait triomphalement Roosevelt.

A Boston où je me rendais, ne pouvant évidemment prévoir ce que serait 35 ans plus tard la vague actuelle d'antipuritanisme, Georges Santayana, professeur à Harvard, laquelle ventait de célébrer son 2ème centenaire, écrivait The Last Puritan.

Boston cependant n'avait point perdu son caractère traditionnel. Sur Beacon Hill, les "proper Bostonians" y cultivaient leur traditions et l'un d'eux jugeait un "jeune Français se rendant en Amérique" par ces mots ô combien bostoniens, "But he does know very decent people".

J'aurais souhaité évoquer ici quelques images de ce Boston encore très traditionnel et de ses institutions essentielles, de Boston Symphony Orchestra que dirigeait alors Koussevitsky, du Metropolitan Club, du Harvard Lampoon ! mais le temps me manque et puis à quoi servirait-il de feuilleter ce vieil album ?

Rien de tout ceci cependant n'empêchait qu'entre les deux continents s'accrût alors progressivement, mais combien gravement à notre détriment - nous ne devions pas tarder à en avoir bientôt la révélation - le "technical gap", ou plutôt le "technological gap", le retard technologique.

J'avais été assez présomptueux pour m'inscrire au Massachusetts Institue of Technology. Ce fut une sorte d'éblouissement que d'y découvrir à un moment où rien de comparable n'existait ici, ni sans doute ailleurs sur notre continent, un véritable monde de possibilités d'études avancées - au-delà de la licence ou des diplômes d'ingénieurs - non seulement dans le domaine de la recherche pure - nous avions peut-être moins de retard - , mais dans celui de la recherche appliquée et de la technologie. Plusieurs centaines de cours étaient offerts à l'étudiant déjà "Graduate", avec pour chacun une abondance de professeurs, de laboratoires, de documentation, dont à cette époque, nul n'avait ici l'idée.

Le sujet de ma thèse portait, l'avouerai-je, sur "la stabilité des réseaux de transport et de distribution d'électricité dans les grandes zones urbaines". L'expérience de l'immense et mémorable panne qui, il y a une dizaine d'années a, pendant je ne me rappelle plus combien d'heures, privé de courant tout le Nord-Est des Etats-Unis montre bien certes que je n'avais pas dû faire accomplir à cette science de très considérables progrès !


Mes réfléchissons au fait que pour nous livrer à cette étude, il y a 35 ans, une machine extraordinaire, comme il n'en existait alors que trois au monde, avait été mise pendant plusieurs semaines à ma disposition, et à celle d'un de mes camarades, comme moi très modeste étudiant étranger. Ce simple fait n'illustre-t-il pas rétroactivement certains des enchaînements de notre retard technologique, dont au fond bien peu en France mesuraient alors la véritable ampleur.

Et d'ailleurs à côté de ce "technological gap" déjà s'annonçait le "managerial gap". En 1936 le MIT ne proposait-il pas déjà à ses étudiants en sus d'une sérieuse liste de cours en "economics", que ne professait pas encore Samuelson, qui devait plus tard seulement en faire la notoriété, des cours de "marketing" et de "management". Ceux-ci certes n'étaient pas encore du niveau de ceux vers lesquels, dans les business schools américaines se précipitent aujourd'hui tant de jeunes européens. Mais où, dans les écoles d'ingénieurs de notre continent aurait-on pu en trouver l'équivalent ?

Rien d'étonnant, dans ces conditions, à ce que les grandes sociétés américaines vinssent abondamment interviewer les futurs diplômés pour leur offrir les plus séduisantes carrières. Me permettra-t-on, à titre d'anecdote, de raconter que parmi ces "interviewers", ces sergents recruteurs, se trouvait, l'année que j'ai passée à Cambridge celui... du corps des pompiers de New-York ! Peut-être en ne cédant pas à ses offres ai-je manqué mas vocations, mais je n'en suis pas moins fier, car il n'est du moins pas tellement fréquent de passer à côté d'une telle possibilité !

Me permettra-t-on surtout - et cette fois-ci je parle très sérieusement - m'exprimant devant ceux des Amis du Musée de Blérancourt qui les ont connus, de dire ici toute ma reconnaissance, plus spécialement à trois éminentes personnalités de l'American Field Service.

A. Piatt Andrew tout d'abord que je n'ai point connu personnellement, puisqu'il est mort quelques semaines avant mon arrivée, mais qui avait décidé cet appel à un boursier français ; son buste, qui figure à la dernière page de la brochure de Blérancourt, se trouve aussi, depuis 35 ans, identique , sur mon album de photos personnel.

A Stephen Galatti ensuite qui prit sa suite avec un coeur que se rappellent tous ceux qui l'ont connu, dont sans doute beaucoup dans cette salle.

A William de Ford Bigelow enfin, qui fut en quelque sorte mon parrain à Boston tout le long de l'année 1936-37, et qui, le 11 septembre 1938, fut aux cérémonies organisées pour inaugurer à Blérancourt le Musée de l'American Field Service, le porte parole de celle-ci. Cérémonies auxquelles par une faveur toute spéciale en pleine crise de Munich j'avais alors, jeune sous-lieutenant sur la frontière lorraine, obtenu du Commandant la permission de venir assister.

C'est pourquoi d'ailleurs, Monsieur le Président, sollicitant aujourd'hui même mon adhésion à la Société des Amis de Blérancourt, j'ai l'impression de lui avoir appartenu depuis plus de 30 ans.

2. Bureau national.

1957
8, rue des Marronniers, 75016 PARIS  Claude Egnell (1957-58)
1959
rue St Jacques, 75013 PARIS Danielle Nytrai (1958-1959)

rue du Dragon, 75006 PARIS  Danielle Romatet (1959-60)
1960
14, rue Daru, 75008 PARIS Charlotte des Dorides (1960-1966)
1963
39, rue Cambon, 75001 PARIS  Marie-Françoise Deroissy (1961-1972)
1972
6, rue Blomet, 75015 PARIS  Bernard Lesterlin (1972-1975)

20, rue de Longchamp, 75116 PARIS Gérard Le Gris (1975-1980)
1980
69 rue de Rochechouart, 75009 PARIS Francis Letellier (1984-1986)

93, rue des Vignolles, 75020 PARIS Robert Kaminker (1986)


Elisabeth Gabrillargues (1986-1989)
1988 46, r du Cdt J Duhaïl, 94132 FONTENAY  Philippe Choukroun (1990-1991)
1991

Claude Hubert (1991- )

 

3. Le Conseil d'Administration

1950-58 : Comité de l'American Field Service. Office des Universités. Président, le recteur Bayen. Membres: deux dames américaines, David Carter, un seul représentant d'AFS (Charlotte des Dorides). Galatti était très mécontent avec cet état des choses.

1958-72 : Comité de l'American Field Service sevré de l'Office des Université, sous la présidence de Jean Auba (1964-1969), avec la participation de Raymond D. Young, David Carter, etc

1972-1985 : Nouveau modèle (Association 1901) : AFS-Vivre Sans Frontière. Michel Antoine, Francis Letellier, Michel Antoine, Marc Gäntzer, Monique Lenfant

1985-1990 : Modèle PME : Lionel Fourrat, Robert Kaminker, Bernard Kühl

1990- : Redéfinition : Anne Depaulis, Sylvie Hittinger

 

4. Bref Aperçu historique

1946:   Participation française gérée à partir d'AFS New York, en passant par l'Office
des Universités (associé depuis 1919 à la gestion des French Fellowships)

1950:   Création de l'Association Comité français de l'American Field Service ; les dossiers des candidats sont maintenus à l'Office des Universités

1958:   AFS France se libère de la tutelle de l'Office des Universités, débuts administratifs du bureau national sous la direction d'une Overseas Representative

1965:   Agrément du statut Utilité publique

1969:   Entrée au CNAJEP

1971:   Participation plus active de l'Association dans la gestion du bureau national

1982:   Agrément Jeunesse et Sports

1985:   Début d'un mouvement vers le modèle "entreprise associative"

1986:   Irrégularités dans la comptabilité

1987:   Redressement


5. Documents

a. extraits du Bulletin de l'American Field Service en France, mai 1960

LETTRE OUVERTE

Chers AFSers,

Je vous adresse un appel, je dirais même un SOS pour vous demander instamment de faire acte de solidarité en vous mettant en campagne pour nous aider à trouver des familles françaises pour recevoir nos jeunes américains qui doivent arriver en France dans quelques semaines.

