Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
Naissance d’un corps universitaire
L’État et les enseignants français à l’étranger (1910-1940)
Guillaume Tronchet
Agrégé d’histoire, allocataire-moniteur
à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Le réseau d’enseignement français repose, à la fin du XIXe siècle, sur de nombreux acteurs : des
congrégations religieuses ; des sociétés commerciales ; des gouvernement étrangers, puisque certains
établissements français sont financés par eux ; des organismes dits privés, en réalité subventionnés par
des fonds publics, tels que l’Alliance française ou la Mission laïque ; des établissements publics, enfin,
dépendant de l’État français. À partir des années 1910, une volonté de coordonner cette multiplicité
d’acteurs se fait jour : le rayonnement culturel est alors perçu comme un nouvel enjeu de concurrence
internationale et, face à l’expansionnisme allemand, les pouvoirs publics français entendent imprimer
une cohérence et un dynamisme nouveau à leur réseau d’enseignement à l’étranger.
À l’origine de ce mouvement se trouve un organisme-clef, pourtant méconnu voire même
souvent ignoré de l’historiographie : l’Office national des universités et écoles françaises (ONUEF),
association loi 1901 créée en janvier 1910 à l’initiative de parlementaires, d’universitaires et de
responsables académiques (Deschanel, Doumer, Bourgeois, Strauss, Liard, Bérard, Appell, Lyon…)
en vue de contribuer à l’élaboration d’une politique universitaire internationale dont l’enseignement à
l’étranger, aussi baptisé « expansion universitaire au-dehors », constitue l’un des piliers. Sans disposer
des prérogatives d’un organe officiel, mais subventionné par le ministère de l’Instruction publique puis
par le ministère des Affaires étrangères, l’ONUEF devient vite le principal agent de l’État pour mettre
en œuvre cette nouvelle politique publique1. C’est principalement lui qui, entre 1910 et 1940, œuvre
au processus de rationalisation du réseau d’enseignement français à l’étranger et fait figure
d’intermédiaire entre l’État et les enseignants français à l’étranger. C’est par lui que se forme, au XXe
siècle, « un nouveau corps universitaire : celui des professeurs [français] résidant à l’étranger »2, dont
nous voulons étudier ici les origines et la formation.
Une autre approche, complémentaire, devrait s’intéresser aux enseignants eux-mêmes et étudier
la façon dont s’est formé entre eux un « esprit de corps », au sens où un groupe d’individus partage
une « communauté de schèmes de perception, d’appréciation, de pensée et d’action », un « fort
sentiment d’unité et de solidarité liant ses membres », un
« attachement sentimental à une
communauté vivante et à ses valeurs »3. En plaçant la focale sur l’action des pouvoirs publics et de
l’ONUEF, nous avons préféré ici nous pencher plutôt sur les cadres qui régissent l’accès à ce corps
universitaire et nous concentrer sur le processus de rationalisation dont Max Weber a décrit les
caractéristiques : constitution d’un corps de fonctionnaires stables et compétents, mise en place de
procédures régulières d’administration, définition d’une hiérarchie claire des responsabilités4.
L’impossible statut de l’enseignant français à l’étranger
Ce processus de longue haleine, souvent ignoré au profit des réformes du Front Populaire,
s’opère, avant 1936, en trois étapes au cours desquelles les enseignants français à l’étranger se sont
progressivement vus dotés d’un statut.
1 Je me permets de renvoyer ici à ma thèse de doctorat : « La Course aux cerveaux. La politique internationale
universitaire de la France (1896-1940) », thèse de doctorat d’histoire actuellement dirigée par M. Patrick Weil,
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Centre d’histoire sociale du XXe siècle) ainsi qu’à mon article : « L’État,
l’ONUEF et la diplomatie universitaire française (1910-1940) », dans Jean-Noël Luc et Philippe Savoie (dir.),
L’État et l’éducation (1808-2008) [ouvrage en préparation].
2 « Rapport du directeur », ONUEF, 4 avril 1935, p. 20.
3 M. C. Kessler, Les Grands corps de l’État, p. 88-89 ; P. Bourdieu, La Noblesse d’État. Grandes écoles et
grands corps, p. 111.
4 M. Weber, Économie et société, p. 294 sq.
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
L’émergence du problème
En l’absence d’organismes représentatifs, c’est tout d’abord l’ONUEF qui assume dès sa
création, en 1910, ce rôle de médiateur entre le gouvernement et les enseignants français à l’étranger.
Les besoins sont criants : les enseignants à l’étranger, jeunes pour la plupart et qui ont accepté un
premier poste hors de France, ne forment encore aucun corps particulier et ne peuvent bénéficier des
avantages des enseignants en métropole. Le séjour à l’étranger, qui ne donne aucun droit à la retraite ni
à l’avancement, fait figure d’exil sans espoir de carrière. Les dirigeants de l’ONUEF sont vite
convaincus que, pour accroître l’influence culturelle de la France grâce à son réseau d’enseignement, il
faut rendre les carrières plus attractives.