Voici la situation critique dans laquelle nous nous trouvons : pour le programme d'été qui commence le 17 Juin nous n'avons pu trouver que 16 familles dont 8 seulement par l'intermédiaire de l'AFS, 4 ayant déjà reçu et 4 nouvelles; 8 trouvées en dehors de l'AFS dont 2 ayant déjà reçu, alors que notre objectif était de 60.

Comment pouvons-nous rester indifférents ou impassibles devant un tel échec, qui risque non seulement de nous mettre dans une situation très embarrassante, mais de porter atteinte à nos programmes futurs.

Vous "Les Returnees" avez tous ressenti à votre retour des Etats-Unis une dette de reconnaissance que vous avez résolu de payer un jour. Vous pouvez nous aider en vous mettant immédiatement en campagne (il reste quelques jours seulement) pour trouver des familles ; en le faisant vous aurez non seulement apporté la preuve de votre dévouement à notre chère Association, mais vous aurez aussi contribué à sauvegarder la participation de vos cadets dans les programmes futurs ; car qui pourrait s'étonner devant un échec si cuisant (si il se confirmait) que nous voyions notre quota de boursiers aux USA diminuer en faveur d'autres pays de l'Europe. Pays qui auraient mieux compris le sens de la réciprocité.

La situation pour le programme d'automne, quoique un peu plus éloigné de nous, reste néanmoins peu satisfaisante. Sur notre objectif d'un minimum de trente familles nous n'en avons trouvé que seize à l'heure actuelle.

Je suis certain que cet appel ne sera pas fait en vain ; nous comptons beaucoup sur l'action des comités locaux, mais aussi et surtout sur les efforts de chacun de vous.

Dès que vos démarches seront couronnées de succès, signalez immédiatement à Mademoiselle des Dorides les noms et adresses de familles consentantes pour lui permettre de mener activement leur acceptation définitive.

D'avance au nom du Comité Français et au nom de nos jeunes amis américains qui attendent anxieusement notre réponse : un grand Merci !

Raymond B. YOUNG
Délégué Général du Comité Français


La Province à Paris

Que font donc les "Returnees" ? C'est une question que l'on se pose quand on voit que c'est en atteignant le nombre de 200 que les Returnees de Paris ont organisé un Comité Parisien.

Et que dire de l'absentéisme chronique dont souffre chaque réunion de ce comité ? Est-il concevable qu'une dizaine seulement de "Returnees" consentent à aller donner quelques conseils aux futurs boursiers lors d'une réunion spécialement organisée à cet effet, et qu'il s'agisse en majorité de provinciaux faisant leurs études à Paris ? Mais il ne faut pas se contenter d'enregistrer ce navrant état de fait. La comparaison avec les pays étrangers où les Comités de "Returnees" sont si vivants montre une chose : la sélection est à revoir dans son principe de base ! Il faut bien se souvenir, comme l'a dit Pierre Mohos lors de la session d'orientation, que l'année aux USA n'est qu'une étape dans la vie d'un AFSer. Jusqu'ici les returnees français ont pris le moyen pour la fin. Que l'échec de leur entreprise contribue à faire attribuer dorénavant ces bourses à des jeunes capables de bien représenter leur pays, et de faire leur devoir consciencieusement à leur retour.

C'est grâce à des réunions bien conçues comme celle du jeudi 28 Avril que l'on pourra inculquer ces saines idées à nos futurs camarades.

Jean MANDELBAUM, AFS'57

 

b. extraits du Bulletin de l'American Field Service en France, No. 3, Octobre 1960

EDITORIAL:

Notre troisième numéro sort avec un enthousiasme nouveau de la part de l'équipe qui y participe grâce aux nombreuses réponses reçues au questionnaire (dont vous trouverez un compte-rendu en 5eme page), mais surtout grâce aux réactions à la lettre ouverte de Mr. Young.

Le ton convaincant de Mr. Young, stimulant l'esprit d'initiative des AFS nous a permis de passer de 16 à 34 familles pour l'été (28 étudiants), et de 16 à 23 familles pour l'automne.

Ceci reste insuffisant mais malgré tout, le courrier qui nous est arrivé au lendemain de la réception du Journal nous a fortement encouragé à vous demander plus que jamais votre participation à notre effort.

La rédaction.

 

c. extraits d'A.F.S. FRANCE, No. 9, Octobre 1962

Le Baptême de la Promotion 63

81 Nouveaux AFS s'ajoutent cette année à la liste française. 38 d'entre eux sont partis de Madrid par Avion, 43 se sont embarqués au Havre sur le Seven Seas le Dimanche 29 Juillet. Ces derniers ont subi pendant deux jours une préparation intensive au centre d'accueil de l'U.C.J.G. du Havre. Cette formule appliquée pour la deuxième fois en France a pour but de préparer les jeunes à leur séjour aux Etats-Unis, à les informer plus amplement sur l'AFS, son but et son esprit.

Charlotte des Dorides, organisatrice de cette réunion fut secondée par sept returnees : Gilles Ménage, président de la promotion 62, Gilles Eschallier, '62, Jean Dezombre, Président de la Promotion 61, Chantal Bardenet '60, Annie Latuillère '58, Annie Lechevalier '58 et Philippe Piot '58.

La première séance du samedi fut consacrée à la présentation des principaux aspects de la vie américaine et des problèmes susceptibles de se poser aux jeunes dès leur arrivée aux Etats-Unis : la famille américaine et la place de l'AFS dans cette famille, l'école et ses activités, la jeunesse américaine ( les dates, les tabous : l'alcool, l'argent,le tabac.), la religion, la communauté américaine,les voyages de l'AFS'er aux Etats-Unis, le bus trip, le boat trip...

Le samedi après-midi donna lieu à une discussion ouverte portant sur les problèmes pratiques du recrutement et de la sélection des candidats : constitution des dossiers, visites à domicile, interviews, etc... cette discussion permit à Charlotte des Dorides de recueillir des suggestions utiles quant à l'amélioration de la sélection.

Un troisième séance d'information fut organisée dans la soirée : les AFS se réunirent en petit comités "par région" autour d'un returnee qui leur exposa des caractéristiques essentielles de leur prochain "Etat d'Adoption".

Les différentes réunions n'eurent cependant rien de "formal" ou de doctrinal. Elles permirent au contraire des contacts plus étroits entre les jeunes de la promotion '63 d'une part, entre les returnees et la "nouvelle couvée" d'autre part. Ne croyez pas non plus que les distractions furent exclues pendant ces jours : chants, visite du France pour certains, baignades à la plage pour d'autres, donnèrent l'occasion de se détendre et de se mieux connaître.

Enfin, si l'on mesure le résultat de ces deux journées de préparation à l'enthousiasme manifesté par les jeunes lors de leur montée sur le bateau, il semble qu'elles aient été un succès pour l'AFS.

Annie Lechevalier '58

"Seven Seas" Journal de Bord

Je commence aujourd'hui ce journal de bord sur le SS, ce journal qui consignera à la fois nos espoirs, nos joies et nos peines.

29 Juillet. Et c'est, au milieu des chants et des cris de chaque groupe, l'enthousiasme des premières rencontres, le désordre avide de questions. Notre réunion d'organisation au "Bavarian Bar" est une dernière trêve avant les courses effrénées et les bousculades... et la danse.

30 Juillet. Une nouvelle journée ! La gamme des activités que nous présentent les divers responsables AFS est époustouflante. Mais, en même temps qu'apparaît le premier numéro de notre "Billow Blab", les premières atteintes de la redoutable... et redoutée... "Sea-Sickness", se font sentir.

31 Juillet. Après le quart d'heure de gymn., et l'étude de vieilles chansons françaises, nos "journalistes" se ruent à l'assaut du groupe turc. Nous assisterons ensuite à une conférence par G. Edgell sur l'AFS., et à un excellent concert de jazz par un orchestre hollandais. Et c'est, dans la soirée, le bal costumé "thrilling". Le prix en revient aux Italiens.