Véritable laboratoire législatif, l’ONUEF se consacre dès lors à l’élaboration d’une nouvelle
législation soutenue par des parlementaires et l’administration de l’Instruction publique mais déboutée
plus d’une fois par le Parlement. À force de pressions répétées, l’ONUEF obtient malgré tout en 1912
qu’une commission soit instituée sous la présidence de son directeur, Jules Coulet, auprès du ministre
des Finances pour étudier la question. Enfin, l’article 33 de la loi du 31 décembre 1913 apporte une
première réponse en réglant la situation des fonctionnaires détachés. Désormais, les enseignants qui
débutent par un premier poste d’enseignement hors de France peuvent, à leur retour en métropole,
faire valoir pour l’avancement et la retraite les années de services effectuées à l’étranger.
L’impératif diplomatique
Une seconde étape est franchie six ans plus tard. Entre temps, la Grande Guerre a contribué à
médiatiser la cause des enseignants français à l’étranger que les pouvoirs publics - à commencer par le
Quai d’Orsay5 - perçoivent comme les relais indispensables de la propagande française dans le monde.
Les conceptions de l’ONUEF ont réussi à s’imposer : « bien que l’action de nos professeurs, écrit
Jules Coulet en 1916, ait toujours conservé un caractère nettement scientifique et universitaire […] elle
n’a pas été sans effet sur le développement des sympathies qui se manifestent à l’égard de notre pays »
et elle a fourni « à nos représentants officiels à l’étranger […] une collaboration appréciée. […] Dans
l’organisation nouvelle des services de propagande à l’étranger, une part importante vient d’être faite à
nos professeurs détachés. Rappelés d’abord en France par la mobilisation, un bon nombre sont
maintenant renvoyés dans les pays où ils professaient, ou bien assurent, ici même, les relations
nécessaires avec les milieux intellectuels et politiques de ces pays »6.
Profitant de ces impératifs de propagande nés de la guerre, les enseignants français à l’étranger
obtiennent, par l’article 21 de la loi du 6 octobre 1919, la possibilité de jouir pour le traitement et
l’avancement, des mêmes droits que leurs collègues restés en France. Une véritable carrière devient
possible à l’étranger mais uniquement - et c’est un sérieux bémol - pour les professeurs titulaires.
Leur avancement se fait, comme en métropole, sur rapport d’inspection. Un cadre spécial
d’inspecteurs de l’enseignement français à l’étranger est même créé à cet effet.
L’idée de ce cadre d’inspecteurs courrait au sein de l’ONUEF depuis 1917 : Charles Petit-
Dutaillis, son nouveau directeur, avait plusieurs fois exprimé le souhait qu’un « crédit spécial [soit
attribué à l’ONUEF] pour les missions d’inspection dans les établissements d’instruction à l’étranger,
tant pour le personnel que pour le matériel »7. Profitant de son passage rue de Grenelle en 1920, le
ministre André Honnorat, d’ailleurs membre et bientôt vice-président de l’ONUEF8, donne suite à
cette demande : par décret du
8 août 1920, il créé un nouvel emploi d’Inspecteur général de
l’Enseignement secondaire « appelé à participé à l’inspection du personnel administratif et enseignant
détaché à l’étranger »9. Sont nommés à cette nouvelle fonction : Charles Petit-Dutaillis et Julien
Luchaire, directeur de cabinet du ministre et ancien directeur de l’Institut français de Florence. Cette
5 Voir notamment : Didier Georgakakis, La République contre la propagande. Aux origines perdues de la
communication d’État en France (1917-1940).
6 « Rapport du directeur », ONUEF, 12 avril 1916 (Archiv. nat., 70AJ2).
7 Comité de direction de l’ONUEF, 21 novembre 1917, (Archiv. nat., 70AJ2).
8 Je me permets de renvoyer au livre que je prépare : André Honnorat. Le Démon d’agir (1868-1950).
9 Bulletin administratif, 1920, 2e semestre, p. 488-489.
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
nouveauté confirme le rôle
« d’intermédiaire naturel »10 que les pouvoirs publics reconnaissent
désormais à l’ONUEF dans la gestion des relations entre les professeurs détachés ou envoyés à
l’étranger, les établissements sur place et le gouvernement. Et les faits consacrent d’autant plus ce rôle
que Julien Luchaire ne tarde pas à devenir Directeur de l’Institut de coopération intellectuelle11, toute
la charge de l’Inspection reposant dès lors sur les épaules de Petit-Dutaillis. L’administration qui, pour
le seconder, précise par décret, le 19 novembre 1920, que d’autres « missions d’inspection à l’étranger
peuvent, s’il y a lieu, être confiées aux autres inspecteurs généraux », n’en est pas moins longue à
comprendre que les enseignants à l’étranger voudraient être visités par des
« inspecteurs
expérimentés » et que c’est « l’Inspection générale toute entière [qu’il conviendrait d’initier] à ce
qu’est un lycée français au-dehors, à ce qu’est une mission de professeurs prêtés à un État étranger »12.
Les premiers voyages d’inspection ont lieu en 1921. Contrôlant les enseignements à l’étranger
et fournissant des notes au ministère de l’Instruction publique pour « assurer des promotions au choix
[…]à ceux qui le [méritent] »13, ces visites ont surtout, au dire de Petit-Dutaillis, vocation à « rendre
courage aux exilés »14 et mettent en évidence les indigences financières du réseau français,
conséquences logiques d’un financement assuré par des fonds publics en crise. L’instabilité des
changes et des prix rend en effet précaire la vie matérielle des professeurs15 et touchent jusqu’aux
inspecteurs eux-mêmes
: Petit-Dutaillis se plaint ainsi régulièrement de devoir
« recourir à des
expédients pour trouver les ressources nécessaires »16 à ses tournées à l’étranger.
Enfin, les tournées d’inspection effectuées par Petit-Dutaillis permettent une relance périodique
du débat sur la situation statutaire des enseignants français, beaucoup de professeurs qui n’ont pu être
titularisés avant leur départ ne bénéficiant pas des bénéfices du détachement et des avantages consentis
par la loi de 1919. La voix du directeur de l’ONUEF est toujours, jusqu’au début des années 1930, le
seul vecteur des revendications enseignantes à l’étranger, revendications pour le moins déformées
puisque Petit-Dutaillis n’est pas favorable à l’élaboration d’une harmonisation statutaire : la situation
« ne peut être réglée uniformément par un Code, proclame-t-il en 1925. Ceux qui nous disent qu’il faut
un statut des professeurs enseignant à l’étranger me paraissent être le jouet d’une formule »17 tant sont
variées les situations : titulaires et non titulaires, détachés et délégués, enseignants du primaire, du
secondaire et du supérieur, salariés du gouvernement français, d’un gouvernement étranger ou même
parfois d’une société étrangère…
Un statut temporaire
Pour répondre néanmoins au souhait de voir s’appliquer aux autres enseignants des dispositions
jusqu’ici réservées aux titulaires avant leur départ pour l’étranger, l’ONUEF prépare un nouveau texte
que le sénateur Honnorat soumet au Sénat en 1922. Un an plus tard, la loi du 5 septembre 1923
reconnaît enfin à tous les professeurs détachés un droit d’incorporation avant leur départ, disposition
qui leur permet enfin de faire prévaloir les droits à l’avancement hiérarchique et à une pension.
Désormais, ils « ne se sentaient plus isolés, tenus à l’écart de l’Université et pouvaient en toute
quiétude quitter la France et y revenir avec facilité »18. Cependant, en raison du caractère nouveau de
cette disposition, et parce que le ministre des Finances s’est opposé à ce qu’elle soit définitive, le
Parlement l’entoure de certaines garanties : l’assimilation des carrières à celles de la métropole ne se
fera que pendant une période de douze années, à partir du 1er octobre 1914, permettant ainsi aux
parlementaires de s’exprimer à nouveau en 1926 sur l’opportunité de prolonger le dispositif.
Après bien des lenteurs, le décret d’application est finalement publié le 26 juin 1924 instituant
une commission spéciale pour proposer les enseignants des établissements scolaires ou scientifiques à
10 « Rapport du directeur », ONUEF, 22 décembre 1920 (Arch. nat., 70AJ3).
11 Voir Jean-Jacques Renoliet, L’UNESCO oubliée. La Société des nations et la coopération intellectuelle (1919-
1946), p. 27 sq.
12 « Rapport du directeur », ONUEF, 23 juin 1937 (Arch. nat., 70AJ4).
13 « Rapport du directeur », ONUEF, 23 janvier 1922 (Arch. nat., 70AJ3).
14 « Rapport du directeur », ONUEF, 13 février 1923 (Ibid.).
15 Ibid.
16 Ibid.
17 « Rapport du directeur », ONUEF, 22 mars 1925 (Arch. nat., 70AJ3).
18 « La situation des professeurs français à l’étranger », s. d. (Arch. nat., 312 AP13).
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
l’étranger admis à bénéficier du nouveau régime. Le directeur de l’ONUEF, qui en fait évidemment
partie, s’en félicite quelques temps plus tard en assemblée générale : « Cette série de lois et de décrets,
appelez-la si vous le voulez, le statut des professeurs enseignant à l’étranger. Ce n’est, à vrai dire,
qu’un statut négatif, empêchant que les absents aient tort. Tel qu’il est, ceux qui en connaissent
l’histoire jusqu’à ces derniers jours, savent qu’il a fallu quelque ténacité pour l’obtenir »19.