1 Août. Au sein de l'exposition générale d'information organisée par tous les groupes nationaux, le pavillon français remporte un vif succès, malgré l'absence de tout drapeau. Et nous nous sentons presque une "âme d'Américaine", le soir, avec les chants de l'"American Song Hour".

2 Août. Les formalités absorbent cette matinée, que nous complétons par une séance culturelle d'information sur Athènes et sur le Football Américain. Autre genre de culture l'après-midi avec une initiation au twist par Judy, après quoi nous en élisons les maîtres incontestés.

3 Août. Les Forums débutent. G. Edgell et son équipe présentent un aperçu de la géographie et de l'histoire américaine le matin, et l'après-midi les aspects de la politique U.S. Puis le groupe organise une séance de projections sur la France. Grand succès, mais on sent nettement le manque de préparation.

4 Août. Suite des Forums. G. Edgell poursuit, par une série d'exposés portant sur l'éducation américaine et la religion aux US, pendant que, de leur côté, les sportifs s'initient aux règles de Base-Ball. le soir "Sea -Sing" pour lequel le groupe français a travaillé depuis deux jours et qui se solde par un beau succès.

5 Août. En début de matinée, réunions de prières. Puis vers onze heures, G. Edgell parle avec beaucoup de tact de la ségrégation raciale aux US. Dès le début de l'après-midi, toutes les filles se mettent à se "faire belles" pour la soirée : dîner du capitaine suivi d'un "talent show" très brillant. Le point d'attraction principal est surtout le costume "pakistanais" et Colette Lapeyre se distingue en interprétant du Fauré au piano.

6 Août. Dernier jour sur le bateau. L'arrivée à N.Y. est attendue avec un peu d'anxiété et d'impatience ; c'est le moment de laver, de repasser, de boucler les valises, et de faire la chasse aux autographes. Dans l'après-midi, dernière réunion du groupe Français, à l'issue duquel nous élisons le président de promotion. Dernière soirée très appréciée grâce aux Negro Spirituals présentés par le "Glee Club". Il nous faut cependant aller nous coucher tôt : la journée de demain sera rude et longue.

"Nous ne pouvons pas anticiper et de toute façon, vous connaissez l'arrivée à New York."

[Le nom de l'auteur n'est pas indiqué]


d. extraits d'A.F.S. FRANCE, No. 11, Mai 1963

La grande famille AFS française a été très attristée par le décès de Pierre MOHOS AFS '54, survenu le 20 mars 1963, après une longue maladie.

Pierre comptait de nombreux amis parmi nous, et tous ceux qui l'ont connu, soit aux réunions, soit au cours de séances de travail, ou comme chaperon se souviennent de sa personnalité si sympathique.

En pensant "AFS" nous songerons toujours à Pierre qui en incarnait si totalement l'esprit.

REFLEXIONS DE PIERRE MOHOS SUR L'A.F.S.

Les malentendus multiples qui séparent les nations étrangères et qui se transmettent sous forme de préjugés invariables ne sauraient mieux être dissous que par les jeunes.

Souvent cependant les circonstances politiques et géographiques se prêtent mal à des rapprochement féconds : il en est ainsi des Etats-Unis. Les solides préjugés des Français sont sans doute d'autant plus difficiles à extirper que de nombreux récits et même la fréquentation de certains touristes ont laissé une image dorée d'un pays de gratte-ciels et de millionnaires. Il est si facile d'accepter cette image et d'y accrocher quelques idées vagues sur une culture de base de whisky et de starlettes.

Le reportage photographique même ne saurait dissiper ces idées d'autant que, à distance, nous interprétons toujours dans notre sens. Le seul moyen de voir et surtout de comprendre les Etats-Unis tel que les Américains les voient c'est de les vivre comme les Américains eux-mêmes. nous rions en effet de ces touristes qui confondent la France avec les Folies Bergères et la Tour Eiffel ; nous devrions voir aussi que les Américains sont en droit d'en faire autant de ceux qui jugent leur pays d'après Hollywood et la série noire.

C'est pourquoi l'A.F.S. donne des bourses à des jeunes, suffisamment jeunes pour avoir encore l'esprit ouvert et accepter un monde différent du leur sans le juger avec leurs propres critères.

Ce que nous avons essayé de faire ce n'était pas de comparer et de décerner des étages ou des critiques, c'était de comprendre un autre monde, où pourtant les hommes étaient semblables à nous.

C'est ainsi que dans mes contacts journaliers avec l'enseignement américain et surtout le secondaire j'aurais pu suivre la voie la plus facile et sourire devant le manque de culture américain. Mais au lieu de les juger comme s'ils étaient des écoliers européens il fallait voir quel but leurs maîtres poursuivent dans leur système apparemment bizarre.


e. extraits d'AFS FRANCE, octobre 1966

EDITORIAL

Nous avons vingt ans...........

Que de chemin parcouru depuis vingt ans que l'A.F.S. France existe....

VINGT ANS.... C'est l'âge où les multiples projets de l'enfance peuvent enfin se réaliser, c'est l'âge où l'on a encore assez d'enthousiasme et déjà assez de raison pour tirer l'enseignement d'expériences heureuses ou malheureuses, c'est l'âge enfin où l'on sait "faire face".

Notre Association a donc atteint l'âge adulte, ses assises sont solidement établies à l'échelon national et à l'échelon local, la machine fonctionne bien, les chiffres que vous rencontrerez plus loin le prouvent.

Tout comme plusieurs promotions doivent se succéder avant que l'Association d'Anciens Elèves d'un Lycée neuf joue un rôle réellement actif, l'A.F.S. a maintenant "assez de bouteille" pour avoir son association amicale d'anciens.

Notre Association Nationale des Returnees a donc vu le jour l'an dernier. L'enfantement ne s'est pas fait sans douleur mais la bonne volonté et les efforts de tous ceux qui ont l'idéal AFS à coeur ont permis à cet enfant attendu de tous, de faire vaillamment ses premiers pas.

Des returnees que cette idée intéressait se sont donc réunis le mois dernier en séance de travail avec les Délégués Provinciaux venus à Paris pour leur réunion annuelle. Un projet qui répond aux besoins de la vie de notre Association et aux désirs de chacun a été élaboré. Vous trouverez plus loin les grandes lignes de son organisation définitive. Ce journal que vous allez parcourir en est la première manifestation.

Le coup d'envoi est donné.

Souhaitons donc une existence longue et heureuse à l'Association Nationale des Returnees de l'American Field Service.

Alain WERBROUCK '59
Membre du Conseil d'Administration

[...]

ASSOCIATION NATIONALE DES RETURNEES (A.N.R.)

L'Association Nationale des Returnees est chargée d'organiser toutes les activités culturelles et récréatives destinées à maintenir des liens amicaux entre les anciens boursiers de l'A.F.S. en France.

Soit à la demande de returnees, soit de sa propre initiative, le Conseil d'Administration favorise la création de commissions chargées de la réalisation de projets spécifiques. Elles agissent avec l'accord préalable du Conseil d'Administration et sous sa responsabilité.

Dans chaque Délégation Provinciale de l'A.F.S., un (ou plusieurs) responsables se chargera tout particulièrement des rapports avec l'A.N.R. et les diverses commissions.

Un returnee, membre du Conseil d'Administration, sera chargé plus spécialement de coordonner les activités de l'A.N.R. et de la représenter au sein du Conseil.

Les Commissions existant déjà sont :

1 - La Commission du Journal (Commission permanente)
2 - La Commission d'Organisation de l'Assemblée Générale
3 - La Commission du village de vacances A.F.S.

D'autres Commissions doivent prochainement être créées : celles chargées de la mise à jour du fichier, de la compatibilité des cotisations, de la coordination des demandes de subventions, des activités théâtrales, etc...

Bien entendu, des Commissions peuvent se créer en Province pour des projets d'intérêt local ou national.

Les candidatures en tous genres seront les bienvenues, les idées de nouvelles Commissions seront examinées avec attention.