Arrivée à échéance en 1926, une nouvelle loi du 5 août 1929, dite « loi Honnorat », prolonge
cette situation jugée satisfaisante pour une période de 10 ans, du 1er octobre 1926 au 1er octobre 1936,
avec une modification importante toutefois : elle soustrait à la compétence de la commission spéciale
les enseignants candidats aux emplois de l’enseignement supérieur, opérant pour la première fois une
distinction parmi les enseignants français à l’étranger. Il faut cependant attendre le 9 août 1931 pour
que paraisse le décret d’application au Journal Officiel. Loi provisoire, la loi Honnorat ne résout, en
outre, pas tous les problèmes. Comment faire, par exemple, pour les professeurs rémunérés par des
sociétés étrangères ? Si, en application des nouvelles dispositions, un enseignant obtient une
promotion et en réclame le montant à la société qui l’emploie, celle-ci lui opposera immanquablement
le contrat qu’il a signé. Le gouvernement français peut-il alors imposer aux sociétés étrangères la
charge de promotions qu’il accorde à titre personnel ? Autant de questions qui, jusqu’en 1936 au
moins, ne trouvent pas de réponses.
Les faiblesses structurelles du réseau français
Comment expliquer ces lenteurs alors que tous les acteurs semblent s’accorder sur la nécessité
qu’il y a de rationaliser l’enseignement français à l’étranger ? Pourquoi les enseignants eux-mêmes,
jusqu’en 1932 on le verra, ne se rassemblent-ils pas pour faire pression sur les pouvoirs publics et
obtenir plus rapidement l’amélioration de leur situation ? Outre les problèmes de financement public
que nous avons évoqués et qui se posent avec acuité tout au long de la période, trois faiblesses
structurelles nous paraissent entraver le processus de rationalisation.
Profils de formation
Qui sont, tout d’abord, les enseignants envoyés à l’étranger et quelle formation ont-ils ? Deux
types de profils semblent dominer. Le premier profil, classique, est celui des titulaires de la licence
d’enseignement et des lauréats aux concours de l’enseignement, jeunes licenciés, certifiés et agrégés
qui, « les examens et les concours terminés, [partent] plus facilement, célibataires, légers de bagages et
avides de voir le monde, qu’ils ne le feraient quelques années plus tard »20. Ils constituent la majorité
des enseignants détachés à l’étranger : en
1937, ils représentent ainsi environ
61% du millier
d’enseignants recensé par le directeur de l’ONUEF21.
À partir des années 1920, un autre profil d’enseignants se dessine : celui des étudiants titulaires
de la nouvelle licence libre, dite « licence Honnorat », instituée par ordonnance du 21 septembre 1920
à côté de la licence d’enseignement afin d’attirer plus d’étudiants étrangers en France et de permettre à
ces derniers d’enseigner la langue et la civilisation française une fois rentrés dans leur pays22. Ces
étudiants étrangers sont également issus, à partir des années 1920, des nouvelles écoles de formation
spécialement créées pour l’enseignement du français à l’étranger.
La création de ces écoles répond à un besoin exprimé depuis longtemps : par des linguistes et
des philologues, d’une part, à l’instar de Ferdinand Brunot qui, par esprit démocratique, estime
nécessaire d’ouvrir des écoles spécialisées dans l’apprentissage du français et des méthodes modernes
pour l’enseigner ; par les acteurs de l’expansion universitaire, d’autre part, au premier rang desquels se
hissent naturellement les membres de l’ONUEF. Charles Petit-Dutaillis est lui-même à pied d’œuvre,
en tant qu’Inspecteur, pour constater que l’enseignement du français n’est souvent « pas donné d’une
façon suffisamment méthodique. Les instituteurs connaissent mal la méthode directe. Pour leur
montrer ce qu’est cette méthode, M. Petit-Dutaillis a fait lui-même des classes. Et puis, les livres
19
« Rapport du directeur », ONUEF, 22 mars 1925 (Arch. nat., 70AJ3).
20 Ibid.
21 « Rapport du directeur », ONUEF, 23 juin 1937 (Arch. nat., 70AJ4).
22 Je renvoie ici à ma thèse.
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
manquent. La phonétique est complètement ignorée. Il faut fournir à ces écoles et des livres et des
méthodes d’enseignement »23. Rien ne vaut, expliquera-t-il en 1932, « la solidité, qui paraît chez nous
un peu monotone et massive, de [la] formation pédagogique » des instituteurs et professeurs d’École
primaire supérieure ou d’École normale24.
En 1920, une École de préparation des professeurs de français à l’étranger (EPPFE) est donc
créée à la Sorbonne pour l’obtention du diplôme d’aptitude à l’enseignement du français à
l’étranger25. Une école similaire, l’Institut normal d’études françaises, est fondée la même année à la
Faculté des Lettres de l’Université de Toulouse et délivre un diplôme pour l’enseignement du français
à l’étranger. Cette question de la formation n’est pas qu’un enjeu technique : il s’agit de former des
cadres, français ou étrangers, susceptibles de faire pièce aux actions de propagande scolaire des
nations rivales. Car à partir d’avril 1922, l’Allemagne dispose, elle aussi, à Berlin, d’un cours pour
professeurs à l’étranger (Reichkursus für Auslandlehrer)26. Les écoles allemandes à l’étranger rouvrent
d’ailleurs leurs portes en 1924 et, quatre ans plus tard, les services diplomatiques français s’alarment
déjà que « dans tous les pays se constituent des groupements de professeurs allemands qui étudient
l’adaptation du programme des écoles allemandes aux besoins du pays et essaient d’influencer en
même temps les programmes et les méthodes pédagogiques de ces pays »27.