Vous pouvez écrire au responsable provisoire de l'Association Nationale des Returnees :

Alain WERBROUCK - 35, rue Deconynck - 59 LILLE

 

f. extraits d'AFS FRANCE, octobre 1967

Walk Together, Talk together... ou
Je crois encore à l'International Understanding...


Il y a moins d'un siècle, Rudyard R. KIPLING écrivait :
"Oh East is East and West is West, and never the Twain shall meet, till earth and sky stand presently at God's great judgement seat" (Oh l'Est est à l'Est et l'Ouest est à l'Ouest et jamais ni l'un ne l'autre ne se rencontreront si ce n'est au Jugement dernier).

Il aurait sans doute été considéré comme un fou dangereux celui qui aurait alors prédit que non seulement l'Est et de l'Ouest, mais aussi du Nord et du Sud près de trois mille cinq cent étudiants de près de soixante-cinq pays du monde iraient passer un an dans une famille américaine et étudier dans une école de ce pays, et que quinze cents jeunes américains iraient dans tous ces pays vivre eux aussi cette même expérience et tant que jeunes ambassadeurs de leur pays.

J'ai vu quelques-uns de ces étudiants avant leur départ de France, et de plus je me souviens de ce que j'ai ressenti il y a quelques années avant de m'embarquer pour les Etats-Unis. Comme eux je me prenais un peu pour un explorateur prêt à aller découvrir quelque pays étrange, lointain et un peu effrayant, mais en même temps si attirant, que je pouvais difficilement attendre que l'avion décolle. J'ai vu quelques-uns de ces étudiants au retour de leur communauté américaine portant encore leur "senior ring" ou le sweat-shirt de leur école, hésitant encore en parlant Français, et tous ne pensant qu'à l'Amérique, Amérique où ils avaient laissé leurs amis d'un an, leur seconde famille, leur école et parfois même une petite partie de leur coeur. Eh bien ! le temps a passé pour eux aussi vite qu'il a passé pour moi. Ils ont enlevé bientôt leurs socquettes blanches, remisé le sweat shirt dans un placard, comme un beau souvenir, et ils sont redevenus français. Avec le recul, leur esprit critique s'est développé, et ils se sont rappelés que l'Amérique n'a pas qu'un seul visage où tout est rose. Ils se sont souvenus du jour où ils ont découvert à proximité du quartier souriant où ils habitaient le bidonville du quartier noir. Ils se sont souvenus des débats passionnés qu'ils ont eus, sur la politique française ou américaine. Ils se sont souvenus de la conversation qu'ils ont eue, avec ce fermier d'un pessimisme prophétique, avec ce chauffeur de taxi noir à Washington qui leur a crié son drame du fond du coeur, et surtout ils n'ont pas oublié les contacts permanents qu'ils ont eus pendant un an avec des jeunes de tout milieu social, de tout contexte racial ou économique grâce auxquels ils ont pu découvrir le vrai visage des Etats-Unis, qui leur est revenu à la mémoire, au retour, grâce à une certaine maturité et à un certain recul. Il est dommage que quelques uns ne parviennent jamais à cette réadaptation gardant toujours une vision enfantine des choses. C'est l'exception heureusement.

Le dix-huit juillet mil neuf cent soixante-trois à WASHINGTON, un groupe d'étudiants parmi lesquels je me trouvais, fus reçu à la Maison Blanche pour la dernière fois par le Président John F. KENNEDY, et ce qu'il nous dit ce jour-là je m'en souviens aujourd'hui : "l'effort qui a été accompli pour vous envoyer aux Etats-Unis et pour envoyer les étudiants des Etats-Unis à travers le monde ne l'a pas été simplement pour vous procurer une année intéressante ; il n'a pas été réalisé pour qu'à votre retour vous soyez un ami des Etats-Unis, mais bien plutôt un ami de la Paix, un amis de tous les peuples, et pour que vous vous battiez où que vous soyiez dans votre pays ou ailleurs pour construire un monde où règne la compréhension entre les peuples, et où nous puissions avoir quelque espoir de paix. Si nous parvenons à faire cela, notre génération sera la plus remarquable de l'histoire du monde".

Le Président KENNEDY savait que de retour chez nous, nous ne serions pas transformés en "teenagers" américains, mais qu'au contraire cette année nous aurait appris à aimer notre pays et à respecter la compréhension entre les peuples. Nous savions alors que nous avions des amis non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde entier ; un récent voyage en Turquie me l'a encore prouvé et que quelle que soit la langue qu'ils parlent, quelle que soit leur religion ou leur race, leur nationalité ou leur appartenance politique, ils sont tous des êtres humains, épris comme nous le sommes de paix et de liberté.

Voilà ce que l'AFS nous aura donné et voilà pourquoi je voudrais que ceux qui reviennent n'oublient pas que leur mission n'est pas terminée alors, mais qu'elle ne fait que commencer, et que l'on compte sur eux pour que chaque année davantage de jeunes gens et de jeunes filles puissent vivre la même expérience et adopter le même idéal.

La compréhension internationale, nous sommes encore nombreux à y croire et voilà pourquoi nous luttons pour accroître chaque année le nombre des AFSers, pour promouvoir cet idéal dans toutes les nations.

Les discordes, qu'elles soient à l'échelon individuel au sein même de l'AFS parfois, ou à l'échelon international sur le plan politique sont de peu d'importance comparées avec les liens durables d'amitié que nous avons contractés et qui demeurent en nous, même si nous l'ignorons parfois.

Voilà pourquoi beaucoup d'entre nous demeurent optimistes et n'hésitent pas à crier : Vive l'American Field Service !

Jean-Louis BROCHEN '63, Délégué régional du Nord

[...]

REFLEXIONS D'UNE RETURNEE

Les divers articles et lettre du dernier numéro du journal de l'AFS ont suscité en moi de vives réactions ; bien plus ils m'on amenée à remettre en question toute mon expérience AFS et à faire un bilan après deux ans de vie française.

En fait la question revenait à : "Am I any better ?" Je savais en partant que je changerais et je ne pouvais qu'espérer que ce changement se fît en mieux. Ce n'est pas à nous d'en juger mais il est des choses dont j'ai pu me rendre compte chez mes différents camarades de promotion et de l'AFS en général, et dont j'ai discuté avec parents et amis.

Lors de Midway '65, George EDGELL nous confia - et le souvenir en est encore frais en ma mémoire - "I am afraid, I am afraid because during your stay you gained many abilities ; and I am afraid you may use it not for good, but for evil" (end of misquotation). Notre pouvoir acquis par l'AFS n'est-il pas d'être devenus plus objectifs, d'être devenus des hommes de bonne volonté ?

Et c'est à ce propos que j'aimerais parler de l'engagement ou plutôt du "concernement", si un tel mot existe. Car il me semble que c'est là la fin première de l'AFS : faire de nous des gens "who feel concerned", des gens qui ne restent pas indifférents mais qui prennent position et agissent. C'est bien beau de parler ensemble et de marcher ensemble, et ce que j'ai pu apprendre dans mes voyages ultérieurs, me fut au plus haut point profitable !

Mais l'on pourrait ergoter ainsi "ad vitam aeternam". L'AFS n'est pas une école de rhétorique. Ce devrait être pour nous une école pratique car l'année passée aux USA n'est qu'une partie du programme ; d'ailleurs le fait que cette année se soit passée aux Etats-Unis n'est pas le plus important. Ce qui est important c'est qu'elle ait fait de nous des gens capables de s'adapter à des circonstances extraordinaires en gardant leur personnalité propre et par cela même, en l'enrichissant. Et il n'est pas honnête de garder cette richesse pour nous-mêmes en un petit club AFS bien fermé, bien au chaud ; il faut en faire profiter les autres, "and that is the question" ; How ? " Non pas en se vantant et se sentant nettement supérieur au reste de l'humanité et de l'AFS - et en le disant ! -mais en s'engageant dans ce qui est la réalité, c'est-à-dire notre vie de FRANCAIS.

Ce n'est pas là une conception idéaliste de l'AFS, mais ma conviction personnelle, et bien plus que cette conviction, je puis apporter celle de mes parents qui reçurent en '64-'65 un Américain du WP, qui depuis ont accueilli sa famille et la mienne, et mes amis de là-bas. Pour eux aussi, qui sont des gens engagés - et cet engagement peut aussi bien être religieux que politique que social - l'AFS a ouvert des horizons en remettant en question l'unité de la famille, les forçant à affirmer leurs positions sur tous les problèmes qu'ils venaient d'aborder.

L'AFS n'est pas une franc-maçonnerie, une occasion de plus de sortir avec les petits copains avec lesquels l'on a si bien "rigolé" sur le bateau, un vague remords de ne pas aller plus souvent coller des enveloppes pour le Bureau, mais une tournure d'esprit, presque une manière de vivre, de vivre pleinement.

Marie-Claude MONFRAIS '65

CORRESPONDANCE

Les articles de Claude RAYNFELD '58 et François LORIN '57, qui déploraient l'absence de participation des returnees aux activités de l'AFS (Journal Juillet '67) ont suscité des réactions diverses de la part des returnees. Nous publions aujourd'hui des extraits de lettres qui expriment des points de vue différents.

Nous vous rappelons que les idées exprimées n'engagent que leurs auteurs.

Réponse de Jacques MANSEAU '62, Secrétaire du Conseil d'Administration, à François LORIN :

Je n'ai pas l'intention de répondre à tous les arguments de la Tribune Libre de François LORIN parue en juillet dernier. Je sais au moins que tous ceux qui connaissent au minimum l'esprit régnant dans tous les groupes de travail existants (comités de province ou commissions spécialisées dont le nombre augmente toujours), n'accordent pas beaucoup de crédit à ses allusions. Je tiens seulement à préciser ici un point qui a irrité, avouons-le, ma susceptibilité : "notre Association serait mise en tutelle par les services de l'Intendance", c'est-à-dire en clair, le Conseil d'Administration se laisserait diriger et même berner par le Bureau. Je vous propose de relire tout simplement l'article 1 des Statuts du Comité Français de l'American Field Service :

a.1 : l'Association dite "Comité Français de l'American Field Service" a pour objet, dans le cadre de l'Association AFS dont le siège est à New York (USA) :
a) de seconder celle-ci dans la réalisation de son programme d'échanges culturels franco-américains, en organisant l'accueil et en participant à la sélection etc...
b) de servir de lien entre les boursiers français de l'AFS de chaque promotion après leur retour.

Voilà notre rôle. Je crois que nous faisons de notre mieux pour le remplir, ce n'est pas toujours facile, mais nous arrivons à des résultats toujours plus importants et aussi très rassurants quant à la confiance qu'on peut faire à l'idéalisme humain.

Je ne citerai que deux exemples:
- pour seconder la réalisation des programmes, nous leur apportons par exemple les résultats d'une campagne d'obtention de fonds (dans la mesure de nos possibilités légales) qui s'avère toujours plus "payante", qui prend cependant beaucoup de temps et d'énergie, mais qui nous a permis de financer entièrement le "Bus Trip" des Américains en France l'été dernier, mais même d'envoyer une contribution à New York composée d'un chiffre et de beaucoup de zéros par derrière. En aucune manière le bureau n'est habilité à s'occuper de cela.

- pour servir de lien entre les boursiers, le calendrier des activités mis au point par le Conseil d'Administration est assez bien fourni. Ces activités sont fréquentées : on y discute, on s'y plaît en général. D'autre part si j'en juge le nombre de questions abordées à chaque Conseil, et posées à celui-ci par de nombreux correspondants AFS, si j'en juge encore le nombre de lettres auxquelles je réponds après décision du Conseil, je crois que ce fameux lien existe déjà. Là encore le Bureau n'est pas habilité à connaître ces affaires. Ceci est bien clair dans l'esprit de Marie-Françoise et Bénédicte. Je ferais aussi remarquer que tous les problèmes relatifs à notre Association ont toujours été réglés par le Conseil et quelquefois contre l'avis de l'Overseas Representative ( qui a une voix consultative ). François LORIN devrait le savoir, cela l'a concerné ces derniers mois. Je signale aussi pour information que tous les pouvoirs en blanc renvoyés au Bureau à l'occasion d'une Assemblée Générale sont remis obligatoirement à notre Président qui en dispose souverainement.

J'espère avoir été assez clair. Il reste que l'Overseas Representative et le Conseil d'Administration ne doivent pas marcher comme deux aveugles qui ne se rencontrent jamais. Notre rôle primordial est d'aider, grâce aux anciens, à l'amélioration et l'accroissement de toute l'organisation. Pour cela je ne pense pas qu'il faille uniquement se perdre en "réflexions de haut niveau". Je crois beaucoup plus en l'action concrète et immédiate. Si on veut une association comme on la désire, on n'y trouvera que ce qu'on veut bien y apporter. Et ce sont beaucoup plus les actes positifs que la spéculation vaine et stérile qui amènent une solution aux problèmes AFS (s'il y en a). C'est en améliorant la sélection, donc en aidant au maximum l'OR ( pauvre intendance !", qu'on trouvera les meilleurs boursiers, donc les meilleurs membres de l'AFS.

Jean-Pierre LUDWIG '60 :

J'admire ceux de nous qui chaque année, après dix ans, quinze ans de collaboration, continuent à dépenser leur temps et leur énergie pour la cause AFS. Mais soyons réalistes : les débuts dans la vie professionnelle et familiale amènent beaucoup de nouveauté, des responsabilités et d'activités avec eux et laissent peu de temps. La vie d'étudiant, en dépit de l'angoisse des examens et du travail qu'elle comporte est sur le plan de la liberté dans le temps, une époque privilégiée.

Plus tard je suppose, lorsque l'on approche de la quarantaine, que famille, maison, profession sont devenues immuables, on retrouve de nouveau cette liberté, cette stabilité tant désirée. On peut alors redevenir un membre actif, au sein de l'AFS, si le coeur est resté AFS pendant tout ce temps. D'autre part, localement, on doit avoir à cet âge une certaine influence. Les anciens, tel Michel DELANDE '49 atteignent maintenant ce stade, mais ils sont rares. Les promotions suivantes sont plus nombreuses. Bref, voici mon point de vue sur la question des défections des returnees. Je les trouve normales. C'est avant, au retour des USA, et après, lorsque les enfants on grandi, que l'on peut être véritablement actif.

Je pense que les jeunes returnees doivent pouvoir créer le roulement nécessaire et suffisant à la bonne marche de l'AFS s'ils sont guidés par le bureau et par un petit pourcentage d'anciens "mordus pour la vie".

Quant à ceux du "milieu", dont je fais maintenant partie, beaucoup restent de coeur très AFS et accepteront bientôt, j'en suis sûr, d'effectuer quelques visites à domicile.

 

g. extrait AFS FRANCE, No. 7-8-9, Avril-Juillet-Octobre 1968

LES AFS AU CAMPUS

L'année AFS, aujourd'hui comme il y a dix ou quinze ans, se termine le plus souvent dans les pleurs et dans les serments. Puis les années d'étudiant passent bien vite, sont généralement impécunieuses, mais nombre d'AFSers s'arrangent pour retourner aux Etats-Unis dans les dix ans qui suivent, à des occasions très diverses : parfois pour de brèves vacances, parfois pour y travailler, mais les plus nombreux y reviennent pour se perfectionner au terme de leurs études universitaires en France.

AFS'56, j'ai moi-même eu la chance d'y retourner en 1963, pour deux ans, à la "Harvard Business School", dans le cadre du programme des bourses Fulbright.
[...]

l'Amérique après l'AFS

Le contraste est assez frappant entre les deux types d'expériences. L'année A.F.S. est glorieuse et calfeutrée. Il n'est certainement pas nécessaire de la décrire, mais vous savez tous que l'A.F.S. moyen est pendant une dizaine de mois le héros cajolé et écouté d'une petite communauté américaine qui le dorlote et le protège de tout ce qui pourrait le blesser et lui donner une idée par trop défavorable de l'Amérique. L'apothéose du "Bus Trip" contribue à créer un climat d'euphorie générale.