Nécessaire pour imprimer une cohérence et une méthode à l’enseignement français à l’étranger,
la création de ces écoles spécialisées complexifie pourtant davantage le paysage statutaire enseignant,
repoussant à plus tard son harmonisation et renforçant les différences - c’est-à-dire les rivalités et,
parfois même, les conflits de préséance - entre les enseignants issus des voies académiques élitistes
(normaliens, agrégés) et ceux plus modestement passés par la licence libre ou ces nouvelles écoles.
Autrement dit, c’est entraver, pour quelques temps encore, l’émergence d’un esprit de corps
susceptible d’unifier les revendications des professeurs français à l’étranger et d’exercer une pression
catégorielle sur les pouvoirs publics. Les lenteurs à l’œuvre dans la rationalisation en cours trouvent
peut-être ici leur première explication.
Problèmes de recrutement
Si la création de filières de formation d’enseignants est nécessaire au dynamisme de l’expansion
universitaire, encore faut-il trouver des candidats au départ. Or l’enseignement à l’étranger n’est pas
une pratique communément admise et valorisée dans les milieux universitaires à tous les degrés de
l’enseignement : « il n’est pas facile, confie ainsi le directeur de l’ONUEF en 1922, de trouver des
professeurs d’Université qui acceptent de s’expatrier pour occuper, à longue échéance, une chaire
étrangère »28. Petit-Dutaillis pense alors aux « jeunes docteurs, d’un mérite incontesté, mais dont les
thèses ont été trop vite terminées […] : ces jeunes gens auraient pu, semble-t-il, accepter volontiers
l’idée d’un séjour au loin. […] Quelques réponses, de teinte plutôt verte, nous ont démontré une fois
de plus qu’actuellement la qualité dominante de la jeunesse n’est pas la modestie »29.
À ces représentations négatives, qui donnent du séjour à l’étranger l’image d’un exil inutile et
dévalorisant pour une carrière universitaire, s’ajoutent bien évidemment des inquiétudes liées à
l’incertitude administrative et matérielle des professeurs expatriés, appréhensions qui ne manquent pas
d’irriter le directeur de l’ONUEF quand il lui arrive de lire : « "je voudrais être envoyé en mission à
l’étranger ; veuillez me faire savoir quelles sont les conditions, quel traitement je recevrai, quels
congés j’aurai, et combien d’heures de service, enfin si je trouverai facilement un logement". Pour un
peu, ils demanderaient aussi la température moyenne et le climat dont jouissent les professeurs
résidant à l’étranger »30. Les exigences des candidats au départ sont-elles vraiment démesurées ? Il
23 Comité de direction de l’ONUEF, 10 juin 1921 (Arch. nat., 70AJ3).
24 « Rapport du directeur », ONUEF, 13 avril 1932 (Arch. nat., 70AJ4).
25 Voir à ce sujet la journée d’étude organisée par la SIHFLES et l’équipe DILTEC (Paris 3) : « De l’École de
préparation des professeurs de français à l’étranger à l’UFR DFLE. Histoire d’une institution (1920-2008) »
(Paris, 23 mai 2008)
26 « La Propagande allemande d’après l’étude la presse », 30 septembre 1923 (CADN, SOFE 104).
27 Ibid., 31 mars 1928.
28 « Rapport du directeur », ONUEF, 23 janvier 1922 (Arch. nat., 70AJ3).
29 Ibid.
30
« Rapport du directeur », ONUEF, 22 mars 1925 (Ibid.).
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
faudrait, pour s’en rendre compte, mener une étude plus approfondie à partir des lettres de
candidatures adressées aux pouvoirs publics. On peut toutefois penser que l’agacement de Petit-
Dutaillis est surtout fonction de la haute représentation qu’il se fait de l’enseignement à l’étranger -
« un lac français, dont les eaux, réputées bienfaisantes, sont aspirées, expédiées généreusement au loin,
pour aller fertiliser des pays étrangers »31. Cette vision ne peut que buter sur la matérialité des intérêts
de carrière légitimes des enseignants.
Les irritations du directeur de l’ONUEF face aux difficultés de recrutement ont aussi partie liée
avec la conjoncture. La Grande Guerre représente à cet égard une des périodes les plus dramatiques
pour le réseau français à mesure que rentrent en métropole les professeurs mobilisés. Pour pourvoir à
leur remplacement, on recourt alors soit à des « concours locaux »32, soit à des candidatures féminines
prises en considération plus qu’à l’accoutumée33 sans que cet appel n’annihile, pour autant, toute
forme de condescendance à l’égard du deuxième sexe enseignant : « Nous sommes loin, écrit Petit-
Dutaillis en 1922, de pouvoir accueillir toutes les demandes de femmes que la séduction des horizons
exotiques ou les malheurs du temps poussent à chercher un poste d’enseignement au loin. Nous avons
rédigé une brochure qui, je l’espère, évitera des attentes et des désillusions à la majorité d’entre
elles »34.