Lorsqu'on retourne aux Etats-Unis après plusieurs années d'études en France, l'ambiance est toute autre. D'abord on a soi-même beaucoup mûri (grâce à l'année A.F.S.). On a digéré sa première expérience américaine et si l'on est toujours prêt à considérer l'Amérique avec sympathie, cette sympathie est plus nuancée, plus critique et aussi plus réaliste. D'ailleurs l'Amérique a elle aussi beaucoup changé entre-temps. Celle que l'on a connue et aimée est différente : les gens ont vieilli, le petit monde auquel on s'était attaché n'existe plus, et beaucoup d'amis ont déménagé !

C'est une nouvelle Amérique que l'on découvre, plus vraie, plus dure, celle des trains de banlieue, des "luncheonettes", des quartiers pauvres, des ghettos noirs, des grands hôtels et des grands espaces. Pour la première fois, on se trouve réellement confronté avec l'Amérique en liberté, autrement plus séduisante et exaltante, mais aussi plus inquiétante et captivante que celle de la belle année A.F.S. L'adolescence et ses mirages sont bien finis. On a cessé de jouer, on prend part à la vie, et on prend des risques. Complètement immergé dans la vie d'un pays que l'on aime, dont on parle la langue et dans lequel on se sent à l'aise, on en perçoit mieux les forces et la faiblesse, et c'est "avec plus d'usage et de raison" que l'on revient travailler en France.

Jean RUFFAT 56

 

h. extrait d'AFS FRANCE, No.12, Décembre 1970

BELLAGIO - CONFERENCE EUROPEENNE

En octobre 1969, les délégués présents à Lillehammer (Norvège) avaient décidé qu'une réunion similaire devrait se tenir en 1970. L'Association Italienne ayant offert généreusement d'en couvrir les charges, 2 représentants de chaque pays se sont rendus à BELLAGIO, du 13 au 18 septembre.

Reprenant les thèmes abordés à Lillehammer, la Conférence de Bellagio a approfondi certains sujets (et en a effleuré de nouveaux). Nous en avons retiré une impression générale de "marche en avant" de l'A.F.S. dans son ensemble et d'unité grandissante de l'AFS-Europe.

L'un des principaux thèmes, repris de Lillehammer, a été la DIVERSITE. Nous nous sommes demandés pourquoi nous nous engagions dans cette voie-là. L'A.F.S. s'est fixé comme but de contribuer à la Paix, et comme moyen d'éduquer les jeunes. Pour cela, nous essayons de les confronter à des idées nouvelles en les faisant vivre dans un milieu différent de leur milieu d'origine. Or le recrutement AFS, tant des familles d'accueil que des boursiers eux-mêmes, est resté très cantonné à une certaine classe moyenne, si bien que les idées échangées ne sont pas aussi diverses que nous pourrions le souhaiter.

Une autre raison évoquée pour poursuivre les efforts en faveur de la diversification est le fait que l'A.F.S. cherche à joindre des jeunes appelés à être des "leaders" dans une acceptation large du terme et qu'il semble que, dans 10 ou 20 ans, l'élite ne se recrutera plus uniquement au sein des majorités actuelles, mais aussi parmi les minorités en évolution.

Les moyens d'achever cette diversité ont été évoqués les uns après les autres et il est très clair que cette prise de conscience collective doit mener à une remise en question nationale (ce que la France a commencé sous diverses formes, notamment lors de l'Assemblée Générale). Les réalisations portent sur deux plans : la sélection et l'organisation de l'expérience offerte aux étudiants (orientation, rassemblement, conseils...).

La Hollande nous a fait part d'expériences nouvelles organisées pour leurs étudiants et des projets établis pour le rassemblement des Américains séjournant en Europe (Midway 71). La ligne directrice consiste à inculquer aux étudiants une mentalité non pas de "consommateurs d'expérience AFS" mais d'acteurs.

Tous les pays rassemblés ont discuté du retentissement de l'expérience AFS dans l'engagement personnel des anciens sur le plan national ou international, et nous nous sommes interrogés sur le rôle que l'A.F.S. devrait jouer éventuellement pour encourager cet engagement. Il ressort des diverses opinions formulées que, si l'A.F.S. souhaite un engagement des anciens, elle ne peut cependant pas fournir un cadre à cet engagement, qui doit rester un choix individuel. L'A.F.S. se doit, avant tout, de continuer à "éduquer" pour que la relève soit assurée.

L'Italie nous a présenté les résultats d'une étude approfondie faite par un Institut de Recherches sur la motivation des familles vis-à-vis de l'accueil d'étudiants. Ce rapport de 300 pages ne peut pas être retracé ici, mais il aura des conséquences certaines dans notre manière de présenter l'A.F.S. à des familles qui ne le connaissent pas.

M. HOWE, présent à nos réunions,nous a informé de son souci d'aboutir à une véritable internationalisation de l'A.F.S. L'A.F.S. n'est plus une organisation bilatérale, d'un côté étant toujours les Etats-Unis, mais une Association dont les pouvoirs de décisions seront répartis progressivement sur tous les continents.

Le changement de nom (AFS-International Scholarships) est certainement un signe précurseur de cela : le Multinational Program est une première concrétisation. L'effort de financement des programmes par chaque pays participant en est une autre. Et le projet, qui n'a pas encore été adopté, de créer une Fédération Européenne, est un étape capitale.

Tous ces derniers points on fait l'objet de débats qui, s'ils n'ont pas tous abouti à des résultats définitifs, ont eu le mérite de repousser un peu plus loin que ne l'avait fait "Lillehammer" les limites de nos espoirs de réalisations.
Les délégués se sont quittés en sachant que leurs projets devraient être mûris pendant un an pour être partagés ensuite avec tous les délégués du monde, qui se réuniront en septembre 71 aux Etats-Unis, à l'issue de la Convention 71.

Bénédicte BRIOT '62

 

i. extrait d'AFS FRANCE, No.16, 1er Trimestre 1972

COMPTE-RENDU DE LA COMMISSION EXPLORATION

Le 13 décembre 1971, le Conseil d'Administration de l'AFS France prenait la décision de réorganiser le Bureau en nommant Bernard LESTERLIN "Overseas Representative", Responsable National de la Coordination et des relations extérieures, animateur au service de l'ensemble de l'Association et plus particulièrement des Régions et Bénédicte BRIOT Responsable des Programmes WP et AA.

Pour beaucoup, cette décision paraîtra banale et sans histoire. Quoi de plus normal, en effet, qu'un jeune et brillant AFS, ancien délégué local et membre du Conseil d'Administration, au surplus titulaire d'un Diplôme de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, très engagé dans la Gestion de son Université, membre du Haut Comité de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs accède à la responsabilité d'O.R. ! Quoi de plus normal que Bénédicte BRIOT, une ancienne du Bureau, responsable du programme AA, continue sa tâche avec des responsabilités accrues !

Cependant, la double nomination de Bernard Lesterlin et de Bénédicte Briot a été l'aboutissement de longues séances de réflexion et de discussion qui pendant près de trois mois ont considérablement agité les membres du Conseil d'Administration et quelques amis bénévoles de l'AFS. Cette histoire doit être connue des lecteurs de ce journal et de tous ceux qui s'intéressent à la vie de l'Association.

Au moment où Marie-Françoise DEROISY nous annonça son intention d'abandonner les fonctions qu'elle avait occupées, avec tant de compétence et d'ardeur, pendant de longues années, les membres du Conseil d'Administration découvrirent, non sans stupeur, que le mode de désignation d'un O.R. en France n'était l'objet d'aucun règlement. Consulté sur ce point, Jacques Contant, le responsable européen qui tout au long des mois de novembre et de décembre ne nous ménagea ni son temps ni sa peine, nous fit part des procédures très diverses et souvent empiriques auxquelles on avait recours dans les divers pays d'Europe pour désigner un O.R. de New York, on nous laissa toute liberté pour choisir par les moyens que nous jugerions appropriés, le ou les personnages chargés de la gestion du Bureau.

Brusquement, le Conseil d'Administration était confronté avec tout un secteur de responsabilités nouvelles. Traditionnellement considéré comme le simple organisme gestionnaire de l'Association AFS France et comme l'émanation de l'Assemblée Générale des Returnees, il s'apercevait soudain qu'il devait réexaminer son attitude à l'égard du Bureau, lui-même traditionnellement considéré comme la simple émanation du Bureau de New York et de l'AFS International.

C'est dans ces conditions assez particulières que commencèrent les travaux de la Commission Exploration chargée par le Conseil d'Administration de repenser d'une manière aussi précise que possible l'ensemble de la vie AFS en France. Dès le 18 octobre, une lettre adressée aux Délégués Régionaux énonçait le but poursuivi : supprimer le cloisonnement entre le Bureau et le Conseil d'Administration et substituer aux deux systèmes parallèles un "circuit intégré" dont les modalités restaient à déterminer. La Commission Exploration qui se réunit trois fois en séance plénière, se divisa en trois groupes d'études chargés de se pencher respectivement sur trois problèmes, celui des structures, celui de la gestion du Bureau et celui de la procédure d'évaluation des candidats et des familles dans les deux programmes. Très rapidement, le groupe d'études sur les Structures toucha le fond du problème, tandis que les deux autres parvenaient à la conclusion que leur réflexion critique ne pouvait être traduite dans les faits que par le nouveau Bureau.

La réflexion sur les structures aboutit, non sans discussion parfois véhémentes, à plusieurs conclusions : nécessité absolue et prioritaire de revitaliser les Régions ; nécessité de bien situer les responsabilités respectives du Conseil d'Administration et du Bureau (l'un fixant les objectifs, l'autre chargé de les exécuter) ; nécessité de restructurer le Bureau en plaçant l'animation de l'Association au centre de ses responsabilités (on avait d'abord pensé à une troïka, un animateur en flèche, flanqué de deux responsables de programmes).

Le 13 novembre, le Conseil d'Administration convoquait les Délégués Régionaux à un week-end à Paris les 11 et 12 décembre afin de discuter les projets de la Commission Exploration. Parallèlement un Appel de candidatures était envoyé avec le Journal à tous les membres de l'AFS afin de pourvoir les postes vacants au Bureau.

Le week-end des 11 et 12 décembre fut homérique. On put croire le premier jour que les Délégués Régionaux, pleins de méfiance envers ces Parisiens qui s'étaient encore monté le cou, repartiraient après avoir confirmé le statu quo. La situation finit par se dégeler. Aux prises de position inflexibles succédèrent les compromis constructifs. Les principales opérations de la Commission Exploration sur les instances régionales et les rapports Région-Conseil, Conseil-Bureau et Bureau-Région finissaient par s'insérer dans un ensemble cohérent qui sera soumis à l'Assemblée Générale du 4 mars et conduira vraisemblablement à quelques modifications des statuts de l'Association AFS France.

Parallèlement, les candidatures au Bureau se manifestaient. La Commission Exploration enregistrait 10 candidatures à la suite de son appel du 13 novembre (sans compter les simples demandes d'emploi qui ne cessent d'affluer dans un Bureau comme celui de l'AFS). Deux de ces candidatures ont fait l'objet d'un examen approfondi. L'une était une candidature surprise qui se manifesta le 23 novembre quelques instants avant la dernière réunion de la Commission Exploration, c'était celle de Bernard Lesterlin, membre de la dite Commission, l'un des principaux animateurs du groupe d'études sur les structures, qui s'était aperçu en traçant le projet d'un Bureau idéal qu'il ferait peut-être lui-même l'affaire.

Ce n'est pas à la Commission Exploration que revenait la responsabilité de désigner les membres du nouveau Bureau. Lorsque le Conseil d'Administration se réunit le 13 décembre au lendemain de la réunion des Délégués Régionaux, il prit la décision de combiner hardiment ses options sur l'avenir et son estime pour le travail accompli par l'ancien Bureau. Renonçant au projet primitif d'un Bureau tricéphale, il choisit le tandem Bernard Lesterlin - Bénédicte Briot, assisté des collaboratrices déjà en poste dont le dévouement et la compétence étaient des valeurs sûres, Mireille Tribout et Mademoiselle Chotard.

Telle est dans les grandes lignes, l'histoire des modifications apportées au Bureau de l'AFS. Ce travail, qui ne s'effectue pas sans improvisations hâtives et bavures inévitables, fut accompli dans une ambiance chaleureuse par des personnes soucieuses avant tout des intérêts de l'AFS en France : trois anciens (dont une ancienne O.R.) cinq membres de l'AFS ayant détenu des responsabilités importantes au sein de l'Association, une mère d'AFS, et plusieurs membres du Conseil à titres divers.

L'avenir nous dira si le choix des structures et des personnes, opéré en quelques semaines de discussions souvent fébriles mais toujours positives, conduira notre Association sur le chemin d'un renouveau.

J. POUJOL
Président de la Commission Exploration,Vice-Président du Conseil d'Administration

 

j. extraits d'AFS FRANCE, No. 17, 2ème trimestre 1972

REFLEXIONS SUR L'AFS

L'AFS-France a aujourd'hui besoin de faire le point et de définir un certain nombre d'orientations. D'abord, qui sommes-nous ? Pour l'essentiel nous sommes des "Anciens" qui avons tous suivi un peu le même chemin à l'égard de l'AFS : nous avons d'abord passé aux Etats-Unis une année, qui dans la grande majorité des cas restera un point fort de notre existence ; nous sommes ensuite rentrés dans la vie active, souvent par le biais du "sas" universitaire et nous nous sommes adonnés à l'AFS -- Oh, avec plus ou moins d'enthousiasme et plus ou moins de persévérance -- et puis, les années passant, nous avons eu autre chose à faire... Quoi de plus normal ? L'AFS, c'est aussi des parents qui ont vécu cette expérience à travers leurs enfants ou le jeune Américain qui a passé un an ou l'été chez eux : les souvenirs s'éloignent vite, mais ils sont généralement bons. L'AFS-France c'est enfin un Bureau, rue Cambon, un peu foutoir mais sympathique, qui s'est occupé de nous, qui nous a envoyé des papiers -- beaucoup de papiers -- et où l'on a plaisir, quand on passe à Paris ou dans le quartier, à venir dire un petit bonjour... ou un long bonjour quand justement ce jour là il y a 3 000 enveloppes à coller. Bref, l'AFS c'est... bien.

Le problème est de savoir si ça peut être un peu mieux ou un peu autre chose. C'est là que quiconque a le malheur de tenter une réponse commence à se faire taxer d'optimisme idéaliste ou de défaitiste rabat-joie, ou mieux encore, de type qui a du temps à perdre. Eh bien tant pis, préparons-nous à l'avalanche de qualificatifs même s'ils ne sont pas tous publiables dans le courrier des lecteurs d'un respectable journal comme celui-ci.

Le principe pédagogique de l'AFS n'a pas varié : un adolescent qui passe un an loin de son cadre de vie habituel en revient enrichi sur le plan humain et diffuse cette richesse sur son entourage. De surcroît, cette expérience n'est jamais la même d'un individu à l'autre. Commun à tous en revanche est cet idéalisme qui nous fait rechercher un monde meilleur, un monde de paix. L'AFS s'arrête effectivement là, et pour bon nombre d'entre nous, une autre forme d'engagement prend le relais. En ce sens l'AFS se défend à juste titre d'être une organisation "politique" ; cependant elle ne peut être "neutre" : la prise de conscience non livresque, mais concrète, de la dimension internationale des phénomènes sociaux n'a pas vocation à rendre un jeune passif. Mais n'est-ce pas là l'objet de l'éducation toute entière.

Pour arriver à ces fins, en connaissant nos contraintes, il nous faut d'abord trouver parmi les postulants ceux qui ont le plus de chance de profiter -- et surtout de faire profiter les autres -- de cet enrichissement. La porte est étroite. Chaque année de nombreux candidats refusés méritent pourtant de partir. Que faire ? Le grand danger de la sélection consiste à figer les critères que nous utilisons, bref, à créer un stéréotype de "l'AFS'er parfait". Si nous en arrivons là, nous créons un "clan". Depuis des années nous avons affiné nos critères de sélection. Il s'agit de les mettre au service d'une véritable diversification psychologique, sociale et géographique.