La fin de la guerre ne résout pas le problème : à l’heure où la France panse ses blessures, elle a
plus que jamais besoin des nouveaux diplômés et jeunes lauréats des concours pour remplacer, en
métropole, les enseignants morts aux combats. Or, « comment recruter ici sans dépeupler là, c’est la
grande question »35. Cette difficulté à concilier les besoins de l’enseignement en France et ceux de
l’enseignement français à l’étranger occasionnent d’ailleurs quelques tiraillements entre les différentes
administrations au point de mettre en cause la politique d’expansion universitaire.
« Il importe
cependant de ne pas laisser s’enraciner certaines légendes », se défend le directeur de l’ONUEF en
1927, démontrant à force de statistiques que « si une proportion très forte, et inquiétante, de nos jeunes
agrégés, désertent l’enseignement secondaire, ce n’est point l’étranger qui les attire le plus […] On ne
peut sérieusement soutenir que l’expansion universitaire empêche gravement le recrutement du
personnel de nos lycées et de nos collèges »36.
Si les difficultés de recrutement paraissent s’estomper à mesure que l’enseignement français à
l’étranger se rationalise et que les efforts législatifs consentis sont progressivement connus des milieux
enseignants, elles restent néanmoins une préoccupation constante de la période.
L’introuvable coordination interministérielle
Les lenteurs qui affectent la rationalisation de l’enseignement français à l’étranger et, par-là, la
reconnaissance de ses enseignants par les pouvoirs publics, trouvent enfin et surtout leur explication
dans les lourdeurs administratives propres au système français. On a rappelé plus haut la complexité
d’un réseau qui a tendance à multiplier « à l’infini »37 les conditions des enseignants. Au sommet de ce
kaléidoscope administratif, deux ministères - celui de l’Instruction publique et celui des Affaires
étrangères - exercent en outre une tutelle bicéphale, source de malentendus et de rivalités de services.
D’un côté, le Quai d’Orsay estime toute forme d’action à l’étranger comme faisant partie de ses
prérogatives : de fait, son Bureau des écoles, remplacé en 1920 par le Service des œuvres françaises à
l’étranger, possède la haute main sur les établissements français à l’étranger et fait figure de principal
pourvoyeur de fonds de l’ONUEF à partir de la Grande Guerre. De l’autre côté, la rue de Grenelle, qui
s’occupe des personnels enseignants et délègue une partie de ses compétences à l’ONUEF, tient pour
une question d’ordre scolaire le dossier de l’expansion universitaire38.
Le directeur de l’ONUEF, ainsi coincé entre les deux ministères, n’a d’ailleurs de cesse de
critiquer les conséquences préjudiciables de ce manque de coordination interministérielle, craignant de
31 « Rapport du directeur », ONUEF, 13 avril 1932 (Arch. nat., 70AJ4).
32 « Rapport du directeur », ONUEF, 12 avril 1916 (Arch. nat., 70AJ2).
33 Ibid.
34 « Rapport du directeur », ONUEF, 23 janvier 1922 (Arch. nat., 70AJ3).
35 Comité directeur de l’ONUEF, 22 décembre 1926 (Ibid.).
36 « Rapport du directeur », ONUEF, 2 avril 1927 (Ibid.).
37 « Rapport du directeur », ONUEF, 22 mars 1925 (Ibid.).
38 Pour plus de détails, voir notre article, cité plus haut : « L’État, l’ONUEF et la diplomatie universitaire… ».
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
voir l’expansion universitaire dévier de sa « conception originelle », perdre « son autonomie relative »
et devenir « une annexe des services diplomatiques »39. Un exemple en est donné quelques mois plus
tard dans le rapport annuel de l’ONUEF : « il serait opportun, note Petit-Dutaillis, que les diverses
questions relatives aux lycées français ne fussent pas traités uniquement dans les bureaux du ministère
des Affaires étrangères. M. Audra est un professeur distingué, mais il a été nommé directeur de
l’Institut français de Londres par le comité anglais sans que l’Université de Lille qui a, en fait, créé cet
Institut, ai été seulement consulté. Du reste, M. Audra a regretté lui-même cette procédure et s’est hâté
d’entrer en rapport avec M. le recteur Georges Lyon. D’une façon générale […] il faudrait qu’un
partage d’attribution eût lieu entre les ministères des Affaires étrangères et de l’Instruction publique,
qui ont chacun leur rôle en quelque sorte technique à jouer »40.