Nous avons toujours eu cette fâcheuse propension à penser qu'une fois la sélection terminée, nous pouvions souffler... jusqu'à la prochaine. C'est habituellement à la hâte que nous mettons sur pied, alors que déjà les examens se profilent à l'horizon, notre fameuse "Campagne d'Accueil". 48 étudiants américains accueillis l'été dernier, 25 pendant cette année scolaire : c'est un progrès qui cependant devrait nous faire rougir quand nous pensons que 118 Français sont actuellement aux Etats-Unis... et qui nous fait blanchir quand nous apprenons qu'immanquablement notre quota de Français devra être révisé si notre capacité d'accueil n'augmente pas. Malgré toutes les difficultés que nous connaissons, nous savons que dans un pays de 50 millions d'habitants nous pouvons trouver une centaine de familles d'accueil, alors que nous en avons déjà 73, surtout si nous commençons des échanges entre la France et le Tiers-Monde, dans le cadre du programme multi-national. Mais pour cela il faut viser juste, informer les gens qui n'attendent que de l'être et qui ne le sont pas ; bref, il faut tenter des expériences, échanger les résultats d'une région à l'autre : il faut nous organiser.

En nous créant, nous n'avons pu échapper en France à cette règle qui régit toutes nos institutions : la centralisation. Déjà de nombreux efforts ont été faits pour lutter contre cette tendance. La décentralisation doit désormais présider à toutes nos décisions : elle est plus qu'une forme d'organisation. Elle est un état d'esprit. Nous devons la retrouver à tous les niveaux. Il est très tentant, parce que plus facile, de faire soi-même, peut-être mieux et plus vite à la place du voisin, ce qu'il ferait moins bien et plus lentement. N'oublions jamais que seule les projets auxquels nous avons contribué nous motivent et nous intéressent. Ceci est vrai depuis le petit Comité Local composé de quelques personnes jusqu'au Bureau National. L'idée n'est pas neuve ; elle a l'inconvénient d'être à la mode. Il convient donc de ne pas faire n'importe quoi : en évitant de tomber dans l'anarchie ou l'utopie, sachons distinguer le bien-fondé de la décentralisation en fonction de la chose à décentraliser. L'autonomie doit-elle porter sur l'ordre de constitution d'un dossier ou sur ce que l'on met dedans ? Si nos procédures "bureaucratiques" sont un peu fastidieuse, simplifions-le, quitte à uniformiser. Une bonne décentralisation doit se garantir des circuits d'information simples et à double sens, ainsi qu'un organe de coordination de manière à ne pas laisser stagner les bonnes idées dans leur coin : telle est la vocation première du Bureau National ; c'est en tous cas le rôle qu'il entend assumer à l'avenir.

Il a été ces derniers temps désiré, demandé, puis décidé que cette forme d'organisation se constituerait autour de la Région. Le Nord et la Bourgogne se sont déjà constitués en associations régionales, permettant ainsi une continuité dans l'activité du Comité en cas de départ des plus actifs et surtout la possibilité de récolter des fonds sur le plan régional, ce qui était impossible par le passé. Demain la Provence, la Bretagne, et l'Ile de France vont faire de même... Il ne reste plus aux autres Régions qu'à s'organiser sur un schéma identique et à élargir leurs champs d'activité en créant une véritable vie régionale.

Si l'AFS-France a pu être elle aussi atteinte d'une certaine morosité, ces quelques réflexions devraient nous rappeler qu'il reste encore beaucoup à faire et que chez nous ni l'immobilisme, ni l'ennui n'ont leur place.

Bernard LESTERLIN

M.N.P. ET AFS - EUROPA

Enfin, nous allons en avoir un, un MNP bien sûr.

Après la Suisse, l'Australie, le Danemark, la Norvège, l'Autriche, le Costa-Rica et d'autres grandes puissances, avec seulement un an de retard, l'AFS-France a su réunir les fonds nécessaires pour pouvoir obtenir son ticket d'entrée dans le petit club des participants au MNP. Nous avons désormais l'argent, trouver le candidat et la famille ne devrait plus être qu'une question de temps.

Peut-être serait-il bon ici de rappeler à certains d'entre vous ce qu'est au juste le MNP. Ces trois lettres signifient Multi National Program. Depuis l'année dernière l'AFS ne se limite plus à des échanges USA/reste du monde, mais place également des étudiants non américains ailleurs qu'aux Etats-Unis, par exemple un Australien en Suisse, ou un Norvégien au Japon pour citer des cas concrets.

Certes, si le programme reste encore modeste (19 étudiants l'année dernière, nous espérons dépasser 40 cette année), il y a tout de même la valeur d'un symbole. il monte déjà que l'AFS n'est pas un organisme sous-produit de l'OTAN ou du plan Marshall, dont le but inavoué serait de rendre américanophiles les futures élites des pays sur lesquels les USA désirent étendre leur influence politique.

Le principal obstacle au développement de cet aspect des programmes offerts par l'AFS reste bien sûr le financement. Les frais de transport sont presque les seuls auxquels nous avons à faire face ; l'aller-retour Sydney-Zurich n'est pas encore gratuit. Aussi envisage-t-on sérieusement, au niveau européen, de prospecter chez ses voisins ; avec la reconnaissance des diplômes, l'AFS permettra aux petits français de faire leur "Bac" en Italie ou en Allemagne sans perdre une année.

Il est vraisemblable qu'on en parlera beaucoup cet automne à Innsbruck en Autriche lorsque sera officialisé la naissance de la Fédération Européenne de l'AFS. Espérons tout de même que d'ici là on aura su se mettre d'accord sur le sigle exact de cette sous-AFS. Son siège est à Bruxelles, c'est logique ; et déjà les placements d'américains en Europe sont centralisés dans cette ville. Jouissant alors de statuts européens et s'occupant d'échanges culturels, l'AFS-Europe espère pouvoir bénéficier, à juste titre, des subsides accordés par les multiples organismes à vocation européenne, tels le Marché Commun, le Parlement de Strasbourg et bien d'autres.

Sur le plan mondial, nous ne restons pas inactifs non plus. L'AFS demande toujours à être reconnue par l'UNESCO, même si nos espoirs dans ce domaine ont été déçus. La mise en route du programme MNP et le changement probable des statuts de l'AFS, qui deviendrait un organisme international pour abandonner sur le plan juridique sa spécificité américaine, devraient nous permettre d'écarter les derniers obstacles à cette reconnaissance par cette institution de l'Organisation des Nations Unies.

Nos rapports avec les pays de l'Est prennent aussi un tournant (un virage à gauche ?) et semblent entrer dans une phase concrète. Si depuis plusieurs années déjà la Yougoslavie participe à nos programmes, c'est au tour de l'URSS de faire appel à nos services pour promouvoir un échange USA/URSS de professeurs du secondaire. Enfin, pour rester à la pointe de l'actualité, dans le sillage du voyage du Président Nixon à Pékin, l'AFS-International étudie sérieusement la possibilité d'un programme avec la Chine.

Ainsi, pour ceux qui en auraient douté, et il y en a, les choses bougent. Quant à ceux qui ont quitté nos rangs sous prétexte d'un désaccord avec certains aspects de la politique étrangère des USA, espérons que cet article saura leur montrer à quel point ils sont mal informés sur les buts et actions de l'AFS. Cette volonté d'internationalisation de l'AFS ne se fera pas d'elle-même et l'AFS-International ne sera que le reflet des efforts de ceux qui auront bien voulu y participer. Le dynamisme de plusieurs pays nous rassure quant à une évolution favorable vers cet objectif. Le scepticisme et la carence de trop nombreux anciens boursiers de l'AFS-France auraient par contre comme seul effet que d'affaiblir notre position et de nous tenir écartés de cette restructuration. Pourtant, consolons-nous, il reste à la France une position historique relative à la naissance de l'AFS, que nul ne saura nous contester, et au bout de deux ans d'efforts, nous avons tout de même réussi à trouver les $850 pour notre MNP. Comme aux Jeux Olympiques sachons que l'essentiel est de participer.

Georges ERTZER '59