Même si le dialogue s’instaure progressivement entre les deux ministères, notamment par cet
intermédiaire incontournable qu’est devenu l’ONUEF, les motifs d’achoppements semblent perdurer
tout au long des années 1920 et 1930, qu’il soit question du suivi des postes à pourvoir à l’étranger ou
des dossiers de promotion. En 1936, le comité Bardoux pour la réforme de l’État, pour qui « cette
dualité ne présente que des inconvénients », dénonce encore « des tiraillements innombrables. Un
professeur de français désigné par les Affaires étrangères se heurte souvent à la mauvaise volonté de
l’Instruction publique. Il est souvent, une fois à l’étranger, oublié par ce dernier ministère. Le séjour au
dehors, loin d’aider à son avancement, le ralentit souvent. La mission ressemble trop souvent à un
exil »41. Pour avoir une idée précise du tableau, il faudrait encore y peindre les lenteurs du ministère
des Finances qui, explique Petit-Dutaillis en 1931, empêchent les professeurs de recevoir des consulats
français les mandats leur permettant de verser pour la retraite et « leur fait grief de ces lacunes dans les
versements » quand, « leur détachement arrivé à échéance [il] en refuse le renouvellement »42.
Ces lenteurs et ces rivalités de services ne peuvent que brouiller la lisibilité d’un système qui
apparaît déjà complexe aux yeux mêmes de ses administrateurs : on est ainsi plus qu’étonné de voir
Charles Petit-Dutaillis, en novembre 1936, rappeler à son administration de tutelle qu’il existe une
Inspection générale des professeurs détachés et qu’il en est chargé depuis seize ans, ce qu’elle semble
ignorer : « le décret qui me qualifiait [pour cette fonction] date d’une époque où vous étiez Inspecteur
général. […] J’ai d’ailleurs envoyé au Ministère de très nombreuses notices », écrit-il dans une lettre,
courtoise mais pleine de lassitude, adressée au directeur de l’Enseignement secondaire43.
L’embellie du Front Populaire ?
Tout paraît changer avec l’arrivée du Front Populaire. C’est du moins la vision qu’en donne
souvent l’historiographie. La « Commission de l’enseignement français à l’extérieur », instituée le 18
août 1936 auprès du nouveau ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay, va en effet obtenir des
avancées rapides. Pour autant, son bilan représente moins une rupture qu’un renforcement des
dispositions antérieures.
Une atmosphère favorable
L’efficacité du Front Populaire tient d’abord à la convergence de trois facteurs. Le premier
réside dans la volonté, clairement exprimée par Jean Zay, d’instaurer une meilleure coordination entre
les services compétents en matière d’enseignement français à l’étranger. La nouvelle Commission se
compose de représentants de l’Éducation nationale, des Affaires étrangères, des Colonies et, bien sûr,
de l’ONUEF : « la confiance du gouvernement, note Petit-Dutaillis en 1938, a accordé à l’Office une
participation de plus en plus large. […] Jamais nos propositions n’avaient été accueillies avec plus de
faveur et de largeur d’esprit »44. D’autres personnels peuvent également être convoqués au besoin par
la Commission. Réunis pour la première fois dans un cadre unique sous la présidence du locataire de
39 « Note sur l’organisation de l’Expansion française », s. d. (Arch. nat., 70AJ1).
40 « Rapport du directeur », ONUEF, 6 février 1920 (Arch. nat., 70AJ2).
41 J. Bardoux, La France de demain, p. 130.
42 « Rapport du directeur », ONUEF, 7 avril 1931 (Arch. nat., 70AJ4).
43 Lettre de C. Petit-Dutaillis à Fancisque Vial, Paris, 4 novembre 1936 (CADN, SOFE 259).
44 « Rapport du directeur », ONUEF, 1938 (Arch. nat., 70AJ4).
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
la rue de Grenelle, qui reprend de fait la main face au Quai d’Orsay, les acteurs de l’enseignement
français à l’étranger bénéficient ainsi des conditions de travail les plus favorables.
Le second facteur d’efficacité vient des enseignants eux-mêmes. Depuis 1932, il s’est en effet
créée une Fédération des professeurs français résidant à l’étranger (FPFRE). Cette première forme
d’action collective, sur laquelle nous ne disposons encore que peu de renseignements, contribue à
porter les revendications corporatistes des enseignants détachés par ses congrès45, ses bulletins et un
lobbying constant exercé auprès des pouvoirs publics. Signe de cette visibilité accrue, la Commission
instituée par le Front Populaire prend soin, par arrêté du 20 juillet 1938, d’élargir la composition de
ses membres aux représentants de la Fédération ainsi qu’aux délégués des associations des personnels
de second degré.
Enfin, les objectifs du pouvoir en place sont clairs. Il s’agit surtout de rationaliser les activités
de propagande française à l’étranger - la création de la Commission s’intégrant dans un processus de
modernisation plus vaste46 - dont l’enseignement constitue l’un des fondements. Une note retrouvée
dans les papiers de Marcel Abraham, directeur de cabinet de Jean Zay, ne laisse aucun doute à ce
sujet : les établissements français à l’étranger considérés comme privés y sont décrits comme « le plus
souvent subventionnés et [ne] dissimulant leur caractère officiel [que] pour tenir compte de certaines
susceptibilités nationales »47.
L’œuvre de la Commission
Ainsi conçue et dotés d’objectifs clairs, la Commission travaille vite et bien. Après quelques
mois d’existence, elle donne naissance à la loi du 5 avril 1937, « vraie charte des professeurs français à
l’étranger »48, qui proroge et rend définitive les dispositions de la loi Honnorat de 1929. « Il n’était
plus nécessaire, écrit Marcel Abraham, de limiter dans le temps l’application d’une mesure dont on
savait exactement l’usage »49. En outre, la nouvelle loi étend ses bénéfices à une nouvelle catégorie de
professeurs jusque-là ignorés par la législation : les enseignants des colonies françaises. On comprend
dès lors tout le sens du terme « extérieur » dans l’intitulé d’une Commission qui ne souhaite pas
limiter sa réflexion à l’enseignement français « à l’étranger ».
Pour autant, il convient de souligner que le Front Populaire n’a pas contribué à simplifier les
procédures de détachement et de réintégration du personnel enseignant, soumises à des procédures
administratives et financières extrêmement lourdes et complexes. Ainsi, si le Front Populaire contribue
à rendre les carrières à l’étranger toujours plus attractives, il renforce surtout un processus engagé
vingt-cinq ans plus tôt. En l’espace d’une génération, ce n’est pas simplement une situation
administrative qui a changé et vient d’être consacrée ; ce sont aussi les représentations liées à la place
du séjour à l’étranger dans une carrière universitaire, séjour qui sans être encore un passage obligé
devient plus systématique. « Un grand nombre de professeurs d’enseignement supérieur français sont
devenus d’intrépides voyageurs, commente Petit-Dutaillis au milieu des années 1930. Qu’auraient dit
un Pasteur, un Lachelier, un Fustel de Coulanges, si on leur avait demandé d’aller faire des cours aux
Américains ou aux Japonais ? Ils auraient dit qu’on voulait les empêcher de travailler. Un Jean Perrin,
un Langevin, un Bergson, un Lévy-Bruhl ont fait le tour du monde, ou peu s’en faut, et travaillent tout
de même. Et quelle compensation aux heures perdues pour le laboratoire ou la méditation solitaire »50.
Sans entrer dans le détail d’une activité foisonnante, qui fera d’ailleurs l’objet d’une étude
ultérieure, notons que la Commission créé également un titre de « maître de conférence des universités
françaises » conféré aux directeurs d’instituts français et aux chargés de mission, qu’elle précise
plusieurs mesures d’ordre social, concernant en particulier les pensions et les retraites, qu’elle
systématise l’Inspection générale de l’enseignement français à l’étranger confiée, par arrêté du 1er
décembre 1937, à Marcel Abraham. Entre autres. Surtout, la Commission s’emploie, dès 1937, à
traiter l’épineux problème posé par la situation et le traitement des professeurs en cas de mobilisation.
Les tensions internationales poussent le gouvernement à régler le problème des traitements par décret,
45 Dont le tout premier se tient les 4 et 5 octobre 1937.
46 Sur ce sujet voir notamment : Didier Georgakakis, op. cit.
47 « Situation des professeurs à l’étranger en temps de guerre », s. d. (Arch. nat., 312 AP13).
48 Jean Zay, Souvenirs et solitude, p. 314.
49
« La situation des professeurs français à l’étranger », s. d. (Arch. nat., 312 AP13).
50 « Rapport du directeur », ONUEF, 13 avril 1932 (Arch. nat., 70AJ4).
Actes du 133e Congrès du CTHS : Migrations, transferts et échanges de part et d’autre de l’Atlantique, à paraître.
au mois de février 1938. Reste à savoir si, compte tenu des fonctions officieuses de propagande que
les enseignants assument, les pouvoirs publics n’auraient pas intérêt à les laisser en poste plutôt que de
les faire rentrer en métropole. Aurélien Digeon, directeur de l’ONUEF depuis 1938, défend cette
vision auprès du Quai d’Orsay en signalant, encore en 1940, « ceux de nos professeurs […] dont la
présence à l’heure actuelle, dans un établissement étranger, offre un intérêt national. Tels de nos
maîtres, qui enseignaient depuis 10 ou 15 ans dans de grands collèges des États-Unis, ont pu ainsi être
démobilisés et servir la cause française sur ce front de la culture, où il est essentiel que tous nos postes
soient solidement tenus »51.
Plus que jamais, le gouvernement de Front Populaire a entériné l’idée que les enseignants
français à l’étranger, désormais constitués en corps et membres à part entière de l’Université, sont bien
devenus, à leur manière, des agents de la diplomatie française.
51 « Rapport du directeur », ONUEF, 17 avril 1940 (Arch. nat., 70AJ4).